‹ Une amie inconnue de Molière; suivi de Molière et l'Université; documents inéditsChapitre 1 sur 5 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Au xvi^ siècle, vivait un homme de robe nommé Adam Blacvod (-). D'origine écossaise, il avait fait ses études en France et, sous la férule de Dorât et de Turnèbe, était devenu un ardent humaniste. Gomme plusieurs membres de sa famille, il s'était ensuite attaché à la fortune de Marie Stuart et avait reçu de celle-ci la charge de conseiller au présidial de Poitiers, ville où il se réfugia quand les guerres religieuses le chassèrent de son pays.

On ignore à peu près tout de lui sinon qu'il plaida avec véhémence, aux heures d'adversité, la cause de la souveraine déchue, appelant les représailles contre ses bourreaux. Gonflé de

science confuse, il conçut de pesants ouvrages de prose où se mélangèrent la politique, l'histoire, la jurisprudence et la théologie. Il cultiva aussi la poésie latine, bornant toute ambition à parfaire de pompeux panégyriques et des éloges funèbres (^).

Le graveur Jean Picart a buriné l'image de son austère visage orné d'une barbe d'argent et reposant sur la fraise empesée. La sérénité imprègne les traits du vieillard, certain d'avoir fondé un durable foyer à défaut de fécondes œuvres d'esprit (^). Car, sur cette terre poitevine, si éloignée de sa patrie, insulaire, Adam Blacvod avait épousé d'abord, le 30 mai 1570, Marie Courtinier, puis, le 13 février 1600, Françoise Baron. De la première de ces jeunes femmes étaient nés quatre garçons et sept filles. La race des Blacvod fut ainsi assurée d'une pérennité. D'autres Blacvod d'ailleurs, venus également d'Ecosse, pullulèrent plus tard autour du patriarche, savants à son exemple, apportant dans la médecine, les finances, les

fonctions juridiques, des qualités de travail et de sévérité analogues aux siennes {^).

Gomme les garçons, les filles d'Adam Blacvod furent accoutumées, dès le jeune âge, dans son milieu de doux humanisme, aux exercices d'esprit. Parlicipant aux conversations philosophiques, elles se préparaient à subir la domination de doctes maris. L'une de ces filles, Hélène, après une première union avec Georges Gritton, professeur en langue grecque au Gollège royal, avait épousé, le 11 juillet 1622, François de La Mothe Le Vayer, conseiller du roi et substitut du procureur général au Parlement de Paris ("). Une autre, Marguerite, était devenue femme de Philippe de Maliverné, sieur du Rozay, sénéchal de Saumur Ç), Une troisième, Gatherine, avait joint sa destinée à celle de Guillaume Le Bel, seigneur de Bussy.

Gette dernière était restée veuve de bonne heure, avec deux enfants, une fdle. Honorée, capricieuse et turbulente, un garçon, Paul,

personnage enjoué, nourri de l'attrayante doctrine épicurienne (^). Madame de Bussy, soustraite par le mariage à l'influence paternelle, en avait vite oublié l'enseignement. Elle portait avec une certaine désinvolture le poids de son veuvage. Il n'y avait pas de caillette plus folle, plus ardente au plaisir et moins capable de présider à l'éducation d'une enfant. Elle ne songeait qu'à promenades au Cours, collations, cadeaux, bals, et nulle comme elle n'excellait à « mettre en train » les pecques évaporées de sa paroisse (®).

Peut-être, madame de Maliverné, la sénéchale de Saumur, comprit-elle que la petite Honorée, déjà parée de certaines grâces, pâtirait de l'humeur frivole de sa mère, car elle la prit dans sa maison, se chargeant de son entretien.

La fillette est âgée de douze ans, vers 1636, lorsqu'on l'aperçoit pour la première fois dans cette demeure nouvelle (*^). Cultive-t-on son esprit? Peu. et mal sans doute. Honorée ressemble, comme une sœur, à Gendrillon. Elle

est habillée de vieilles liardes qui dissimulent sa joliesse.

Déjà ses protecteurs apprécieraient de la marier. Les unions précoces sont fréquentes à cette époque. Saumur est ville de bonne liesse. Le parti protestant y a établi une florissante académie où professent des maîtres illustres. Les étudiants s'y rendent de toutes les régions de France et de tous les pays d'Europe. Pleins de gaîté, ils hantent les maisons de la société, y multipliant le luxe et les fêtes, au point que des règlements sévères ont dû être promulgués contre leurs débauches (^^).

M. le Sénéchal reçoit certainement quelquesuns de ces gentilshommes. Ceux-ci veulent rire, babiller, revêtir des hardes de comédiens, baller, faire l'amour, nullement épouser. Aucun n'accorde d'attention à la petite Honorée.

Voici cependant qu'un jour un prince allemand vienl s'égarer à Saumur. C'est certainement un de ces lourdauds de Brunswick ou de Hanovre qui contemplent la France avec des

yeux écarqiiillés d'admiration et qui copient les manières, les modes, les jardins même des Français. Si l'on parvenait à empaumer ce benêt, quelle bonne affaire! M. et madame de Maliverné appellent les tailleurs, et voilà Cend ri lion toute transformée, si charmante dans ses habits de brocart d'or que, tel un lis dans un parterre, elle appelle tous les regards (*-). La Fortune veille sur elle et ne veut pas qu'elle quitte, pour quelque triste résidence tudesque, la douce terre maternelle. On annonce, en effet, à ce moment- là (1637), que monseigneur Gaston d'Orléans, frère du roi, fera, avec toute sa cour, séjour à Saumur. Ordre est donné à M. le Sénéchal de préparer des appartements pour le prince et d'assembler les plus belles dames de la ville. Grosse émotion et grand tourment. Madame de Maliverné, fort laide, n'aime guère à s'entourer de ces gentes filles auxquelles tout naturellement elle sert de « mouche » (^^). Elle les avait jusqu'à l'heure soigneusement éloignées d'elle : mais

elle est ambitieuse et si adroite qu'elle espère bien, par son esprit, accaparer toutes les synnpathies du jovial visiteur.

Dans cette ville où les femmes sont, disent les gens d'autrefois, gaies jusqu'à la goguenardise, madame de Maliverné, sans peine, réunit bonne compagnie de frais visages. C'est en un bal qu'elle convia le prince à passer « la revue des troupes d'amour ». Il y vint fort riant, à son accoutumée, suivi de toute sa bande épicurienne qui, à son exemple, faisait grand ravage de cœurs en la province. Le gouverneur d'Anjou, Urbain de Maillé, marquis de Brézé, beau-frère du cardinal de Richelieu, avait, pour lui faire honneur, quitté sa résidence d'Angers.

Tandis que monseigneur Gaston s'évertuait à complimenter les dames, ses courtisans rôdaient enquête de quelque proie, parmi les jupons. Ils pénétrèrent ainsi dans le cercle des petites filles sagement assises à l'écart. Et là, tout d'un coup, ils découvrirent Honorée de Bussy, déli-

iO UNE AMIE INCONNUE DE MOLIÈRE

cieuse dans sa robe de brocart faite pour aguicher le prince allemand. C'étaient gens de goût raffiné et qui savaient distinguer la vraie beauté de ses apparences. Tout de suite ils avertirent leur maître de leur trouvaille. Et l'on conduisit l'innocente vers le gai fds de France. Il la fit asseoir à ses côtés et sur l'heure la galantisa :

— Vous avez grand tort, dit-il à M. de Brézé, de ne pas vous parer de ce que vous avez de plus rare dans votre province. Tout ce qui m'a paru jusqu'à présent se peut rencontrer ailleurs; mais je crois qu'il n'y a qu'ici où il se puisse trouver une si belle fille ('^).

M. de Brézé considéra peut-être que monseigneur Gaston manquait de courtoisie, mais il convint en lui-même qu'il avait grandement raison; et il ne quitta plus des yeux la douce merveille. Bourru d'ordinaire, incivil, violent, il entoura, ce soir-là, madame de Maliverné de toutes sortes de prévenances. La pauvre dame crut sa fortune faite et qu'elle pourrait

désormais utiliser la grande puissance du seigneur gouverneur.

Obligé de quitter Saumur sans poursuivre sa conquête ébauchée, monseigneur Gaston partit, suivi de Brézé. Mais celui-ci revint vite. Il possédait des terres aux alentours de Saumur, Milly, Brézé,. beaux châteaux d'élégante architecture. Il les habita; et il donna des fêtes où les Maliverné reçurent, pour le charme d'Honorée de Bussy, accueil chaleureux. Le barbon n'avait pas eu de chance avec les femmes. 11 avait épousé la grande Nicole, sœur de Richelieu, pour obtenir plus sûrement le maréchalat, les gouvernements, tous les biens de la terre. C'était une folle qui se croyait affligée d'un derrière en verre et qui passait le temps à humecter de résine chaude un pelit endroit de la main oi!i elle sentait un froid perpétuel. Celle-ci enterrée, il se mit sous la tutelle d une matrone, la Dervois, femme d'un laquais, qui régentait sa maison et son gouvernement.

12 UxNE AMIE INCONNUE DE MOLIERE

Humer le parfum d'une jouvencelle lui procurait donc un plaisir si grand qu'il multiplia les folies. Un jour, il s'en alla à Angers, avec madame de Maliverné et la petite Honorée, pour leur montrer la~ procession du sacre. On la donnait le jour de la Fête-Dieu. De l'églisecathédrale Saint-Maurice, ruisselante de lumières, où, comme en un théâtre, on admirait des scènes des Testaments figurées par des personnages de cire, elle défilait dans des rues tendues de riches étoffes, jalonnées de pylônes sculptés aux ornements de fleurs, jusqu'à l'église paroissiale de Saint-Michel-du -Tertre. Un peuple immense la suivait, chantant des cantiques (*^).

Tant il était amoureux et galant, M. de Brézé voulut que ce peuple rendît grâces aussi à sa maîtresse. H fit bâtir sur le passage de la procession un échafaud à degrés, en haut duquel il plaça, parée d'ajustements somptueux, son idole. Sur les degrés, s'étageaient les plus belles filles angevines. Ainsi, au roman d'Amadis, fut

glorifiée la belle Niquée. Cette galanterie parut si admirable au peuple d'Angers que, négligeant la procession, il accourut pour contempler la déesse. Il fallut mettre des gardes pour contenir cette horde d'adorateurs (*^).

On peut bien le penser, de tels hommages rendaient vaine la petite fille qui en était l'objet. Elle n'aimait guère pourtant M. de Brézé. Celui-ci, pour triompher de sa résislance, parlait de mariage et de rentes. Mais Honorée, adulée par la société angevine, donnait, l'imprudente, des rivaux à son protecteur. Un Poitevin doué de quelque astuce, Henry Gouffier, marquis de Boissy, lui chanta sa chanson amoureuse sur un ton si doux qu'il reçut permission d'écrire.

M. de Brézé ne connaissait point son malheur. Mais la Dervois, qui gouvernait pour lui et dont cette fillette gênait le pouvoir, se chargea de « rompre le cou » à son amourette. Elle intercepta les lettres du galant subreptice et les mit sous le nez du barbon. Ce fut dès lors

fini des « gloires de Niquée », et des fêtes, et des riches hardes. M. de Brézé se retiradansson Milly sur la porte duquel il écrivit hargneusement : Nulli nisi vocati.

Honorée restait avec son marquis de Boissy qui s'empressait de mourir après lui avoir ravi la fortune (^'). Madame de Maliverné ne décolérait pas qu'on lui eût enlevé les bonnes grâces du gouverneur. Cependant, comme elle était convaincue que la beauté des femmes doit nécessairement entraîner les hommes aux extravagances, elle ne désespérait point. Alors- vivait en exil à Angers, M. Abel Servien, secrélaire d'État, coupable d'avoir déplu à Richelieu. Il y « bigotait », disait-on, avec une dame Bigot, sa maîtresse. Il ne demandait rien. Il vivait heureux avec cette dame Bigot, ne craignant autre chose que de « marcher sur les platesbandes » de M. de Brézé dont l'humeur irascible le terrorisait. Il était laid et borgne de l'œil droit, mais si riche qu'il y « avait presse » parmi les dames à le convoiter pour galant.

Quand Ménage le pédant, bon Angevin bien médisant, retournant dans sa ville natale, voyait cette émulation, il disait à ces affamées d'écus :

— Pourquoi vous tourmentez-vous tant?

M. Servien vous voit toutes du même œil!

Madame de Maliverné eût voulu que cet œillà n'eût d'attention que pour sa nièce Honorée. Il s'agissait de le tourner vers elle par quelque diplomatie.

Madame de Maliverné s'en alla voir madame Bigot pour obtenir ce résultat. Elle pouvait mieux faire, mais réfléchir n'était pas son acte préféré. Madame Bigot la reçut comme une mauvaise nouvelle. Pour Servien, quand elle lui eut dit un mot du projet matrimonial de madame de Maliverné, il prit aussitôt la fuite. 11 avait déjà rencontré, sur le terrain galant, le marquis de Brézé et failli recevoir du bâton. De peur d'irriter une seconde fois ce dragon, il préférait ne jamais envisager belle fille de sa vie (^^).

Madame de Maliverné demeura interdite de voir une si belle combinaison échouer. Allaitelle toute sa vie garder auprès de soi cette nièce dont personne ne se souciait? 11 arriva heureusement à Saumur, où les deux femmes étaient rentrées, un grand pendard de conseiller d'église au Parlement de Paris. Il se nommait Pierre Yvon, sieur de Lozières. Fou et fils de fou, ce rochelais courait derrière toutes les dames de réputation auxquelles il prétendait enseigner, selon les principes d'Amadis, la vraie galanterie. 11 parlait d'un ton doctoral et ses phrases étaient pesantes comme s'il les eût construites avec des mots en plomb.

Tout de suite il s'éprit de la pauvre Honorée. Un chevalier tel que lui, ancien homme de guerre, ne regardait point à la fortune. Il lui fit miroiter les délices qu'elle éprouverait à vivre en sa compagnie toute une vie dans les nuées. Et eh badinant, sur une carte, il écrivit une promesse de mariage dûment paraphée. Ainsi, c'en était fait : Honorée allait épouser

ce fanfaron opulent en écus gagnés par sa famille dans les « partis » et le négoce.

Mais Lozières rentrait à Paris et, dans son carrosse, il méditait autant que les fous méditent. A Baugey, sa méditation l'obligea à aller frapper à la porte d'un notaire pour déclarer par acte en bonne forme que sa promesse de mariage était une promesse pour rire. Méfiant, le tabellion se refusa à recevoir pareille déclaration. A La Flèche, par bonheur, Pierre Yvon trouva un garde-notes plus accommodant C'y.

Consternée, Honorée reçut cette déclaration. Elle eût pu plaider et, sinon gagner sa cause, du moins obtenir importante indemnité. Elle préféra quitter le théâtre de ses dérisoires exploits, cet Anjou persifleur qui commençait à la décrier. Elle se réfugia à Poitiers où continuait à vivre sa famille (^°), sa mère en particulier. Celle-ci était tort répandue dans une société raffinée oii le plaisir servait de guide. Poitiers était alors, comme Angers, ville de

relégation où cherchaient asile les mal plaisants que Richelieu exilait par douzaines. Ils y dissipaient le souvenir de leur ancienne gloire en se divertissant. Charles de l'Aubespine, marquis de Ghâteauneuf, jadis chancelier de France, y avait élu domicile, quand l'Éminentissime l'avait chassé, jaloux de sa faveur auprès d'Anne d'Autriche. C'était un homme « tout confit en galanterie » et que ses conquêtes avaient illustré.

Quand Honorée de Bussy arriva à Poitiers, Françoise de Barbezière, demoiselle de Chémerault, y survenait aussi, bannie de la capitale par le méchant cardinal. Cette fille de la reine avait participé à des intrigues de cour et menacé de prendre sur le roi une influence excessive. On l'avait surnommée « la belle gueuse » à cause de sa pauvreté et les faiseurs de proverbes satiriques disaient d'elle qu'elle était « étourdie comme un hanneton ». Mais d'avoir alarmé la sérénité du ministre, ému le cœur racorni du souverain, stimulé les hyper-

boles des poètes, cela la parait de gloire dans son malheur. Il y avait aussi, dans la ville où elle allait désormais végéter, une jouvencelle, mademoiselle de la Vacherie, dont les Poitevins tiraient fierté, croyant sa beauté supérieure à celle de ces illustres Parisiennes dont les lettres exaltaient les prouesses.

Les trois jeunes femmes parurent ensemble dans les fêtes et les bals. Les esprits férus de mythologie les comparaient à Aglaé, Thalie et Euphrosine. Mais elles ne songèrent pas un instant à unir leurs grâces respectives pour reconstituer le groupe adorable où l'antiquité symbolisa tous ses rêves d'eurythmie. Elles se jalousèrent et voulurent les unes sur les autres l'emporter. Mademoiselle de Chémerault avait sur ses adversaires provinciales l'avantage du « bel air ». Elle les écrasait de ses dédains. Les autres étaient plus naturelles, se riant, pour resplendir, des fards et des apprétadors de pierreries.

Les suffrages se partagèrent et trois cabales

se formèrent. Tandis que les gens de cour faisaient cortège à mademoiselle de Ghémerault, Châteauneuf se déclarait pour mademoiselle de la Vacherie et François de Villemontée, intendant de la province, pour Honorée de Bussy. Ce fut une émulation de faste, chacun soutenant le train de son héroïne. Les bourgeois eux-mêmes prirent parti et la ville se scinda en trois groupes acharnés. On ne s'abordait plus dans les rues et les maisons qu'en disant : Qui vive? et répondant : Ghémerault, Vacherie ou Bussy I Honorée connaissait une existence charmante, toute de plaisir. Villemontée était, malgré Ja longue robequ'il s'entêtait à revêtir, un homme bien disant et bien fait. Le mariage l'avait fort maltraité, mais il s'était débarrassé d'une pécore trop indifférente à son mérite en la claustrant au couvent. Libre, il jouissait pleinement de sa liberté. Son caractère vaniteux et son tempérament sensuel l'inclinaient aux grandes dépenses. Chargé de gérer, pour le roi, police, justice et finances de la province, il arriva* à

ne plus gérer que le petit empire de coquetterie où Honorée, devenue tout uniment sa maîtresse, régnait en jalouse et en capricieuse.

Mais il commettait des imprudences et des sottises. Si bien que les Poitevins eurent un jour le sentiment qu'à l'intendance, une demoiselle en robes légères s'était substituée au magistrat en longue robe. Cela leur déplut. Ils murmurèrent. Les receveurs généraux aussi ne se gênèrent pas pour dire qu'ils n'étaient plus administrés et que la finance du roi se transformait en brocart d'or, en point d'Angleterre et en diamants de milliers de livres. C'était reproche très injuste. En réalité, Villemontée ne ruinait que lui-même et vendait ses terres pour suffire à ses dissipations.

Et Honorée était le désintéressement même. Quand, pour arrêter les crieries, Villemonlée l'eut abandonnée, elle demeura sans un écu en poche, n'ayant retiré de cette liaison « que du mauvais bruit ». Et sans doute madame de Bussy, la mère, tança vertement cette sotte de

22 UNE AMIi: INCONNUE DE MOLIERE

n-avoir pas mis à l'abri quelques bonnes constitutions de rentes, car nul, dans cette ville de Poitiers, ne voudrait prendre les restes de M. l'Intendant C^).

Mais Honorée fit comprendre à sa mère quel dégoût elle éprouvait à vivre au milieu de ces provinciaux dont les idées étroites gênaient son action. Que n'allaient-elles à Paris d'où l'on voyait tant de gens partis en sabots revenir avec un train de gentilshommes? Là, assurément, ne les accompagneraient pas les commérages des jaloux. On y trouverait bien quelque épouseur.

Madame de Bussy ne désapprouva point celte suggestion. Elle goûterait à Paris des joies pimentées dont son âge mûr sentait le besoin. En attendant leur installation, Hélène Blacvod sa sœur, femme de François de La Mothe Le Vayer, leur donnerait asile. La mère et la fille ne songèrent dès lors qu'au départ. Elles assemblèrent leurs plus riches atours, réalisèrent partie de leurs biens. Vers l'an 1642, elles gagnèrent la capitale.

Page 1