REPUBLIQUES ITALIENNES
Un mot d'histoire sur cette Italie que nous allons parcourir; en faisant d'abord le tour du tronc, nous verrons mieux ensuite dans quelle direction s'étendent tous les rameaux.
Dieu mit six jours à sa genèse; l'Italie six siècles à la sienne.
Ce furent surtout les villes des côtes, qui, les premières, se trouvèrent mûres pour la liberté. Déjà, du temps deSolon, on avait remarqué que les marins étaient les plus indépendans des hommes. Ainsi que les déserts, la mer est un refuge contre la tyrannie; l'homme qui se trouve sans cesse entre le ciel et l'eau, riche et puissant de l'espace qu'il a devant lui, a bien de la peine à reconnaître d'autre maître que Dieu.
Il en résultait que Gènes et Pise relevaient bien de l'empire comme les villes de l'intérieur, mais, plus que celles-ci cependant, elles s'étaient peu à peu soustraites à sa domination. Dans les expéditions qu'elles faisaient pour leur propre compte dans les iles de Corse et de Sardaigne, elles traitaient depuis longtemps de la paix et de la guerre, des rançons et des tributs, et cela selon leur bon plaisir et sans en rendre compte a personne. Grâce à cet acheminement vers l'indépendance, ces deux villes étaient iléjà, sur la fin du X« siècle, dans un si grand étal de prospérité, qu'en 982, Olhon envoya sept de ses barons pour obtenir de la marine pisane un renfort de galères qui le secondât dans son expédition de Calabre. Pendant qu'ils étaient à Pise, Olhon mourut. Celte mort rendait leur voyage inutile; mais ce n'était pas sans envier le sort des Toscans qu'ils avaient vu la fertilité de leur plaines et la richesse de leurs cités. Séduits par les promesses d'avenir que le ciel avaient fait à ce beau pays, ils obtinrent de la municipalité le titre de citoyens, et de l'évêque l'inféodation de quelques châteaux. Ce fut la tige des sept familles pisanes qui demeurèrent trois siècles à la tête de la faction guelfe ou gibeline, ils se nommaient Visconti,Godimarl, Orlandi, Veccbionesi, Gualandi, Slsmondi, Lanfrancbi.
De son côté, cènes, couchée aux pieds de ses montagnes arides, qui la séparent rumine une muraille de la Lombardie.
CËUVRHS COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS
fière de l'un des plus beaux ports de l'Europe, déjà peuplé de vaisseaux au X» siècle, tirant de sa situation le bénéfice d'être isolée du siège de l'empire, se livrait dans toute l'ardeur de sa jeune existence au commerce et à la marine. Pillée en 936 par les Sarrasins, moins d'un siècle après, c'était elle qui se liguait avec les Pisans pour aller leur reporter en Sardaigne le fer et le feu qu'ils étaient venus apporter en Ligurie; et Caffaro, auteur de sa première chronique commencée en 1401 et achevée en 1164, nous apprend qu'à cette époque Gênes avait déjà des magistrats suprêmes, que ces magistrats portaient le titre de consuls, qu'ils siégeaient alternativement au nombre de quatre ou de six, et qu'ils restaient en place trois ou quatre ans.
Quant aux villes du centre de l'Italie, elles étaient demeurées en retard. L'esprit de liberté qui avait soufflé sur les côtes avait bien passé sur Milan, sur Florence, sur Pérouse et sur Arezzo; mais n'ayant point la mer pour y lancer leurs vaisseaux, ces villes avaient continué d'obéir aux empereurs-, lorsque le moine Hildebrand fut appelé, en 1075, au pontificat, sous le nom de Grégoire VII; Henri IV régnait alors.
Trois ans à peine s'étaient écoulés depuis l'exaltation du nouveau pape, dans lequel devait se personnifier la démo cratie du moyen-âge, qu'en jetant les yeux sur l'Europe, et en voyant le peuple poindre partout comme les blés en avril, il avait compris que c'était à lui, successeur de Saint-Pierre, de recueillir celte moisson de liberté qu'avait semée la parole du Christ. Dès 1076, il publia donc une décrétale qui défendait à ses successeurs de soumettre leur nomination à la puissance temporelle : de ce jour la chaire pontificale fut placée au même étage que le trône de l'empereur, et le peuple eut son César.
Cependant Henri IV n'était pas plus de caractère à renoncer à ses droits, que Grégoire VII n'était d'esprit à s'y soumettre ; il répondit à la décrétale par un rescrit. Son ambassadeur vint en son nom à Rome ordonner au souverain pontife de dépo.-er la thiare, et aux cardinaux de se rendre à sa cour, afin de désigner un autre pape. La lance avait rencontré le bouclier, le fer avait repoussé le fer. Grégoire Vil répondit en excommuniant l'empereur. A la nouvelle de celte mesure, les princes allemands se rassemblèrent à Terbourg, et comme l'empereur dans sa co. 1ère avait dépassé ses droits, qui s'étendaient à l'investiture et non à la nomination, ils menaçaient de le déposer en vertu du même droit qui l'avait élu, si, dans le terme d'une année, il ne s'était pas réconcilié avec le sainl-siége.
Henri fut forcé d'obéir : il apparut en suppliant au sommet de ces Alpes qu'il avait menacé de franchir en vainqueur; et par un hiver rigoureux, il traversa l'Italie pour aller, à genoux et pieds nus, demander au pape l'absolution de sa faute. Asti, Milan, Pavie, Crémone et Loili le virent ainsi passer; et, fories de sa faiblesse, elles- saisirent le prétexte de sou excommunication pour se délier de leur serment. De son côté, Henri IV, craignant d'irriter encore le pape, ne tenta point même de les faire rentrer sous son obéissance et ratifia leur liberté: ratification dont elles auraient à la rigueur pu se passer, comme le pape de l'investiture. Ce fut de c Lie ivii Ion entre le saint-siége et l'empereur, entre le peuple et la féodalité, que se formèrent les factions guelfe et gibeline.
Pendant ce temps, et comme pour préparer la liberté de Florence Godefroy de Lorraine, marquis de Toscane, et sa femme mouraient l'un en 1070 et l'autre en 1076, i la comtesse datbilde héritière et souveraine du i i;iful Qefqui ait Jamais existé en Italie. Mariée deux fois, la première avec Godefroy le jeune,, la seconde avec Guelfe de Bavii re, elle se sépara successivement de ses deux épi.ux et mourut sans héritier, léguant ses biens a la chaire de atnl Pierre.
Cite mort laissa Florence à peu près libre d'imiter les
autres villes d'Italie. Bile s'érigea doue en république, don*
nant H son tour l'exemple qu'elle avait reçu, à Sienne, à Pis-
toia et a Arezzo
Cependant la noblesse florentine, sans rester indifférente
à la grande querelle qui divisait l'Italie, n'y était point entrée avec la même ardeur que celle des autres villes; elle estait divisée, il est vrai, en deux partis, mais non en deux camps. Chacun de ces partis s'observait ave plus de défiance que de haine, et si ce n'était déjà plus la paix, ce n'était du moins pas encore la guerre.
Parmi les familles guelfes, une des plus nobles, des plus puissantes et des plus riches, était celle des Buondelmonti. L'aîné de cette maison était fiancé avec une jeune fille de la famille des Amadei, alliée aux Uberti, et connue pour ses opinions gibelines Buondelmonte des Buondelmonti était seigneur de Monte-Buono, dans le val d'Arno supérieur, et habitait un superbe palais situé sur la place de la Trinité.
Un jour que, selon son habitude, il traversait, à cheval et magnifiquement velu, les rues de Florence, une fenêtre s'ouvrit sur son passage, et il s'entendit appeler par son nom.
Buondelmonte se retourna ; mais, voyant que celle qui l'appelait était voilée, il continua son chemin.
La dame l'appela une seconde fois, et leva son voile. Alors Buondelmonte la reconnut pour être de la maison des Donati, et arrêtant son cheval, il lui demanda avec courtoisie ce qu'elle avait à lui dire.
— Je n'ai qu'à te féliciter sur ton prochain mariage, Buondelmonte, reprit la dame d'un ton railleur ; je ne veux qu'admirer ton dévouement, qui te fait allier à une maison si fort au-dessous de la tienne. Sans doute un ancêtre des Amadei aura rendu quelque grand service à un des tiens, et tu acquittes une dette de famille.
— Vous vous trompez, noble dame, répondit Buondelmonte; si quelque distance existe entre nos deux maisons, ce n'est point la reconnaissance qui l'efface, mais bien l'amour. J'aime Lucrezia Amadei, ma fiancée, et je l'épouse parce que je l'aime.
— Pardon, seigneur Buondelmonte, continua la Gualdrada ; mais il me semblait que le plus noble devait épouser la plus riche, la plus riche le plus noble, et le plus beau la plus belle.
Mais jusqu'à présent, répondit Buondelmonte, il n'y a que le miroir que je lui ai fait venir de Venise qui m'ait montré une figure comparable à celle de Lucrezia.
— Vous avez mal cherché, monseigneur, ou vous vous êtes lassé trop vite. Florence perdrait bientôt son nom de ville des fleurs, si elle ne comptait point dans son parterre de plus belle rose que celle que vous allez cueillir
— Florence a peu de jardins que je n'aie visités, peu de fleurs dont je n'aie admiré les couleurs ou respiré le parfum ; et il n'y a guère que les marguerites et les violettes qui aient pu échappera mes yeux en se cachant sous l'herbe.
— Il y a encore le lis qui pousse au bord des fontaines et grandit à l'ombre des saules, qui baigne ses pieds dans le ruisseau pour conserver sa fraîcheur, et qui cache sa beauté dans la solitude pour garder sa pureté.
— La signora Gualdrada aurait-elle dans le jardin de son palais quelque chose de pareil à me faire voir?
— Peut-être, si le seigneur Buondelmonte daignait me faire l'honneur de le visiter.
Buondelmonte jeta la bride de son cheval aux mains de son page et s'élança dans le palais Donati.
La Gualdrada l'attendait au haut de l'escalier; elle le guida par des corridors obscurs jusqu'à une chambre relirée Elle ouvrit la porte, souleva la tapisserie, et Buondelmonte aperçut une jeune fille endormie.
Buondelmonte demeura saisi d'admiration : rien d'aussi beau, d'aussi frais et d'aussi pur ne s'était encore offert à sa vue. C'était une de ces fêles blondes si rares en Italie que Raphaël en a fait le type de ses vierges ; c'était un leiut si blanc qu'on aurait dit qu'il s'était épanoui au pâle soleil du nord ; c'était une taille si aérienne que Buondelmonte craignait de respirer, de peur que cet ange, en se réveillant, ne remontai au ciel l
La Gualdrada laissa retomber le rideau. Buondelmonte fil un mouvement pour la retenir, elle lui arrêta la main.
— Voici la fiancée que je t'avais gardée, solitaire et pure»
lui dit-elle ; mais tu t'es hâté, Buondelmonte, tu as offert ton cœur à une autre. Va ! c'est bien ! va, et sois heureux. Buondelmonte interdit, gardait le silence.
— Eh bien! continua la Gualdrada, oublies-tu qae la belle Lucrezia t'attend?
— Écoute, lui dit Buondelmonte en lui prenant la main, si je renonçais a cette alliance, si je rompais les engagemens pris, si j'offrais d'épouser ta tille, me la donnerais-tu P. ..
— Et quelle serait la mère assez vaine ou assez insensée pour refuser l'alliance du seigneur de Monte-Buono!
Alors Buondelmonle leva la portière, s'agenouilla près du lit de la jeune fille, dont il prit la main, et comme la dormeuse enlr'ouvrait les yeux : « Réveillez-vous, ma belle fiancée, lui dit-il. o Puis se retournant vers la Gualdrada . « Envoyez chercher le prêtre, ma mère; et si votre fille m'accepte pour époux, conduisez-nous ù l'autel ! »
Le même jour, Buondelmonte épousa Lucia Gualdrada, de la maison desDonati.
Le lendemain, le bruit de ce mariage se répandit. Les Amadei doutèrent quelque temps de l'outrage qui leur avait été fait, mais un moment vint où ils n'en purent plus douter) Alors ils convoquèrent leurs parens, les Uberti, les Fifanti. les Lamberti et les Gualdalandi ; et lorsqu'ils furent i assemblés, leur exposèrent la cause de cette réunion. Dans ces temps d'honneur irascible et de prompte vengeance, un pareil affront ne pouvait se laver que dans le sang. Mosca proposa la mort de Buondelmonte, et sa mort fut résolue à l'unanimité.
Le matin de Pâques, Buondelmonte venait de traverser le vieux pont, et descendait Longo-l'Arno, lorsque plusieurs hommes à cheval, comme lui, débouchèrent de la rue de la Trinité, et marchèrent à sa rencontre. Arrivés à une certaine distance, ils se séparèrent en deux troupes, afin de l'attaquer de deux côtés. Buondelmonte reconnut ceux qui venaient ù lui pour des ennemis; mais soit confiance dans leur loyauté ou dans son courage, il continua son chemin sans donner aucune marque de défiance ; loin de la, en arrivant près d'eux, il les salua avec courtoisie Alors Schazello des Uberti sortit de dessous son manteau son bras armé d'une masse, et d'un seul coup il renversa Buondelmonte de cheval. Au même moment, AddoArrighi mettant pied à terre. de peur qu'il ne fût qu'étourdi, lui ouvrit les veines avec son couteau. Buondelmonte se traîna jusqu'au pied de Mars, protecteur païen de Florence, dont la statue était encore debout, et expira. Lebrua de ce meurtre ne tarda point à retentinlans la ville. Tous les parens de Buondelmonte se rassemblèrent dans la maison mortuaire, tirent atteler un char, et y placèrent dans une bière découverte le corps de la victime. La jeune veuve s'assit sur le bord du cercueil, appuya la tête fracassée de son époux sur sa poitrine; les plus proches parens l'entourèrent, et le cortège se mit en marche par les rues de Florence, précédé du vieux père de Buondelmonte, qui, vêtu de deuil, et monté sur un cheval caparaçonné de noir, criait de temps en temps d'une voix gourde : Vengeance! vengeance! vengeance 1
A la vue de <e cadavre ensanglanté, à la vue de cette belle veuve pleurante et les cheveux épars, à la vue de ce père qui précédait le cercueil de l'entant qui aurait dû suivre le sien, les esprits s'exaltèrent et chaque maison noble prit parti selon son opinion, son alliance ou sa parenté. Quarante-deux familles du premier rang se firent Guelfes, c'està-dire Papistes, et prirent le parti de Buondelmonte; vinj i quatre se déclarèrent Gibelins, c'est-à-dire Impérialistes, ei reconnurent les Uberti pour leurs chefs. Chacun rassembla aes serviteurs, fortifia ses palais, éleva ses tours, et pendant trente trois ans la guerre civile, se renfermant dans les murs de Florence, courut échevelée par ses rues et par ses places publiques.
i ependant les Gibelins qui, comme on l'a vu, étaient numériquement les plus faillies de près de moitié, désespérant de vaincre s ils liaient rédnlts i leurs propres forces, sV dratsèrentà l'empereur, qui leur envoya seize cents cavaliers allemands. Cette troupe s'introduisit furtivement dans la ville par une des portes appartenant aux Gil>elins, el la nuit
de la Chandeleur 1248, le parti guelfe vaincu fut forcé d'abandonner Florence.
Alors les vainqueurs, maîtres de la ville, se livrèrent à ces excès qui éternisent les guerres civiles. Trente-six palais furent démolis et leurs tours abattues; celle des Toringhi, qui dominait la place du vieux Marché, et qui s'élevait, toute couverte de marbre, à la hauteur de cent vingt brassées, minée par sa base, croula comme un géant foudroyée. Le parti de l'empereur triompha donc en Toscane, et les Guelfes restèrent exilés jusqu'en 1231, époque de la mort de Frédéric IL
Celte mort produisit une réaction ; les Guelfes furent rappelés, et le peuple reprit une partie de l'influence qu'il avait perdue. Un de ses premiers réglemens fut l'ordre de détruire les forteresses derrière lesquelles les gentilshommes bravaient les lois. Un rescrit enjoignit aux nobles d'abaisser les tours de leurs palais à la hauteur de cinquante brasses, et les matériaux résultant de cette démolition servirent à élever des remparts à la ville, qui n était point fortifiée du côté de l'Arno. Enfin, en 1252, le peuple, pour consacrer le retour de la liberté à Florence, frappa avec l'or le plus pur cette monnaie qu'on appela florin, du nom de la ville qui lui donna naissance, et qui depuis 700 ans est restée. à Unième effigie, au même poids et au même titre, sans qu'aucune des révolutions qui suivirent celle à laquelle le florin devait sa naissance ait osé changer son empreinte populaire, ou altérer son or républicain.
Cependant les Guelfes, plus généreux ou plus coutians que leurs ennemis, avaient permis aux Gibelins de rester dans la ville : ceux-ci profitèrent de cette liberté pour ourdir une conspiration qui fut découverte. Les magistrats leur tirent alors porter l'ordre de venir justifier leur conduite; mais ils i poussèrent les archers du podestat à coups de pierres et de flè lies. Tout le peuple se souleva aussiiôt, on vint attaquer les ennemis dans leurs maisons, on fit le siège des palais et des forteresses ; en deux jours tout fut fini. Schazello des Uberti, le même qui avait assommé Buondelmonle, mourut les armes à la main. Un autre Uberti et un Iufangati eurent la tète tranchée sur la piai du vieux Marche, et ceux qui échappèrent au massacre ou ;i la justice, guides parFarinata des Uberti, sortirent de la ville et allèrent demander à Sienne un asile qu'elle leur accorda.
Farinata des Uberti était un de ces hommes de la famille du baron des Adrets, du connétable Bourbon, et de Lesdiguières, qui naissent avec un bras de fer et un eieur de. bronze, dont les yeux s'ouvrent dans une ville assiégée et se ferment sur le champ de bataille : plantes arrosées de sang et qui portent des fleurs et des fruits sanglans i
La mort de l'empereur lui ôtait la ressource ordinaire aux Gibelins, qui était de s'adresser à l'empereur. Il envoya alors îles députés ù Manfred, roi de Sicile. Ces députés demandaient une arimje. Manfred offrit cent hommes. Les ambassadeurs étaient sur le point de refuser cette offre qu'ils regardaient comme dérisoire; mais Farinata leur écrivit : « Acceptez toujours, l'important est d'avoir la bannière de Manfred parmi les nôtres, et quand nous l'aurons, j'irai la planter dans un tel lieu qu'il faudra bien qu'il nous envoie un renfort pour l'aller reprendre. »
Cependant l'armée guelfe poursuivit les Gibelins, et vint établir son camp devant la port'1 deCamoglia, dont la poussière était si douce à Alhéri(l). Aprè^ quelques escarmouches sans conséquence, Farinata. ayant reçu les cent hommes d armes que lui t-n\ ■■% ait Manfred, ordonna une sortie, et leur lit distribuer les meilleurs vins de la Toscane, puis lorsqu'il vit le combat engagé entre le^ Guettes et les Gibelins, sous prétexte de dégager les siens, il se mil à la tète de ses auxiliaires allemands, et leur fil faire une charge tellement profonde, que lui el ses cent hommes d'armes se trouvèrent enveloppés par les ennemis. Les Alleman ls se battirent en désespérés, mais la partie était trop inégale pour que le courage > pût quelque chose. Tous tombèrent. Farinata, seul el par miracle, s'ouvrit un chemin et regagna les siens,
(I) A CaniORlta mi rixIo il DuWerone. bonnet cxn.
CEUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS
couvert du sang de ses ennemis, las de tuer, mais sans blessure.
Son but était atteint, les cadavres des soldats de Manfred criaient vengeance par toutes leurs plaies; l'étendard royal, envoyé à Florence, avait été traîné dans la boue et mis en pièces par la populace. Il y avait affront à la maison de Souabe, et tache à l'écusson impérial. Une victoire pouvait seule venger l'une et effacer l'autre. Farinata des Uberti écrivit au roi de Sicile en lui racontant la bataille : Manfred lui répondit en lui envoyant deux mille bommes.
Alors le lion se fit renard pour attirer les Florentins dans une mauvaise positron. Farinata feignit d'avoir à se plaindre des Gibelins. Il écrivit aux Anziani pour leur indiquer un rendez-vous à un quart de lieue de la ville. Douze bommes fy attendirent; lui s'y rendit seul. Il leur offrit, s'ils voulaient faire marcher une puissante armée contre Sienne, de leur livrer la porte de San-Vito dont ils avaient la garde. Les chefs guelfes ne pouvaient rien décider sans l'avis du peuple, ils retournèrent vers lui et assemblèrent le conseil. Farinata rentra dans la ville.
L'assemblée fut tumultueuse; la masse était d'avis d'accepter, mais quelques-uns plus clairvoyans craignaient une trahison. Les Anziani, qui avaient entamé la négociation et, qui devaient en tirer honneur, l'appuyaient de tout leur pouvoir, et le peuple appuyait les Anziani. Le comte Guido Guerra et Tegghiaio Aldobrandini essayèrent en vain de s'opposer à la majorité; le peuple ne voulut pas les écouter. Alors Luc des Guerardini, connu par sa sagesse et son dévouement à la patrie, se leva et essaya de se faire entendre ; mais les Anziani lui ordonnèrent de se taire. Il n'en continua pas moins son discours, et les magistrats le condamnèrent à cent florins d'amende. Guerardini consentit à les payer, si à ce prix il obtenait la parole. L'amende fut doublée, Guerardini accepta cette nouvelle punition en disant qu'on ne pouvait acheter trop cher le bonheur de donner un bon avis à la république. Enfin, on porta l'amende jusqu'à la somme de quatre cents florins sans qu'on pût lui imposer silence. Ce dévouement, qu'on prit pour de l'obstination, exalta les esprits, la peine de mort fut proposée et adoptée contre celui qui osait s'opposer ainsi à la volonté du peuple. La sentence fut aussitôt signifiée à Guerardini, il l'é outa tranquillement, puis se levant une dernière fois : « Faites dresser l'échafaud , dit-il , mais laissez-moi parler pendant qu'on le dressera. » Au lieu de tomber aux pieds de cet homme, ils l'arrêtèrent et le firent conduire en prison. Alors comme il était à peu près le seul opposant, et que d'ailleurs aucun n'était de cœur ù suivre un pareil exemple, une fois Guerardini hors de l'assemblée, la proposition passa. Florence envoya demander aussitôt du secours a ses alliées. Lacques, Bologne, Pistoie, Le Pralo, San Miniato et Vollerra répondirent à son appel. Au bout de deux mois, les Guelfes avaient rassemblé trois mille cavaliers et trente mille fantassins.
Le lundi 5 septembre 1260, cette armée sortit nuitamment des murs de Florence, et marcha vers Sienne. Au milieu d'une garde choisie parmi les plus braves, roulait pesamment le Carroccio. C'était un char doré altelé de huit bœufs couverts de caparaçons rouges, et au milieu duquel s'élevait une antenne, surmontée d'un globe doré; au-dessous de ce globe llottait l'étendard de Florence, qui, au moment du combat, était confié à celui qu'on estimait le plus brave. Au-dessous, un Christ en croix semblait bénir l'armée de ses bras étendus. Une cloche, suspendue près de lui, rappelait vers un centre commun ceux que la mêlée dispersai) , et le pesant attelage, ôtant au Carroccio toul moyen de fuir, forçai I l'armée, soil i l'abandonner avec honte, soit à le défendre avec acharnement. C'était une invention d'Eribert, archevêque de Milan, qui, voulant relever l'importance de l'Infanterie des communes, afin de B'opposer à la cavalerie
des gentilshommes, en avait lait usage pour la première l'ois
dans la guerre contre Conrad-le-Salique. Aussi était-ce au milieu de l'Infanterie, donl le pas se réglait sur celui des bœuts, que roulait cette lourde machine. Celui qui la conduisait était un vieillard du hoixanle-ilix ans, nommé Jean
Tornaquinci ; et sur la plate-forme du Carroccio, réservée aux plus vaillans, étaient ses sept fils, auxquels il avait fait jurer de mourir tous avant qu'un seul ennemi touchât cette arche d'honneur du moyen-âi;e. Q)uant à la cloche, elle avait été bénie, disait-on, par le pape Martin, et en l'honneur de son parrain elle s'appelait Martinella.
Le 4 septembre, au point du jour, l'armée se trouva sur le monte Aperlo, colline située à cinq milles de Sienne, vers la partie orientale de la ville : elle découvrit alors dans toute son étendue la cité qu'elle espérait surprendre. Aussitôt un évêque presque aveugle monta sur la plate-forme du Carroccio, et dit la messe, que toute l'armée écouta solennellement à genoux et la tête découverte ; puis le saint sacrifice achevé, il détacha l'étendard de Florence, le remit aux mains de Jacopo del Vacca de la famille des Pazzi, et revêtant luimême une armure, il alla se placer dans les rangs de la cavalerie; il y était à peine que la porte de San-Vito s'ouvrit suivant la promesse faite. La cavalerie allemande en sortit la première, derrière elle venait celle des émigrés florentins, commandée par Farinata ; ensuite parurent les citoyens de Sienne avec leurs vassaux formant l'infanterie, en tout 13,000 hommes. Les Florentins virent qu'ils étaient trahis ; mais ils comparèrent aussitôt leur armée à celle qui se développait sous leurs yeux, et songeant qu'ils étaient trois contre un, ils poussèrent de grands cris d'insulte et de provocation, et firent face à l'ennemi.
En ce moment, l'évêque qui avait dit la messe et qui, comme tous les homme privés d'un sens avait exercé les autres à le remplacer, entendit du bruit derrière lui, se retourna, et ses yeux, tout affaiblis qu'ils étaient, crurent apercevoir entre lui et l'horizon une ligne qui, un instant auparavant, n'existait pas. Il frappa sur l'épaule de son voisin et lui demanda si ce qu'il voyait était une muraille ou un brouillard. « Ce n'est ni l'un ni l'autre, dit le soldat, ce sont les boucliers des ennemis. » En effet, un corps de cavalerie allemande avait tourné le Monte Aperto, passé Arbia à gué, et attaquait les derrières de i'armée florentine, tandis que le reste des Siennois lui présentait le combat de face.
Alors Jacopo del Vacca, pensant que l'heure était venue d'engager la bataille, éleva au-dessus de toutes les têtes l'étendard de Florence qui représentait un lion, et cria : — En avant ! Mais au même instant Bocca degli Abatli, qui était Gibelin dans l'âme, tira son épée du fourreau et abattit d'un seul coup la main et l'étendard ; puis s'écriant : A moi les Gibelins 1 il se sépara avec trois cents nobles du même parti de l'armée guelfe pour aller rejoindre la cavalerie allemande.
Cependant la confusion était grande parmi les Florentins : Jacopo del Vacca élevait son poignet mutilé et sanglant, en criant : — Trahison I Nul ne pensait à ramasser l'étendard foulé aux pieds des chevaux, el chacun, en se voyant chargé par celui qu'un instant auparavant il croyait son frère, au lieu de s'appuyer sur son voisin, s'éloignait de lui, craignant plus encore l'épée qui le devait défendre que celle qui le devait attaquer. Alors le cri de trahison proféré par Jacopo del Vacca passa de bouche en bouche, et chaque cavalier, oubliant le salut de la patrie pour ne penser qu'au sien, tira du côté qui lui semblait le moins dangereux, confiant sa vie à la vitesse de son cheval, et laissant son honneur expirer à sa place sur le champ de bataille, si bien que de ces 5,000 hommes, qui étaient tous de la noblesse, trente-cinq vaillans restèrent seuls, qui ne voulurent pas fuir et qui moururent.
L'infanterie, qui était composée du peuple de Florence et de gens venus des villes alliées, fit, meilleure contenance et se serra autour du Carroccio : ce fut donc sur ce point que se concentra le combat et le grand carnage qui, au dire de Dante, teignit l'Arbia eu rouge (1).
Mais, privés de leur cavalerie, les Guelfes ne pouvaient tenir, puisque les seuls qui fussent restés sur le champ de
(1 ) ... La strazio e'1 grande scompio
Cite fece l'Arbia colmata in ro-SSO.
Infcrno. x.
bataille étaient, comme nous l'avons dit, des gens du peuple qui, armés au hasard de fourches et de hallebardes, n'avaient à opposer à la longue lance et à l'épée à deux mains des cavaliers que des boucliers de bois, des cuirasses de buffle ou des justaucorps matelassés ; les hommes et les chevaux bardés de fer entraient donc facilement dans ces masses et y faisaient des trouées profondes ; et cependant, animées par le bruit de Martinella, qui ne cessait de sonner, trois fois ces masses se refermèrent repoussant de leur sein la cavalerie allemande, qui en ressortit trois fois sanglante et ébréchée comme un fer d'une blessure.
Enfin, à l'aide de la diversion que fit Farinata à la tête des émigrés florentins et du peupie de Sienne, les cavaliers parvinrent jusqu'au Carroccio. Alors se passa à la vue des deux armées une action merveilleuse : ce fut celle de ce vieillard à la garde duquel nous avons dit que le Carroccio était confié, et qui avait fait jurer à ses sept fils de mourir au poste où il les avait placés.
Pendant tout le temps qu'avait déjà duré, le combat, les sept jeunes gens étaient restés sur la plate-forme du Carroccio, d'où ils dominaient l'armée, et trois fois ils avaient tourné les yeux impatiemment vers leur père; mais d'un signe le vieillard les avait retenus ; enfin, l'heure était arrivée où il fallait mourir ; le vieillard cria à ses fils : Allons !
Les jeunes gens sautèrent à bas du Carroccio, à l'exception d'un seul, que son père retint par le bras : c'était le plus jeune et par conséquent le plus aimé; il avait dix-sept ans à peine et s'appelait Arnolfo.
Les six frères étaient armés comme des chevaliers, c'est-àdire de Jacques de fer, aussi reçurent-ils vigoureusement le choc des Gibelins. Pendant ce temps le père, de la main qui ne tenait pas Arnolfo, sonnait la cloche de ralliement. Les Guelfes reprirent courage, et les cavaliers allemands furent une quatrième fois repoussés. Le vieillard vit revenir à lui quatre de ses fils ; deux s'étaient couchés déjà pour ne plus se relever.
Au même instant, du coté opposé, on entendit pousser de grands cris et on vit la foule s'ouvrir : c'était Farinata des TJberti à la tête des émigrés florentins; il avait poursuivi la cavalerie guelfe jusqu'à ce qu'il se fût assuré qu'elle ne reviendrait plus au combat, comme fait un loup qui écarte les chiens avant de se jeter sur les moutons.
Le vieillard, qui dominait la mêlée, le reconnut à son panache, à ses armes, et encore plus à ses coups. L'homme et lecheval paraissaient ne faire qu'un, et semblaient un monstre couvert des mêmes écailles. Ce qui tombait sous les coups de l'un était foulé à l'instant sous 'es pieds de l'autre ; tout s'ouvrait devant eux. Le vieillard lit signe à ses quatre fils, et Farinata vint se heurter contre une muraille de fer ! Aussitôt ces masses se serrèrent autour d'eux et le combat se rétablit.
Farinata était seul parmi les gens de pied qu'il dominait de toute la hauteur de son cheval, car il avait la!ssé les autres cavaliers gibelins et allemands bien loin derrière lui. Le vieillard pouvait suivre dis yeux son épée flamboyante qui se levait et s'abaissait avec la régularité d'un marteau de forgeron; il pouvait entendre le cri de mort qui suivait chaque coup porté, deux fois il crut reconnaître la voix de ses fils, cependant il ne cessa point de sonner la cloche, seulement de- l'autre main il serrait avec plus de force le bras d'Arnolfo.
Farinata recula enfin, mais comme recule un lion, déchirani et rugissant -, il dirigea, sa retraite vers les cavaliers flori'iniiis qui chargeaient pour le secourir. Pendant le moment qui s'écoula avant qu'il les rejoignit, le vieillard vit revenir deux de ses fils. Pas une larme ne coula de ses yeux, pas une plainte ne s'échappa de son cœur, seulement il serra Arnolfo contre sa poitrine.
Mais Farinata, les émigrés florentins et les cavaliers allemands s'étaieni réunis, el tandis que toute l'armée siennoise chargeait de son côté infanterie contre Infanterie, ils se préparèrent à charger du leur.
La dernière attaque fut terrible : trois mille hommes à cheavl cl couverts de fer s'enfoncèrent au milieu de dix ou obuv. co»rr. — vin.
douze mille fantassins qui restaient encore autour du Carroccio : ils entrèrent dans celte masse, la sillonnant tel qu'un immense serpent, dont l'épée de Farinata était le dard. Le vieillard vit le monstre s'avancer en roulant ses anneaux gigantesques ; il fit signe à ses deux fils. Ils s'élancèrent audevant de l'ennemi avec toute la réserve. Arnolfo pleurait de honte de ne pas suivre ses frères.
Le vieillard les vit tomber l'un après l'autre; alors il remit la corde de la cloche aux mains d'Arnolfo, et sauta au bas de la plate-forme. Le pauvre père n'avait pas eu le courage de voir mourir son septième enfant.
Farinata passa sur le corps du père comme il avait passé sur le corps des fils. Le Carroccio fut pris, et comme Arnolfo continuait de sonner Martinella, malgré les injonctions contraires qu'il recevait, Délia Presa monta sur la plateforme, et lui brisa la tête d'un coup de masse d'armes.
Du moment où les Florentins n'entendirent plus la voix de Martinella, ils n'essayèrent même plus de se rallier. Chacun s'enfuit de son côté ; quelques-uns se réfugièrent dans le château de Monte Aperto, où ils furent pris le lendemain. Dix mille hommes restèrent, dit-on, sur la place du combat.
La perte de la bataille de Monte Aperto est restée pour Florence un de ces grands désastres dont le souvenir se perpétue à travers les âges. Après cinq siècles et demi, le Florentin montre encore avec tristesse aux voyageurs le lieu du combat, et cherche dans les eaux de l'Arbia celte teinte rougeàtre que leur avait donnée le sang de ses ancêtres. De leur côté les Siennois s'enorgueillissent encore aujourd'hui de leur victoire. Les antennes du Caroccio qui vit tomber tant d'hommes autour de lui dans cette fatale journée, sont précieusement conservées dans la Basilique, comme Gênes conserve à ses portes les chaînes du port de Pise, comme Pérouse garde, à la fenêtre du palais municipal, le lion de Florence; pauvres villes, auxquelles il ne reste de leur antique liberté que les trophées qu'elles se sont enlevés les unes aux autres! pauvres esclaves, à qui leurs maîtres, par dérision sans doute, ont cloué au front leurs couronnes de reine!
Le 27 septembre, l'armée gibeline se présenta devant Florence dont elle trouva toutes les femmes en deuil ; car, dit Villani, il n'en était pas une seule qui n'eût perdu un fils, un frère ou un mari. Les portes eu étaient ouvertes, et nulle opposition ne fut faite. Dès le lendemain toutes les lois guelfes furent abolies, et le peuple, cessant d'avoir part au conseil, rentra sous la domination de la noblesse.
Alors une diète des cités gibelines de la Toscane fut convoquée à Empoli ; les ambassadeurs de Pise et de Sienne déclarèrent qu'ils ne voyaient d'autres moyens d'éteindre la guerre civile qu'en dé; misant complètement Florence, véritable ville des Guelfes, et qui ne cesserait jamais de favoriser ce parti. Les comtes Guitli et Alberti, les Sanialîoret Idini, appuyèrent celte proposition. Chacun y applaudit, soit par ambition, soit par haine, soit par crainte. La motion allait passer, lorsque Farinata des Uberti se leva.
Ce fut un discours sublime que celui que prononça ce Florentin pour Florence , ce fils plaidant en faveur de sa mère, ce victorieux demandant grâce pour les vaincus, offrant de mourir pour que la pairie vécût, commençant comme Coriolan et finissant comme Camille.
La parole de Farinata l'emporta au conseil, comme son épée à la bataille. Florence fut sauvée : les Gibelins y établirent le siège de leur gouvernement, et le comte Guido Novello, capitaine des gendarmes de Hanfred, lut nommé gouverneur de la ville.
Ce fut la cinquième année de celte réacliou impériale que naquit, à Florence, un entant qui reçut de ses parens le nom d'Alighieri, el du ciel celui de Dante.
Les choses dînèrent ainsi depuis 1280 jusqu'en IS66.
Mais, un matin, on apprit a Florence que Manfred, ce grand protecteur du parti gibelin, avait élé tué à la bataille de Grandella, el que oelui-la qui avait fait trembler l'Italie n'avait plus , l'autre tombeau que la pierre qu'en passant avait jetée sur son cadavre chaque soldat de l'armé fran-
çai-e; encore sut-on bientôt que larchevêque de Cosence, lui ayant envié celte sépulture improvisée par la piété de ses ennemis, avait fait enlever son corps et l'avait fait jeter sur les frontières du royaume, aux bords de la rivière Verde.
On comprend le changement que cette nouvelle apporta dans la contenance du parti guelfe. Le peuple manifesta sa joie par des cris et des illuminations ; les exilés se rapprochèrent de la ville, n'attendant plus que le moment d'y rentrer, et Guido Novello et ses quinze cents gendarmes, c'est tout ce qui lui en était resté après la bataille de Monte Aperto, se trouva comme un naufragé sur une roche, et qui voit, à chaque instant, la marée qui monte.
Au lieu de faire bravement face au danger, et de maintenir Florence par la terreur, ce qui lui était possible encore avec ses quinze cents hommes, Guido crut qu'il apaiserait les esprits en faisant aux partis de ces concessions qui leur donnent la mesure de leur force II fit venir de Bologne, pour être ensemble podestnts de Florence, car les podestats, on le sait, devaient toujours être étrangers, deux chevaliers d'un ordre nouveau qui venait de s'élever, et qui, dispensé des vœux de chasteté et de pauvreté, faisait seulement serment de défendre les veuves et les orphelins. De ces deux chevaliers, l'un était Gibelin, l'autre était Guelfe. On leur composa un conseil de trente six prud'hommes, divisés politiquement de la même façon ; on antori^a les citoyens à se réunir en corporations, on forma douze corps d'arts et métiers (I); on accorda aux sept ans majeurs des enseignes, sous lesquelles devaient se ranger les autres en cas d'alarme, et l'on espéra que du contact naîtrait une fusion.
Il en résulta tout le contraire Du contact naquit une émeute, à la suite de laquelle Guido et ses quinze cents hommes d'armes furent forcés de quitter Florence et de se retirer à Prato.
Cette retraite fut le signal de a réaction guelfe. Les Gibelins, se sentant incapables de lutter, quittèrent la partie et abandonnèrent la ville, et le gouvernement, d'aristocratique qu'il était, redevint, du jour au lendemain, populaire.
Où était Farinala des TJberti dans cette grande circonslance'?son nom n'est point prononcé dans cette nouvelle catastrophe. Le géant disparaît comme un fantôme, et on ne le retrouve que quarante ans après, dans l'enfer de Dante, où plongé jusqu'à la ceinture dans un tombeau rougi par les flammes, il se plaint, non pas de la douleur qu'il éprouve, maU de l'acharnement avec lequel les Florentins poursuivent son nom et sa famille (2).
En effet, les Florentins, qui n'avaient point oublié la défaite de Monte Aperto , avaient porté une loi qui ordonnait que le palais de Farinata des TJberti serait raie, que 'a charrue passerait sur ses fondemens, et que jamais aueun édifice public ni particulier ne s'élèverait sur le terrain où avait été conçu, dans un jour de colère céleste, le moderne Coriolan.
La même loi portait que les TJberti seraient à jamais exceptés de toutes les amnisties que l'on pourrait accorder dans l'avenir aux Gibelins.
Nous nous sommes étendus sur Florence plus que sur
( ) De là la dénomi nation d'arts majeurs el d'arts inférieur» qu'on retrouve si souvent Mans l'histoire de Florence Les arts majeuri étaient :
i° Les jurisconsultes; 2° les marchands de drap'étranger; .'!<• les banquiers; ■•> les fidiricansde laine; :>° les médecins; (,o les fa- 1 e sole et mercier»; ° les pelletiers.
Le rt» mineurs i talent .
1° Les détailleurs ; 2" lei bouchers; '■'" les cordonniers; 't° les
0 le . terriers el les -erruriers.
' Dl ep adant, dis-moi, et puisses-tu retourner dans le
monde de la II ni pourquoi ce peuple est si cruel en-
mii ns, qu'il les poursuit encore dans chacune de ses lois.
— Et mol je répondis : ce grand cai nage qui teignit le: ■:mx de
l'Arbia en rouge, leur e siiii ce triste résolutions —Et lui,
en secouant la tète : le n'étal p.is leul a la bataille, dit-il, et ce serait ju lire, ce me sembla, de me traiter connue les autres. Mais fétal seul a l'a que Florence serait dé-
tnn'e. et «Mil i/B la défendis a vLsa*e découvert.
aucune autre ville, parce que c'est Florence que nous allons visiter d'abord, et nous nous sommes arrêtés à cette année 1206, parce que c'est de cette époque à peu près que datent les plus vieux monumens que nous ferons visiter à nos lecteurs. Quant au reste de son histoire, nous la trouverons écrite sur ses palais, sur ses statues el sur ses tombeaux, et nous la heurterons à chaque pas que nous ferons par ses rues et ses places publiques.