A. E. Perse, t. 4, f
sadeur du Portugal était annoncé à Paris et il convenait de le loger comme ses collègues pendant les premiers jours de sa mission, après avoir effectué à l'hôtel des ambassadeurs certains travaux d'aménagement, de réfection et de nettoyage indispensables. Préoccupé d'une éventualité qui se réaliserait aussitôt après l'audience royale de congé, le marquis de Torcy en avait entretenu Padéry et l'abbé Gaudereau et les avait priés d'amener doucement Son Excellence à l'idée d'un déménagement. Entre temps, et afin d'être prêt à toute éventualité, il avait prescrit de chercher et de préparer pour les Persans une nouvelle installation située de préférence aux environs immédiats de la capitale. Il s'agissait, dans sa pensée, d'un arrangement provisoire, le départ définitif de l'ambassade du sophy ne pouvant guère être retardé après que Sa Majesté aurait reçu Mehemet Riza Beg. Son Excellence ne devant plus avoir, dès l'audience de congé, un caractère officiel, on ne pouvait la loger dans un immeuble de la couronne et, d'ailleurs, l'expérience avait appris que ses gens en prenaient fort à leur aise avec les maisons qu'ils habitaient. Leur réputation valait celle de leur maître et comme elle s'était répandue dans le public, les malheureux propriétaires auxquels on songea à confier l'honneur de recevoir l'ambassade persane, cherchèrent-ils à l'envi à décliner cette flatteuse proposi-
tion. Le même sieur de Gansevilles qui avait voyagé en Perse, possédait une maison confortable à Boulogne-sous-Saint-Cloud. On lui donna la préférence et, le 8 août, un émissaire du marquis de Torcy vint l'inviter à tout préparer pour héberger Mehemet Riza Beg. Jamais ordre royal ne fut plus mal accueilli. Billon de Gansevilles, affolé par la perspective d'avoir tout son mobilier gâté, adressa sur l'heure au secrétaire d'Etat des Affaires étrangères une supplique touchante afin d'échapper « à un chagrin qu'il n'avait pas mérité ».
« J'espère de la protection dont vous m'honore rez, lui écrivait-il, que vous voudrez bien me « permettre de vous demander une grâce pour un « fait assez singulier. Un homme est venu aujour- « d'hui de votre part chez ma mère, à Boulogne, « lui demander notre maison pour loger l'am* « bassadeur de Perse pendant quelques jours. Ma « mère, qui a, comme moi, tout le respect possible « pour votre nom, a répondu sur le champ qu'elle « était trop heureuse de trouver cette occasion « de vous en donner les marques, cependant au « désespoir au fond qu'il faille qu'elle, et sa fa- « mille, quittent cette maison parce que cet am- « bassadeur veut être le maître partout où il est, « avec une autorité peu connue et encore moins « usitée en France. Moi, d'ailleurs très persuadé, « Monsieur, que vos ordres ne sont point de faire « prendre notre maison, je ne suis pas moins
« convaincu que votre bonté et votre justice vous « feront recevoir favorablement nos très humbles « remontrances à cet égard. Ma mère a quatre- « vingt-un ans, sa maison de Boulogne la fait « vivre et nous avons besoin qu'elle vive. Vous « savez en outre, Monsieur, que les gens mal « disciplinés de la suite de l'ambassadeur cau- « sent facilement de très grands désordres, et s'il « en arrivait, cela serait capable de la faire mou- « rir. Je doute aussi que l'intention du roi et la « vôtre soit autre que de permettre à Tambassa- « deur d'en louer ou que, si l'on doit en prendre « une d'autorité, l'on en choisisse de celles qui ap- « partiennent à des gens qui ne sont point exempts « de logement. Cependant il n'est plus question de « privilège si c'est votre volonté. Je vous supplie « donc très humblement, Monsieur, de vouloir « bien me faire savoir vos intentions afin que nous « nous y conformions, mais en même temps de « nous faire la grâce de nous exempter de ce « chagrin que nous n'avons point mérité *. »
Le marquis de Torcy ne se montra point intraitable : il déchargea Billon de Cansevilles de la corvée de loger Mehemet Riza Beg mais il se trouva dans un réel embarras car il fallait une autre victime. L'abbé de Rouillie à Auteuil, M. Oursot et MM. Brillon et Dubois, agents de change