A. E. Perse, t. 4, f
enfermer Mmo d'Epinay. On hésita à s'y résoudre et la conséquence fut que cette personne, devenue enceinte des œuvres de l'ambassadeur, terrifiée à l'idée d'être jetée en prison, et peut-être aussi désireuse de voyager, quitta furtivement la maison maternelle dans la nuit du 29 au 30 août, et s'enfuit en chaise de poste à Rouen avec un des officiers de Son Excellence. D'après le plan adopté, elle devait attendre Mehemet Riza Beg cachée dans cette ville, puis se faire enfermer dans une caisse spécialement construite à cet effet qui serait embarquée à Ghaillot sur le chaland de bagages, et transbordée au Havre à bord de la frégate royale. Le hasard favorisa l'aventure. Si étrange que cela paraisse, l'enlèvement, connu dès le matin, réussit malgré la police et à sa barbe!
Mme d'Epinay ayant quitté Paris dans la nuit, l'ambassadeur se mit en route le 30 août au matin, après avoir adressé au secrétaire d'État des Affaires étrangères un dernier adieu. « Ne « pouvant avoir l'honneur de vous voir avant « mon départ, lui mandait-il, j'ai celui de vous « écrire pour vous demander la continuation de « votre amitié et pour vous remercier des honnê- « tetés que vous m'avez faites et des services que « vous m'avez rendus. J'en conserverai le souve- « nir toute ma vie et je n'oublierai rien pour < engager le khan d'Érivan, l'etmadolet et le
« roi même à suppléer à l'impossibilité où je « suis de les reconnaître ', »
« Le 2 septembre, est-il conté dans le Flambeau « astronomique 2, à huit heures du soir, arriva « de Paris au cours de Rouen, Mehemet Riza « Beg, ambassadeur du grand sophy de Perse, « dans une diligence par eau dans laquelle il « coucha. Et le lendemain 3, sur les neuf ou dix « heures du matin, il fît son entrée à Rouen, « précédé des compagnies des arquebusiers et « de la cinquantaine qui furent au-devant de « lui hors le pont : il entra par la porte Grand « Pont au bruit des tambours et trompettes, il « fut salué par le canon du château. Il était à « cheval, magnifiquement vêtu d'une veste de « drap d'or et d'une soutane de même étofïe, avec « un bonnet très riche : à côté de lui marchaient « son interprète, ses officiers et domestiques « aussi à cheval, trois de ses officiers, le premier « portant le grand étendard de Perse, le second « son sabre ou cimeterre, le troisième sa pipe, « et il continua sa marche jusque devant les « Carmes, suivi d'un grand nombre de noblesse « dans des carrosses, et fut loger avec toute sa « suite chez le sieur Bigot, tapissier... Monsei- « gneur le premier président, M. le comte de