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SAINTE ROSALIE

Comme il signor Hercurlo achevait son récit, Jaditl baron 8... al le vicomte de H... entrèrent -, le garçon de

tel leur avait procuré une fenêtre dans la rue de! I ils venaient nie chercher pour l'occuper avec eux.

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ŒUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS

Us sourirent en me voyant en têleà tête avec lesignor Mercurio, qui, de son côté, à leur aspect, se retira le plus discrètement du monde, emportant les deux piastres dont j'avais payé son abominable histoire.

De mon côté, comme j'avais le sourire de ces messieurs sur le cœur, et que j'éprouvais pour cet homme un dégoût qu'ils ne pouvaient comprendre, puisqu'ils n'en connaissaient pas la cause, j'appelai le garçon, je lui déclarai que, si le signor Mercurio rentrait dans ma chambre, je quitterais à l'instant l'hôtel.

Cet ordre a porté ses fruits, et je suis certain qu'encore aujourd'hui je passe à Palerme pour un puritain de première classe.

Je ne demandai à ces messieurs que le temps de m'habiller. Comme la maison dans laquelle nous avions loué une fenêtre était a cinq cents pas à peine, nous ne jugeâmes pas à propos de faire atteler pour cela, et nous nous y rendîmes a pied.

La ville avait le même air de fête; les rues étaient encombrées de monde, il nous fallut près d'une heure pour faire ces cinq cents pas.

Enfin, nous atteignîmes la maison, nous montâmes au second étage, nous entrâmes en possession de notre fenêtre. Il y en avait deux dans la chambre, mais l'autre était occupée par une famille anglaise; le locataire, auquel nous avions sous-loué, se tenait debout et prêt à en faire les honneurs.

La première chose qui me frappa en jetant les yeux sur la rue fut, au troisième étage de la maison en face de nous, un énorme balcon, en manière de cage, tenant toute la largeur de la maison; sa forme était bombée comme celle d'un vieux secrétaire, et les grilles qui le composaient étaient assez serrées pour qu'on ne pût voir que fort confusément au travers.

Je demandai au maître de la maison l'explication de celte singulière machine, que j'avais déjà au reste remarquée à plusieurs autres maisons: c'était un balcon de religieuses.

Il y a aux environs de Palerme, et à Palerme même, une vingtaine de couvens de filles nobles : en Sicile comme partout ailleurs, les religieuses sont censées n'avoir plus aucun commerce avec le monde; mais en Sicile, pays indulgent par excellence, on leur permet de regarder le fruit défendu auquel elles ne doivent pas toucher. Elles peuvent donc, les jours de fête, venir prendre place, je ne dirai pas à ces balcons, mais dans ces balcons, où elles se rendent de leur couvent, si éloigné qu'il soit, par des passages souterrains et et par des escaliers dérobés. On m'a assuré que, lors de la révolution de 1820, quelques religieuses, plus patriotes que les autres, avaient, emportées par leur enthousiasme national, versé du haut de ce fort imprenable de l'eau bouillante sur les soldais napolitains.

A peine celte explication nous était-elle donnée, que la volière te remplit do ses oiseaux invisibles; qui se mirent aussitôt à caqueter à qui mieux miens. Autant que j'en pus jugei par le bruit et par le mouvement, le balcon devait bien contenir nue cinquantaine de religieuses.

L'aspect qu'offr il Païenne «tait si vivant et si varié, que,

quoique nous fussions venus au moins deux heures trop lot,

hem i oulèrent sans un seul moment d'ennui ;

enfin, au bruil d'une salve d'artillerie qui se (il entendre, à la

rumeur qui courut pur la ville, ah mouvemeni qui se lii parmi

tan , nousjui i âm i q e le char se meflail en route.

Effectivement, nous cornu tiçàm < bientôt à l'apercevoir â e la rue del Cassero, au liers de laquelle à peu près nous non, trouvions; il s'avançait lentement et mail iraîné par cinquante bœufs blani aux cor- .1 hauteur atteignait celle des maison , le , plu , p mie, on modelées en carton et en cire doui I] était i ouvert, il pouvait contenir sur lages, ei sur une espi ce de proue qui s'élan< ail en avant, pareille a celle d un val u eau de i ent-quaranleù ctnt-clnquanlep rsonne i,les unes jouant à toutes sor.

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partie que d'oripeaux et de clinquant, elle ne laissait point que d'être imposante. Notre hôte s'aperçut de reflet favorable produit sur nous parla gigantesque machine; mais, secouant la tète avec douleur, au lieu de nous maintenir dans notre admiration, il se plaignit amèrement de la foi décroissante et de la lésinerie croissante de ses compatriotes. En effet, le char, qui aujourd'hui égale à peine en hauteur les toits des palais, dépassait autrefois les clochers des églises; il était si lourd, qu'il fallait cent bœufs au lieu de cinquante pour le traîner; il était si large et si chargé d'ornemens, qu'il défonçait toujours une vingtaine de fenêtres. Enfin, il s'avançait au milieu d'une telle foule, qu'il était bien rare qu'en arrivant à la place de la Marine, il n'y eût pas un certain nombre de personnes écrasées. Tout cela, on le comprend, donnait aux fêles de sainte Rosalie une réputation bien supérieure à celle dont elles jouissent aujourd'hui, et flattait fort l'amour-propre des anciens Palermitains.

En effet, le char passa devant nous, nous nous aperçûmes que les autorités municipales ou ecclésiastiques de Palerme, je ne saurais trop dire lesquelles, avaient fort tiré à l'économie : ce que nous avions pris de loin pour de la soie était du simple calicot, les gazes des draperies étaient singulièrement fanées, et les ailes des anges avaient grand besoin d'être remplumées, vers leurs extrémités surtout, qui avaient fort souffert des ravages du temps et du frottement de la machine.

Immédiatement après le char, venaient les reliques de sainte Rosalie, enfermées dans une châsse d'argent et posées sur une espèce de catafalque porté par une douzaine de personnes qui se relayent et affectent de marcher canin caha, à la manière des oies. Je demandai la cause de cette singulière façon de procéder, et l'on me répondit que cela tenait à ce que sainte Rosalie avait un léger défaut dans la tournure.

Derrière cette châsse, un spectacle bien plus étrange et bien plus inexplicable encore nous attendait: c'étaient les reliques de saint Jacques et de saint Philippe, je crois, portées par une quarantaine d'hommes, qui vont sans cesse courant h perdre haleine et s'arrêtant court. Ce temps d'arrêt leur sert à laisser former un intervalle d'une centaine de pas entre eux et les reliques de sainte Rosalie; aussitôt cet intervalle formé ils se, remettent à courir de nouveau, et ne s'arrêtent que lorsqu'ils ne peuvent aller plus loin ; alors ils s'arrêtent encore pour repartir un instant après, et ce transport des reliques des deux saints s'exécute ainsi, par courses et par haltes, depuis le moment du départ jusqu'au moment de l'arrivée. Celle espèce de mythe gymnastique fait allusion à un fait tout en l'honneur des deux élus : un jour qu'on transportait leur châsse, je ne sais pour quelle cause, d'un lieu à un autre, elle passa par hasard dans une rue que dévorait un incendie; les porteurs s'aperçurent qu'a mesure qu'ils s'avançaient, le feu s'éteignait; alin que le feu fit le moins de dégât possible, ils se mirent à courir; cette ingénieuse idée fut couronnée du plus entier succès. Partout où ce n'était qu'un incendie ordinaire, la llamme disparut aussitôt; seulement, là où l'incendie était le plus acharné, il fallut s'arrêter une ou deux minutes. De là les courses, de là les halles. Comme on le comprend bien, cette aptitude des deux saiuls a combattre les incendies rend inutile â Palerme le corps royal des sapeurs-pompiers.

Après les reliques de sainl Jacques et de saint Philippe venaient celles de sainl Nicolas, portées par une di/aine d'hommes dansant et valsant. Celte façon de rendre hommage fl la mémoire d'un saint nous ayant aussi paru assez étrange, nous en demandâmes l'explication : ce à quoi on nous répondit que, saiul [Nicolas étant de son vi van I d'un

naturel ion jovial, on n'avait rien trouvé de mieux que ceirâ marche chorégraphique, qui rappelait parfaitement la gaieté

de son raraeiere.

Derrière saint NrCDiBS ne venait rien autre chose que le peuple^ lequel marchait comme il l'entendait.

Celle marche triomphale, qui avait commencé vers midi,

ne fui guère ai neVéc que sur les cinq heures. Alors les voitures enrôlèrent de noiiveiin dans le:, nies ; la promenade (le

la Marine rommene:ui.

Ln soirée offrit les mêmes délires que h veille. En général

les plaisirs italiens ne sont point varies : on fait aujourd'hui ce qu'on a fait hier, et l'on fera demain ce qu'on a fait atijourd nui. Nous eûmes donc feu d'artifice, danses à la Flora, corso à minuit, et illuminations jusqu'à deux heures.'

Tout en assistant aux honneurs rendus à sainte Rosalie à Païenne, nous avions lié, pour le lendemain, la partie d'aller faire un pèlerinage a sa chapelle, située au sommet du mont Pellegrino. En conséquence, nous avions commandé à la fois une voiture et des ânes; une voiture, pour aller tant que la route serait carrossable, et les ânes pour faire le reste du chemin.

Le mont Pellegrino n'est, à vrai dire, qu'un squelette de montagne; toute la terre végétale qui le couvrait autrefois a été successivement emportée dans la plaine par lèvent ou par la pluie. Une route magnifique, posée sur des arcades et dis anciens Romains, conduit a la moitié de sa hauteur, à peu près. Là, nous Iroùvâtoes, comme nous l'avions ordonné d'avance, un relai de ces magnifiques ânes de Sicile qui, s'ils étaient transportés chez nous, feraient honte, nonseulement à leurs confrères, mais encore à ocaucolip de chevaux : c'est cette supériorité dans l'espèce qui leur vaut sans doute l'honneur de servir de montures aux dandys et aux lions de Palerme, quand ils vont faire leurs visites du malin.

Après une heure de montée, nous arrivâmes à la chapelle de Sainte-Rosalie, qui n'est rien autre chose que la grotte dans laquelle la sainte retirée du monde a vécu loin de ses séductions. Au dessus de l'entrée de la grotte est son arbre généàlogjque parfaitement en règle, depuis Charlemagne jusqu'à Sinibaldo, père de la sainte.

Sainte Rosalie était fiancée au roi Roger, lorsqu'au lieu d'attendre tranquillement, dans la maison paternelle, son royal époux, elle s'enfuit un malin, et disparut pour ne plus revenir. Elle avait alors quatorze ans.

Sainte Rosalie se réfugia dans la caverne du mont Pellegrino, où elle vécut solitaire et mourut ignorée, se livrant à la méditation et conversant avec les anges. Au mois de juillet JJ32-4, au milieu d'une peste terrible qui dévastait la ville de Palerme, un homme du peuple eut une vision. Il lui sen.bla qu'il se promenait hors des portes de Palerme, lorsqu'une colombe, descendant du ciel, se posa à quelques pas de lui: il alla à la colombe, mais la colombe reprit son vol et alla se poser à quelques pas plus loin ; il la suivit de nouveau, et de vols en vols la colombe finit par entrer sous la grotte de sainte Rosalie, où elle disparut : alors le songeur se réveilla. Comme on le pense bien, il comprit qu'un pareil rêve n'était autre chose qu'une révélation. A peine lit-il jour, qu'il se leva, sortit de Païenne, et aperçut la colombe conductrice. Alors se renouvela en réalité la vision de la nuit. Le brave homme suivit la colon)! e saris la perdre de vue, et entra un instant après elle dans la grotte. La colombe avait disparu, mais il y trouva le coi ps de la sainte.

C« corps était parfaitement conservé, et il semblait, quoique cinq siècles se fussent écoulés depuis le moment de sa h ml, que |'éluè dû Seigi eur vint d'expirer à l'instant même; elle avait dû mourir a l'âgé de vingt-huit ou trente ans.

1. 'homme à la colombe accourut en grande hâte à Palerme, et lit part à l'archevêque du songe qu'il axait fait, et de la précieuse trouvaille qui en avait é;é la suile. L'archevêque a<M mbla aussiiùi tout le clergé; puis, croix et bannières en tête, on alla chercher le corps de sainte Rosalie à la caverne qui lui avait servi de tombeau ; et, après l'avoir posé sur un <i"e, on l'amena à Palerme, où on le fit pp. mener par 1rs nies, porté sur les épaules de douze jeunes Biles, velues «le blanc, couronnées de (leurs, et tenant des palmes à la main. Le même jour la peste cessa : c'était le 15 juillet IC2I.

Iies-lors il devint impossible de douter que la lille de Sinibaldo ne fût une sainte, et, comme cetie sainte avait sauvé la ville, on mit la ville sous sa protection. Depuis ce temps, son culte s'est maintenu avec une fleur de jeunesse el de poésie qui est le partage de bien peu d'élues.

L'enirée de la grotte est demeurée dans sa simplicité primitive: c'est une espèce de vestibule, taillé en plein roc el décoré de médaillons de Charles III, de Ferdinand I" el de

Marie-Caroline. Ce vestibule est séparé du sanctuaire par une ouverture qui va de la vente au sommet de la montagne. et par laquelle pénètre le jour; dis plantes et des' fleurs grimpantes ont poussé dans celle gerçure, et retombent en guirlande dans l'intérieur de la caverne; à un certain moment de la journée, les rayons du soleil pénètrent par cette ouverture, el séparent le vestibule de la chapelle par un ardent rayon de lumière.

Le sanctuaire renferme deux autels.

Le premier à gauche est dédié à sainte Rosalie. Il s'élève à l'endroit même où fut retrouvé le corps de la sainte. Une statue en marbre, ouvrage de Caggini, a remplacé les reliques, qu'on a enfermées dans une châsse Celle statue représente use belle vierge couchée dans l'attitude d'une jeune fille qui dort ; eile a la tête appuyée sur une de ses mains, et de l'autre tient un crucifix. La robe dont elle est enveloppée, et qui e-t un don du roi Charles III, a coûté 5,0(10 piastres -, elle porte, de plus, un collier de diamans au cou, des bagues ù tous les doigts, et sur la poitrine, pendues à un ruban noir el à un ruban bleu, les croix de Malle et de MaritvThén:^'. Près de la sainte sont une tète de mort, une écuelle, un bourdon, un livre et une discipline d'or massif; comme Ja robe, ces différais objets sont un don du roi Charles III.

Le second autel, situé au fond de la grotte, et en face de son ouverture, est placé sous l'invocation de la Vierge ; mais, il faut le dire à la gloire de sainte Rosalie, tout dédié qu'il est à la mère du Christ, il est infiniment moins riche, infiniment moins beau, et surtout infiniment moins fréquenté que le premier. Derrière cet autel se trouve la source où buvait la sainte.

La chapelle de Sainte-Rosalie est, comme nous l'avons dit, le refuge des amours persécutés. Si les amans qu'on veut séparer parviennent un beau matin à se réunir, et qu'on ne les rattrape pas dans le trajet qui sépare Palerme de la montagne, ils sont sauvés : une fois entrés dans la caverne, les droils des parens cessent, et ceux de la sainte commencent. Le prêlre leur demande s'ils veulent être unis, et sur leur réponse affirmative leur dit une messe : la messe finie, ils sont mariés; ils peuvent revenir au grand jour, et bras-dessus, bras-dessous, à Palerme. Les parens n'ont plus rien à dire.

Au moment où nous arrivions dans la chapelle, le prêlre accomplissait, selon toute probabi iié, une union de ce genre : un jeune homme et une jeune fille étaient agenouillés devant l'autel, sans autre témoin de leur union que le sacristain qui servait la messe. Notre arrivée parut d'abord leur causer quelque inquiétude, mais, nous ayant reconnus pour étrangers, ils ne firent plus attention à nous. Nous nous agenouillâmes à quelques pas d'eux, en attendant que la messe fût dite.

La messe achevée, ils se levèrent, remercièrent le prêtre, sortirent de la grotte, montèrent sur leurs ânes el disparurent. Ils étaient maiiés.

Nous interrogeâmes le prêtre, qui nous dit qu'il ne se passait guère de semaines sans qu'une cérémonie pareille s'a» omplit.

En rentrant chez nous, nous trouvâmes pour le lendemain une invitation à dîner de la pari dû vice-roi, le prince de Çampo-Franco ; nous lui avions l'ail remettre là veille nos lettrés il recommandation, et, avec cette politesse parfaite qu'on ne rencontre guère que chez les grands seigneurs Italiens, il leur latsail honneur à l'instant même.

Le prince de Campo-Franco a quatre (ils; c'est le second de ses fils, lé comte de Lûccnësi Palli, qui à épousé madame la duchesse de Perry : il était nionieniauemeni en Sicile p ùr y amener dans le caveau de sa famille le corps de la pelile lille née pendant la captivité de Rlaye, et qui venait de mourir.

Comme celle invitation à dîner était pour la maison de campa ;ne du prince, située, comme presque toutes les villas des riches Pâlermilains, a la Ba hërie, nous partîmes deux OU trois heures ptus loi qu'il li'élail nécessaire, alin d'avoir le temps de visini le fameux palais du prince de l'alagonia, modèle de grotesniïè cl miracle de folie.

ŒUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS

La route que l'on prend pour se rendre à la Bagherie est la même que nous avions déjà suivie pour venir à Païenne. A un quart de lieue de la ville, on passe l'Orèthe, l'ancien Eleuthère dePtolémée, etaujourd'hui le fiumedelAmiraglio. Ce filet d'eau, majestueusement décoré du nom de fleuve, traversait autrefois la ville et se jetait dans le port; mais il a été détourné de son ancien lit, sur l'emplacement duquel on a bâti la rue de Tolède.

C'est aux environs de la Bagherie que Roger, comte de Sicile et de Calabre, remporta sur les Sarrasins, vers 1072, la grande bataille qui lui livra Palerme.

Notre voilure s'arrêta en face du palais du prince de Palagonia, que nous reconnûmes aussitôt aux monstres sans nombre qui garnissent les murailles, qui surmontent les portes, qui rampent dans le jardin; ce sont des bergers avec des têtes d'âne, de jeunes filles avec des têtes de cheval, des chats avec des figures de capucin, des enfans bicéphales, des hommes à quatre jambes, des solipèdes a quatre bras, une ménagerie d'êtres impossibles, auxquels le prince, à chaque grossesse desa femme, priait Dieu de donner une réalité, en permeliant que la princesse accouchât de quelque animal pareil à ceux qu'il avait soin de lui mettre sous les yeux pour amener cet heureux événement. Malheureusement pour le prince, Dieu eut le bon esprit de ne pas écouter sa prière, et la princesse accoucha tout bonnement d'enfans pareils a tous les autres enfans, si ce n'est qu'ils se trouvèrent ruinés un beau jour parla singulière folie de leur père.

Un aulre caprice du prince était de se procurer toutes les cornes qu'il pouvait trouver : bois de cerf, bois de daim, cornes de bœuf;., cornes de chèvre, défenses d'éléphant même, tout ce qui avait forme recourbée et pointue était bien venu au château, et acheta par le prince presque sans marchander. Aussi, depuis l'antichambre jusqu'au boudoir, depuis la cave jusqu'au grenier, le palais était hérissé de cornes : les cornes avaient remplacé les patères, les portemanteaux, les pitons; les lustres pendaient à des cornes, les rideaux s'accrochaient à des cornes ; les buffets, les ciels de lit, les bibliothèques, étaiiH surmontés de cornes. On aurait donné vingt-cinq louis d'une corne, que dans tout Palerme on ne l'aurait pas trouvée.

L'art n'a rien à faire dans une pareille débauche d'imagination : palais, cours, jardin, tout cela est d'un goût détestable, et ressemble à une maison bâtie par une colonie de fous. Jadin ne voulut pas même compromettre son crayon jusqu'à en faire un croquis.

Pendant que nous visitions le palais Palagonia, nous fûmes joints par le comte Alexandre, troisième fils du prince de Campo Franco ; il avait appris noire arrivée, et venait au devant de nous, afin que nous eussions quelqu'un pour nous présenter à son père et à ses frères aines que nous n'avions point encore vus.

La villa du prince de Campo-Franro est sans contredit, pour la situation surtout, une des plus délicieuses qui se puissent voir : les quatre fenêtres de la salle à manger s'ouvrent sur quatre points de vue différais, un de mer, un de montagne, un de plaine et un de. forêt.

Le dîner fut magnifique, mais tout sicilien, c'est-à-dire qu'il y eul force glaces et quantité de fruits, mais fort peu de pol "h el de viande. Nous dûmes paraître des ichlyophages et des carnivores de première force, car nous fûmes, Jadin et moi, à peu près les seuls qui mangèrent sérieusement.

Après le diner on nous servit le café sur une terrasse

rte de firiirs; de celle terrasse on apercevait tout le

{,'cilli-, nue partie de Palerme, le monte Pcllegrino, et enfin

au milieu de la mer, au large, comme un brouillard flottant

à l'horizon, L'He d'Alciurl. L'heure que nous pa I s sur

, Lie terra ie, el pendant laquelle nous vîmes le soleil se (uni lier el le paysage traverser toutes les dégradations de lumière, depuis l'or vif jusqu'au bleu sombre, esl une de i c

heures indescriptibles qu'on retrouve dans ga mén 'e en

fermant les yeux, mais qu'on De peut ni faire comprendre »vcc la plume, ni peindre avec le crayon.

A neuf heures du soir, par une nuit délicieuse, nous quittâmes la Bagherie, et nous revînmes à Palerme.

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