‹ Une ambassade persane sous Louis XIV, d'après des documents inéditsChapitre 87 sur 133 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le succès des négociations engagées avec l'envoyé du sophy prouvait le caractère sérieux de la mission persane, et démentait les insinuations malveillantes qui avaient trouvé trop d'écho et de crédit à la Cour. Il justifiait les égards dont Son Excellence avait été entourée depuis son arrivée en France : il permettait enfin de renvoyer Mehemet Riza Beg dans son pays.

Ce dernier résultat n'était pas le moins appréciable car le séjour à Paris des Persans avait assez duré. Les incidents provoqués par le djerj/d-bdz, l'intrigue avec Mm* d'Epinay, avaient exaspéré les gens de qualité et indigné les esprits les plus tolérants. Bien que sa santé déclinât chaque jour, Louis XIV était instruit de toutes les frasques de l'ambassadeur : son mécontentement pouvait se marquer d'un moment à l'autre par quelque éclat préjudiciable à la fortune des ministres qui s'étaient constitués les défenseurs de Mehemet

Riza Beg. On comprend, dès lors, l'impatience de Torcy et de Pontchartrain et les manifestations de ce senti ment naturel. Ainsi le ministre des Affaires étrangères n'hésitait pas le 12 août, à répondre à Fabbé Gaudereau annonçant de nouvelles chicanes de la part de Son Excellence, que « l'am- « bassadeur aurait en ce cas le déplaisir de s'en « retourner sans faire de traité et que ce ne serait « pas un mal pour le royaume K »

Cette fermeté un peu tardive ne manquait pas de prudence. N'était-on pas à la veille de l'audience royale de congé et de la signature du traité, cette formalité essentielle devant s'accomplir à Versailles après la réception de l'ambassadeur par Louis XIV ? Pouvait-on admettre à la Cour de France qu'un caprice de Mehemet Riza Beg remît en question l'accord intervenu avec l'agrément royal, et bouleversât le programme approuvé par Sa Majesté ?

Son Excellence fut déconcertée par ce changement d'attitude : elle avait cependant acquis une expérience suffisante des affaires pour ne pas sentir que la décision de la congédier, à tout prix, était irrévocable. Elle comprit la nécessité de renoncer aux allures qu'on lui avait pardonnées au début de sa mission et l'inutilité de ses mouvements de colère. Le moment approchant où

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