ROUTE DE LIVOURNE A FLORENCE
Nous avions pris un voilurin pour nous conduire de Livourne à Florence : c'est a peu près le seul mode de communication qui existe entre les deux villes. Il y a bien une voilure publique qui dit qu'elle marche; mais, moins heureuse que le philosophe grec, elle ne peut pas en donner la preuve.
Cette inaction de la diligence tient à un reste de cet esprit populaire si répandu en Toscane, que les différens gouvernemens qui s'y sont succédé n'ont jamais pu effacer celte vieille teinte guelfe répandue partout. Encore aujourd'hui, non-seulement les individus, mais encore les palais et les murailles ont une opinion, les créneaux pleins sont guelfes, les créneaux éviiiés sont gibelins.
Or, les voiturins étant l'expression du commerce populaire, et les diligences le résultat de l'industrie aristocratique, les voiturins l'on; emporté tout naturellement sur les diligences auxquelles le gouvernement, toujours guidé par et esprit démocratique qui veut le bien-être du plus grand nombre, impose des conditions telles qu'au bout d'un certain temps l'entreprise s'aperçoit qu'elle ne peut plus tenir.
D'ailleurs les diligences partent à heure fixe et attendent les voyageurs; les voiturins partent à toute heure et courent aprè> les pratiques. Ce sont, nos cochers de Sceaux et de Saint-Denis. A peine a-t-on mis le pied hors de la barque qui vous conduit du bateau à vapeur au port, que l'on est assailli, enveloppé, tiré, assourdi par vingt cochers qui vous regardent comme leur marchandise, vous traitent en conséquence, et finiraient par vous emporter ,-,ur leurs épaules si on les laissait faire ; des familles ont été séparées ainsi sur le port de Livourne, et n'ont pu se réunir qu'à Florence.
On a beau monter dans un fiacre, ils sautent devant, dessus, derrière, et à la porte de l'hôtel on se retrouve, comme sur le port, au milieu de huit ou dix drôles qui n'en crient que plus fort pour avoir attendu.
Il est bon de dire alors qu'on vient à Livourne pour affaire de commerce, que l'on compte y passer huit jours. Il faut en conséquence demander au gardien de l'hôtel, devant les honorables industriels dont vous voulez vous débarrasser, s'il y a un appartement libre pour une semaine, alors quelquefois ils vous croient, abandonnent la proie qu'ils comptent rattraper plus lard, et retournent à toutes jambes au port pour happer d'autres voyageurs, et vous êtes libre.
Cela n empêche point qu'en sortant une heure après, on trouve une ou deux sentinelles à la porte. Ceux-là sont les familiers de l'hôtel ; ils ont été prévenus par le garçon, auquel ils ont fait une remise à cet effet, que ce n'est point dans huit jours que vous partez, mais le jour même ou le lendemain.
Il faut se hâter de rentrer avec ceux-là. Si ou avait l'imprudence de sortir, cinquante de leurs confrères accourraient .i leurs cris, et la scène du port recommencerait.
Ils demanderont dix piastres par voiture; soixante francs pour faire seize lieues I II faut leur eu offrir cinq, et encore à la condition qu'on changera trois fois de chevaux et qu'on
ne changera pas de voiture. Ils jetteront les hauts cris; on les mettra à la porte. Au bout de dix minutes, il en rentrera un par la fenêtre, et on fera prix avec lui pour trente francs.
Ce prix fait, vous êtes sacré pour tout le monde ; en cinq minutes, le bruit se répand que vous êtes accordé. Vous pouvez dès lors aller partout cù bon vous semblera, chacun vous salue et vous souhaite un bon voyage ; vous vous croiriez au milieu du peuple le plus désintéressé de la terre.
A l'heure dite, le legno est à la porte. En Italie, le mot kgno s'applique à tout ce qui transporte ; c'est aussi bien nne barque qu'un carrosse à six chevaux, un cabriolet qu'un bateau à vapeur : legno est le mâle de robba, legno et robba sont le fond de la langue. Le legno est une infâme brouette ; il ne faut point y faire attention : il n'y en a pas d'autres dans les écuries du padrone. D'ailleurs on n'y sera pas plus mal que dans une diligence. La seule queslion dont il reste à s'occuper, est celle de la buonamano, c'est-à-dire du pourboire.
C'est là une grande affaire, et elle demande à être conduite sagement. Du pourboire dépend le temps qu'on restera en voyage ; ce temps varie au gré du cocher, de six à douze heures. Un prince russe de nos amis, qui avait oublié de se faire donner des renseignemens à ce sujet, est même resté vingt-quatre heures en route, et a passé une fort mauvaise nuit.
Voici l'histoire; nous reviendrons eusuite à la buona mano.
Le prince C . était arrivé avec sa mère et un domestique allemand à Livourne. Comme tout voyageur qui arrive à Livourne, il avait cherché aussitôt les moyens de partir le plus vite possible. Or, ainsi que nous l'avons dit, les moyens viennent au devant de vous, il ne s'agit que de savoir en faire usage.
Les rett'irini avaient su des facchini qui avaient porté ies malles qu'ils avaient affaire à un prince. En conséquence, ils lui avaient demandé douze piastres au lieu de dix ; et de son côté, au lieu de leur en offrir i inq, le prince leur avait répondu: — C'est bon, je vous donnerai douze piastres; mais je ne veux pas être et nuyé à chaque relai par le* cochers, et vous vous chargerez de la buona mano. — Va bene, avait répondu le vetturino. En conséquence, le prince C... avait donné ses douze piastres, et le legno élait parti au galop, l'emportant, lui et toute sa robba. Il élait neuf heures du matin; selon son calcul, le prince devait être à Florence vers trois ou quatre heures de l'après-midi.
A un quart de lieue de Livourne, les chevaux s'étaient ralenti tout naturellement et avaient pris le pas. Quant au cocher, il s'était mis à chanter sur son siège, ne s'interrompant que pour causer avec ses connaissances ; mais bientôt, comme on cause mal en marchant, il s'arrêta toutes les fois qu'il trouva l'occasion de causer.
Le prince supporta ce manège pendant une demi-heure ou trois quarts d'heure; mais, au bout de ce temps, calculant qu'il avait fait à peu près un mille, il mit la tète a la portière, en criant dans le plus pur toscan : Avantil avantil tirate via.
— Combien donnerez-vous de bonne main ? demanda le cocher dans le même idiom».
— Que venez-vous me parler de bonne main ? dit le prince. J'ai donné douze piastres à votre maître . à condition qu'il se chargerait de tout.
— La bonne main ne regarde pas les maîtres, répondit le cocher. Combien donnerez-vous de bonne main?
— Pas un sou, j'ai payé.
— Alors, s'il plaît à Votre Excellence, nous irons au pas.
— Comment, nous irons au pas; mais votre maître s'est engagé à me conduire en six heures à Florence.
— Où est le papier? demanda le cocher.
— Le papier? Est-ce qu'il y avait besoin de faire un papier pour cela?
— Vous voyez bien que, si vous n'avei pas de papier, vous ne pouvez pas me forcer.
— Ah 1 je ne puis pas te forcer, éil le prince. Non, Votre, Excellence
— Eh bien ! c'est ce que nous allons voir.
— C'est ce que nous allons voir, répéta tranquillement le cocher ; et il remit son attelage au pas.
— Frantz, dit en saxon le prince à son domestique, descendez et donnez une volée à ce drôle.
Frantz descendit de 'a voiture sans faire la moindre observation, enleva le cocher de son siège, le rossa avec une gravité toute allemande, le remit sur son siège ; puis, lui montrant le chemin : Vor waests, lui dit-il, et il se rassit près de lui.
Le cocher se remit en roule; seulement il marcha un peu plus doucement qu'auparavant.
On se lasse de tout, même de battre un cocher. Le prince, convaincu que d'une façon ou de l'autre il finirait toujours par arriver, invita sa mère à s'endormir, et s'enfonçant dans son coin, il lui donna l'exemple.
Le cocher mit six heures pour aller de Livourne à Ponte dera; c'était quatre heures de plus qu'il ne fallait; puis, arrivé à Pontedera, il invita le prince à descendre, en lui annonçant qu'il fallait changer de voiture.
— Mais, dit le prince, j'ai donné douze piastres à votre maître, à la condition expresse qu'on ne changerait pas de voiture.
— Où est le papier? demanda le cocher.
— Mais vous savez bien, drôle, que je n'en ai pas.
— Eh bien ! si vous n'avez pas de papier, on changera de voiture.
Le prince avait grande envie de rosser cette fois le cocher lui-même; mais il vit aux mines de ceux qui entouraient la voiture que ce ne serait pas prudent. En conséquence, il descendit du legno ; on jeta sa robba sur le pavé, et au bout d'une heure d'attente à peu près, on lui amena un» mauvaise charrette disloquée, et deux chevaux qui n'avaient que le souffle.
En toute autre circonstance, le prince, qui est généreux à la fois comme un grand seigneur russe et comme un artiste français, aurait donné un louis :1e, guides; mais i! était tellement dans son droit que céder lui parut d'un mauvais exemple, et qu'il résolut de s'entêter. Il monta donc dans sa charrette, et comme le nouveau cocher était prévenu qu'il n'y avait pas de bonne main, il repartit au pas, au miliei des rires et presque des huées de tous les assistans.
Cette fois, les chevaux étaient si misérables que c'eût été conscience d'exiger qu'ils allassent autrement qu'au pas. Le prince mit donc six autres heures à aller de Pontedera à Empoli.
En entrant à Empoli, le cocher arrêta sa voiture et s'en vint à la portière.
— Son Excellence couche ici ? dit-il au prince.
— Comment, je couche ici, est-ce que nous sommes à Florence?
— Non, Excellence; nous sommes à Empoli, une charmante petite ville.
— J'ai payé douze piastres à ton maître pour aller coucher à Florence et non à Empoli. J irai coucher à Florence.
— Où est le papier, Excellence ?
— Va- l'en au diable avec ton papier.
— Votre Excellence n'a pas de papier?
— Non.
— Bien, dit le cocher en remontant sur son siège.
— Qne dis-tu ? cria le prince.
— Je dis très bien répondit le cocher en fouettant ses haridelles.
Et pour la première fois depuis Livourne, le prince sentit ■ mporté au petit trot.
L'allure lui parut de bon présage : il mit la tê'e à la pi t tière. Les rues étaient pleines de monde et les fenêtres ill I minées; c'était la fêle de la madone d'Empoli, qui pa> I pour fort miraculeuse. En passant sur la grande place, \ vil qu'on dansait.
Le prince était occupé a regarder ce monde, ces illuminations et ces danses, quand tout à coup il s'aperçut qu'il entrait sous une espèce de voûte; aussitôt la voiture s'arrêta.
— Où sommes-nous? demanda le prince.
ŒUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS
— Sous la remise de l'auberge, Excellence.
— Pourquoi sous la remise?
— Parce que ce sera plus commode pour changer de chevaux.
— Allons ! allons! dépêchons, dil le prince.
— Subito, répondit le cocher.
Le prince savait déjà qu'il y a certains mots dont il faut se délier en Italie, attendu qu'ils veulent toujours dire le contraire de ce qu'ils promettent. Cependant, voyant qu'on détachait les chevaux, il referma la glace de la voiture et attendit.
Au bout d'une demi-heure d'attente, il baissa la glace, et, se penchant hors de la voiture :
— Eh bien ? dit-il. Personne ne lui répondit.
— Frantz ! cria le prince, Frantz !
— Monseigneur, répondit Frantz en se réveillant en sursaut.
— Mais où diable sommes-nous doncP
— Je n'en sais rien, monseigneur.
— Comment, tu n'en sais rien ?
— Non ; je me suis endormi, et je me réveille.
— Oh ! mon Dieu ! s'écria la princesse, nous sommes dans quelque caverne de voleurs.
— Non, dit Frantz, nous sommes sous une remise.
— Eh bien ! ouvre la porte et appelle quelqu'un, dit le prince.
— La porte est fermée, répondit Frantz.
— Comment, fermée? s'écria à son tour le prince en sautant en bas de la voiture.
— Voyez plutôt, monseigneur.
Le prince secoua la porte de toutes ses forces, elle était parfaitement fermée. Le prince appela à tue-tête; personne ne répondit. Le prince chercha un pavé pour enfoncer la porte, il n'y avait pas de pavé.
Or, comme le prince était avant tout un homme d'un sens exquis, après s'être assuré qu'on ne pouvait pas ou qu'on ne voulait pas l'entendre, il résolut de tirer le meilleur parti possible de sa position, remonta dans la voilure, ferma les glaces, s'assura à tout hasard que ses pistolets étaient à sa portée, souhaita le bonsoir à sa mère, étendit ses jambes sur la banquette de devant et s'endormit. Frantz en fit autant sur son siège; il n'y eut que la princesse qui resta les yeux tout grands ouverts, ne doutant pas qu'elle ne fût tombée dans quelque guet-à-pens.
La nuit se passa sans alarmes. A sept heures du matin, on ouvrit la porte de la remise, et un voiturin parut à la porte avec deux chevaux :
— Eh 1 n'y a-t-il pas ici des voyageurs pour Florence? demanda le voiturin avec un ton de bonhomie parfaite, et comme s'il faisait là une question toute naturelle.
Le prince ouvrit la portière et sauta hors de la voiture dans l'intention d'étrangler celui qui lui faisait cette question ; mais, voyant que ce n'était point son conducteur de la veille, il pensa qu'il pourrait bien châtier, sinon le bon pour le mauvais, du moins l'innocent pour le coupable ; il se contint donc.
— Où est le cocher qui nous a amenés ici? demanda-t-il tout pâle de colère, mais avec le plus grand sang-froid apparent, et répondant à une question par une autre question.
— Peppino, que Votre Excellence veut dire?
— Le cocher de Ponledera.
— Eh bien ! c'est Peppino.
— Alors où est Peppino ?
— Il est en rome pour retourner chez lui.
— Comment? en route pour rclourner chez lui?
— Oui, oui. Comme c'était fête à Empoli, nous avons bu et dansé ensemble toute la nuit, et ce matin, il y a une heure, il m'a dit : Gaëtano, tu vas prendre les chevaux, et tu iras chercher deux voyageurs et un domestique qui sont sous la remise de la Croix-d'Or; tout est pajé excepté la bonne main. Alors je lui a', demandé, moi, comment il se faisait qu'il y avait des voyage/jrssous une remise, au lieu d'être dans une chambre. Ah bien! ce sont des Anglais qu'il m'a dit, ils ont eu peur qu'on ne leur donne pas de draps blancs,
et ils ont mieux aimé coucher dans leur voiture. Comme je sais que les Anglais sont tous des originaux, j'ai dit : C'est bon. Alors j'ai vidé encore un fiasco, j'ai été chercher mes chevaux, et me voilà. Est-il de trop bonne heure? Je reviendrai.
— Non, sacredieu ! dit le prince, attelez et ne perdons pas une minute ; il y a une piastre de bonne main si nous sommes dans trois heures à Florence.
— Dans trois heures, mon prince, dit le voiturin ; oh 1 il ne faut pas tant que cela. Du moment qu'il y a une piastre de bonne main, j'espère bien que dans deux heures nous y serons.
— Dieu vous entende, mon brave homme! dit la princesse.
Le cocher tint parole : le prince sortit à sept heures sonnant d'Empoli, à neuf heures il descendait place de la Trinité.
Il avait mis juste vingt-quatre heures pour aller de Livourne à Florence.
Le premier soin du prince, après avoir déjeuné, car ni lui ni la princesse n'avaient mangé depuis la veille au matin, fut d'aller déposer sa plainte.
— Avez-vous un papier? demanda le chef du buongoverno.
— Non, dit le prince.
— Eh bien ! je vous conseille de laisser la chose tomber à l'eau; seulement, la prochaine fois, ne donnez que. cinq piastres au maître, et donnez une piastre et demie aux conducteurs; vous aurez cinq piastres et demie d'économie, et vous arriverez dix-huit heures plus tôt.
Depuis ce temps, le prince n'a pas manqué, chaque fois que l'occasion s'en est présentée, de suivre le conseil du président du buon yoverno, et il s'en est toujours bien trouvé.
La morale de ceci est, qu'en sortant de Livourne, il faut tirpr sa montre, la mettre devant les yeux du cocher, et lui dire :
— Il y a cinq paoli de bonne main si nous sommes dans deux heures à Pontedera.
On y sera en deux heures.
On usera du même procédé en sortant de Pontedera et d'Empoli ; et, en six heures et demie au plus lard, on sera à Florence; on mettrait deux heures de plus en prenant la poste.
A moitié chemin de Livourne à Florence, s'élève comme une borne gigantesque la tour de San-Miniato-al-Tedesco.
San-Miniato-al-Tedesco est le berceau de la famille Bonaparte. C'est de cette aire qu'est partie cette volée d'aigles qui s'est abattue sur le monde; et, chose étrange! c'est à Florence, c'est-à-dire au pied de San-Miniato, que les Napoléon, grâce à l'hospitalité fraternelle du grand duc Léopold K, reviennent tous mourir.
Le dernier membre de la famille Bonaparte qui habita San-Miniato fut un vieux chanoine qui y mourut, je crois, en 1828; c'était un cousin de Napoléon. Napoléon fit tout ce qu'il put pour le décider à quitter son canonicat et accepter un évêché, mais il refusa constamment. En échange, il tourmenta toute sa vie l'empereur pour le décider à canoniser un de ses ancêtres; mais Bonaparte répondit à chaque fois que cette demande se renouvela, qu'il y avait déjà un saint Bonaparte, et que c'était assez d'un saint dans une famille.
Il ne se doutait pas à cette époque, et en faisant cette réponse, qu'il y aurait un jour un saint et un martyr du même nom.
Nous arrivam.es dans la capitale de la Toscane vers les dix heures du soir. Nous descendîmes dans le bel hôtel crénelé de madame Hombert; et, connue nous comptions nous arrêter quelques temps à Florence, le lendemain nous nous mlni' 's en quête d'un logement en ville.
Le même jour nous en trouvâmes un dans une maison parliculiêre, située Porta alla Crocc.
Moyennant deux cents francs par mois, nous eûmes un palais, un jardin, avec des madones de Luca délia Robbia, des grottes en coquillages, des berceaux de lauriers roses,
une allée de citronniers, el un jardinier qui s'appelait Démélrius.
Sans compter que de notre balcon nous découvrions, sous son côté le plus pittoresque, cette charmante petite basilique de San-Miniato-al Monte, les amours de Michel-Ange.
Comme on le voit, ce n'était pas cher.
Pendant l'été Florence est vide. Encaissée entre ses hautes montagnes, bâtie sur un fleuve qui pendant neuf mois ne roule que de la poussière, exposée sans que rien l'en garantisse à un soleil ardent que reflètent les dalles grisâtres de ses rues et les murailles blanchies de ses palais, Florence, moins l'aria catliva, devient comme Rome une vaste étuve du mois d'avril au mois d'octobre ; aussi y a-t-il deux prix pour tout : prix d'été et prix d'hiver. Il va sans dire que le prix d'hiver est le double du prix d'été; cela tient à ce qu'à la fin de l'automne une nuée d'Anglais de tout rang, de tout sexe, de tout âge, et surtout de toutes couleurs, s'abat sur la capitale de la Toscane,
Nous étions arrivés dans le commencement du mois de juin, et l'on préparait tout pour les fêtes de la Saint-Jean.
A part cette circonstance, où il est tout simple que la ville tienne à faire honneur à son patron, les fêtes sont la grande affaire de Florence. C'est toujours fête, demi-fête ou quart de fête ; dans le moins de juin, par exemple, grâce à l'heureux accouchement de la grande-duchesse, qui eut lieu le tu ou le 12, et qui par conséquent se trouva placé entre les fêtes de la Pentecôte et de la Saint-Jean, il n'y eut que cinq jours ouvrables. Nous étions donc arrivés au bon moment pour voir les habitans, mais au mauvais pour visiter les édifices, attendu que, les jours de fête, tout se ferme à midi.
Le premier besoin de Florence, c'est le repos. Le plaisir même, je crois, ne vient qu'après, et il faut que le Florentin se fasse une certaine violence pour s'amuser. Il semble que, lasséede ses longues convulsions politiques, la ville des Médicis n'aspire plus qu'au sommeil fabuleux de la Belle au bois dormant. Il n'y a que les sonneurs de cloches qui n'ont de repos ni jour ni nuit. Je ne comprends point comment les pauvres diables ne meurent pas à la peine; c'est un véritable métier de pendu.
Il y a à Florence non-seulement un homme poli tique très-fort, mais encore un homme du monde de beaucoup d'esprit, et que Napoléon appelait un géant dans un entresol : c'est M. le comte de Fossombroni, ministre des affaires étrangères et secrétaire d'État. Chaque fois qu'on le presse d'adopter quelque innovation industrielle, ou de faire quelque changement politique, il se contente de sourire et répond tranquillement: Il mondo va da se; c'est-à-dire : Le monde va de lui-même.
Et il a bien raison pour son monde à lui, car son monde à lui, c'est la Toscane, la Toscane où le seul homme de progrès est le grand-duc. Aussi l'opposition que fait le peuple est-elle une opposition étrange par le temps qui court. Il trouve son souverain trop libéral pour lui, et il réagit toujours contre les innovations que dans sa philantropie héréditaire il songe sans cesse à établir.
A Florence, en effet, toutes les améliorations sociales viennent du trône. Le dessèchement des maremmes, l'opération du cadastre, le nouveau système hypothécaire, les congrès scientifiques, et la réforme judiciaire, sont des idées qui émanent de lui, et que l'apathie populaire, et la routine démocratique, lui ont donné grand peine a exécuter. Dernièrement encore, il avait voulu régler les études universitaires sur le mode français, qu'il avait reconnu comme fort supérieur au mode usité en Toscane.
Les écoliers refusèrent de suivre les cours des nouveaux maîtres, et ils tirèrent si bien à eux, que l'enseignement retomba dans son ornière.
Florence est l'Eldorado de la liberté individuelle. Dans tous les pays du monde, même dans la république des Etats- Unis, même dans la république helvétique, même dans la république de Saint-Marin, les horloges sont soumises à une espèce de tyrannie qui les force de battre à peu près en même temps. A Florence, il n'en est pas ainsi; elles sonnent la même heure pendant vingt minutes. Un étranger s'en plaignit à un Florentin : Eh ! lui répondit l'impassible Toscan, que diable avez -vous besoin de savoir l'heure qu'il est?
Il résulte de cette apathie, ou plutôt de cette facilité de vivre, toute particulière à Florence, qu'excepté la fabrication des chapeaux de paille, que les jeunes tilles tissent tout en marchant par les rues ou tout en voyageant par les grandes routes, l'industrie et le commerce sont à peu près nuls. Et ici ce n'est point encore la faute du grand-duc; tout essai est encouragé par lui, soit de son argent, soit de sa faveur. A défaut de Toscans aventureux, il appelle des étrangers, et les récompense de leurs efforts industriels sans exception aucune de nationalité. M. Larderel a été nommé comte de Monte-Cerboli pour avoir établi une exploitation de produits boraciques ; M. Demidoff a été fait prince de San-Donato pour avoir fondé une manufacture de soieries. Et que l'on ne s'y trompe point, cela ne s'appelle pas vendre un litre, cela s'appelle le donner, et le donner noblement, pour le bien d'un pays tout entier.
On comprend qu'avec cette absence de fabriques indigènes, on ne trouve à peu près rien de ce dont on a besoin chez les marchands toscans; les quelques magasins un peu comfortablement organisés de Florence sont des magasins français qui tirent tout de Paris; encore les élégans Florentins s'habillent-ils chez Blin, Humann ou Vaudeau, et les lionnes Florentines se coiffent-elles chez mademoiselle Baudran.
Aussi à Florence faut-il tout aller chercher, rien ne vient au devant de vous; chacun resle chez soi, toute chose demeure à sa place. Un étranger qui ne resterait qu'un mois dans la capitale de la Toscaneen emporterait une très-fausse idée. Au premier abord, il semble impossible de se rien procurer des choses les plus indispensables, ou celles qu'on se procure sont mauvaises; ce n'est qu'à la longue qu'on apprend, non pas des habitans du pays, mais d'autres étrangers qui sont depuis plus longtemps que vous dans la ville, où toule chose se trouve. Au bout de six mois, on fait encore chaque jour de ces sortes de découvertes; si bien que l'on quitte ordinairement la Toscane au moment où l'on allait s'y trouver à peu près bien. Il en résulte que chaque fois qu'on y revient on s'y trouve mieux, et qu'au bout de trois ou quatre voyages, on finit par aimer Florence comme une seconde patrie et souvent par y demeurer tout à fait.
La première chose qui frappe, quand on visite cette ancienne reine du commerce, est l'absence de cet esprit commercial qui a fait d'elle une des républiques les plus riches et les plus puissantes de la terre. On cherche, sans la pouvoir trouver, cette classe intermédiaire et industrielle qui peuple les rez-de-chaussées et les trottoirs des rues de Paris et de Londres. A Florence, il n'y a que trois classes visibles : l'aristocratie, les étrangers et le peuple. Or, au premier coup d'oeil, il est presque impossible de deviner comment et de quoi vit ce peuple. En effet, à part deux ou trois maisons princières, l'aristocratie dépense peu el le peuple ne travaille pas : c'est qu'à Florence l'hiver défraie l'été. A l'automne, vers l'époque où apparaissent les oiseaux de passage, des volées d'étrangers, Anglais, Russes et Français s'abattent sur Florence. Florence connaît celte époque; clfc ouvre les portes de ses hôtels et de ses maisons garnies, elle y fait entrer pêle-mêle, Français, Russes et Anglais, et jusqu'au printemps elle les plume.
Ce que je dis est à la lettre, el le calcul est facile à faire. Du mois de novembre au mois de mars, Florence compte un surcroil de population de dix mille personnes; or, que i hacune de ces dix mille personnes dépense, toutes les ■n heu-
IKOVRKS COMPLETES Q'AI.KXANDRE DUMAS.
res, trois piastres seulement, je cote au plus bas, trente mille piastres s'écoulent quotidiennement par la ville. Cela fait quelque chose comme cent quatre-vingt mille francs par jour , soixante mille personnes vivent là dessus.
Aussi, c'est encore en ceci qu'éclate l'extrême sollicitude du grand -duc pour son peuple. Il a compris nue l'étranger était une source de forlune pour Florence et tout élranger est le bien venu à Florence : l'Anglais avec sa morgue, le Français avec son indiscrétion, le Russe avec sa réserve. Le premier janvier arrivé, le palais Pilti, ouvert tous les jours aux étrangers, à la cm iosité desquels il offre sa magnifique galerie, s'ouvre encore une fois par semaine, le soir, pour leur donner des bals splendides. Là, tout homme que son ambassadeurjuge digne de l'hospitalité souveraine est présenté, et noble ou commerçant, industrie! ou artiste, est reçu avec ce bienveillant sourire qui forme le caractère particulier de la physionomie pensive du grand-duc. Une fois présenté, l'étranger est invité pour toujours, et dès lors il vient seul à ces soirées princières, et cela avec plus de liberté qu'il n'irait à un bal de la Chaussée-d'Antin; car, comme il est d'étiquette de point adresser la parole au grand-duc qu'il ne prenne l'initiative, et que, malgré son attentive affabilité, le grand-duc ne peut causer avec tout le monde, l'invité vient, boit, mange, et s'en va, sans être force de parler à personne; c'est-à-dire, moins la carte, comme il ferait dans une magnifique hôtellerie.
Florence a donc deux aspects : son aspect d'été, son aspect d'hiver. Il faut en conséquence être resté un an à Florence, ou y être passé à deux époques opposées, pour connaître la ville des fleurs sous sa double face.
L'été, Florence est triste et à peu près solitaire : de huit heures du matin à quatre heures du soir, le vingtième de sa population à peine circule sous un soleil de plomb, dans ses rues aux portes et aux fenêtres fermées; on dirait une ville morte, et visitée par des curieux seulement, comme Herculanum et Pompeïa. A quatre heures, le soleil tourne un peu, l'ombre descend sur les dalles ardentes et le long des murailles rougies, quelques fenêtres s'entrebâillent timidement pour recueillir quelques souffles de brise. Les grandes portes s'ouvrent, les calèches découvertes en sortent toutes peuplées de femmes et d'enfans, et s'acheminent vers les Cachines. Les hommes, en général, s'y rendent à part, en tilbury, à cheval ou à pied.
Les Cachines (j'écris le mot comme il se prononce), c'est le boi< de Boulogne de Florence, moins la poussière, et plus la fraîcheur. On s'y rend par la porte del Prato, en suivant une grandeallée d'une demi-lieue à peu près, toute plantée de beaux arbres. Au bout de cette allée, se trouve un casino appartenant au grand-duc. Devant ce casino, une place qu'on appelle le Piazzonne; quatre allées aboutissent à cette place, et offrent aux voitures des dégagemens parfaitement ménagés.
Les Cachines forment deux promenades : la promenade d'été, la promenade d'hiver. L'été, on se promène à l'ombre; l'hiver au soleil ; 1 été au Pré, l'hiver à Longo-V Arno.
L'une et l'autre de ces promenades sont essentiellement aristocratiques; le peuple n'y parait même pas. Une des choses particulières encore aux Toscans, est cette distinction des rangs que les classes inférieures maintiennent avec soin, loin de chercher, comme en France, à les eli'acer éternellement.
La promenade d'été est un grand pré, d'un tiers de lieue de long a peu près et de cent pas de large, tout bordé, sur un côté, d'un rideau de grands arbres qui intercepte entièrement les rayons du soleil. Ces arbres, qui se composent de chênes verts, de pins, de hêtres garnis d'énormes lierres, sont, des plus beaux que j'aie jamais vus, même dons les forêts de France et d'Allemagne ; c'est la remise d'une multitude de lièvres et de faisans qui se promènent pêle-mêle avec les promeneurs ; parmi ceux-ci on reconnaît les chasseurs : ils h ec irs cannes.
\\x milieu de tout ce mon le, el ondoyé pur ceux qui nn I e conn ii 1 1 I p s, vêtu avec ui frême, se pro
m le grand-duc accompagné de sa femme, de ses deux
filles, de sa sœur, et de la grande-duchesse douairière. Deux ou trois autres beaux enf'ans qui composent le re te de sa famille bondissent joyeusement à part sous la surveillance de leurs gouernantes.
Le grand-duc est un homme de quarante à quarante-deux ans, aux cheveux déj: blanchis par le iravail ; < ar le grandduc, Toscan par le cœur mais Allemand par l'esprit, travaille huit à dix heures par jour. Il porte habituellement, un peu inclinée, sur sa poitrine, sa tête que de dix pas en dix pas il relève pour saluer ceux qui passent. A chaque salut, sa ligure calme et pensive s'éclaire d'un sourire plein d'intelligente bienveillance : ce sourire lui est particulier, et je ne l'ai vu qu'à lui.
La grande-duchesse lui donne ordinairement le bras : sa mise est simple, mais toujours parfaitement élégante. C'est une princesse de Naples, gracieuse comme soni en général les princesses de la maison de f'ourbon, et qui serait belle partout, car sa beauté n'a point de type particulier ; c'est quelque chose à la fois de bon et de distingué : ses épaules et ses bras surtout pourraient servir de modèle à un statuaire.
Les deux jeunes princesses viennent derrière, causant presque toujours avec la grande-duchesse douairière qui a fait leur éducation, ou avec leur tante. Elles sont filles d'un premier mariage, ce qui se voit facilement, la grande-duchesse ayant l'air de leur sœur aînée. Elles sont belles toutes deux de celte beauté allemande dont le caractère principal est la douceur. Seulement, la taille frêle de l'aînée donne quelques craintes, dit-on, à la sollicitude paternelle. Mais Florence est une bonne et douce mère, Florence la bercera si bien à son beau soleil qu'elle 'a guérira.
Il y a quelque chose de touchant et de patriarcal à voir une famille souveraine mêlée ainsi à son peuple, s'arrêtant de vingt pas en vingt pas, pour causer avec les pères et pour embrasser les enfans. Cette vue me reportait en souvenir à notre pauvre famille royale, enfermée dans son château des Tuileries comme dans une prison, ettremblanle, chaque fois que le roi sort, à l'idée que ses six chevaux, si rapide que soit leur galop, pourraient ne ramener qu'un cadavre.
Pendant qu'on se promène, les voitures attendent dans les allées adjacentes. Vers les six heures, chacun remonte dans la sienne, et les cochers reprenn nt d'eux-mêmes, et sans qu'on le leur dise, le chemin du Piazzonne; là ils s'arrêtent sans qu'on ait même besoin de leur faire signe.
C'est que le Piazzonne de Florence offre ce que n'offre peutêtre aucune autre ville : une espèce de cercle en plein air, où chacun reçoit et rend ses visites ; il va sans dire que les visiteurs sont les hommes. Les femmes restent dans les voitures, les hommes vont de l'une à l'autre, causent à la portière, ceux-ci à pied, ceux-là à cheval, quelques-uns plus familiers montés sur le marchepied.
C'est là que la vie se règle, que les coups d'œil s'échangent, quo les rendez-vous se donnent.
Au milieu de toutes ces voitures passent des fleuristes vous jetant des bouquets de roses et de violettes, dont elles iront le lendemain matin, au café, demander le prix aux hommes en leur présentant un œillet. Au reste, ce lendemain venu, paie qui veut, les fleurs ne sont pas cher à Florence. Florence est le pays des fleurs ; demandez plutôt à Benvenuto Cellini.
On reste là jusqu'à huit heures. A huit heures, un léger brouillard s'élève au fond du pré. Ce brouillard, c'est la source de tout mal ; il renferme la goutte, les rhumatismes, la cécité; sans ce brouillard, les Florentins seraient immortels. C'est ainsi qu'ils ont été punis, eux, du péché de notre premier père : aussi, à la vue de ce brouillard, chaque groupe se disperse, chaque colloque s'interrompt, chaque voiture détale, il ne reste que les trois ou quatre calèches d'étrangers, qui, n'étant pas du pays, ne connaissent pas ce formidable brouillard, ou qui le connaissant n'en ont pas peur.
h neul heures, les retardataires quittent le Pianontu et
revienneni a leur tour vers la ville. A la porte del i' ato, ils
trouvent un second cercle : le brouillard ne vient pas jusque
t là. De la norte del Prato on le brave, on le nargue; la cha-
leur que le soleil a communiquée aux pierres des remparts, et qu'elle conserve une partie de la nuit, le repousse. On reste là jusqu'à dix heures et demie ; seulement à dix heures les gens économes quittent la partie: à dix heures, la herse se baisse, et il faut donner dix sous pour la faire lever.
A on!e heures, presque toujours les Florentins sont rentrés chez eux, à moins qu'il n'y ait fête chez la comtesse Neiicini. ! es étrangers seuls restent à courir la ville au clair de lune, jusqu'à deux heures du matin.
Mais s'il y a fête chez la comtesse Nencini, tout le monde s'y porte.
La comtesse Nencini a été une des plus b lies femmes de Florence, et en est restée une des plus spirituelles : c'est une Pandolfini, c'est-à-dire une des plus grandes dames de la Toscane. Le pape Jules II a fait don à un de ses aïeux d'un charmant palais bâti par Raphaël. C'est dans ce palais qu'elle habite, et dans le jardin attenant qu'elle donne ses fêtes ; elles ont lieu les quatre dimanches de juillet. Chacun sait cela, chacun les attend, chacun s'y prépare ; si bien que, bon gré mal gré, elle est forcée de les donner; il y aurait émeute si elle ne les donnait pas.
C'est qu'aussi ces quatre fêtes de nuit sont bien les plus charmantes fêtes qui se puissent voir. Qu'on se figure un délicieux palais, ni trop grand ni trop [ etit, comme chacun voudrait en avoir un, qu'on soit prince ou artiste, meublé avec un goût parfait, des plus beaux meubles de caprice qu'il y ait dans tout Florence, illuminé a giorno, comme on dit en Italie, et s'ouvrant par toutes ses portes et' par toutes ses fenêtres sur un jardin anglais, dont chaque arbre porte, au lieu de fruits, des centaines de lanternes de couleur. Sous tous les berceaux de ce jardin, des groupes de chanteurs ou d'instrumentistes, et dans les allées cinq cents personnes qui se promènent, et qui vont tour à tour alimenter un bal, qu'on voit bondir joyeusement de loin dans une serre pleine d'orangers et de camélias.
A part quelques concerts à la Philarmonique, quelques soirées improvisées par un anniversaire de naissance ou une fête patronale , quelques représentations extraordinaires d'opéra à la Pergola, ou de prose au Cocomero, voilà Florence l'été quant à l'aristocratie. Quant au peuple, il a les églises, les processions, les promenades au Parterre , et ses causeries dans les rues et à la porte des cafés qui ne se ferment ni jour ni nuit; s'accroihant au reste à tout ce qui a l'apparence d'une fête, avec un laisser-a<ler plein de paresse et de bonhomie; saisissant chaque plaisir qui passe sans s'inquiéter de le fixer, et le quittant comme il l'a pris pour en attendre un autre. Un soir, nous entendîmes un grand bruit; deux ou trois musiciens de la Pergola, en sortant du théâtre, avaient eu l'idée de s'en aller chez eux en jouant une valse; la population éparse par les rues s'était mis à les suivre en valsant. Les hommes qui n'avaient point trouvé de danseuses valsaient entre eux. Cinq ou six cents personnes prirent ainsi le plai sir du ba! depuis la place du Dôme jusqu'à la porte du Prat o où demeurait le dernier musicien; le dernier musicien rentré chez lui, les valseur* revinrent bras dessus, bras dessous, eu chaînant l'ait- sur lequel ils avaieut valsé.