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PIERRE D'ARAGON

Le premier soin des seigneurs siciliens fut de faire partir

deux ambassades, l'une pour Messine, l'autre pour A'rovll : la première adressée à leurs compatriotes, el la seconde à Pierre d'Aragon.

Voici la lettre des Palermitains, conservée encore aujourd'hui dans les archives de Messine (I) :

« De la part de tous les lialmans de Païenne el de tons leurs fidèles compagnons en a: mes pour la liberté de la Sicile, à tous les gentilshommes, barons el hàbltans de la ville de Mes.ine, salut el éternelle amitié.

n Nous vous faisons savoir que, parla grâce de Dieu,

(I) Il est inutile de dire que nciis u'invi ntons rien, et que les

lettres lont copiées i"r les originaux ou traduites avec la plus grande exactitude.

OEUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS

nous avons chassé de notre terre et de nos contrées les serpens qui nous dévoraient nous et nos enfans, et suçaient jusqu'au lait du sein de nos femmes Or, nous vous prions et su, plions, vous que nous tenons pour nos frères et pour nosani'S, que vous fassiez ce que nous avons fait, et que vous vous souleviez contre le grand dragon, notre commun ennemi, car le temps est venu où nous devons être délivrés de notre servitude et sortir du joug pesant de Pharaon; car le temps est venu où Moïse doit tirer les fils d'Israël de leur captivité ; car le temps est venu enfin où les maux que nous avons soufferts nous ont laves des péchés que nous avions commis. Donc que Dieu le père, dont la toute-puissance nous a pris en pitié, vous regarde à votre tour, et que sous ce regard, vous vous réveilliez et vous leviez pour la liberté.

» Donné à Palerme, le 14 de mai 1382. <>

Pendant ce temps, le roi Pierre d'Aragon était aux mains avec Mira-Bosecri, roi de B«ugie, et tous les Sarrasins d'Afrique, car à peine avaient-ils vu l'armée aragonaise prendre pied à Alcoyll et s'y forlifiwr, qu'ils avaient envoyé des cavaliers par tout le pays pour erier la proclamation de guerre ; de sorte que Pierre d'Aragin, adossé à la mer et ayant derrière lui sa flotte, commandée par Roger de Lauria, avait devant lui, enveloppant la muraille qu'il avait fait faire, plus de soixante mille hommes, tant Maures et Arabes que Sarrasins.

Il arriva qu'un jour on lui dit qu'un Sarrasin demandait à lui parler à lui-même, refusant de s'ouvrir à aucun autre de la nouvelle importante qu'il prétendait apporter. Le roi ordonna qu'il fut aussitôt introduit devant lui et devant les seigneurs qui l'entouraient; mais le Sarrasin, voyant ce grand nombre de chevaliers, refusa de s'ouvrir en leur présence, et déclara qu'il ne dirait rien qu'au roi et a son aumônier. Le roi, qui était très brave, et qui d'ailleurs ne quittait jamais ses armes offensives et défensives, avec lesqueles il ne craignait ni Arabes, ni Maures, ni Sarrasins, ni qui que ce fut au monde, ordonna aussitôt à chacun de se retirer, et demeura seul avec l'archevêque de Barcelone et l'étranger.

Le Sarrasin alors se jeta aux genoux du roi et lui dit :

— Mon noble roi et seigneur, j'étais du nombre de ceux qui devaient embrasser la religion chrétienne avec le roi de Constaniine, à qui le Seigneur fasse paix ! mais, comme heureusement personne ne savait la détermination que j'avais prise, j'échappai au massacre, et, pour qu'on ne se doutât de rien, je me réunis à tes ennemis. Maintenant voici que j'ai un grand secret à te dire; mais, si je ne me faisais chrétien d'abord, je trahirais, en le disant, les Sarrasins, car, avant encore le même dieu qu'eux, je devrais avoir les mêmes intérêts; tandis qu'au contraire, une fois baptisé, les chrétiens deviennent mes Irères, et ce seraient eux que je trabirais en ne te disant point ce que j'ai à te dire. Ainsi dune, si tu veux savoir la nouvelle que je l'apporte et qui est, je te le répète, de la plus grande importance pour toi et les liens, consens a être mon parrain, et fais-moi baptiser par le saint archevêque qui est près de toi.

Alors don Pierre se lelourna vers l'archevêque, et lui dit en langue catalane :

— Que pensez-vous de cela, mon père?

— Qu'il ne faut écarter personne de la voie du Seigneur, répondit l'archevêque, et qu'il faut accueillir comme venant de Dieu quiconque veut aller à Dieu.

Alors le roi se retourna vers le Sarrasin et lui demanda :

— D'où es-tu et comment l'appelles-lu?

— Je suis de la ville d'Alfandcch, et je m'appelle Yacoub Ben-Assan.

— Es-tu décidé a renoncer à ta ville et a ta croyance, et a échanger ton nom de Yacoub Ben-Ass^n contre celui de Pierre '/

— c'est ce que je désire sincèrement, répondit leSarrasin.

— Fait'-ï di m \ i.ti i- office, mon père, dll le roi Et l'arène-

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