MAISONS DE BENYENITO CELLINI
Nous écrivons maisons au pluriel, car il yaà Florence deux maisons qui conservent le souvenir de l'illustre ciseleur : la maison où il est né, et où il reç il de son père et de sa mère, qui s'attendaient à la naissance d'une fille, le prénom reconnaissant de Benvenulo ; et celle qu'il tenait de la munificence du duc Cosme, et où eut lieu la fameuse fonte du Persée.
La première était dans la rue Chiara rul Fopolo di San' Lorenzo.
La seconde était dans la rite de la Pergola. Des inscriptions gravies sur une plaque de marbre les signalent toutes deux à la curiosité des voyageurs.
C'esl dans la première que se passe sa jeunesse ; qu'il serre dans sa main un scorpion qui, par miracle, ne. le pique poinl ; que son père voit dans le l'eu une sa amandre, la lui : el, pour qu'il se souvienne de celte merveille, lui don si vigoureux soufflet que l'assurance que >e soufflet précauliou contre l'oubli ne peut le consoler, si hl
(I) C'est ainsi qu'il faudra mettre si, comme je le « ri is 1 1 l'espère, je meurs lo pn mi< i . si Dio i ordonnait qu'il en fùl ment, ou substituerait > c ute ligne celle-ci :
t Qui sera bientôt enseveli dans le même ton. beau. » An. un ' de ci • di ux èpitapl ei ne recul sa di situation , «in i que nos II .iems le vei r<>nt lorsque is le-, conduirons :> ''
de s.ui! H
OîUVItLS COMPLÈTES b'ALEXANDHÊ :
pour élanclief ses larmes, il faut que non-seulement son père lui dépose un baiser sur chaque jou6, mais encore lui met le un écii sur chaque œil. C'est dans celle maison enfin qu'il passe sa jeunesse, caressé de temps en temps par le gonfalonier Soderini, que manquera d'aveugler Michel-Ange, et dont Machiavel immortalisera la stupidité dans une épilapltè : étudie l'orfèvrerie chez le père deBandincllo, et dans la lioutique de Marcone, jusqu'à ce qu'un jour il se prend de querellé entre la porte al Prato et la por e Pilli ; ramasse l'épée de son frère renversé d'un coup de pierre, et espadonne si joyeusement que le Conseil des huit l'invite à aller passer six mois loin de Florence. Alors commence la vie aventureuse deCellini.
Il abandonne celle maison paternelle, qu'il ne reverra plus qu'à de longs intervalles, et ou il ne fera plus que de courtes halles;" il va à Sienne, où il travaille sous François Castera ; à Bologne, où il travaille sous maître Hercule del Gifl'ero ; à Pi.-e, où il travaille sous Ulvieri délia Chiostra ; refuse d'aller en Angleterre avec Torregiani, parce que d'un coup de poing Torregiani a écrasé le nez de Michel- Ange; enire chez François Salembeni, où il fait une agrafe de ceinture ; part pour Rome avec le graveur Tasso ; fait dans la boutique de Firenzola, de Lombard ie, une salière magnifique; revient à Florence, se fait condamnera l'amende pour une nouvelle rixe ; sort de Florence déguisé en moine et retourne à Home, entre chez Lucagnolo da Jesi, fait des chandeliers pour l'évêque de Salamanque et un lis de diamans pour la Chigi ; apprend à sonner de la trompette, est fait musicien de la cour pontificale ; travaille pour le pape Clément VII et pour différens cardinaux; fait la médaille de Léda pour le gonfalonier de lîome Gabriel Ceserino; deux vases pour Jacques Berengario ; est nommé bombardier au ch.ileau Saint-Ange; se figure qu'il a tué d'un coup d'arquebuse le connétable de Bourbon ; fond l'or dans lequel sont montés les joyaux du pape; attise ses fourneaux d'une main, tire, ses fauconneaux de l'autre; de l'une de leurs déclwrges blesse mortellement le prince d'Orange; revient à Florence capitaine; va à Manloue et travaille sous INiccolo de Milan; fait au duc un reliquaire et au cardinal un cachet; retourne à Florence avec la lièvre et trouve son père mort; est rappelé a Home par Clément VII, qui a payé sa rançon liant huit chapeaux de cardinaux ; fait les médailles de l'Ecce-Homo et de saint Pierre sur la mer; voit mourir enlre ses bras son frère blessé dans une rixe, fait faire son épitaphe en latin, lue son meurtrier, se sauve chez le duc Alexandre, qui demeurait entre la place Navone et la Rotonde; en est quitté pour une bouderie du pape, qui le fait son massier ; s'an ourache d'Angélique Siciliana; se livre à la magie; jette une poignée de bouc au visage de ser BènedëttO, oublie d'en ôter un caillou qui s'y trouve par hasard et qui le renverse évanoui, croil l'avoir tué, se sauve à Naples, est bien accueilli par le vice-roi, apprend que ser Benedetlo n'est pas mort, revient .1 Rome près du cardinal ïtippolytë de Médicis; présente au la médaille de la Paix, reçoit la commission" de faire o'i e; tue l'orfèvre Pompeio de deux coups de poignard, e i défendu p:>r les cardinaux Cornaro cl Médicis, tdu pape Paul III un sauf-conduit ; tourmenté par Piern -Louis Famé e, il se débarrasse d'un hère qui le gène, s'cnfull a Florence; put pour Venise avec le Tribolo, .-e prend de querc le eu passant a Ferrare avec les bue I renllns; visite lé San orino; repari pour Florcncj frappe i.i monnaie du duc Alexandre, se dispute avec Oclavl no de retourneà Rome e i promettant au due ,■•■, ■, , diède ii,i fal : gracié par le pap ■ :'i l'en I
(1 - i: .'mi ; tombe malade, e- I • oigne n
Purcon si Irou i si niai que la nouvelle de
rit en buvanl de l'eau ; revienl ■< Flore ce,
Telleavcc leduc Al xalidre i propos de Vasarl; retourne :i l\ome, e i calomnié pics du pape par Lailno Malctii; quille de nouveau Rome, ré olu d'al er en France , commence en passant i l' i lot i ' ne i lallii i mr le Bembo; iraver ie i t.: i i, arrive i Pai is, est reçu par François l^r, va
iivee. I | , y loinlie malade ; rCVienl en ! <
bien au ucilli pat I rive à 1 lo-mê | êsl de-
mandé au pape par monsieur de Monlluc, au nom du roi de France : est accusé, par Jérôme Perugitio, d'avoir distrait !i son profil une partie des joyaux que lui a confiés Clément VII pour les démonter, est enfermé au château Saint-Ange, tente de s'évader avec ses draps, lombe du haut en bas d'un bastion et se casse une jambe, est porté chez le sénateur Cornaro, qui le fait soigner; le pape le réclame, Cellini est transporté clausune hanitue du Vatican, d'où on le transporte de nuit à Torre di Nono ; il se croit condamné à mort, lit la Bible, (ente tle se tuer, est retenu par un bras invisible, a une vision, écrit un madrigal, fait des dessins sur le mur, est élargi sur les instances du cardinal d'Est ; part pour la France ; à Monte Rosi soutient un assaul contre ses ennemis qui l'attendaient pour l'assassiner, sort de l'escarmouche sain et sauf, visile en passant à Viterbe ses cousines qui sont religieuses; se prend de dispute à Sienne avec un maître de poste et le tue; s'arrête un instant à Florence dans celte maison de la rue Chiara del Popolo, où il est né et ou son père est mort; traverse Ferrare, fait en passant une médaille pour le duc Hercule ; franchit le mont Cenis, arrive à Lyon, gagne Paris, part pour Fontainebleau avec la cour, refuse avec indignation les 500 écusqu'onlui offre. paran,s'enfuitfurieux, décide un pèlerinage à Jérusalem, est rejoint au bout de dix lieues, ramené à la cour, où sa pension est fixée à 700 écus ; reçoit commission de François h" de lui faire douze statues d'argent de trois bras chacune, ouvre boutique, y reçoit la visite du roi, fait le modèle en grand de son Jupiter, reçoit des lettres de naturalisation du roi, qui lui donne le château de Nesle ; réclame en vain l'argent nécessaire à sa slaluede Junon ; reçoit une seconde visite du roi, qui lui commande des travaux pour Fontainebleau; présente au roi deux modèles de porte et Un modèle de fontaine, encourt l'inimitié de madame d'Étampes pour ne les lui avoir pas monlrés ; est accusé de sodomie; apprend que le Primalice lui a escamoté les travaux de la fonlaine, et que madame d'Étampes a proposé au roi de le faire pendre; se justifie près de François 1er, intimide le Primalice, qui lui rend sa fontaine; reçoit une troisième visite du roi qui, enchanté de son Jupiter, ordonne qu'on lui compte 7,000 écus d'or, dont il ne touche que \ ,000, attendu les besoins de la guerre ; est consulté par le roi sur les fortifications de Paris, resîe sans secours pour continuer ses travaux a cause de la guerre; obtient, par l'intermédiaire du cardinal d'Est, la permission de retourner en Italie ; arrive à Florence, où il trouve sa sœur dans la misère ; fait une visile au grand-duc Cosme, qui lui commande le Persée ; trouve une maison qui lui convient pour exécuter cet ouvrage, la demande au grand-duc, qui la lui donne. C'est la maison de la Pergola.
« La casa è posta in via Lauro, in sul canlo délie quattro case, e confina col orto de'Nocenti, et è oggi di Lulgi Ruccelaï di Roma L'assunto In Fiorenze 1 ha Lionardd Ginori- In prima era di Girolamo Salvadori. lo priego V. E. chc sia contenta di meilermi in opéra. Il divoto servilore di V. Eccell "ii'ia. » BÉNVtNDto c.ixum. »
Au-dessous de ces mots est le rescrit suivant qui est écrit de la main même du duc.
» Vcggasi q° a chi sta a venderlâ, e il preïzo che ne domandano; perche vogliamo compiacerne Benvcnulo. »
Passons par-dessus les mille aventures qui lui arrivent encore, par-dessus les aecusalions qui le poursuivent, parfulle et soft voyage à Venise, par-dessus ses disputes avec Bandlnelll, pour arriver enfin a la fonte du Persée, l'événemenl principal de celle période de sa vie, et qu'il va nous raconter lui même.
'l'un ; les malheurs sont venus l'assaillir et oui menacé la naissance de celle statue, si longtemps mise en problème par I es rivaux. L6 féU a pris à In mai! on d'une manière si violente qu'on a craini un Instanl que le toil ne s'ablrtiâl sur la
boutique. Le temps s'r-l mis l'orâgé, el il es! tombé une si
grande pluie, el il fl lait un si grand veut qu'on a eu louies le peines du momie h entretenir le feu de là fournaise, En-
lin. le moule est prêt, le métal Csl Cil fe ion. il n'y i plus
qu'à faire coulef lé bronze de la chaudière dans la forme, quand le pauvre lleuvenulo se sent pris d'ulio si grosse lié-
IMPRESSIONS DE VOYAGE. — LA VILLA PALMIEiU.
vre, qu'il est obligé de laisser jouer à des ouvriers cette partie dont dépend son honneur, et que. ne pouvant plus tenir sur ses jambes il se décide à aller se mettre au lit.
« Alors, dit-il, triste et tourmenté, je me tournai vers ceux qui m'entouraient, et qui étaient au nombre de dix ou douze, tant maîtres fondeurs que manœuvres et ouvriers travaillant dans ma boutique ; et m'adressant à un certain Bernardino Manelliiïi di >lugello qui faisait partie de ces derniers, et qui était chez moi depuis plusieurs années, après m'être recommandé a tous, je lui dis à lui particulièrement :
— Mon cher Bernardino, suis ponctuellement les ordres que je l'ai donnés, et fais le plus vite que tu pourras, car le métal ne peut tarder d'être a point. Tu ne peux te tromper; ces braves gens feront le canal, et je suis certain qu'en ne vous écartant point de mes instructions la forme S'emplira parfaitement Quant à moi, je suis plus malade que je ne 1 ai jamais été depuis le jour où je suis né, et, sur ma parole, je crains bien avant peu d'heures de n'être plus de ce monde.
<> El ayant ainsi parlé, je les quittai bien triste, et j'allai me coucher.
» A peine fus-je au lit, que j'ordonnai à mes servantes de porter dans la boutique de quoi boire et manger pour tout le monde, et je leur disais : — Hélas ! hélas ! demain je ne serai plus envie. Eux cependant, essayant de me rendre mon courage, me répondaient que ce grand mal, étant venu par trop de fatigue, passerait par un peu de repos.
«Deux heures s'écoulèrent, pndant lesquelles je voulus lutter vainement contre le niai, et pendant lesquelles la lièvre au lieu de décroître alla toujours s'augmentant ; et pendant ces deux heures, je ne cessais de répéter que je me sentais mourir. Pendant ce temps, ma servante eu chef, celle qui gouvernait toute la maison, et qui se nommait Mona Fiore de Castel-Rio, la femme la plus vaillante et du meilleur cœur qui fui jamais, ne cessait de me crier que j'étais fou, que cela passerai! ; me soignant de son mieux, et lout en me consolant, elle ne pouvait enfermer dans son brave cœur la quantité de larmes qui l'étouffaient, et qui, malgré elle, lui sortaient par les yeux-, si bien que, toutes les fois qu'elle croyait que je ne la voyais pas, elle pleurait à cœur joie. J'étais donc en proie à ces tribulations, lorsque je vois entrer dans ma chambre un petit homme lortu comme un S majuscule, qui, se tordant les bras, commença à me crier d'une voix aussi lamentable que celle dés gens qui annoncent aux condamnés leur dernière heure: — OBcnvenulo! pauvre Benvenuto ! lout votre travail est perdu, et il n'y a plus de remède au monde I
■ Aux paroles de ce malheureux qui me remuèrent jusqu'au fond des entrailles, je jetai un si terrible cri qu'on l'eût entendu du ciel ; et bondissant de mon lit. je pris mes habits et commençai à me vêtir, distribuant à droite et à gauche, .i mes servantes, à mes garçons et à tous ceux qui me tombaient <ous la main, une grêle de coups de pied et de coups de poing, et tout cela en ne lamentant, tout en criant: — Ah! les traîtres ! ah I les envieux! C'est une Irabison, i (ui pas faite ù moi seul, mais à l'art lout entier; mais, par le ciel ! je jure que je connaîtrai celui qui nie la faite, et qu'avant de mourir je prouverai qui je suis par une telle vengeance que le monde en sera épouvanté. Au milieu de toufee trouble, j'achevai (le m'uabiller; et m'élançanl vers ma boutique, où tous ces gens que J'avais laissés m (oyeux et si pleins de courage étaient maintenant épouvantes cl comme abrutis :
» — Ecoutez, leur dis-je d'uni' voix terrible, écoutez; et puisque vous n'avez pas su m'obéir quand je n'y étais pas, nbéissez-mol maintenant que me voilà pour préside) œuvre, el que pas un ne raisonne, attendu qu'a cette heure j'ai besoin d'aide el non de conseil. A ces n ois, nu ci rtain naître Alexandre l.asirieaii voulut me répondre et n,e dit :
— Vous voyez bien, Benvenuto, que vous \-> ib i accomplir une entreprise qui est contre toutes les régies de l'art. Il avait à peine, p r< ■ n i >n< »"■ ces paroles que Je m'étais retourné
ver> lui avec tant de fureur el d'un air qui indiquait si bien
qui i choses allaient mal tourner, que tous s'écrièrent
d'une voix : — Or, sus, sus, commandez, elnous vous obéirons tous tant qu'il nous restera un souille de vie. Je crois, Dieu me pardonne ! qu'ils me dirent ces bonnes paroles, croyant, à ma pâleur, que j'allais tomber mort. Mais n'impot te. je vis que je pouvais compter sur eux, et sans perdre de temps je courus à ma fournaise, et je vis que le métal s'était tout coagulé, et, comme on dit en termes de fonderie, avait fait un gâteau.
a J'ordonnai aussitôt à deux manœuvres de courir r;i face, dans la maison d'un boucher n miné Caprctta, pour y prendre une pile de bois de jeunes chênes, secs depuis plus d'un an, et que sa femme Ginevra m'avait souvent offer e. A mesure qu'ils apportaient des brassées de fagots, je commençais à les jeler dans la fournaise ; cl, comme cette espèce de chêne fait un feu plus violent que loute autre sorte de bois (on se sert d'ordinaire de bois de peuplier ou de pin pour fundre l'artillerie, qui n'a pas besoin d'une si forte chaleur), il arriva que, lorsque le gâteau commença à sentir ce f "ii infernal, il se mit à fondre et à flamboyer. Aussitôt je fis préparer les canaux, j'envoyai quelques-uns de mes hommes veiller à ce que le toit endommagé par le feu ne nous jouât pas quelque mauvais tour, et comme j'avais fait tendre des toiles et des tapisseries devant l'ouverture du jardin, je me trouvais de ce côté garanti du vent et de l'eau. De sorte que, voyant que j'avais pourvu à tout et que tout allait bien, je criais de ma plus grosse voix : — Faites ceci, faites cela ; allez-là, venez ici. El toute cette brigade, voyant que le gâteau fondait, que c'était merveille, m'obéissait â qui mieux mieux, chacun faisant la besogne de trois. Alors je fis prendre un demi pain d'étain qui pesait environ soixante livres, el je le jetai au beau milieu de la fournaise, en plein sur le gâteau, lequel, avec l'aide du bois qui le chauffait en dessous, et des instrumens de 1er avec lesquels nous l'attaquions en dessus, se trouva enfin liquéfié en peu d'inslans.
» Or, ayant vu que, contre l'attente de tous ces ignorans, j'avais pour ainsi dire ressuscité un mort, je repris tant de force et de courage, qu'il me semblait n'avoir plus ni fièvre ni crainte de la mort. Tout à coup une détonation se lit entendre, un éclair pareil à une flèche de flamme passa devant nos yeux, el cela avec un tel bruit et un tel éclat, que chacun resta stupéfait, et moi-même peut-èlre plus stupéfait et plus épouvanté encore que les autres. Ce fracas passé et cette clarté éteinte, nous nous regardâmes les uns les autres dans le blanc des yeux, nous demandant ce que cela voulait dire, lorsque nous nous aperçûmes que le couvercle, de la fournaise venait de se rompre et que le bronze débordait; j'ordonnai aussitôt qu'on ouvrit la bouche de mon moule. tandis qu'en même temps je faisais frapper sur les tampons du fourneau. Abus, voyant que le métal ne courait pas avec la rapidité qui lui est habituelle, j'attribuai sa lenteur ù ce que le lenible feu auquel je l'avais forcé de fondre avait consumé tout l'a liage. Je fis aussitôt prendre tous mes plats tontes mes écuelles et toutes mes assiettes d'étain, et, tandis que j'en p lussais une partie dans mes canaux, je lis jeter le reste dans la fournaise, de manière que, voyant que grâce à celte adjonction le bronze était devenu parfaitement liquide et que mon moule s'emplissait, tous mes gaillauls, pleins de courage et de joie, m'aidaient et n'obéissaient à qui mieux mieux* ; tandis que moi, taniôl ici, tantôt là, j'aidais de mon côté, commandant et disant louten commandant : — O mon Dieu ! Seigneur I toi qui par la loule-puissanee ressuscitas d'entre 1rs nions et montas glorieusement dans le siel ! De manière qu'en un instant mon moule s'emplit, et que moi, le voyant plein, je tombai ii genoux ; cl. après avoir remercié le seigneur de toute mon aine, je me relevai ; et, apercevant un plat de salade qui était sur un vieux banc, je me jetai dessus et le mangeai en coi; de toute ma brigade, qui mangeait et buvait en même temps (pie moi ; ensuite de quoi, car il était deux heures avt
jour, j'allai me mettre au lit, sain et sauf, ou je me reposai aussi tranquillement que si |e n'irais jamais eu la moindre
indisposition.
» Pendant ce temps, ma bonne servante, sans me rien ail pourvue d'un gros cha| on qu'elle avait fait cuire;
ŒUVIU'S COMPLÈTES D'ALEXANDRE DI MAS
de sorle que, lorsi|ue je me levai, elle vint joyeusement audevant de mol, disant : — Ah I le voilà donc, cet homme qui devait èire mort ce malin ! Je crois que celle volée de coups de pied et de coups de poing que vous nous avez donnée la nuit passée, quand vous étiez dans voire grande colère, aura épouvanté la fièvre, qui se sera enfuie de peur d'en avoir sa part. C'est ainsi que toule ma pauvre maison, remise peu à peu delà (erreur qu'elle avait eue et de la grande fatigue qu'elle s'était donnée, se tranquillisa en me voyant hors de danger et de crainle, et courut joyeusement chercher, pour remplacer la vaisselle d'élain que j'avais jetée à la fournaise, des plais de terre, dans lesquels Je (is le meilleur diner que j'eusse fait de ma vie.
» Après le dîner, Ions ceux qui m'avaient aidé vinrent me voir à leur tour, se félicitant joyeusement les uns lesaulres, et remerciant Dieu de la manière dont les ilioses avaient tourné, disant que je leur avais fait voir une merveille que tous les autres maîtres eussent regardée comme impossible. Je mis alors la main à la poche, et je payai lout le monde.
» Lorsque j'eus pendant deux jours laissé refroidir le bronze dans le moule, je commençai à le découvrir peu ù peu, et la première chose que je rencontrai fut la tète de la Méduse, qui, grâce aux soupiraux que j'avais établi pour donner passage à l'air, élail venue parfaitement; aussitôt je continuai à découvrir le reste, et je trouvai l'autre tête, c'està-dire celle du Persée, qui, de son côté, était venue a merveille, ce qui me donna d'autant plus d'étonnement et de joie, que, comme on le sait, elle est plus basse que l'autre ; et, comme la bouche du moule était juste sur la tète de Persée, je trouvai que, cette tète finie, le bronze était épuisé; de sorte qu'il n'y en avait ni trop ni pas assez, mais la mesure juste et nécessaire. Alors je vis bien que c'était une chose véritablement miraculeuse, et dont je fus bien reconnaissant envers Dieu. J'allai donc de 1 avant et continuai de découvrir ma statue ; et à mesure que je la découvrais, je trouvai chaque partie admirablement venue, jusqu'à ce qu'enfin j'arrivai au pied droit qui pose a terre, et je vis que ce lalon était aussi complet que tout le reste ; circonstance qui me rendait à la fois joyeux et mécontent, car j'avais dit au duc qu'il élait impossible que le bronze coulât jusqu'au bout du moule, de manière que je crus un instant que l'événement allait me démentir.
» Mais en continuant mon exhumation, je trouvai que, selon ma prévision, les doigts n'étaient pas venus, et qu'il en manquait dans leur partie supérieure près de la moitié. Quelque fatigue que dû! me donner en plus cet accident, j'en fus enchanté, car il devait prouver au duc si je savais ou non mon métier. Au reste, si le métal avait coulé plus avant que je croyais qu'il ne le pût faire, cela tenait tout simplement d'al ord a ce que j'avais fait chauffer le bronze plus que d'habitude, et ensuite à cetle quantité d'étain que j'y avai ; mêlé, chose dont les autres maîtres ne s'étaient jamais avisés. Or, voyant mon œuvre >i bien venue, j'allai aussitôt trouver le duc .1 Pis", où lui et la duchesse me flrenl un accueil aussi aimable que possible; et quoique le majordome leur eût déjà appris l'év nementdat ses détails, cela ne leur suffit
point, et ils voulurent me l'entendre raconter de vive voix. j'obéis aussitôt; mais lorsque j'en fus venu aux pieds du • ci que j'annonçai à Son Excellente, qu'ainsi que je lui avais dit qu'il devait le faire, le méial n'avait point en* tièrement rempli le moule, le grand-duc fut émerveillé de ma prévis! «ù, ei i,i redit ù la grande-duche i e dans les propres terme donl |e m'étais servi pour l'en prévenir luin 'pie. Voyant alot i maltri et i eigneurs si bien disposés à mon égard, je priai le grand-duc de me dont er i mgé d'aller à Rome, congé qu'il m'accorda gracieusement, mais en me recommandant toutefois de re enlr au plus vite pour finir son Persée ; de plus, il me donna de i li uns polir son ideur, qui était a cette époque Avprard Serristori. »
Ce lui dans celle T\ BIC nui - n que Iti nveiiulo Cellini
mourut le IS de février r>7t, cl fut enterré a l'église de l'AnnunzIala, ainsi que le prouve la note ulvante que j'extrais îles archives de l'Académie des beaux-arts,
« Ce 15 février 1571.
» Funérailles faites à messire Be'nvenuto Cellini, sculpteur.
» Aujourd'hui, jour sus dénommé, fut enterré maître Benvenuto Cellini, sculpteur, et par son ordre l'inhumation fut laite dans notre chapitre de l'Annuiiziata avec une grande pompe funèbre, à laquelle concourut toute l'Académie et toute la compagnie des Iteaux-Arls. On se rendit à sa maison, on se rangea comme, d'habitude, et lorsque tous les moines eurent défilé, quatre académiciens prirent le cercueil que l'on porta à l'Annunziata avec les mutations d'usage; là, les cérémonies du culte divin ayant été accomplies, un frère entra qui, la veille de l'enterrement, avait reçu la mission de faire l'oraison funèbre à la louange duilit maître Benvenuto, oraison qui fut fort goûtée de tous ceux qui avaient suivi le défunt, Kon-seulement pour lui rendre les derniers devoirs, mais encore dans l'espérance d'entendre faire son éloge. Et le tout fut faittivec un grand appareil de cierges et de lumières, tant dans l'église que dans le chapitre. Je vais faire le compte des cierges que l'on donna à l'Académie. D'abord, les consuls reçurent chacun un cierge d'une livre; les conseillers, les secrétaires et les camerlingues, chacun un cierge de huit onces; le provédileur, un cierge d'une livre; enlin tous les autres, au nombre de cinquante, chacun un cierge de quatre onces. »
Qui croirait qu'après de si brillantes funérailles, si scrupuleusement enregistrées, la compagnie des Beaux-Arts a oublié une chose : c'est de mettre le nom de Benvenuto Cellini sur sa tombe! Ce qui fait que, grâce à cet oubli, nul, dans tout Florence, ne peut montrer du doigt la place où fut enterré fauteur du Persée.
MAISON D' AMÉRIC VESPIICE.
ta maison qu'habita Améric Vespuce fait partie du couvent des Hospitaliers de Saint Jean-dc-Dieu. Cette inscription, scellée sur sa façade, perpétue la mémoire de l'heureux rival de Colomb :
Americco Vespucoio, palrieio Florcntino,
Ob repeilain Américain
Rui et pairîœ nomînis illustratori,
Amplificatori orbis lerrarum.
In liac ohm Vespueci i domo
A la m lo domino habitata
Patres Sancti Johumis à Deo cultorcs,
Gratis mémorise causa.