‹ Une année `a FlorenceChapitre 119 sur 148 · IL SIGNOR ANGA · texte numérisé non relu

IL SIGNOR ANGA

Le lendemain, quand nous nous réveillâmes, les côtes do Sicile étaient a peine visibles. Comme le veut avait continué d'être favorable, nous avions fait une quinzaine de lieues dan notre nuit, c'était le tiers a peu pies de la distance que nous avions a parcourir. SI le temps ne changeait pas, il y

avaii doue, probabilité que m arriverions avani le lendo-

maiti malin à Panlhellerie.

Vers les IrOiS heure, de l'iipre, uii.li, au ftlO ni OÙ UOUS

fumions, COUChéS BUr nos lits, dans de grandes i hili. uques turques, d'exeellenl laliae. du Sinaï que nous avait d( é

Gargallo, le capitaine nous appela. Connue nous savions qu'il ne nous dérangeait jamais à moins de cause impor-

tante, nous nous levâmes aussitôt et allâmes le joindre sur le pont Alors il nous fit remarquer, a une demi-lieue de nous à peu près vers noire droite ei a l'avant, un je d'eau qui, pareil à une source jaillissante, s'éleva'u à une dizaine de pieds au-dessus de la mer. N "US lui demandâmes la cause de ce pliénimiène. C'était ioui ce qui restait de la fameuse île Julia.donlnousavons raconté la fantastique bistoire. Je priai le capitaine.de nous faire passer le plus près possihlede cette espèce de trombe. Notre désir fut aussitôt transmis à Nur.zio. qui gouverna dessus, et au bout d'un quart d'heure nous en fûmes à cinquante pas.

A celte distance, l'air était imprégné d'une forte odeur de bitume, et la mer bouillonnait sensiblement. Je lis tirer de l'eau dans un seau; elle était tiède Je priai le capitaine d'avancer plus près du centre de l'ébuiliiion. et nous fîmes encore une vingtaine de pas vers ce point; mais arrivé là, Nnnzio parut désirer ne pas s'en approcher davantage. Comme ses désirs en général avaient force de loi, nous y déférâmes aussitôt ; et, laissant l'ex-île Julia à notre droite, nous aliâmes nous recoucher sur nos lits et achever nos pipes, tandis que le bâtiment, un instant détourné de sa direction, remettait le cap sur Panthellerie.

Vers les sept heures du soir, nous aperçûmes une terre à l'avant. Nos matelots nous assurèrent que c'était la notre île. et nous n*us couchâmes dans cette confiance. Ils ne nous avaient pas trompés. Vers les trois heures, nous fûmes réveillés par le bruit que faisait notre ancre en allanl chercher le fond. Je sortis le nez de la cabine, et je vis que nous étions dans une espèce de port.

Le matin, ce furent, comme d'habitude, mille difficultés pour mettre pied à terre. Il était fort qu?siion du choléra, et les Panthelleriotes voyaient des cholériques partout. On nous prit nos papiers avec des pincettes, on les passa au vinaigre, on les examina avec une lunette d'approche ; enfin il fut reconnu que nous étions dans un état de santé satisfaisant, et l'on nous permit de mettre pied à t ne.

Il est difficile de voir rien de plus pauvre et de plus misérable que celle espèce de bourgade semée au bord de la mer, et environnant d'une ceinture de maisons sales et décrépites le petit port où nous avions jeté l'ancre. Une auberge où l'on nous conduisit nous repoussa par sa ma'propreté ; et, sur la promesse de Pietro, qui s'engagea a nous faire faire un bon déjeuner à la manière des gens du pays, nous passâmes outre, et nous nous mimes en chemin à jeun.

Les principales curiosités du pays sont les deux grottes que l'on trouve à une demi-lieue à peu près dans la montagne, et dont l'une, appelée le Poêle, est h chaude, qu'à peine y peut-on rester dix minutes sans que les habits soient imprégnés de vapeur. L'autre, qu'on appelle la Glacière, est au con raire si iroide qu'en moins d'une demi-heure une carafe d'eau y gèle complètement. Il va sans dire que les médecins se sont emparés de ces deux grottes comme d'une double bonne fortune, et y tuent annuellement, les uns par le chaud et les autres par le froid, un certain nombre de malades.

En sortant du Poêle, nous vîmes Pietro qui était en liain d'écoreber un chevreau qu'il venait d'acheter dix franc?. Deux troncs d'oliviers transformés en chenets, et une bro cheen laurier rose, devaient, avec l'aide d'un feu cyrfopéen préparé dans l'angle d'un rocher, amener l'anima! tout entier à un degré de cuisson satisfaisant. Sur une pierre plate étaient préparés des raisins secs, des figues et des châtaignes, dont, à défaut de truffes, on devait bourrer le rôti. « .iiiii. qui avait vou u dépecer le chevreau pour en faire îles ls, des éclanchesel des filets, avait eu le . ci serval, unit en déplorant l'infériorité de sa position, d'aide de cuisine à Pietro.

Nous nous acheminâmes vers la Glacière, où nous entrâmes après avoir, sur la recommandation de notre guide, eu le win de nous laisser refroidir à point. La précaution n'élail pas inutile, la température y étant 1res certainement à dis de rés au-dessous de léro. J'en soins bien vile, mais j'y donnai l'ordre qu'on y laissai notre eau ei notre vin. Quelques questions, que nous fîmes a notre guide sur les causes géologiques qui déterminaient ce double phén

restèrent sans réponse ou amenèrent des réponses telles que je ne pris pas même la peine île les consigner sur mon album.

En sortant de la glacière', notre cicérone nous demanda si noire intention n'était pas de monter au sommet de la montagne la plus élevée de l'île et au haut de laquelle nous apercevions une espèce de petite église. Nous demandâmes ce qu'on voyail du haut delà montagne; on nous répondit qu'on voyait l'Afrique. Celle promesse, jointe à la certitude que le déjeuner ne serait prêt que dans deux heures au moins, nous ayant paru une cause déterminante, nous répondîmes affirmativement. Aussitôt, du groupe qui nous environnait et qui nous avait suivis depuis la ville, nous regardant avec une curiosité demi-sauvage, se détacha un homme d'une trentaine d'années qui* se glissant entre les rochers, disparut bientôt derrière un accident de terrain. Comme cette disparition, qui avait suivi immédiatement notre adhésion, m'avait frappé, je demandai à notre guide quel était cet homme qui venait de nous quitter; mais il nous répondit qu'il ne le connaissait pas, et que c'était sans doute quelque pâtre. J'essayai d'interroger deux autres Panthelleriotes ; mais ces braves gens parlaient un si singulier patois, qu'après dix minutes de conversation réciproque, nous n'avions pas compris un seul mot de ce que nous nous étions dit. Je ne les en remerciai pas moins de leur obligeance, et nous nous mimes en roule.

Le sommet de la montagne est à deux mille cinq cents pieds Z peu près au-dessus du niveau de la mer; un chemin tort distinctement tracé et assez praticable, surtout pour des gens qui descendaient de l'Etna, indique que la petite chapelle dont j'ai déjà parlé est un lieu de pèlerinage assez fréquenté. Aux deux tiers de la montée à peu près, j'aperçus un homme que je crus reconnaître pour celui qui nous avait quittés, et qui courait ,, travers lorrens, rochers et ravins. Je le montrai à Jadin. o i se contenta de me répondre :

— Il parait que ce monsieur est fort pressé.

Notre corlége avait continué de nous suivre, quoique évidemment ii n'attendit rien de nous. Comme, au reste, il ne nous demandait rien, et que nous n'en éprouvions d'autre imporlunité que l'ennui d'être regardés comme des bêles curieuses, nous ne nous étions aucunement opposés à l'honneur qu'on nous faisait. Notre escorte arriva donc avec nous au sommet de la montagne où était située la chapelle. Sur le seuil de la porte, un homme, revêtu d'un costume de moine, nous attendait ens'essuyant le front. Au premier coup d'oeil, je reconnus notre esealadeur de rochers; alors tout nie fut expliqué : i! avait pris les devans pour revêtir son costume religieux, et il se disposait a nous offrir une messe. Comme la messe, à mon avis, tire sa valeur d'elle-même et non pas de l'officiant qui la dit, je fis signe que j'étais prêt à l'entendre. A l'instant même nous fûmes introduits dans la chapelle. En un tour de main, les préparatifs furent faits ; deux des assislans s'offrirent pour rempiir les fonctions d'enfant de chœur, et l'office divin commença.

La religion est une si grande chose par elle-même, que quel '.pie soit le voile ridicule donl l'enveloppe la superstition ou la cupidité, elle parvient toujours;'! en dégager sa tête sublime dont elle regarde le ciel, et scs deux mains dont elle embrasse la terre. Je sais, quant à moi, qu'aux premières paroles sainti s qu'il avait prononcées, le moine spéculateur avait disparu pour faire plan', sans qu'il §'en doutât certes lui-même, à un véritable ministre du Seigneur. Je me repliais sur moimême, et je pensais ù mon isolement, perda que j'étais sur le sommet le plus élevé d'une Ile presque inconnue, jetée comme un relai entre l'Europe et l'Afrique, a la merci de g' us don: je comprenais a peine le langage, el n'ayant pourme remettre en communication avec le monde qu'une frêle barque, que Pieu, au milieu de la tempête, avait prise dans une de ses mains, tandis que de l'autre il luisait auiour de nous, comme du verre, des frégates el des vaisseaux a trois ponls. Pendant un quart d heure à peine que dura celle messe, je me retrouvai par e souvenir en conlacl avec tous les cires que j'aimais el dont j'étais aime, quel que fûl le coin de la lerre qu'ils habitassent.

Je vis en quelque sorte repasser devant moi toute ma vie, ure qu'elle se déroulait devant mes veux, tous les

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noms aimés vibraient les uns après les aulres dans mon cœur. Et j'éprouvais à la fois une mélancolie profonde et une doucrur infinie à songer que je priais pour eux, tandis qu'ils ignoraient même dans quel lieu du monde je me trouvais. Il résulta de celle disposition que, la messe finie, le moine, à son grand étonnement, ainsi qu'à celui de l'assemblée qui avait entendu l'office divin par dessus le marché, vit, au lieu de deux ou trois carlins qu'il comptait recevoir, tomber une piastre dans son escarcelle. C'était, certes, la première fois qu'on lui payait une messe ce prix-là.

En sortant delà petite chapelle, je regardai autour de moi. A gauche s'étendait la Sicile, pareille à un brouillard. Sous nos pieds était l'île, qu'enveloppait de tous rôles la Méditerranée, calme et transparente comme un miroir. Vue ainsi, Panthellerie avait la forme d'une énorme tortue endormie sur l'eau. Comme en tout l'île n'a pas plus de dix lieues de tour, on en distinguait tous les détails, et a la rigueur on en aurait pu compter les maisons. La partie qui me parut la plus fertile et la plus peuplée est celle qui est connue dans le pays sous la désignation d'Oppidolo.

Cependant, comme la faim commençait à se faire sentir nos yeux, après avoir erré quelque temps au hasard, finirent par se fixer sur l'endroit où se préparait notre déjeuner. (Quoiqu'il y eût trois quarts de lieue de distance au moins du point où nous nous trouvions jusqu'à cet endroit, l'air étai si limpide, que nous ne perdions aucun des mouvemens de Pietro et de son acolyte. Lui, de son côté, s'aperçut sans doute que nous le regardions, car il se mil à danser une tarentile, qu'il interrompit au beau milieu d'une figure pour aller visiter le rôti Sans doute le chevreau approchait de son point de cuisson, car, après un examen consciencieux de l'animal, il se retourna vers nous et nous fit signe de revenir.

Nous trouvâmes notre couvert mis au milieu d'un charmant bois d'azefoliers et de lauriers roses, tout entrelacés de vignes sauvages. Il consistait tout bonnement en un tapis étendu à terre, el au-dessus duquel s'élevait un beau palmier dont les longues branches retombaient comme des panaches. Notre vin glacé nous attendait; enfin des grenades, des oranges, des layons de miel <t des raisins, formaient un dessert symétrique el appétissant au milieu duquel Pietro vin l dép ser, couché sur une planche recouverte de grandes feuilles de plantes aquatiques, notre chevreau rôti à point et exhalant une odeur merveilleusement appétissante.

Comme le chevreau pouvait peser de vingt-cinq à trente livres, et que., quelque faim que nous eussions, nous ne comptions pas le dévorer a nous deux, nous invitâmes Pietro à en faire part à la société, qui, depuis notre débarquement, nousawiii fail l'honneur de nous suivie Comme on le devine bien, l'offre fui accepiée sans plus de façon qu'elle était faite. Nous nous réservâmes une pari convenable, tant de la chair de l'animal que des accessoires dont on lui avait bourré le ventre, et le reste accompagné d'une demi-douzaine de bouteille de vin de Syracuse, fut généralement offert à notre suite. Il en résulta un repas homérique des plus pittoresques ei. pour que rien n'y manquât, au dessert, le berger qui nous avait vendu lecbevreau, el qui san remords aucun en avait mangé sa part, j ua d'une < - pèce de musette au son

de laquelle, tandis que is fumions voluptueusement nos

longues pipes, iienx Panthelleriotes, par manière de remerciemeni san doute nationale qui

tenait le, milieu entre la tarentelle napolitaine ci le boléro

andalou kprè quoi is prîmes chacun une tasse de café

bouilli et non passé, c'est-à-dire a la turque, t 1 1 tidlroc '.Ms ia mII ■.

i.n arrivant ur le port, nous aperçûme le capitaine qui

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nous m et, â t otre gran i étonnement,

nou remarquant! que le capitaine par ail avec une ! orte de

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excita ma curiosité, et je demandai au capitaine quel était le respectable vieillard avec lequel il avait l'honneur de l'aire la conversation quand nous l'avions interrompu. Il nous répondit que c était Son Excellence il signor Anga, ex-capitaine de nuit à Syracuse.

Maintenant, comment le signor Anga, de capitaine de nuit, était-il devenu argousin? C'était une histoire assez curieuse que voici

Pendant les années 4810, 1811 et 4812, les rues de Syracuse se trouvèrent tout à coup infestées de bandits si adroits et en même temps si audacieux, que l'en ne pouvait, la nuit venue, mettre le pied hors de chez soi sans être volé et même quelquefois assassiné Bientôt ces expéditions nocturnes ne se bornèrent pas à dévaliser ceux qui se hasardaient nuitam ment dans les rues, mais elles pénétrèrent dans les maisons les mieux gardées, jusqu'au fond des appartenons les mieux clos, de sorte que la forêt de Bondy, de picaresque mémoire, était devenue un lieu de sûreté près la pauvre ville de Syracuse.

Et tout cela se passait malgré la surveillance du signor Anga, capitaine de nuit, auquel du reste on ne pouvait faire que le seul reproche d'arriver cinq minutes trop tard, car, à peine une maison venait-elle d'être pillée, qu il accourait avec sa patrouille pour prendre le signalement des voleurs ; à peine un malheureux venait-il d'être assassiné, qu'il était la pour le relever lui même, recevoir ses derniers aveux s'il respirait encore, et dresser procès verbal du terrible événement.

Aussi chacun admirait-il la prodigieuse activité du signor Anga, tout en déplorant, comme nous lavons dit. qu'un ma— gistrat si actif ne poussât pas l'activité jusqu'à arriver dix minutes plus tôt au iieu d'arriver cinq minutes plus tard La ville tout entière ne s'en applaudissait pas moins d'être si bien gardée, et pour rien au monde n'aurait voulu qu'on lui donnât un autre capitaine de nuit que le signor Anga.

Cependant les vuls continuaient avec une effronterie toujours croissante. Un jeune officier, logé dans le couvent de Saint-François, venait de recevoir un solde arriéré en piastres espagnoles; il dépo-a son petit trésor dans un tiroir de son secrétaire, prit la clef dans sa poche, et s'en alla dîner en ville, se reposant sur la double sécurité que lui offraient la sainteté du lieu où il logeait, el le soin qu'il avait pris de cadenasser ses trois cents piastres.

Le soir en rentrant, il trouva son secrétaire forcé et le liroir vide.

De plus, comme il tombait ce soir-là des torrens de pluie, et que rien n'est antipalhiqueauSicilien comme d'être mouillé, le voleur avail pris le parapluie du jeune officier.

L'officier, désespéré, courui à l'inslani même chez le capitaine Anga, qu'il irouva, malgré le temps abominable qu'il faisait, revenant d'une de ses expéditions nocturnes, si dévouées el malheureusement si infructueuses. Malgré la fatigue du signor Anga, et quoiqu'il tut mouillé jusqu'aux os et crotté pjsqu'aux genoux, il ne voului pas faire attendre le p aiguant, reçut sa déposition séance tenante, el lui promit de mettre des le lendemain toute sa brigade à la poursuite de ses piastre*, de son parapluie il de sis voleurs.

Mais iroi- mois s'écoulèrenl sans que l'on retrouvât ni voleuis, ni parapluie, ni piastres.

Au bout de ces trois moi?, un jour qu'il faisait un temps pareil a celui pendanl lequel son vol avait eu lieu, le jeune officier, propriétaire d'un parapluie neuf, traversait la grande place de Syracuse, lor qu'il crul voir un parapluie si exactement pareil a Celui qu'il avail perdu, rue le désir lui prit an sitôt de lier CGnnai sauce avec l'individu qui le portait.

En i onséquence, au détour de la première rue, il arrêta l'Inconnu pour lui demander son chemin; l'inconnu le lui Indiqua t'oit poliment. L'officier s'informa du nom de celui chez qui il avaii trouvé une si gracieuse obligeance et il apprit .i Interlocuteur n'élali aulreque le domestique de con- II mee de la signora Anga, femme du capitaine de nuit. Ci tte décou ei te di ■ naii d'autanl plus -rave, que le leune

OÛll Ici avait acquis une preuve il recusalile que le parapluie

en question élall bien le sien. Tout en causant avec le do-

mrslique, il avait retrouvé ses deux initiales gravées sur un petit écusson d'argent qui ornait la pomme du parapluie, que le voleur n'avait pas voulu priver de cet ornement.

L'officier courut, par le chemin le plus court, chez le capitaine de nuit ; le signor Anga était absent pour affaire de service; l'officier se fit conduire chez madame, et lui raconta comment elle avait un voleur ou tout au moins un receleur à son service. Madame Anga jeta les hauts cris, jurant que la chose était impossible ; en ce moment même, le domestique rentra; le jeune officier, qui commençait à s'impatienter de dénégations qui ne tendaient à rien moins qu'à le faire passer pour fou ou pour imposteur, prit le domestique par une oreille, l'amena devant sa maîtresse, lui arracha des mains le parapluie qu'il tenait encore, montra l'écusson, et fit reconnaître les deux initiales pour être les siennes. Il n'y avait rien à répondre à cela; aussi maîtresse et domestique élaientils fort embarrassés, lorsque la porte s'ouvrit, et que le signor Anga parut en personne.

L'officier renouvela aussitôt son accusation, soutenant que, les piastres ayant disparu en même temps que le parapluie, et le parapluie étant relrouvé, les piastres ne pouvaient être loin. Le signor Anga, surpris par un dilemme aussi positif, se troubla d'abord, puis, s'étant bientôt remis, répondit insolemment au jeune officier, et finit par le mettre à la porte.

C'était une faute : cette colère donna au volé des soupçons qu'il n'eût jamais eus sans cela. Il courut chez le colonel anglais qui tenait garnison dans la ville: le colonel requit le juge, et le juge, suivi du greffier et du commissaire, fit une descente chez le signor Anga, qui, à sa grande humiliation, fui forcé de laisser faire perçuisilion chez lui.

On avait déjà visité toute la maison sans que cette visite amenât le moindre résultat, lorsque le jeune officier, qui, en sa qualité de partie intéressée, dirigeait les recherches, s'aperçut, en traversant le rez-de-chaussée, que ce rez-dechaussée était parqueté, chose très rare en Sicile. Il frappa du pied, et il lui sembla que le parquet sonnait plus fort le creux qu'un honnête parquet ne devait le faire. Il appela le ju^e, lui fit part de ses doutes; le juge fil venir deux charpentiers. On leva le parquet, et l'on trouva, les unes à la suite des autres, quatre caves pleines, non-seulement de parapluies, mais de vases précieux, d'étoffes magnifiques, d'argenterie portant les armes de ses propriétaires, enfin un bazar tout entier.

Alors tout fui expliqué, et celte longue impunité des voleurs n'eut plus besoin de commentaires. Il signor Anga était à la fois le chef et le receleur de ces industriels. Le SOUS prieur du couvent où était logé le jeune homme éia'u son associé. L'a fia ire de ce digne moine était surtout l'écoulement des objets volés. Le signor Anga était, au reste, un nomme remarquable, qui avait organisé son commerce en grand, et qui avait des espèces de comptoirs à I.enlini, à Calata-Girone et a Calata-Niselta, c'est-à-dire dans toutes les villes où il y avait de grandes foires; et cependant, comme on le voit, malgré celle active industrie, malgré ces débouchés nombreux, le signor Anga opéraii si en grand, que, lorsquon les découvrit, ses magasins étaient encombrés.

Le iiMu'nc arrêté échappa, par privilège ecclésiastique, à la jilslic" séculière, et fui remis à son évcque. Comme depuis

celte époque nul ne le revit, on présume qu'il fut enterré (lins quelque in puce, où l'on retrouvera un jour son squelette.

Quant au signor Anga, il fut condamné aux galères perpétuelles. Envoyé d'abord simple forçai à Vallano, de hi.au bout de cinq ans de boune conduite, il fut transporté à Panthellerie, ou, pendant cinq autres années, n'ayanl donné lieu a uni une plainte, il fut élevé au grade d'argousiri, qu'il occupe tionorabh meut depuis douze années, avec l'espoir de pat Ber incessammenl garde-cbiournte.

C'est ce que lui souhaitait notre capitaine en prenant

Congé de lui.

Meni de quitter Panlbellerie, je fus curieux de me faire une expérience) j'y misa la poste les lettres que j'avais

écrites à mes amis, et qui étaient datées de l'île de Porri ; elles parvinrent à leur destination un an après mon retour; il n'y a rien à dire.

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