CHAPITRE V
Pendant tout le temps que le philosophe La Mothe Le Vayer demeura dans la paroisse Saint-Roch, il fut entouré, nous l'avons vu, de nombreux disciples soucieux de recevoir son enseignement. Peu sociable, il n'encourageait guère les gens de cour à fréquenter sa maison. Leur futilité l'exaspérait et ses livres contiennent des chapitres où ses sentiments à leur endroit se manifestent sans ambages.
Quelques courtisans forcèrent néanmoins sa porte. C'étaient, en général, des esprits réfléchis, désireux d'approfondir la doctrine du maître, attirés aussi par la renommée grandissante d'Honorée de Dussy. L'un d'eux, marquant
quelque assiduité, silencieux et grave, étudiant et notant, fut, à la longue, accepté comme ami. 11 se nommait Jules de Loynes, seigneur de Villefavreux. Fils de Julius III, secrétaire de la marine, personnage fort aventuré dans les affaires de finances, frère d'un conseiller au parlement de Metz, il avait choisi la carrière des armes comme convenant le mieux à son caractère. Après avoir occupé le poste actif de cornette de la compagnie mestre de camp de la cavalerie légère, il avait acheté la charge plus stable de lieutenant des gardes du corps de Monsieur, duc d'Orléans. Il était donc, comme La Mothe Le Vayer, un familier de ce prince (^^). Il était, en outre, voisin, rue Traversante, du philosophe.
Riche, possédant des maisons à Paris, quelques propriétés en Poitou et dans le Maine, il ne faisait pas grand bruit dans le monde. Il lisait, il méditait, il tenait au jour le jour un « journal de ses affaires ». Il s'intéressait aux idées en circulation à son époque et le scepti-
cisme l'avait séduit durant ses années de jeunesse peut-être parce qu'il régnait sans partage dans cette cour de Philippe d'Orléans dont il excusait les goûts de frivolité. Il conservait précieusement, dans sa bibliothèque, les deux volumes in-folio des Œuvres de La Mothe Le Vayer.
Mais s'il avait voulu, à l'origine, connaître directement de la bouche du maître les préceptes qui donnaient une si décevante conception de la vie, il avait, dans la suite, plus volontiers recherché la conversation d'Honorée de Bussy. Longtemps il avait partagé, avec les badins de cette ruelle, la douceur de résoudre les problèmes de galanterie. Peu à peu, la délicate confidente de Molière était devenue sa propre confidente. Une tendresse sage, mais ardente, gonflait le cœur de l'officier. Il ne l'exprimait point. Il ne savait, sans doute, comment la formuler.
Honorée avait-elle découvert cette tendresse? On ne peut l'affirmer. Quand elle se sépara de
son oncle, Jules de Loynes compta parmi les « mourants » qui l'accompagnèrent dans sa retraite. Leurs sentiments se transformèrent ensemble. Tous deux abandonnèrent le scepticisme, revenant vers la religion avec une même ferveur.
Jules de Loynes vit non sans chagrin son amie devenir impatiente et bougonne. Elle se plaignait d'avoir manqué son existence. Sans cesse les hommes l'avaient trompée. Elle eût été pourtant une épouse pleine de sollicitude. Elle s'enfonçait maintenant dans la maturité avec une amertume qui lui enlevait ses derniers charmes.
L'ofFicier comprit-il alors que, s'il voulait savourer le sourire de la muse avant qu'il fût tout à fait fané, le moment était venu de parler? Il parla. Honorée écouta avec complaisance cet aimable homme, déplorant qu'il eût si longtemps gardé le silence. Ce n'était point un mariage de raison qu'on lui offrait, mais un délicieux mariage d'estime et de véné-
ration. On oubliait la grande balafre de son visage. On rêvait de garder pour soi les délices trop souvent partagées de son-esprit.
Honorée donna sa main au fiancé tardif. Elle n'était plus tout à fait pauvre. Elle avait fait quelques héritages. Sa dot montait à quatre-vingt mille livres en constitutions de rentes, deniers comptant, meubles, vaisselle d'argent. Jules de Loynes ne se préoccupait d'ailleurs pas de cette question secondaire. Il rayonnait de joie. Il retrouvait, à cette heure, au tréfonds de son hérédité, le sentimentalisme de ses pères, de Julius III, le secrétaire de la marine en particulier, qui, lors de son mariage, fit frapper un jeton d'argent orné, au revers, d'un autel où se consumaient, sous une devise galante, les cœurs en ignition des conjoints.
Jules et Honorée décidèrent de se marier silencieusement, sans apparat. Le 12 septembre 1670, deux notaires dressant leur contrat, ils rivalisèrent de générosité, engageant
délibérément l'avenir qui leur apparaissait si lumineux. Jules de Loynes fit donation à sa future épouse d'une somme de vingt mille livres et lui alloua un douaire annuel de quatre mille livres. Honorée, de son côté, voulait qu'il héritât d'elle. Elle ne réservait de sa dot qu'une somme de quinze mille livres destinée à soulager, après sa mort, quelques parents infortunés (^^).
Ils avaient tellement soif l'un de l'autre et craignaient à tel point que des importuns ne leur dérobassent de précieuses minutes d'intimité qu'il résolurent de. recevoir hors Paris la bénédiction nuptiale. Ce fut un grand embarras. ]ls durent solliciter la permission de leur curé paroissial, puis celle du grand vicaire de Paris. Quand ils les eurent obtenues, ils se réfugièrent, proche Saint-Germain-en-Laye, au prieuré d'Ennemont, où le prieur, le 48 septembre 1670, célébra la messe de mariage (®*).
Ils ne quittèrent point la paroisse Saintlîoch. Ils s'établirent tout d'abord rue
Levesque, puis rue des Fondeurs, dans un hôtel à trois étages qu'ils conservèrent jusqu'à la fin de leurs jours (^^). Ils avaient carrosse et chaise, nombreux domestiques, portier, cocher, laquais, cuisinière, valet et femme de chambre. Honorée prit, en qualité de suivante, une demoiselle fort propre et fort douce, nommée Louise de Ghenavry de Chaumont.
Elle vivait désormais dans un bien-être et une sérénité infinis. Rien n'était jamais assez beau pour elle. Jules de Loynes l'entourait d'une admiration sans bornes, la couvrait de joyaux, de vêtements orfèvres d'or et d'argent, de fines lingeries ornées de point d'Angleterre et d'Alençon. Partout il allait célébrant son bonheur. Sa femme, sa « chère femme »
n'avait point de pareille. C'était une sainte. Aux qualités exceptionnelles de l'esprit, elle joignait « une bonne et louable conduite » et toutes les vertus domestiques. De fait, elle avait appris, au temps de sa gueuserie, chez La Mothe Le Vayer, à diriger convenablement un ménage.
Les deux époux manifestaient des tendances intellectuelles identiques. Les vastes bibliothèques de leur hôtel contenaient des livres par centaines, romans, poésies, le bel in-quarto, en particulier, des OEiœres de Voiture, les Métamorphoses en rondeaux à^ Benserade, les Histoires de Mezeray et de Maimbourg, les Mémoires de Gommines, les Vies de Plutarque de la traduction de M. Amyot, les Remarques de Vaugelas, une Histoire romaine, tout ce qui pouvait séduire, en la cultivant, l'imagination, tout ce que Jules et Honorée avaient aimé dans les temps révolus, lis n'y touchaient guère à cette heure. Ils dédaignaient aussi les œuvres des sceptiques : Le Montaigne de mademoiselle de (îournay, les in-folio de La Mothe Le Vayer reposaient au plus profond d'une armoire. Seul le Florus « ad usum delphini » de Tabbé Le Vayer, feuilleté encore, leur rappelait les gracieux divertissements d'esprit d'autrefois.
Leurs sympathies s'attardaient maintenant plus volontiers sur les ouvrages religieux, les
Bibles, celle surtout de M. de Sacy, les Testaments, les Vies des saints, les Confessions ardentes, les Sermons véhéments de saint Augustin, les pages inspiratrices du jansénisme ou émanant des pieux solitaires. Jules et Honorée se nourrissaient aussi de saint François de Sales. Ils méditaient sur le Traité de V oraison, et le Guide des pécheurs, jadis nargué par Molière, comptait parmi leurs livres de chevet. Leur félicité semblait faite autant de leur communion de piété que de leur communion de tendresse.
Leur souci de retrouver Dieu longtemps oublié, nié peut-être, ne les empêchait pas de mener une existence mondaine très active. Jules de Loynes remplissait toutes les obligations de sa charge auprès de Monsieur. Honorée revenait à la cour, y gagnant encore les suffrages des plus délicats. Ils possédaient, au château de Saint-Gloud, où le duc d'Orléans donnait de somptueuses fêtes, un appartement particulier. Ils y avaient accumulé les richesses pour y jouir de leurs commodités. De temps à autre,
ils prenaient un congé, faisaient une retraite au village de Signy, paroisse de Ven(Jeuvres en Poitou, où s'élevait leur gentilhommière. Honorée aimait de tout son cœur pacifié ce coin de nature. Elle parlait avec enthousiasme de « notre village » où elle apparaissait en bienfaitrice, tenant des enfants sur les fonts, laissant tomber de ses belles mains satinées les charités. Sa ruelle parisienne attirait toujours de nombreux alcovistes. Une claire tapisserie en brocatelle de Venise à fond aurore, cramoisi et vert en parait les murailles, soutenant un grand miroir à bordure de cuivre et des tableaux religieux, une Sainte Famille, une Croix portée par des anges, une Madeleine, une Descente de Croix. Des rideaux de pareille brocatelle brodée de fleurs jaunes sur fond gris clair renvoyaient le jour terne de la rue étroite sur les meubles et les objets. Entre le lit à bas piliers, embelli par ses rideaux de point à la Turque à bordure d'argent, sa courtepointe de satin couleur de café brodé
d'or et la cheminée chargée de fines porcelaines, fauteuils, chaises, tabourets, recouverts de point à l'aiguille, formaient cercle de grâce et de magnificence. De ci, de là se disséminaient des tables chinoises, quelques graciles guéridons, une console soutenant une petite pendule sonnante. Sur un léger bureau à tiroirs reposait l'écritoire. Une table supportait les gobelets du service à thé. Et, voisinant avec ce mobilier mondain, dormait dans une encoignure le confessionnal garni de satin rayé où Honorée faisait de longues stations agenouillées. Les vrais amis de la maison ne pullulaient point. C'étaient gens de solide culture et de haute gravité, M. Le Vayer de Vandeuvres, M. de Maridat, l'un conseiller à la cour des Aides, l'autre au Parlement de Provence. Par inclination, Jules de Loynes et sa femme, la vieillesse venue, préférèrent à l'existence accablante de la cour la douce vie de famille. Ils avaient vu disparaître autour d'eux tous leurs proches parents et intimes. La Mothe Le Vayer
était mort le 9 mai 1672 et reposait en l'église Saint-Eiistache. Molière s'en était allé comme un maudit, exclu des sacrements, vers le cimetière Saint- Joseph. Paul de Bussy, frère d'Honorée, avait aussi quitté ce monde.
Privé de postérité (^^), Jules de Loynes avait accepté la tutelle des trois enfants de son frère aîné, Jean-Baptiste ("). Honorée, de son côté, protégeait les trois enfants orphelins de son propre frère. C'étaient de grands devoirs et des responsabilités souvent pénibles. Jacques- Jules Le Bel de Bussy, neveu d'Honorée, capitaine de vaisseau, lui donnait maint tourment. Ce garnement avait hérité l'esprit primesautier et les tendances à l'épicurisme de son père. Au retour des croisières sur l'océan, il menait vie de mécréant, pourchassant les femmes et multipliant les enfants illégitimes. Jules et Honorée résolurent, pour l'assagir, de le marier. Hs l'unirent bientôt à l'une de leurs pupilles, Gabrielle de Loynes, lui donnant, pour logis, leur maison de la rue Traversante.
UNE AMIE INCOiNNUE DE MOLIÈRE 91
Les années passèrent ainsi dans une quiétude à peine troublée par de nouvelles incartades du capitaine de vaisseau.
De temps à autre une vieille poétesse, Charlotte de Loynes, grand'tante de Jules, ardente thuriféraire de Louis XIV, leur venait débiter des alexandrins couronnés par d'indulgents académistes (^^). Souvent aussi des membres de la famille Poquelin les visitaient, Agnès Poquelin entre autres, mariée à Pierre de Loynes, seigneur de Parassy. Ainsi Honorée pouvait-elle encore évoquer le souvenir de son ancien ami Molière (^^).
En 1693, Jules de Loynes, peut-être malade, présageant sa fin prochaine, écrivit d'une main ferme son testament. Il y faisait de toute son âme profession de la foi catholique, réglait jusqu'au plus petit détail de son enterrement, déclarait sa volonté de reposer, en l'église Saint-Roch, auprès de sa « chère femme ». Il distribuait quelques aumônes aux pauvres et de rondes sommes à l'Hôtel Dieu, à l'Hôpital
général, à l'œuvre de Saint-Roch en échange de messes basses qui seraient dites, chaque année, en ces maisons de charité, au jour anniversaire de la mort des deux époux. Il récompensait ses domestiques, allouait une pension viagère à mademoiselle de Chaumont, suivante de madame de Loynes, une rente annuelle à mademoiselle de Bussy, religieuse, laissait sa bibliothèque « à la réserve des romans et des livres de M. La Mothe Le Vayer » à son frère, l'abbé de Vimeurs, désignait, comme sa légataire universelle, Gabrielle de Loynes, sa nièce et comme son exécuteur testamentaire, M. Le Vayer de Vandeuvres {^^).
En 1699, encore vivant et en bonne santé, il ajoutait un codicille à ce testament (^*). En 1701, testament et codicille lui parurent imparfaits. Il les biffa d'un trait de plume (^^) et écrivit, de nouveau, ses dernières volontés. Il avantageait cette fois complètement la famille de sa femme. Il s'inquiétait du sort de celle-ci. La coutume de Paris lui défendait de tester en
sa faveur. Il lui laissait, du moins, l'usage de sou importante vaisselle d'argent et de vermeil et d'autres objets à sa convenance. Il la recommandait à ses légataires. « Ma chère femme, écrivait-il de sa grande écriture d'honnête homme, ma chère femme dont je ne me saurais trop louer et qui ne peut être trop respectée et trop honorée par mes héritiers (^^) . »
Il continuait toujours à vivre, mais l'esprit désormais rasséréné. Cependant Honorée, toute courbée par l'âge, souffrait d'étranges vapeurs qui lui donnaient parfois l'apparence de la mort. Elle en était effrayée, si effrayée que, sentant ses jours désormais comptés, elle fit à son tour son testament. Ce testament est une curieuse relique. On a peine à le déchiffrer tellement l'écriture est déformée par le tremblement de la vieille main ridée.
Honorée le trace au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Elle y exprime tout de suite son infinie terreur du néant. Cependant, ajoute-t-elle, « j'ai confiance dans la miséri-
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corde de mon Sauveur de qui j'espère le secours que j'ai toujours reçu dans tous mes besoins ». Sa tendresse pour son « cher mari » y éclate sans réserve. Elle souhaite reposer auprès de lui après avoir été emportée de sa maison « comme la plus simple de la paroisse ».
Mais elle redoute, à cause de ses vapeurs, d'être enterrée vivante. Elle supplie ceux qui l'assisteront au dernier moment de la préserver de ce supplice. Elle ne possède pas grands biens en ce monde. Elle a rendu à son mari les vingt mille livres qu'il lui avait concédées par un article de leur contrat de mariage. Elle lui a abandonné sa dot à son décès, hors quinze mille livres. Elle partage cette somme entre ses parents de Bussy et de Mondon. Au R. P. Devin, récolet, son confesseur, elle otfreun présent de cent francs, à ses domestiques quelque pécune. Elle pense, en outre, à tous les aveugles et pauvres qu'elle secourut jadis en l'église Saint-Roch, à Saint-Cloud et à Signy (^*).
Il lui apparaît dès lors que, dépouillée des
richesses et des charmes terrestres, lavée des défaillances de jeunesse par trente années de conduite austère, de fidélité conjugale et de fervente piété, elle ne doit plus appréhender les représailles de la justice divine. A la fin do 1702 ou au commencement de 1703, elle quitte ce monde avec l'unique chagrin d'y laisser son mari bien-aimé (^^).
Il sembla à celui-ci que tout lui manquait à la fois et que son deuil enveloppait la terre entière. Pour distraire son chagrin, il accepta l'asile d'une vieille amie, la comtesse de Bélin qui, par compassion, l'appelait auprès d'elle. Il végéta quelque temps dans son château, au bourg d'Averton, pays du Maine. Le 30 septembre 1703, des domestiques, après avoir vainement frappé à sa porte, pénétrèrent dans son appartement. Ils le trouvèrent étendu, livide et glacé, sur le parquet de sa chambre (•^*^). Le pauvre homme n'avait pu supporter plus longtemps une vie dont 1 ame s'était envolée.
A l'époque où Honorée de Bussy, rencontrant le bonheur dans le mariage, abandonnait pour toujours les cabales philosophiques et rentrait, pleine d'humilité, dans le giron de l'Église, son ami Molière reprenait, avec plus d'énergie, l'éternelle lutte des libertins contre l'esprit d'obscurantisme.
On a vainement tenté de préciser quelle fut la véritable doctrine philosophique de Molière. D'aucuns, le croyant élève de Gassendi, s'efforcèrent de surprendre, sous sa plume, les traces de l'enseignement de ce maître. Leur enquête ne semble pas avoir donné de résultats probants.
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L'amitié de Boileau, cartésien, influença-telle, d'autre part, Molière? On ne peut le certifier. On n'affirmerait pas davantage que le poète ait emprunté un précepte quelconque au groupe de La Mothe Le Vayer.
S'il n'était ni gassendiste, ni cartésien, ni sceptique, on s'explique malaisément son attitude dans un conflit d'idées où on le voit cependant prendre résolument parti.
Notre conviction est qu'à la vérité, sans s'agréger, comme tant d'autres, à un troupeau, il participait des trois tendances. Il étouffait certainement dans le cadre étroit où se mouvait la pensée de son époque. 11 avait vu les plus intègres idéologues obligés de s'expatrier pour formuler librement leurs théories ou bien voiler celles-ci sous un masque de religiosité. Le Festin de Pierre et Tartuffe furent, de sa part, des actes d'émancipation.
Molière désirait aérer les esprits, y introduire le goût de l'indépendance et du libre examen. Les circonstances s'y prêtaient. Le
cartésianisme avait gagné rapidement la majeure partie de la société, s'insinuait même, dans le monde religieux, parmi les sectateurs du jansénisme. Jugulé par les dévots de la redoutable compagnie du Saint- Sacrement, le poète ne renonça point pour cela à combattre en faveur du libre penser.
Il formait avec Boileau et François Bernier, gassendiste fervent, un groupe décidé à mener cette lutte jusqu'à la victoire. Peut-être n'a-t-on point considéré encore Boileau sous son véritable aspect. Peut-être ne connaît-on pas suffisamment Bernier, médecin philosophe digne de l'estime des lettrés. Comme Molière, ces deux hommes souffraient que le clergé intervînt dans les affaires de l'esprit et voulût étouffer l'art sous le manteau de la religion. Plus discrets que le poète, ils procédaient cependant comme lui, par la raillerie, à l'exécution de leurs adversaires.
Contemplons les trois complices en attitude de combattants. Dans une brochure devenue
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rarissime, passée inaperçue, croyons-nous, des inoliéristes et des commentateurs de Boileau, François Bernier nous a conservé le souvenir de leur curieuse échauffourée de plumes contre la Faculté de théologie. Cette brochure porte le titre suivant : Requeste des Maistres es arts, Professeurs et Regens de V Université de Paris, présentée à la cour souveraine de Parnasse. Ensemble VArrest intet^enu sur la dite Requeste, Contre tous ceux qui prétendent faire, enseigner ou croire de nouvelles descouvertes qui ne soient pas dans Aristote. (A Delphes, par la Société des Imprimeurs ordinaires de la cour de Parnasse, 1671, in-4«.)
Nous sommes donc en 1671. La Sorbonne vit tout entière sous Tautorité d'Aristote. Elle voit avec impatience que ce maître est partout discuté et que les idées nouvelles de Descartes menacent de détrôner les siennes. Elle sent également que la philosophie maintenant prônée sape les bases de religion sur lesquelles s'étaye son système d'enseignement. La théolo-
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gie scolastique, si l'on n'y remédie, est exposée à une ruine totale.
L'obligation s'impose donc à elle de détruire l'influence cartésienne et toutes les influences parallèles. Elle hésite. Parmi les docteurs, les opinions sont partagées. Les fanatiques ont exhumé des archives un arrêt du Parlement, en date du 4 septembre 1624, défendant sous peine de mort de « tenir ou enseigner aucunes maximes contre les auteurs anciens et approuvés par les docteurs de la Faculté de théologie ». Ils veulent en obtenir confirmation. Les modérés, craignant le scandale ou la dérision, conseillent de lutter sans affirmer des droits par la violence.
La dispute s'envenime et son bruit, colporté au dehors, se répand. Molière, Boileau, Bernier écoutent avec attention. Ils sentent le danger, pour la pensée libre, pour la raison, de cette menace de Sorbonne. Ils ne soufl'riront jamais qu'on place des coiffes étouffantes sur leur cerveau. L'Université est puissante. Ils ne
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la craignent point. Molière a déjà pourfendu les robes rouges de la Faculté de médecine. Il pourfendra aussi volontiers les robes noires de la Faculté de théologie.
De Lamoignon, premier président au Parlement, suppôt de la compagnie du Saint-Sacrement, la Sorbonne peut tout obtenir. Ami de Lamoignon, Boileau, en cachant ses desseins, connaît par lui heure par heure les événements. Lamoignon attend, perplexe, la démarche des sorbonagres. Il appréhende de n*être pas suivi par l'unanimité du Parlement. Condamner Descartes comme athée, c'est mesure grave. Descartes n'a-t-il pas dédié à la Sorbonne les Méditations où il prouve, par des arguments convaincants, l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme?
Les semaines passent. La dispute continue. Les fanatiques l'emportent peu à peu sur les modérés. Que fait Molière à ce moment? Dernier nous le dit en quelques mots : « Le sieur Molière observait toutes les démarches de ces
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messieurs (de Sorbonne) et... se proposait de démêler toutes leurs intrigues dans une comédie qu'il préparait pour le divertissement de la cour. Il avait, entre autres, un acteur avec de grandes mâchoires qui représenterait merveilleusement l'original. »
Entre les Fourberies de Scapin et la Comtesse cFEscarbagnas, au cours de cette année 1671, Molière songeait donc très réellement à entreprendre une croisade contre l'Université. Il ne l'entreprit point. En fut-il empêché? Nullement. Ici les opinions sont contradictoires. Boileau qui, dans son Discours stir Vode, parle de son action sans nommer Molière, ne confirme pas les dires de Dernier. Brossette et Saint- Marc, commentateurs de Boileau, ignorant la présence de Molière dans la cabale, ne s'entendent pas davantage (*).
Selon les uns, Claude Morel, doyen, et Denis Guyard, syndic de la Faculté de théologie, triomphant des modérés, auraient présenté requête au Parlement, lequel les aurait ren-
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voyés à leurs études, disant que « s'il y avait des nouvelles découvertes qui fussent contraires aux opinions d'Aristote, ils devaient bien plutôt les enseigner eux-mêmes dans ÎBurs écoles, tant par une juste jalousie de leur profession que par un amour sincère de la vérité ». Selon les autres, la requête n'aurait pas été présentée pour diverses raisons. On a peine à trouver la lumière dans cette confusion, d'autant plus que, si Ton s'en rapporte aux manuscrits inédits de Tallemant des Réaux, non seulement le Parlement aurait reçu la requête, mais encore aurait rendu un arrêt favorable à l'Université (^).
Essayons de raisonner d'après les éléments à notre disposition. Dernier écrit : (( Molière a changé de dessein sur ce qu'il a appris que le corps de l'Université ne prenait aucune part à ces brouilleries et que les plus éclairés avaient fait connaître aux autres que ces soulèvements philosophiques ne provenaient que par le moyen de deux ou trois émissaires qui, .étant seulement poussés par les ennemis de l'Université,
lâchaient d'engager cet illustre corps dans une entreprise capable de le discréditer par toutes les nations. »
Mais si Molière changea de dessein, c'est qu'il jugeait son intervention superflue. Ses amis pouvaient le suppléer. Tous trois convinrent, en effet, (Boileau, parlant de lui seul, est très net sur ce point), d'arrêter, par un persiflage préventif, la démarche de l'Université. Lamoignon, appréhendant toujours le ridicule, le soUicita-t-il du satirique? On l'a affirmé. C'est improbable pour quiconque connaît son caractère. Toujours est-il que les trois railleurs dressèrent ensemble leurs batteries burlesques. L'Université voulait présenter requête? Dernier récrirait pour elle. Elle souhaitait un arrêt en faveur d'Aristote? Boileau le rendrait pour le Parlement. Incontinent, ils y travaillèrent, appelant, dit-on, Dongois le greffier, beau -frère de Boileau, à leur secours pour le jargon juridique.
La Requête où Dernier porte les plaintes de
rUniversité contre gassendistes, cartésiens, malebranchistes et autres « gens sans aveu », perturbateurs de la sérénité d'Aristote, contre les théories nouvelles de la circulation du sang, contre la raison et les innovations scientifiques, contre les livres de Rohault, Nicole, Gassendi, qualifiés de libelles impies; V Arrêt où Boileau ordonne de laisser Aristote dans « la pleine et paisible possession et jouissance des Écoles », enjoint aux maîtres et régents d'enseigner toutes les erreurs et absurdités des anciennes physiologie et pharmacopée et, bannissant à perpétuité la raison des écoles, lui fait défense d'y entrer « à peine d'être déclarée janséniste et amie des nouveautés », ces deux pièces plaisantes et grosses de « libertinage » furent aussitôt lancées dans les ruelles. Elles y provoquèrent un immense éclat de rire. La Faculté, couverte de moqueries, pouvait difficilement désormais poursuivre ses projets.
Appréciant son œuvre, Boileau écrit : « La plaisanterie y descend un peu bas..., mais il
fallait qu'elle fût ainsi pour faire son effet, qui fut très heureux, et obligea, pour ainsi dire, l'Université à supprimer la requête qu'elle allait présenter. » Le satirique, prélend-on, aurait tenté, poussant l'espièglerie jusqu'au bout, de faire signer son Arrêt au président de Lamoignon en le glissant, avec la complicité de Dongois, dans un dossier. Nous ne croyons pas son audace si grande.
La Requête et V Arrêt furent, nous l'avons vu, publiés en 1671, date de publication ignorée jusqu'à l'heure. Bernier y ajouta l'introduction qui révèle la participation de Molière à cette riposte de la raison et delà libre pensée contre l'esprit rétrogade. Une fois encore, voici le poète surpris en posture de spéculatif au service de l'intelligence. Pas plus que Boileau, il ne fut athée. Ses derniers moments l'ont prouvé. Il souhaitait simplement que les progrès de l'humanité ne fussent pas entravés par l'opiniâtreté de quelques docteurs aveugles ou bornés.
(1) Tallemant des Réaux : Historîelles, 1854, II, p. 195etsuiv., a consacré quelques curieuses pages à Honorée de Bussy. Ses propos sont confirmés dans tous leurs détails par le roman de Roland Le Vayer de Boutigny : Tards el Zélie, 1665. Dans ce roman. Honorée de Bussy paraît, dès les premières pages, sous le nom d'Arélise dont Ergaste (l'abbé Le Vayer) est amoureux. L'Histoire d'Arélise figure à la quatrième partie, p. 225 et suiv. Desportes, dans sa Bibliographie du Maine et Haureau, dans son Histoire littéraire du Maine, ont publié une clefdeTars/sef Zélie. Cette clef fournit les noms des principaux personnages du roman, nullement ceux de VHistoire d'Arélise. Nous avons pu découvrir ces derniers et, par suite, rendre cet épisode intelligible. Voici notre clef particulière : roi Cassander: Louis XII ï; prince Antipatre : Gaston d'Orléans; princesse nièce du roi : mademoiselle de Montpensier; le grand Cassander : le grand Condé; Plousiandre : le cardinal de Richelieu; Lesiarque : Urbain de Maillé, marquis de Brézé; Mélisée : Amaury Goyon, marquis de La Moussaye ; mère de Mélisée : Catherine de Champagne, marquise de La Moussaye ; Vélandre : Villandry ; Sosicle : M. de Bussy père; Arsine : madame de Bussy; Aristandre : M. de Maliverné; Mélénite : madame de Maliverné; Gonnes : Saumur; La Mysie : la Champagne. On trouve aussi, dans 17/istoire d'Arélise, une allusion à la bataille de Lenset une autre à la Fronde.
(2) Adam Blacvod, fils de Gnillaume et de Hélène Reid, dont nous écrivons le nom d'après l'orthographe adoptée par luimême, naquit en 1539, à Dumferline (Ecosse). 11 fut, dit-on, échevin de l'oitiers. 11 mourut le 24 avril 1613, dans la paroisse Saint-Pdrchaire. Bull, et Mém. de la Société des antiquaires de VOii-est, t. XXV, deuxième série, 1901, p. 151 et suiv.,Le Présidial de Poitiers, son personnel; Beauchet-Filleau : Dict. hist. hiogr. et généalog. des familles de l'ancien Poitou, 1840, art Blacvod.
(3) On a de lui plusieurs ouvrages en prose latine, une Pompa. funebris Gaspardi Collignaei, 1572, une Relation du Martyre de la royne d'Escosse, 1587, des Varii generis poemata, S. D. etc.
(4) Son portrait figure en tête d'Adami Blacvodaei im curia Presidiali Pictonum et urbis im decurionum collegio Begisconsiliarii opéra omnia, 1644, recueil de ses œuvres colligé par Gabriel Naudé et précédé d'un éloge.
(5) La Bibliothèque nationale, manuscrits, pièces originales, n° 358, possède deux pièces où Adam Blacvod donne quittance de ses gages et un acte daté de Poitiers, 21 février 1657, par lequel Jacques Blacvod, sieur de Froze, trésorier de France au bureau des finances de la généralité de Poitiers, Claude Ligier, sieur de Forgére, juge au présidial de Poitiers et sa femme, Geneviève Blacvod, Philippe Goibaud, sieur du Bois LaGrugèro et Françoise Blacvod, sa femme, donnent, à titre d'héritiers de Jacques Blacvod, leur père et beau-père, quittance d'un quartier de rente. Henri Blacvod, médecin, professeur pu Collège royal, mort le 17 septembre 1634, était neveu d'Adam Blacvod. Son portrait a été gravé dans la suite d'Odieuvre. Ses œuvres figurent au catalogue de la Bibliothèque nationale.
(6) Le contrat de mariage inédit, devant Martin de La Croix et Claude Trois, est conservé aux Archives nationales, Y 163, f" 86. La xMotlïe Le Vayer habite rue Hautefeuille et Hélène Blacvod rue Saint-Jacques. Témoins pour l'époux, son père
Félix; pour l'épouse : noble homme Guillaume Bellingen, conseiller et maître des requêtes du roi de la Grande-Bretagne. Martin Voyer, avocat. Les futurs sont pauvres. Hélène n'apporte pas de dot; pourtant, en cas de prédécès, elle fait à son mari donation de tous ses biens. Celui-ci lui alloue un maigre douaire de 600 livres.
(7) Nous avons tout d'abord partagé l'avis de Monmerqué, commentant Tallemant (II, p. 207-208), et cru que M. Avril était sénéchal de Saumur et avait épousé une des filles Blacvod. La famille Avril était très répandue en Anjou, particulièrement à Angers et à Loudun. V. Bibliothèque nationale, manuscrits^ pièces originales, w 155; Carrés d'Hozier, n° 48; Nouveau d'Hozier, n° 19. En réalité, un Avril a été sénéchal de Saumur, mais à une époque postérieure à celle qui nous intéresse. Interrogé par nous, M. M. Sache, conservateur des archives départementales du Maine-et-Loire, avec une bonne grâce dont nous le remercions de tout cœur, a bien voulu faire des recherches dans les registres de l'état-civil des paroisses Saint-Pierre, Nantilly, Montreuil-Bellay de Saumur et Saint-Cyr-en-Bourg. De ces recherches, et des renseignements un peu confus fournis par C. Port : DicL hist. géogr. etbiogr. de Maine-et-Loire, t. Ill, p. 305, art. Rosé, et par Joseph Denais : Armoriai de l'Anjou, 1885, II. p. 337-338, il résulte que le sénéchalde Saumur, entre 1635 et 1642, était Philippe deMaliverné, sieur du Rozay, marié à Marguerite Blacvod. La Bibliothèque nationale, manuscrits, pièces originales, n° 1818, conserve une quittance des gages, datée de Saumur le 1" octobre 1653, d'un Philippe de Maliverné, président en la sénéchaussée de Saumur.
(8) Roland Le Vayer de Boutigny : Tarsis et Zélie, 1665, quatrième partie, p. 402. Le prénom du frère d'Honorée nous est révélé par des actes inédits que nous citerons plus loin. Paul Le Bel, chevalier, seigneur de Bussy, épousa Marie-Louise Le Deu. Il mourut avant sa sœur. Pour sa postérité, voir la généalogie des Bussy à l'appendice. UÉtat de la maison du roi Louis lilll, édit. Griselle, 1912, p. 19 et 138, mentionne un
Guillaume Le Bel, sieur de Bussy, panetier du roi à 700 livres de gages. S'agit-il du père ou d'un parent d'Honorée? Nous n'avons pu le préciser. Les de Bussy sont très nombreux en Poitou et en Anjou. La Bibliothèque nationale, manuscrits, Carrés d'Hozier, n" 143; Nouveau d'Hozier, n» 76, conserve leurs titres. La famille cependant paraît être d'origine picarde. Elle est composée de nombreuses branches et occupe des situations importantes. V. Haudicquer de Blancourt : Nobiliaire de Picardie, 1693, art. Le Bel.
(9) Tallemant : II, p. 202 et suiv. ; Le Vayer de Boutigny : op. cit., quatrième partie, p. 337.
(10) Le Vayer de Boutigny : op. cit., quatrième partie, p. 228. D'après la date des événements enregistrés par ce roman, on peut conjecturer qu'Honorée naquit vers 1624 ou 1625.
(11) Mémoires de la Société académique du Maine-et-Loire, 1862, t. XI, p. 1 et 3, Histoire de Vacadémie de Saumur par le D" J. Dumont.
(12) Tallemant : II, p. 201.
(13) De 't repoussoir » en langage précieux. V. sur ces faits, Le Vayer de Boutigny : op. cit., quatrième partie, p. 219.
(14) Le Vayer de Boutigny : op. cit., quatrième partie, p. 222.
(15) Pierre de La Tuilerie : Desci-iption de la ville d'Angers, 1772, p. 16 et suiv., donne quelques renseignements sur cette procession. Gaston d'Orléans se trouvait dans la région en 1637 comme en témoigne Goulas : Mémoires, édit. Constant, 1879, I, p. 318 et suiv. Dans une lettre du 9 avril 1637 au marquis de Brézé, François Lasnier, lieutenant général du sénéchal de l'Anjou, précise que le prince venait de contempler les extravagances des Ursnlines de Loudun. Mémoires de la Société nationale d'agriculture, sciences et arts d'Angers, t. XXVIII, 1886, p. 40.
(16) Tallemant : II, 200. V. aussi sur l'amour du maréchal de Brézé (Lésiarque) qui dure longtemps dans le roman et ne se termine que par la mort de Tamant, Le Vayer de Boutigny : op. ciL, quatrième partie, p, 224 et suiv. Brézé avaitété nommé gouverneur d'Anjou le 17 septembre 1636.
(17) Tallemant : H, p. 200-201.
(18) Ihid., II, p. 201.
(19) Ibid., VI, p. 281.
(20) Un oncle, notamment, Jacques Marchand, écuyer, sieur de Puypaillé, lieutenant général en l'élection de Poitiers, marié à Marguerite Blacvod. V. René Kerviler : François de La Mothe Le Vayer, 1879, p. 176.
(21) Tallemant : II, p. 201-202.
(22) Balzac, dans plusieurs de ses lettres à Chapelain, l'appelle le « philosophe du faubourg Saint-Michel ».
(23) Il était fils de Félix de La Mothe Le Vayer et de Gatienne Le Breton. Il naquit à Paris le 1" août 1583 (Jal : Dictionnaire, 1872, art. La Mothe Le Vayer-). Sur ce personnage, voir L. Etienne: Essai sur La Mothe Le Vayer, 1849; René Kerviler : François de Im Mothe Le Vayer... 1879; J. Denis : Sceptiques et libertins de la première moitié du XVII" siècle, dans Mémoires de l'Académie nationale des sciences, arts et lettres de Caen, 1884 ; Abbé Lacroix : Quid de instititendo principe senserit Le Vayer, 1890. La Mothe Le Voyer est Ariobarzane dans Tarsis et Zélie de Le Vayer de Boutigny ; Mélisandre dans le Dictionnaire des Prétieuses de Somaize. Pierre du Pelletier lui a dédié des vers dans Nouveau recueil des bons vers de ce temps, 1646, p. 172. Il est cité dans Somaize : Im pompe funèbre de M. Scarron, 1660. p. 49. Guy Patin : Lettres, édit. Reveillé- Parise, 1846, I, p. 460; II, p. 523, dit qu'il était « de médiocre taille ». La Bibliothèque nationale, manuscrits, pièces originales,
n» 2065 et N. acqu. ms. w 1473, conserve des quittances et autographes de La Mothe Le Vayer, Voir aussi, sur lui, Sentimenls de Rosfeait, dans Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. n» 3339, f 33.
(24) Tallemant : I, p. 433; 111, p. 265; Vigneul-Marville : Mélanges de littérature, 1701, II, p. 310. Dans ses Opuscules ou petits traitez, 1643, t. I, La Mothe Le Vayer a consacré un chapitre dédaigneux aux habits et à la mode.
(25) Gui Patin : op. cit., 1, p. 433; 111, p. 265, parle de ses relations avec La Mothe Le Vayer. Sorbiére loue le philosophe dans Sorberiana, 1691, p. 258. Bautru, de même que Ménage, figure comme discoureur dans Vllexaméron rustique de La Mothe Le Vayer. Tallemant : III, p. 255 et 265, signale le commerce de La Mothe Le Vayer avec Gombauld et Lhuillier. Colletet a dédié au philosophe des vers qui précisent les relations de ce dernier, à cette époque, avec Gassendi et Naudé {Epigrammes, 1653, p. 25).
(26) Les œuvres poétiques du sieur de Prades, 1650, p. 55, contiennent un Sonnet à M. de La Mothe Le Vayer sur ses opuscules. René Kerviler : op. cit., p. 162, ne connaît pas ce sonnet, mais signalant un ouvrage rarissime du sieur de Prades : Le trophée d'armes héraldique ou la science du blason..., 1650, il affirme, d'après les termes de la préface de ce livre « burlesque », que son auteur était précepteur de La Mothe Le Vayer le fils. Il semble cependant que de Prades était beaucoup trop jeune pour tenir un rôle de précepteur.
(27) D'après un acte du 8 mars 1720 {Bibliothèque nationale, manuscrits, pièces originales, n» 562), il devint maréchal des batailles des armées du roi.
(28) C'est l'auteur de Tarsis etZélie, roman où figure l'/Zistoire d'Arélise, V. sur ce « romaniste », plus tard jurisconsulte de valeur, Hauréau : Histoire littéraire du Moine, 1852, IV, p. 24
et suiv, ; Henri Chardon : Scarron inconnu, 1904, II, p. 268 et suiv. Le Vayer de Boutigny est Arcille dans l'ouvrage d'Angélique Petit : l'Amour eschapé, 1669. Pour ses œuvres poétiques, voir Fr. Lachivre : Bibliographie des Recueils collectifs de poésies, 1903, II, p. 338.
(29) Le Vayer de Boutigny : op. cit., quatrième partie, p. 337 : « Nous arrivâmes donc à Pelle (Paris), où nous ne fûmes pas longtemps sans trouver qu'on y avait beaucoup d'égards pour les étrangers. Nous fîmes force connaissances, et plus que je ne voulais, car je n'ai jamais aimé la foule. Mais Arsine (madame de Bussy), aussi bien que Mélénite (madame de Maliverné), aimait beaucoup les divertissements et le grand monde. Elle appelait cela des marques de mon mérite et ne trouvait jamais, à son goût, assez de monde pour admirer une beauté qu'elle s'imaginait en moi .» Voir aussi, sur la promenade au Cours et le bal de Mademoiselle, p. 338.
(30). Tallemant, VI, p. 281.
(31) Le Vayer de Boutigny : Mithridate, 1648, dédicace à François de La Mothe Le Vayer le fils.
(32) Le Vayer de Boutigny : Tarsis et Zélie, deuxième partie p. 606; troisième partie, p. 578. Le combat dut avoir lieu au début de 1643. Cette année là, François VI de La Rochefoucauld demanda à la reine la grâce de Miossens. V. Mémoires, édit. Ad. Régnier, p. 66.
(33) Le Vayer de Boutigny : op cit., quatrième partie, p. 322 et suiv., donne son portrait. Villandry est Vélandre dans le roman. Sur Valliconte, voir Tallemant : H, p. 202; Catalogue des Partisans, 1649, p. 3.
(34) Le Vayer de Boutigny : op. cit., quatrième partie, p. 324- 325; Tallemant, II, p. 202.
(35) Il forme le manuscrit n» 539 de la Bibliothèque du musée Condé, à Chantilly. Dans son savant catalogue, M. Gustave Mâcon
le date de « vers 1648 ». H en donne le détail en restituant leur auteur à la plupart des pièces anonymes.
(36) Le Vayer de Boutigny : op. cit., quatrième partie, p. 231 et suiv. La Moussaye fut aussi peint sous le nom de Tigrane dans Aî'taméne ou le Grand Cyrus de Madeleine de Scudéry. Son portrait, gravé par Moncornet, ne répond guère à tant d'éloges. Sur le marquis de La Moussaye, voir en outre des mémoires du temps : Nouveau recueil des bons vers de ce temps; 1646, p. 59; Gombauld : Lettres, 1647, p. 398, 412; Sarasin : La pompe funèbre de M. Voiture, 1649, p. 17 ; Rangpuze : Lettres panégyriques aux chevaliers des ordres, ambassadeurs et autres seigneurs du royaume, 1650, p. 99; Segrais : Mémoires- anecdotes, 1755, II, p. 74 ; Saint-Amant : Œuvres, édit. Livet, 1855, II, p. 503 et suiv. Sur Catherine de Champagne, morte le 11 juillet 1649, voir Tallemant : III, p. 242; Cotin : Œuvres galantes, 1665, I, p. 181; II, p. 215, 218, 262 et suiv.
(37) Le Vayer de Boutigny : op. cit., quatrième part., p. 368 et suiv. (bataille de Lens); p. 375 et suiv. (La Fronde). V. aussi : Mémoires de Jacques de Sault, comte de Tavannes, édit. Moreau, 1858, p. 25.
(38) Le Vayer de Boutigny : op. cit., quatrième partie, p. 382 et suiv. ; Tallemant : II, p. 202.
(39) Tallemant : II, p. 202.
(40) Gui Patin : op. cit.. H, p. 523.
(41) Jal. : op. cit., art. La Mofhe Le Vayer.
(42) Il publiera les œuvres de son p?re en 1653 et 1656.
(43) Le Parasite Mormon, histoire comique, 1650, attribué à l'abbé Le Vayer, par Michel de Marolles, et dédié à Roland Le Vayer de Boutigny.
(44) Hortus epîtaphiorum selectorum, 1648, passim. M. Fr. Lachivre : op. dt., II, p. 324 en donne la liste. Lews. n''5132, delà Bibliothèque de r Arsenal contient un sonnet de l'abbé Le Vayer qui fut publié sous le titre : Remerciement au Roy, en une feuille in-folio, S. L. N. D. (Bibliothèque Mazarine). V. aussi une épigramme de lui dans Le Songe du resveur, 1660, p. 20.
(45) Paris, 1656, in-8^ Gui Patin : op. cit., II, p. 240.
(46) Le Vayer de Boutigny : op. cit., passim. Les neuf volumes du roman sont pleins de cette curieuse tendresse, caractérisée nettement dans la troisième partie, p. 586.
(47) Scarron : Œuvres, 1786, VII, p. 102 et suiv., dans une Épitre à mademoiselle de Neuillan, écrit :
Bussy qu'on surnomme la belle Et Scarron, chétive haridelle, Vous baisent mille fois les mains...
Bussy, charmante au dernier point El moi qui charmant ne suis point, Vous composons ces rimes plates.
L'abbé Le Vayer était en relations avec Scarron. Des vers de lui figurent parmi les pièces luminaires du Virgile travesty. Le Vayer de Boutigny parle de Scarron dans Tarsis et Zélie.
(48j Les épitres en vers et autres œuvres poétiques de M. de Bcris-Robert-Métel, 1659, p. 87.
(49) Tallemant : V. p. 176; IV, p. 12. Honorée, ditle chroniqueur, quand le petit Le Camus mourut, abandonné par les siens, « lui fit administrer les sacrements à ses dépens ».
(50) Tallemant : II, p. 202.
(51) Bibliothèque de l'Arsenal, ms. n" 4115, f° 1239, Épitre pour mademoiselle de Bussy à madame de La Ferté, û Rouen.
(52) Tallemant : II, p. 202.
422 • "ÎÎOTES
(53) Archives nationales, Y 193, f° 129. L'abbé, demeurant chez son père, rue des Bons-Enfants, paroisse Saint-Eustache, en reconnaissance des soins qu'il a reçus de ce dernier et ayant été pourvu par lui de « pensions suffisantes pour passer le reste de ses jours avec commodité, de sorte même qu'il a lui seul recueilli le fruit de tous les services que son dit père a rendus à la cour depuis sept ou huit années au hasard de sa propre vie qu'il a exposée pour la considération seule de l'avenir dudit sieur de La Mothe Le Vayer le fils » lui donner tous et chacuns les biens meubles et immeubles provenant de la succession de sa mère ».
(54) Loret ; Muze historique du 8 juillet i656. j
(55) Tallemant : II, p. 203.
(56) Dans ses Mémoires, 1656, I, 191, il indique ses relations avec les Le Vayer.
(57) Saint-Gabriel : Le Mérite des dames, 1663, p. 321.
(58) Angélique Petit : L'Amour eschapé, 1669, 11, 17, peint Honorée sous le nom de Sophronie.
(59) La Galerie des peintures, 1663, deuxième partie, p. 594.
(60) Le Vayer de Boutigny : op. cit., quatrième partie, p. 942,
(61) Nombreuses bibliothèques conservent des recueils contenant des extraits de La Mothe Le Vayer : Bibliothèque nationale, ms. n" 22962, f"' 167 et suiv. ; Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. n" 3206, f" 88 v°; Bibliothèque de Bordeaux, ms^ n" 681 ; Bibliothèque d'Orléans, ms. n° 828, etc. En outre, la Bibliothèque de VInstitut, coll. Godefroy, n» 217, f° 229, possède un Recueil de proverbes de la main de La Mothe Le Vayer.
(62) Les Satires de Boileau commentées par lui-même, édit. Fr. Lachèvre, 1906, p. 41.
(63) Œuvres de François de La Mothe Le Vayer, conseiller d'Estat ordinaire^ Paris, Augustin Courbé, 1656, deux volumes in-folio. L'Inventaire fait après le décès de Molière, 13-20 mars 4673, dans Eudore Soulié -.Recherches sur Molière et sur sa famille, 1863, p. 269, mentionne, parmi les volumes in-folio, a deux tomes du sieur de La Mothe Le Vayer ».
(64) Boileau lui dédia sa Satire IV, composée en 166'i et parue dans Nouveau Recueil de jilusieurs et diverses pièces galantes de ce temps, 1665, p. 56; Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes tant en prose qu'en vers, 1667, U, 55. D'après les Satires de Boileau commentées par lui-même, précitées p. 41, les louanges accordées par l'abbé à la Satire II, dédiée à Molière, auraient déterminé Boileau à lui offrir son œuvre nouvelle. Plus tard, Boileau ayant rompu avec La Mothe Le Vayer le père, écrira dans le Lutrin :
D'un Le Vayer épais Giraut est renversé.
(65) Coirespondance entre Boileau- Despréaux et Brosselle, édit. Laverdet, 1858, p. 517.
(66) Le Vayer deBoutigny : op. cit., quatrième partie, p. 1104 et suiv. ; René Kerviler : op. cit., p. 167. Gui Patin annonce sa mort dans sa lettre du 28 septembre 1664 et dépeint la douleur du vieux Le Vayer.
(67) Monmerqué crut avoir retrouvé, inédit, ce sonnet dans * les papiers d« Conrart. En réalité, il fut publié, du vivant de
Molière, dans Seconde Partie du Recueil de pièces galantes en prose et en vers de madame la comtesse de La Suze, d'une autre dame comme aussi de plusieurs et di/férenls autheurs, 1668, p. 72.
(68) Archives nationales, Y 206, f" 202 v, Acte du 27 novembre U6à.
(69) Tallemant : II, 202.
(70) Elle est désignée comme dame d'honneur dans la Donation précitée du 27 novembre, 1664. Voir aussi, État de la maison du toi Louis XIII. .., édit. GrheWe, 1912, p. 92, n» 3443. Elle garda cet emploi « sans gages » jusqu'en 1665,
(71) Archives nationales, Y 206, f" 289 v. Contrat du 29 décembre 466â. Présents d'une part : François de La Mothe Le Vayer, rue Traversière, et ses témoins, le duc et la duchesse d'Orléans ; d'autre part : Jean de La Haye, seigneur de Saint- Brisson, ambassadeur au Levant, Madeleine de Palluau, rue du Mail, leur fille Isabelle de La Haye et ses témoins : Denis de La Haye, seigneur de Ventelay, ambassadeur à ConstautinOple, ... de La Haye, seigneur de La Rousselle, Claude de La Haye, femme de Hierosme de Palluau, Denis de Palluau, seigneur du Fay, conseiller au Parlement, Marguerite de Palluau, veuve de Louis de Castelnau, seigneur du Rouvre, François de Montelon, avocat. Régime de la communauté. Dot de la jeune fille: trente mille livres dont quinze mille en argent et quinze mille en joyaux et meubles. Douaire alloué par l'époux : deux mille cinq cents livres. La Mothe Le Vayer fait donation à son épouse de tous ses biens à son décès. Le répertoire de l'étude de maître Lefebvre, notaire à Paris, à la date du 8 avril 1665, mentionne une Pension viagère^ par la ville de Lyon, au profit d'Elisabeth de La Haye, femme de François de La Mothe Le Vayer. Nous avons vainement cherché cet acte, absent du minutier. Sur Jean de La Haye et Isabelle, sa fille, Delfinius et Lise dans le Dictionnaire des Prétieuses de Somaize, voir ce que Livet en dit, dans son édition de cet ouvrage, aux mots Haye et Perrin. Voir aussi, Gui Patin : op. cit., III, 506; Patiniana, p. 75; Loret : Miize hisloriqiœ, édit. Livet, II, 42J, 567; 111,379,418; IV, "296.
(72) Gui Patin Mil, 484.
(73) Sur les querelles de la Faculté et, en particulier, la querelle de l'antimoine, V. Maurice Raynaud : Les Médecins au temps de Molière, 1862.
(74) Benserade : Œuvres, 1697, p. 275.
(75) La Mothe Le Vayer : Problèmes sceptiques, 1666, Faut-il déférer aux invectives dont usent beaucoup de personnes, à l'exemple de Caton, contre la médecine ? V. aussi : Petits traités en forme de lettres écrites à diverses personnes studieuses, 16i7, Des Remèdes, chapitre où l'on trouve entre les propos du philosophe et les propos prêtés par Molière à Béralde, dans le Malade imaginaire, de curieuses identités.
(76) Gui Patin : op. cit., III, p. 556, précise qu'André Esprit est raillé dans V Amour médecin. On a discuté sur la date de représentation de cette pièce. Les Lettres inédites du grand Condé et du duc d'Enghien sur la cour de Louis XIV, publiées par nous en 1920, confirment la date du 15 septembre 1665, adoptée par Louis Moland. On a prétendu, sur le dire de Le Boulanger de Chalussay (Elomire hypocondre), que Molière aurait attaqué la Faculté à la suite d'une querelle avec son propriétaire médecin. Eut-il un propriétaire médecin? On ne paraît pas l'avoir démontré. La raison que nous donnons de son ressentiment nous paraît plus digne de son caractère.
(77) Problèmes sceptiques, 1666 : Est-on obligé de suivre toujours dans la philosophie les sentiments d'Aristote? « Non, dit La JVIothe Le Vayer, car ce serait captiver nos esprits qui doivent être libres et faire tort îion seulement à Platon, mais encore à une infinité d'autres philosophes qui ont leurs opinions fondées sur des raisons probables et néanmoins contraires aux siennes ». Aristote n'étant point «un ange, mais un homme», était sujet à l'erreur. La Mothe Le Vayer revendiquait le libre arbitre et rejetait en bloc toutes les tyrannies de l'esprit. Néanmoins il reconnaissait l'utilité d'Aristote, car, disait-il, « il est absolument nécessaire d'observer quelque ordre dans nos études qui seraient trop confuses sans cela ».
(78) Tallemant : II, p. 200.
(79) Les conlimiateurs de Loret, édit., Rothschild et Picot, 1899, 111, p. 370, Lettre de Robinet du 22 décembre 1668. La gloire du Val de Grâce parut chez Ribou, 1669, in-4», puis chez Pierre Le Petit, 1669, in-4».
(80) Bibliothèque nationale, ms. n° 15012, publ. par Fr. Lachèvre : Bibliographie des recueils collectifs de poésies, III, 1904, p. U9.
(81) Tallemant : II, p. 203. Le blason d'Honorée portait les armoiries suivantes : « De sinople à la fasce d'argent ». Bibliothèque nationale, pièces originales, n" 1766 et Nobiliaire de Picardie précité.
(82) La Bibliothèque nationale, manuscrits, pièces originales, n" 1766, possède une Généalogie de la famille de Loynes par le chevalier de Courcelles, Paris, Plassan, 1825. D'après cette généalogie (imprimée et une autre manuscrite qui suit, toutes deux contenant des erreurs que nous rectifions) et Jal : op. cit., art. Loynes, de Julius III de Loynes, seigneur de Villefavreux et de La Pontberie, conseiller du roi le 14 janvier 1636, secrétaire de la marine le 27 août 1646, marié le 29 avril 1631 à Jeanne Régnier, fille de Pierre, contrôleur général des monnaies de France, et de Michelle Olivier, mort le 15 octobre 1653, étaient nés : I. Jean-Baptiste, bapt. le 3 juillet 1632, conseiller au parlement de Metz, puis conseiller d'État, marié : 1» en 1657 (contrat devant Daubanton et Manchon en date du 24 janvier) à Elisabeth de Loynes, fille de Philippe, président au parlement de Metz et de Elisabeth Langeac (Bibliothèque nationale, manuscrits, Chérin, n" 124) ; 2° à Gabrielle Elisabeth Ménardeau, veuve de Denis Sallo, conseiller au parlement de Paris, dont il eut : Jean-Baptiste; Gabrielle, mariée le 25 octobre 1695 à Jacques-Jules Le Bel, seigneur de Bussy ; Jeanne-Geneviève, religieuse visitandine. — IL Michel, bapt. le 25 octobre 1633. — III. Pierre, bapt. le 25 décembre 1634. — IV. Jules, bapt. le 30 octobre 1635, mari d'Honorée de Bussy. — V. Anne- Marie, bapt. le 2 janvier 1637, religieuse visitandine à Melun.
— VI. Anne, bapt. le 15 janvier 1638. — VII. Jeanne, née en 1639, mariée à Jean Pétau. — VIII. Léon, né en 1642, prêtre de Saint-Étienne-dii-Mont, puis abbé de Saint-Vimeur. — IX. Angélique, née en 1645. Un acte du 27 septembre 1651 [Pièces originales, n» 1766, p. 56) nous donne l'adresse delà famille rue Traversante, et prouve que Julius III était associé à des affaires de dessèchements de marais. Les de Loynes, seigneurs de Villefavreux, portaient sur leur blason : De gueules à deux sautoirs d'argent et une face gironnée de six j^ièces d'azur et d'or brochante sur tout, le coupé d'azur à sept besans d'or posés 4 et 3. Les titres de la famille figurent : Pièces originales, n" 1766 CMrin, n° 124.
(83) Archives nationales, Y 220, f" 62 \% Contrat du 12 septembre 1670. A ce moment, Jules de Loynes habite rue Saint- Ilonoré, par. Saiut-Eustache. La dot d'Honorée est composée de : un contrat de constitution de 500 livres de rente sur les aides et gabelles; une obligation de M. de Torcy de 5.400 livres du 28 janvier 1665; une constitution au principal de 6.000 livres dues par M. de Bressoles, du 26 janvier 1666; une constitution au principal de 5.400 livres dues par M. Parisot, maître des comptes, du 19 mai 1666 ; une constitution au principal de 3.500 livres dues par M. Rimbert, du 3 mai 1666; une constitution au principal de 6.000 livres dues par M. de Tracy, du 18 février 1668; une obligation de 4.500 livres dues par M. et madame de Na vailles, du 30 septembre 1668; une obligation de 8.000 livres dues par M. Penaullier du 8 novembre 1669; une obligation de 2.000 livres dues par M. et madame d'Albonne de novembre 1669 ; une constitution au principal de 10.000 livres dues par MM. de Nogent et de Serrant, du 24 décembre 1669; une obligation de 6.000 livres dues par M. Le Vayer dé la Chevalerie, du 25 août 1666. Deniers comptants : 8.200 livres. Meubles : 7.000 livres.
(84) Inventaire après décès des biens de Jules de Loynes, seigneur de Villefavreux, dressé par Caron, notaire à Paris, le 20 octobre i703. (Étude actuelle de maître Meunié, notaire à
Paris, 101, rue Réaumur.) Ces détails sont mentionnés dans l'Inventaire des papiers à la suite du résumé du contrat de mariage.
(85) Un acte du 11 mars 167:2, où Jean de Rainville, valet de chambre de Jules de Loynes, fondé de sa procuration, règle en son nom ses affaires de succession (Société de dessèchement des marais de Moreilles, voir plus haut note 81), donne leur adresse rue Levesque. (Bibliothèque nationale, manuscrits, pièces originales, n° 1766, f" 76). Les actes postérieurs fixent la rue des Fondeurs.
(86) La généalogie de la famille de Loynes par le chevalier de Courcelles précitée, ne mentionne pas le mariage de Jules de Loynes avec Honorée de Bussy. Par contre, elle attribue au premier un fils : Joseph, « qui, le 10 juin 1700, assista au mariage d'Antoine de la Voue, marquis deTourouvre ». Nous'ne trouvons pas trace de ce fils. S'il a existé, il était mort avant son père et sa mère, car il ne figure pas, à titre d'héritier, à leur succession.
(87) En 1687. Bibliothèque nationale, manuscrits, pièces origi' nales, n° 1766, généalogie manuscrite.
(88) Elle était quatrième enfant de Philippe de Loynes, seigneur d'Ivry, président à mortier au Parlement de Aletz, et d'Elisabeth Languet. Elle mourut sans postérité le 24 mai 1701. Ses vers figurent dans Becueil de sonnets en bouts-rimez à la gloire du roy..., 1686 et dans Vertron : La nouvelle Pandoi-e, 1698, I, 215, qui donne sur elle (11,470) des renseignements erronés.
i89) Fils de Pierre de Loynes et de Marie Baillet, Pierre de Loynes, seigneur de Parassy, épousa le 29 juillet 1683, à Saint- Nicolas-des-Charaps, Agnès Poquelin, fille de Jean-Baptiste, marchand bourgeois de Paris, et d'Anne de Faverolles. 11 était intendant de la douane de Lyon, président des trésoriers de
France au bureau des finances de la généralité de Bourges, intéressé aux affaires du roi. Il habitait rue Ville-l'Évêque, faubourg Saint-Honoré. On ignore le degré de parenté de Jean- Baptiste Poquelin avec Molière. Beffara le dit frère du poète, mais son assertion semble erronée.
(90) Testament olographe de Jules de Loyales, 26 décembre 1693 (Éhide de maître Meunié). Legs : au curé de Saint-Koch, 300 livres pour frais funéraires et le reliquat aux pauvres honteux de la paroisse ; à l'Hôpital général : 200 livres ; à l'Hôtel-Dieu : 200 livres; à l'œuvre de Saint-Boch : /lOO livres; aux laquais, au portier, au cocher : 50 francs; à Marthe Rat, femme de chambre d'Honorée : 60 livres par an ; à mademoiselle deChaumont: pension viagère de 300 livres; à mademoiselle de Bussy, religieuse à Saint-Sauveur d'Evreux : 40 francs par an; à M. de Maridat, s'il suppléait M. Le Yayer dans son rôle d'exécuteur : diamant de 50 pistoles.
(91) Codicille du 86 mars 4699. Il voulait que sa nièce Gabrielle de Loynes ne disposât que de l'usufruit de ses biens tant que son mari Jacques-Jules de Bussy vivrait. Il craignait l'appétit de ce dissipateur. De même il exprimait le vœu que le jeune officier ne fût pas tuteur de ses enfants, s'il lui en naissait. Enfin il attribuait une somme de 10.000 livres à son exécuteur testamentaire, M. Le Vayer de Vendeuvres [Étude de maître Meunié).
(92) « Biffé de ma main le 3 mai 1701. »
(93) Testament olographe du 5 mai 1701 et codicille du S mai 1702 (Étude de maître Meunié). Legs charitables et legs au personnel inchangés. Legs nouveaux : A madame de Bussy, veuve de Paul de Bussy : 300 livres de pension viagère à partager après sa mort entre ses petits enfants, M. £t mademoiselle de Mondon; à Jacques-Jules Le Bel de Bussy : une simple pension de 3.000 livres.
(94) Testament olographe et codicille dCIIonoiée de Bitssy, 8 juin et 28 octobre 1702 (Étude de maître Meunié). Legs : A madame de Bussy, sa belle-sœur : 2.000 livres et ses hardes « où il y a de l'or et de l'argent », du point d'Alençon et d'Angleterre; aux deux fils de madame de Mondon : 3.000 et 2.000 livres; à mademoiselle de Bussy la religieuse : 300 livres; à Jacques- Jules de Bussy : 1.000 livres; aux pauvres honteux et aux aveugles de Sain t-Cloud : 300 et 100 livres; aux pauvres honteux de Signy, en Poitou, « nostre village» : 200 francs; aux pauvres honteux de Saint-Roch : 100 francs, etc.. Elle ne veut pas que de ses dons à ses neveux et nièces de Mondon a: il en passe un sou par les mains de M. leur père ni leur belle-mère » .
(95) Nous n'avons pu retrouver son acte de décès. Elle vivait encore en octobre 1702, date de son codicille. En octobre 1703, les héritiers de son mari déposaient son testament chez Caron, notaire .
(96) L'inventaire après décès des biens de Jules de Loynes, 20 octobre-14 novembre 1703, précité, nous fournit cette date et ces détails. On fit sur place le procès-verbal de cette mort et l'inventaire des objets appartenant au défunt. Cette pièce est jointe h la précédente. Il est probable que la dépouille de Jules de Loynes fut transportée à Paris et inhumée à Saint-Roch. Le commissaire au Châtelet, François Dubois, posa les scellés sur la demeure de la rue des Fondeurs. L'inventaire fut fait à la requête de Jacques-Jules de Bussy, seigneur de La Pontherie, et de Gabrielle de Loynes, sa femme, légataire universelle, en présence de Jacques de Vin, substitut du procureur au Châlelet de Paris, représentant Jean-Baptiste-Philippe de Lo^-nes, seigneur de La Coudraye, héritier présomptif pour moitié des biens de son oncle. A cet inventaire, sont joints les inventaires de l'appartement de Jules de Loynes au château de Saint-Cloud et d'une maison lui appartenant à Paris. C'est dès le début de ces opérations que l'on découvrit, dans le tiroir d'un petit bureau, le testament d'Honorée de Bussy. On le déposa, le 20 octobre 1703, chez le notaire Caron. Des pièces (Bibliothèque natif)-
nale, manusaiits, pièces originales, n«1766, p. 121, 123 etsuiv.) nous montrent les héritiers de Jules de Loynes, Jean-Baptisle- Philippe et Gabrielle, faisant leurs arrangements de succession. En 1720 seulement (même dépôt, pièces originales, n° 562, acte du 2 avril 1720, devant notaire, à Poitiers et procuration du 8 mars 1720 jointe), Jacques-Jules Le Bel de Bussy et sa femme Gabrielle de Loynes règlent définitivement leurs legs aux légataires d'Honorée de Bussy.
(1) Brossette : Œuvres de M. Boileau-Despréauœ, avec des éclaircissements historiques donnés par lui-même, Genève, Fabri et Barillot, 1716, II, p. 237, publie V Arrêt burlesque de Boileau en y ajoutant une note. « Cet arrêt, dit-il, fut composé en 1674 » . Il n'en connaît, en effet, que l'édition de 1674. Il prétend que Racine y aurait collaboré. Cela nous paraît fort contestable. C'est à Brossette, propagateur d'une foule d'erreurs sur la vie et les œuvres de son ami Boileau, que l'on doit les anecdotes concernant le président de Lamoignon et auxquelles nous faisons allusion.
Saint-Marc : Œuvres de M. Boileau- Despréaux, 1747, IH, p. 108 et suiv,, a fait précéder sa publication de V Arrêt burlesque de Boileau d'un très long avertissement. Il y conteste les dires de Brossette et apporte quelques éclaircissements intéressants, en particulier les noms des principaux ennemis de la philosophie de Descartes au s<3in de l'Université. Pas plus que Brossette, Saint-Marc n'a connu l'édition de V Arrêt burlesque de 1671 . Ni l'un ni l'autre, par suite, n'ont été informés de la participation de Molière à la bataille contre l'Université, cette participation n'étant indiquée que dans la préface de Bernier à l'édition originale de 1671.
Les commentateurs postérieurs de Boileau, Berriat-Saint-Prix et autres, se bornent à reproduire les documents de Saint-Marc.
(2) Bibliothèque de La Rochelle, ms. n° 673, f» 149. ïallemant des Réaux a conservé, dans son manuscrit, une copie de V Arrêt burlesqy£. Il en connaît, avec son exactitude coutumière, la vraie date. 11 écrit en note : « Des Préaux fît cette folie à propos de l'arrêt du Parlement de l'an 1671 par lequel il est défendu d'enseigner dans l'Université autre doctrine que celle d'Aristote touchant la philosophie ».
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