‹ Une année `a FlorenceChapitre 81 sur 148 · LA BÊTE NOIÎIE DU ROI NASONE · texte numérisé non relu

LA BÊTE NOIÎIE DU ROI NASONE

Il y avait à Fermini, vers l'an de grâce J798, un jeune homme de seize à dix-sept ans, lequel, comme le cardinal Lecada, ne demandait qu'une chose au ciel : être secrétaire ilEtat et mourir.

C'éiait le fils d'un honnête fermier nommé Noodad. Le nom est tant soit peu arabe peut-être, mais nos lecteurs voudront bien se souvenir que la Sicile a été autrefois conquise par les Sarrasins. Puis, comme je l'ai dit, ils peuvent recourir pour les racines à mon ami Palmieri de Micciehe.

Son père lui avait laissé quelque petite fortune; il résolut d'acheter un costume à la mode, de poudrer ses cheveux, de raser son menton, d'attacher un catogan au collet de son habit, et de venir chercher un titre à Palcrme. En conséquence, en vertu de l'aviome: Aide-toi, et Dieu l'aidera, il commença par changer son nom de Néodad en celui de Soval, quoiqu'à mon avis le premier fût bien plus pittoresque que le second. Il est vrai qu'un peu plus tard il ajouta à ce nom la particule de, .ce qui le rendit, sinon plus aristocratique, du moins plus original encore.

Ainsi déguisé, et croyant avoir suffisamment caché sa crasse paiernelle sous la poudre ù la maréchale, le jeune Soval essaya lout doucettement de se glisser à la cour. Mais Sa Majesté napolitaine n'avait pas reçu le nom de Nasone pour rien. Elle llaira l'intrus d'une lieue, lui lit fermer toutes les portes des palais royaux et des villas- royales, lui laissant toute liberté, au reste, de se promener partout ailleurs que «hez lui.

Mais le jeune fermier n'était pas venu à Palerme dans la seule intention de faire admirer sa tournure à la Marine ou sa jambe à la Fiora. Il était venu pour avoir ses entrées à la cour. Il résolut de les avoir à quelque prix que ce fut, et, puisque le roi Nasone les lui refusait de bonno volonté, de les enlever de force.

Il y avait plusieurs moyens pour cela. Celait le moment où le cardinal Rufio cherchait des hommes de bonne volonté pour l'aider à reconquérir le royaume de Naples, que, comme Charles VII, le roi Nasone perdait le plus gaîméW du monde. Le jeune Soval, déjà habitué aux métamorphoses, pouvait changer son hahil de seigneur contre une casaque de soldai, comme il avait changé sa veste de fermier contre un habit neur; il pouvait ajouter à cette casaque un fusil, un sabre, une giberne, et aller se faire un nom dans le genre de ceux deMammone el de Pra-Diavolo. il ne fallait qu'un peu

de courage pour cela ; niais une des vcrlus héréditaires de la famille Neodad était la prudence. Les Calabreâ sont longues, il pouvait arriver un accident entre Bagnarâet Naples.

Puis, notre héros Connaissait le vieux proverbe: l.oiu des

yeux, loin du COeur. Il résolut de lester sous les yeux de ses

î.iins hien-aiiiii's, alm de demeurer le plus pies possible

de i tur cœur.

Connue nous l'avons dit, c'était le roi Nasone qui était roi ; mais c'était la reine Caroline qui réunit. Or, la reine

Caroline, qui ne pouvait pas. cbmïne le calife m Raschid se déguiser en kalender >xt portefaix pour entier dans les

mai oms de ses fidèles sujets el Bavoir ce qu'on y |,ensaii de

on ■ ou ' ■ iv Bit ni ■ Dppléail S cel inconvénient en t dw

pou aill avis mu foule de gpng qui v entraient pour elle. e|

qui, dans un luit tout patriotique, lui rendaient un compte exact des choses qu'elle ne pouvait voir par cllc-niéme. Mal-

heureusement, ce dévoûment si louable n'était pas tout à fait désintéressé. En échange de ces petits services, la reine donnait a ceux qui les lui rendaient des appointerions plus ou moins élevés sur sa cassette particulière. Le jeune Soval, qui avait une écriture magnifique, un style épistolaire des plus lucides, et pas la moindre vocation pour la carrière mi Iilaire, eut un beau malin la révélation de l'avenir qui lui était réservé : il sollicita l'honneur d'être reçu surnuméraire, obtint l'objet de sa demande, et, au bout de trois mois, avait fait preuve d'une si haute intelligence dans le choix des discours, pensées et maximes qu'il recueillait ça et là pour les transmettre à Sa Majesté, qu'il fut définitivement reçu «.u nombre de ses correspondans.

Le pauvre garçcn faillit en perdre la tête de joie; du moment où il correspondait avec !a reine, il lui semblait que toute difficulté allait s'aplanir. Il redoubla donc de zèle ; et, comme la nature l'avait doué d'une finesse d'ouïe extrême, il rendit vraiment des services Incroyables. Aussi, la reine, qui, toute maîtresse qu'elle étaii des choses politiques, avait cependant conservé l'haliitude de consulter son mari pour les choses d'étiquette, demanda t-elie pour le jeune Soval ses entrées à 'a cour. Mais Sa Majesté napolitaine,, en entendant ce nom qui lui était devenu si profondément antipathique, bondit comme un chevreuil relancé par les chiens, et refusa tout net. Ni prières, ni supplications, ni menaces, ne purent rien : l'interdit lancé sur le malheureux Soval tut maintenu.

La restauration de 1799 arriva : c'était l'époque des punitions, mais c'était aussi celle des récompenses; le jeune Soval résolut de donner une nouvelle et grande preuve de son dévoûment à la famillb royale et s'expatria à sa suite. Ce lut alors que, pensant qu'il avait assez fait pour s'accorder à lui-même la récompense qu'on lui refusait, il ajouta un de à son nom, sans qu'il y eût au reste plus d'empêchement à l'adjonction de cette particule que n'en avait trouvé Allieri, après avoir créé l'ordre d'Homère, à s'en décorer lui-même chevalier. C'est donc à partir de ce moment, et en même temps que Buonaparte retranchait une lettre à son nom, que notre héros ajoutait deux lettres au sien.

Arrivé à Naples, non seulement le jeune de Soval conserva ses anciennes fonctions près de la reine Caroline; mais, comme on le comprend bien, ces fonctions acquirent une nouvelle importance : il en résulta que la reine ne se conten'a plus de recevoir de simples lettres, mais lui permit de lui faire dans les grandes occasions des rapports verbaux. C'était ce que notre héros regardait comme le marchepied infaillible de sa grandeur. En effet, pour conférer avec la reine, il fallait qu'il vînt chez le roi. Il est vrai qu'il entrait pour ces conférences par une pelile porte dérobée par laquelle on n'introduisait que les familiers du premier ministre Gialfar ; mais c'était toujours un pas de fait. La question était maintenant de passer par la grande porte au lieu de passer par la petite, et d'entrer de jour au lieu d'entrer de nuit La reine ne désespérait pas d'obtenir cette faveur du roi. Mais, contre toutes les prévisions de sa protectrice, le pauvre Soval ne put rien intervertir dans l'ordre établi, el sept ans de service s'écoulèrent sans qu'il eût pu une seule fois entrer par la porte de devant.

C'était à désespérer un saint : aussi le pauvre garçon se désespéra tout de hou, et, un beau jour (pic la reine venait de lui porter une nouvelle rebuffade qu'elle avait reçue du roi, il résolut de partira la manière des chevaliers errans, et de chercher a accomplir de par le monde quelque grande action qui forçat le roi à lui donner une récompense éclatante.

Ce fut vers 1808 q«.e le nouveau don Uuichotte se mit à chercher avenlnre. A celle époque, il n'y avait pas besoin d'aller bien loin pour en trouver : aussi, a son arrivée à Venise, le pauvre de Soval crul-il enfin avoir reneonlré ce qu'il cherchait.

Il y avait à œttlB époque à Venise une madame S"', Allemande de naissance, mais belle sceur d'un des plus illustres

I m . de la mat at g uise < leite d m e étaii prisonnière

dans sa maison, gardé vue, et conservée a r e gouvernement français comme un précieux otage, Le jeune soval vit

dans cette circonstance l'avenlure qu'il cherchait, et résolut de tenter l'entreprise.

Ce n'était pas chose facile; si adroit, si souple et si retors que fût le paladin, Napoléon était à cette époque un géant assez difiicile à vaincre, et un enchanteur assez rebelle à endormir. Cependant notre héros avait une telle habitude des portes dérobées qu'à force de tourner autour de la maison de madame S"*, il en aperçnt une qui donnait sur un des mille petits canaux qui sillonnent Venise. Trois jours après, madame S"* et lui sortaient par cette porte; le lendemain, ils étaient à Tneste ; trois jours après, à Vienne; quinze jours après, en Sicile. Comme on doit se le rappeler, c'était en Sicile que se trouvait la cour à cette époque; Joseph Napoléon étant monté en 1806 sur le trône de Naples.

Le chevalier errant se présenta hardiment à la reine. Cette fois, il ne doutait plus que cette grande porte, si longtemps fermée pour lui, ne s'ouvrit à deux batlans. La reine ellemèi, e en eut un instant l'espérance. En effet, son protégé venait d'enlever une prisonnière d'Flat aux Fiançais; cette prisonnière d'Etal appartenait à l'aristocratie d'Al'emagne et était alliée à celle d'Angleterre. La reine se hasarda à demander au roi le titre de marquis pour son libérateur.

Malheureusement, le roi était en ce moment-là de très mauvaise humeur. Il reçut donc la reine de fort mauvaise grâce, et, au premier mot qu'elle dit de son ambassade, il l'envoya promener avec plus de véhémence qu'il n'avait l'habitude de le faire en pareiMe occasion. Celte fois, la bourrade ava't été si violente que Caroline exprima tous ses regrets à son protégé, mais lui déclara que c'était la dernière négociation de ce genre qu'elle tenterai! près de son auguste époux, et que s'il se sentait décidément une vocation invincible à être marquis, elle l'invitait à trouver quelque autre canal plus sur que le sien pour arriver à son marquisat.

Il n'y avait rien à dire : la reine avait fait tout ce qu'elle avait pu. Le pauvre Soval ne lui conserva donc aucun resseniimentde son échec; bien au contraire, il continua de lui rendre ses services habituels : seulement cette fois il partagea son temps entre elle et l'ambassadeur d'Angleterre. L'ambassadeur d'Angleterre était, à cette époque, une grande puissance en Sicile, et Soval espérait obtenir par lui ce qu'il n'avait pu obtenir par la reine. La reine, de son côté, ne fut point jalouse de n'occuper plus que la moitié du temps de son protégé ; on prétordit même que ce fut elle qui lui donna le conseil d'en agir ainsi.

Cependant, malgré ce redoublement de besogne et ce surcroît de dévoûraenl, l'aspirant marquis était encore bien loin du but tant désiré; six ans s'écoulèrent sans que sir W. A'Court, ambassadeur d'Angleterre, pût rien obtenir du souverain près duquel il était accrédité. Enfin I8IS arriva.

Ce fut l'époque de la seconde restauration : l'Angleterre en avait fait les dépenses; or, l'Angleterre ne fait rien pour rien, comme chacun sait; en conséquence, dès que Ferdinand fut rentré dans sa très fidèle ville de Naples, qui a conservé ce titre malgré ses \ingt-six révoltes tant contre ses rice-rois que ses rois, l'Angleterre présenta ses comptes par forganede son ambassadeur. Sir W. A'Court profita de cette ion, et à l'article des litres, cordons et faveurs, il glissa, espérant que l'ensemble seul frapperait le roi et qu'il négligerait les détails, celte ligne de sa plus imperceptible écriture :

Monsieur de Soval sera nommé marquis.

Mais l'instinct a des yeux de lynx; Sa Majeslé napolitaine, qui, comme on le sait, avait la baise des rapport-, mémoires, lettres, etc., et qui signait ordinairement tout ce qu'on lui présentai! sans rien lire, llaira, dans l'arrêté des comptes que lui présentait la Grande-Bretagne, une odeur de roture qui lui monta au cerveau. Il chercha d'où la chose pouvait venir, et comme un limier ferme sur sa piste, il arriva droit à l'article concernant le pauvre Soval.

Malheureusement, cette fois, il u y avait pas moyen de re

fuser; mais Ferdinand voulut, puisqu'on le violen ait, que

la nomination même du futur marquis portât ave< elle pro-

ou de la violence, En conséqui nce, au dessous du mot

accordé, il écrivit de sa propre main :

» Mais uniquement pour donner une preuve de la grande considération que le roi de Naples a pour son haut et puissant allié le roi de la Grande-Bretagne. »

Puis il signa, cette fois-ci, non pas avec sa griffe, mais avec sa plume; ce qui fit que, grâce au tremblement dont sa main était agitée, la signature du titre est à peu près indéchiffrable.

N'importe, lisible ou non, la signature était donnée, et Soval était enfin — marquis de Soval.

Le fils du pauvre fermier Neodad pensa devenir fou de joie a rette nouvelle; peu s'en fallut qu'il ne courût en chemise dans les rues de Naples, comme deux mille ans auparavant son compatriote Anhimède avait fait dans les rues de Syracuse. Quiconque se trouva sur son chemin pendant les trois premiers jours fut embiassésans miséricorde. Il n'y avait plus pour le bienheureux Soval ni ami ni ennemi : il portait la création tout entière dans son cœur. Comme Jacob Ortis, il eût voulu répandre des fleurs sur la tète de tous les hommes.

A son aws, il n'avait plus rien à désirer; il n'avait, pensait-il, qu'à se présenter avec son nouveau titre à toutes les portes de Naples, et toutes les portes lui serai' nt ouvertes. Toutes les portes lui furent ouvertes, effectivement, excepté une seule. Celte porte était celle du palais royal, à laquelle le malheureux frappait depuis vingt ans.

Heureusement le marquis de Soval, comme on a pu s'en apercevoir dans le cou'S de cette narration, n était pas facile à rebuter; il mit le nouvel affront qu'il venait de recevoir près des vieux affronts qu'il avait reçus, et se creusa la tète pour trouver un moyen d'enlrer, ne fût-ce qu'une seule fois en sa vie, dans ce bienheureux palais, qui était l'Eden aristocratique auquel il avait éternellement visé.

Le carnaval de l'an de grâce 1816 sembla arriver tout exprès pour lui fournir cette occasion. Le nouveau marquis, qui. grâce à la faveur toute particulière dont l'honorait la reine, s'élait lié avec ce qu'il y avait de mieux dans l'aristocratie des deux royaumes, proposa à plusieurs jeunes gens de Naples et de Païenne d'exécuter un carrousel sous les fenêtres du palais royal La proposition eut le plus grand succès, et celui qui avait eu l'idée du divertissement reçut mission de l'organiser.

Le rar-ou«el fut splendide; chacun avait fait assaut de magnificence, tout Naples voulut le voir. Il n'y eut qu'une seu'e personne qu'on ne put jamais déterminer à s'approcher de son balcon : cette personne c'était le rci.

Sa Majesté napolitaine avait appris que le directeur de l'œuvre chorégraphique en question était le marquis de Soval. et il n'avait pas voulu voir le carrousel afin de ne pas voir le marquis.

Un autre que notre héros se serait tenu pour battu, il n'en fut point ainsi ; c'était un gaillard qui, pareil au renard de La Fontaine, avait plus d'un tour dans son bissac : il résolut de meure son antagoniste royal au pied du mur.

Le soir même du carrousel, il y avait à la cour bal costumé. Or, le carrousel n'avait été inventé que dans le but d'attirer une invitation à son inventeur. Le but ayant été manqué, puisque, le carrousel exécuté, l'invitation n'était pas venue, le marquis proposa à ses compagnons d'envoyer une députation au roi pour le prier d'accorder à tous les acteurs de la mascarade la permission d'exécuter le soir au bai de la cour, et à pied, le billet qu'ils avaient exécuté le matin si.r la place et i cheval. Connue tous les compagnons du marquis avaient leurs entrées au palais el étaient invités à la soirée royale, ils ne virent aucun inconvénient à la proposition el nommèrent une députation pour la porter au roi. Le marquis aurait bien voulu éire de cette députation; mais, malheureusement, de peur d'éveiller quelques unes de ces susceptibilités OU de ces jalousies qui ne manquent jamais de surgir en pareil cas, on décida que le son désignerait les quatre ambassadeurs. Noire héros était dans son mauvais jour : son nom resta au fond du chapeau, si ardente que fût sa prière mentale pour qu'il sortit. Les quatre (dus se présentèrent à la porte du palais, qui s'ouvrit, aussitôt pour eux, el. sur la simple audition de leurs noms

ŒUVIil-S COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS.

et qualités, furent introduits devant le roi Ferdinand, a qui ils exposèrent le but de leur visite. Ferdinand vit d'où venait le coup; mais, eomme nous l'avons dit, c'était un vrai Saint-Georges pour la parade.

— Messieurs, dit-il, tous ceux d'entre vous à qui leur naissance donne entrée chez moi pourront y venir ce soir, soit avec leur costume du carrousel, soit avec tel autre costume qui leur conviendra.

La réponse était claire. Aussi arriva-l-elle directement à son adresse. Le pauvre marquis vit que c'était un parti pris, et que, si lin et si entêté qu'il fût, il avait affaire encore à plus rusé et plus tenace que lui. Il penlit courage, et de ce moment ne fit plus aucune tentative pour vaincre la répugnance du roi à son égard. CeMe répugnance du roi des lazzaroni ne venait point de l'état qu'avait exercé le pauvre marquis, mais de l'infériorité sociale dans laquelle il était né.

Au reste, si le roi Nasone a^ait son Croquemilaine qu'il ne voulait voir ni de près ni de loin, il avait d'un autre côté son Jocrisse, dont il ne pouvait se passer.

Ce Jocrisse était monseigneur Perelli.

AIMIXDOTES.

Chaque pays a sa queue rouge qui résume dans une seule individualité la bêtise générale de la nation : Milai: a Girolamo, Rome a Cassandre, Florence a Stentarelle, Naples a monsignor Perelli.

Monsignor Perelli est le bouc émissaire de toutes les sottises dites et faites à Naples pendant la dernière moitié du dernier siècle. Pendant cinquante ans qu'il a vécu, monsignor Perelli a défrayé de lazzis, d'anecdotes et de quolibets la capitale et la province, et depuis quarante ans que monsignor Perelli est mort, comme on n'a encore trouvé personne digne de le remplacer, c'est à lui que l'on continue d'attribuer tout ce qui se dit de mieux dans ce genre.

Monsignor Perelli, ainsi que l'indique son titre, avait suivi la carrière de la prélature et était arrivé aux bas rouges, ce qui est une position en Italie; puis, comme au bout du compte il était d'une probité reconnue, il avait été nommé trésorier de Saint-Janvier, place que, ses jocrisseries à part, il occupa honorablement pendant toute sa vie.

Monsignor Perelli était de bonne famille. Aussi, comme nous l'avons dit, était il parfaitement reçu en cour; il faut dire qu'aux yeux du roi Ferdinand, comme aux yeux du roi louis XIV, si un homme eût pu se passer d'aïeux, c'eût été un prêtre. Le pape, souverain temporel de Rome, roi spirituel du monde, n'est le plus souvent qu'un pauvre moine. Mais la question n'est point la. Monsignor Perelli était noble, et le roi Nasone n'avait pas même eu la peine de vaincre à "m, é'.'ard lis ivpugnanres que nous avons racontées à l'endroit du pauvre marquis deSoval.

AusîiSa Majesté napolitaine, spirituelle et railleuse de sa nature, avait-elle vu tout de suite le parti qu'elle pouvait tirer d'un homme tel que n tignor Perelli Comme le Charivari, qui tous les matins raconte un nouveau bon mol de ur Dupin el une nou relie répot •■ Bne de morn ieur ' le roi Ferdinand demandait lous les matins a son lever : - Eh bien l qu'a dit hier monsignor Perelli ? Alors, selon que l'anecdote de la veille était plus ou moins bouffonne, le roi, pour tout le rc ite de la Journée, était lui même

plu, ou moins joyeux. Due i ne histoire sur mou ignor

Perelli était u meilleure apo Lille présentée au roi Ferdinand.

Une i is seulement il arriva a monsignor Perelli de ren-

contrer plus bête que lui : c'était un soldat suisse. Le roi Ferdinand le lit caporal, te soldat bien entendu.

Un ordre avait été donné par l'archevêque de ne laisser entrer ''ans les églises que les ecclésiastique en robe, et des sentinelles avaient été mises aux portes des trois cents temples de Naples avec ordre de faire observer cette consigne. Justement, le lendemain même du jour où cette mesure avait été prise, monsignor Perelli sortait du bain en habit court, et n'ayant que son rabat pour le faire distinguer des laïques; soit qu'il ignorât l'ordonnance rendue, soit qu'il se crut exempt de la règle générale, il se présenta avec la confiance qui lui était naturelle à la porte de l'église del Carminé.

La sentinelle mit son fusil en travers.

— Qu'e*t ce à dire? demanda monsignor Perelli.

— Vous ne pouvez point entrer, répondit la sentinelle.

— El puurquoi ne puis-je entrerP

— Parce que vous n'avez point de robe.

— Comment ! s'écria monsignor Perelli, comment! je n'ai point de robe! Que dites-vous donc là? J'en ai quatre chez moi, dont deux toutes neuves.

— Alors, c'est autre chose, répondit le Suisse; passez. Et monsignor Perelii passa malgré l'ordonnance. Monsignor Perelli eut un jour un autre triomphe qui ne fit

pas moins de bruit que celui-là. Il éclaircit d'un seul mot un grand point de l'histoire naturelle resté obscur depuis la naissance des âges.

Il y avait réunion de savans aux Studi, et l'on discutait, sous la présidence du marquis Ardili, sur les causes de la salaison de la mer. Chacun avait exposé son système plus ou moins probable, mais aucun encore n'avait été d'une assez grande lucidité pour que la majorité l'adop'ât, lorsque monsignor Perelli, qui assistait comme auditeur à cette intéressante séance, se leva et demanda la parole. Elle lui fut accordée sans difficulté ni relard.

— Pardon, messieurs, dit alors monsignor Perelli; mais il me semble que vous vous écartez de la véritable cause de ce phénomène, qui, à mon avis, e^t patente. Voulez-vous me permettre de hasarder une opinion?

— Hasardez, monsignor, hasardez, cria t-on de toutes parts.

— Messieurs, reprit monsignor Perelli, une seule question. —.Dites.

— D'où tire-t-on les harengs salés?

— De la mer.

— N'est-il pas dit dans l'histoire naturelle que ce cétacé se trouve dans les mers, et presque toujours par bandes innombrables?

— C'est la vérité.

— Eh bien donc, reprit monsignor Perelli satisfait de l'adhésion générale, qu'avez-vous besoin de chercher plus loin?

— C'est juste, dit le marquis Arditi. Personne de nous n'y avait jamais songé : ce sont les harengs salés qui salent la mer.

Et cette lumineuse révélation fut inscrite sur les registres de l'Académie, où l'on peut encore la lire à cette heure, quoique je sois le premier peut-être qui l'ait communiquée au monde savant.

Lors du baptême de son fils aîné, le roi Ferdinand fit un cadeau plus ou moins précieux à chacun de ceux qui assistaient a la cérémonie sainte. Monsig • Perelli obtint dans

cette distribution générale une tabatière d'or enrichie du chiffre du roi en diamans.

On comprend qu'une pareille preuve de la magnifique amitié de son roi devint on ne peut plus chère à monsignor Perelli. Au<^i celle bienheureuse tabatière était elle l'olijel île son éternelle préoccupation, il était toujours à la poursuivre îles poches de sa veste dans les poches de son habit, et des poches de son habit dans celles de sa veste. Cn savant mathématicien calcula, en procédant du connu à l'inconnu, que monsignor Perelli dépensait, par jour el par nuit, quatre

h is trente-cinq minutes vingt-trois secondes a chercher

ce précieux bijoux; or, comme, pendant les quatre heures trente-cinq minutes et vingt In I idfi qu'il passait par

nuit et par jour à cette recherche, monsignor, ainsi qu'il le disait lui-même, ne vivait |>as, c'était autant de secondes, de minutes et d'heures à retrancher à son existence. 11 en résulta que, tout compte fait, monsignor Perelli eût vécu dix ans de plus si le roi Ferdinand ne lui eût point donné une tabatière.

Un soir que monsignor Perelli était allé faire sa partie de rev?rsi chez le prince de C... et que, selon son habitude, le digne prélat avait perdu une partie de sa soirée à s'inquiéter de sa tabatière, il arriva qu'en rentrant chez lui, et en fouillant dans ses poches, monsignor s'aperçut que le bijou était pour cette fois bien réellement disparu. La première idée de monsignor Perelli fut que sa tabatière éiait resiée dans sa voiture. Il appela donc son cocher, lui ordonna de fouiller dans les poches du carrosse, de retourner les coussins, de lever le tapis, enlin de se livrer aux recherches les plus minutieuses. Le cocher obéit; mais cinq minutes après il vint rapporter celte désastreuse nouvelle, que la labatière n'était pas dans la voiture.

Monsignor Perelli pensa alors que peut-être, comme les gla es de son carrosse étaient ouvertes, el qu'il avait plusieurs fois passé les mains par les portières, il avait pu, dans un moment dedislraction, laisser échapper sa labaiière; elle devait donc en ce cas se retrouver sur le chemin suivi pour revenir du palais du prince de C... a la maison qu'occupait monsignor Perelli. Heureusement il était deux heures du matin, il y avait quelque chance que le bijou perdu n'eût point encore été reirouv". Monsignor Perelli ordonna ù son cocher et à sa cuisinière, qui composaient tout son domestique, de prendre chacun une lanterne ec d'explorer les rues intermédiaires, pavé par pavé.

Les deux serviteurs rentrèrent désespérés; ils n'avaient pas trouvé vestige de tabatière.

Monsignor Perelli se décida alors, quoiqu'il fût trois heures du malin, a écrire au prince de C... pour qu'il fil immédiatement et par tout son palais chercher le bijou donl l'absent e causait au digne prélat de si graves inquiétudes. La la lettre était pressante et telle que peut la rédiger un homme sous le coup de la plus vive inquiétude. Monsignor Perelli s'excusait vis-à-vis du prince de l'éveiller i une pareille heure, mais il le priait de se mettre un instant :i sa place et de lui pardonner le dérangement qu'il lui causait.

La lettre était écrite et signée, pliée, et il n'ymanquail plus que le sceau, lorsqu'on se levant pour aller chercher son cachet, monsignor Pcrellit senti quelque chose de lourd qui lui battait le gras de la jambe. Or, comme le docte prélat savait qu'il n'y a point dans ce monde d'effet sans cause, il voulut remonter à la cause de l'effet, et il porta la main à la basque de son habit c'était la fameuse tabatière qui, par son poids, ayant percé la poche, avait glissé dans la doublure, et donnait signe d'existence en chatouillant le mollet de son propriétaire.

La joie de monsignor Perelli fut grande. Cependant, il lani le dire, si sa première pensée fut pour lui-même, la seconde lui pour son prochain : il frémit à l'idée de l'inquiétude qu'aurait pu causer sa lettre à son ami le prince de ( ..., et, pour en atténuer l'effet, il écrivit au-dessous le postscripfttffi Minant :

« Mon cher prince, je rouvre ma lettre pour vous dire que vous ne pre.-iez pas la peine de taire chercher ma labatière. .le viens Oe la retrouver dans la basque de mon babil. »

Puis il remit l'épi Ire a sou cocher, en lui ordonnant de la portera l'instant même au prime de c... que ses gens réveillèrent à quatre heures iin malin pour lui remel re, de la part de monsignor Perelli, le message qui lui apprens fols qu'il avail perdu e: retrouvé sa labaiière

Cependanl monsif Perelli avail un avantage sur beaucoup de gens de ma connaissance; cciiiii mie béieel non un soi ; il y avail en lui une certaine conscience de son infirmité d'esprit, d'où il résultait qu'il ne demandai! pas mieux que de s'instruire. Aussi, un soir, avant enlendu dire au

c te de... que ver* \'Ave Maria il éiait malsain de restera

l'air, attendu que le crépuscule tombait à cette heure, la remarque hygiénique lui resta dans la tête el le préoccupa

OEtV. COMl', — IX.

gravement. Monsignor Perelli n'avait jamais vu tomber le crépuscule, el ignorait parfaitement quelle espèce de chose c'était.

Pendant plusieurs jours, il eut des velléités de demander à ses amis quelques renseignemens sur l'objet en question; mais le pauvre prélat éiait tellement habitué aux railleries qu'éveillaient presque toujours ses demandes et ses réponses, qu'à chaque fois que la curiosité lui ouvrait la bouche, la crainte, la lui refermait. Enfin, un jour que son cocher le servait à table :

— Gaétan, mon ami, lui dit-il, as-tu jamais vu tomber le crépuscule?

— Oh! oui, monseigneur, répondit le pauvre diable, à qui, comme on le comprend bien, depuis vingt-cinq ans qu'il éiait cocher, une pareille aubaine n'avait pas manqué: certainement que je l'ai vu.

— Et où tombe-l-il ?

— Partout, monseigneur.

— Mais plus particulièrement ?

— Dame' au bord Oe la mer.

Le prélat ne répondit rien, mais il mit à profit le renseignement, el, avant île faire sa sieste, il ordonna que les chevaux fussent attelés à six heures précises.

A l'heure dite, Gaétan vint prévenir son maître que la voiture était prête. Monsignor Perelli descendit son escaibr quatre à quatre, tant il était curieux de la chose inconnue qu'il a'.iait voir: il sauta dans son carosse, s'y accommoda de son mieux, et donna l'ordre d'aller siaiionner au bout de la villa Reale, ente le Boschetto et Mergellina.

Monsignor Perelli demeura ù l'endroit indiqué depuis sept heures jusqu'à neuf, regardant de tous ses yeux s'il ne verrait pas tomber ce crépuscule tant désiré; mais il ne vit rien que la nuit qui venail avec cette rapidité qui lui est toute particulière dans les climats méridionaux. A neuf heures, elle était si obscure que monsignor Pere'li perdit toute espérance de rien voir tomber ce soir-là D'ailleurs, l'heure indiquée po..r la chute était passée depuis longtemps. Il revint donc tout attristé à la maison ; mais il se consola en songeant qu'il serait probablement plus heureux le lendemain.

Le lendemain, à la même heure, même aiiente et même déception; mais monsignor Perelli avail entre aulres vertus chrétiennes une patience développée à un haut degré; il espéra donc que sa curiosité, trompée déjà deux lois, serait en lin satisfaite la troisième.

Cependanl Gaétan ne comprenait rien au nouveau caprice de son maître qui, au lieu de s'en aller passer sa soirée, comme il en avait l'habitude, chez le prince de C .. ou chez le duc de N..., venait s'établir au bord de la mer, et, la tète à la poitiere, restait aussi attentif que s'il eût été dans sa loge de San-Carlo un jour de grand gala; et puis Gaétan n'était plus tout à fait un jeune homme, et il craignait pour sa santé ï'humidilé du soir, dont, assis sur sou siège, rien ne le garantissait. Le troisième jour arrivé, il résolut d3 tirer au clair la cause de i es stations inaccoutumées. En conséquence, au moment où commrnçaii à sonner l'Ave Maria:

— Pardon, excellence, dit-il, en se penchant sur son siège de manière à dialoguer plus facilement avec monsignor Perelli, qui se tenait a la portière, les yeux érarquilles dans leur plus grande dimension, peut-on, sans indiscrétion, demander à votre excellence ce qu'elle attend ainsi/'

— Mon ami, dit leprélai, j'attends que le crépuscule tombe; j'ai attendu inutilement hier et avant-hier: je ne l'ai pas vu malgré la grande attention que j'y ai faite: mais aujourd'hui j'espère être plus heureux-.

Pesiel dit Gaë;an, il esl cependant tombé, ci joliment tombé, ces deux jours-ci, excellei ce, et je vous en reponds I

— Commenl ' tu l'as doue vu, toi?

— Non-seulement je l'ai vu, mais je l'ai senti!

— On le sent doue aussi ?

— Je le eiois bii u qu'on le seul !

— C'est singulier, je ne l'ai vu ni senti.

— El tenez, dans cemomeai même...

— Eh bien !...

— Eb bien! voua ne. le voyez pas, excellence?

ŒUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS

— Non.

— Voulez vous le senlir?

— Je ne te cache pas que cela me serait agréable.

— Alors rentrez la tête entièrement dans la voilure. k- M'y voilà.

— Étendez la main hors de la portière.

— J'y suis.

— Plus haut. Encore. Lh, liien.

Gaétan prit son fouet et en cingla un grand coup sur la main de inonsignor Perelli.

Le digne prélat poussa un cri de douleur.

— Eh bien ! l'avez-vous senti ? demanda Gaétan.

— Oui, oui, très bien ! répondit monsignor Perelli. Très bien ; je suis content, très content. Revenons chez nous.

— ( ependant, si vous n'étiez pas satisfait, excellence, continua Gaétan, nous pourrions revenir encore demain.

— Non, mon ami, non, c'est inutile; j'en ai assez. Merci. Monsignor porta huit jours sa main en éeharpe, racontant

son aventure à tout le monde, et assurant que, malgré les premiers doutes, il en était revenu a l'avis du comte de M..., qui avait dit qu'il était fort malsain de rester dehors tandis que le crépuscule tombait, ajoutant que si le crépuscule lui était tombe sur le visage au lieu de lui tomber sur la main, il n'y avait pas de doute qu'il n'en fût resté défiguré tout le reste de sa vie.

Malgré sa fabuleuse bêtise, et peut-être même à cause d'elle, monsignor Perelli avait l'âme la plus évangélique qu'il fût possible de rencontrer. Toute douleur le voyait compatissant, toute plainte !e trouvait accessible. Ce qu'il craignait surtout, c'était le scandale; le scandale, selon lui, avait perdu plus d'âmes que le péché même. Aussi faisait il tout au monde pour éviter le scandale. Non pas pour lui ; Dieu merci, monsignor Perelli était un homme de mœurs non-seulement pures, mais encore austères. Malheuieusement, le bon exemple n'est pas celui que l'on suit avec le plus d'entrainement. Monsignor Perelli avait, dans sa maison même, une jeune voisine et, dans la maison en face de la sienne, un jeune voisin qui donnaient fort à causera tout le quartier. C'était la journée durant, et d'une fenêtre à l'autre, les signes les plus tendres, si bien que plusieurs lois les âmes charitables de la rue qu'habitait monsignor Perelli le vinrent prévenir des distractions mondaines que donnait aux esprits réservés cet éternel échange de signaux amoureux.

Monsignor Perelli commença par prier Dieu de permettre que le scandale cessât; mais, malgré' l'ardeur de ses prières, le scandale, loin de cesser, alla toujours croissani. 11 s'informa alors des causes qui forçaient les jeunes gens à passer à cet exercice télégraphique un temps qu'ils pouvaient infiniment mieux employer en louant le Seigneur, et il apprit que les coupables étaient deux amoureux que leurs parens refusaient d'unir boui prétexte de disproportion de fortune. Dès lors, au sentiment de réprobation que lui inspirait leur conduite se mêla un grain de pitié que lui inspirait leur malheur; il alla lei trouver l'un après l'autre pour les consoler, mais le | i , jeunes gens étaient inconsolables ; il voulut obtenir d'eux qu'ils se résignassent à leur sort, comme devaient le faire des chrétiens soumis el des enfans respectueux i mais ils déclarèrent que le mode de correspondance qu'ilx avaient adopté étant le seul qui leur restât après la truelle sépuralion donl ils étaient victimes, ils ne renonceraient pour rien au inonde a t elle dernière consolation, dûtelle mettre en rumeur toute la ville de Waples. Monsignor Perelli eul beau prier, supplier, menacer, il les trouva inébranlables dans leur obstination. Mors voyant que, s'il ne l'en mêlait pas plue efficacement, leB deux malheureux pé-

tneurs continueraienl d'être | leur prochain une pierre

l'achoppem prêtai leur offrit, puisqu'ils ne pou-

\ aient se voir ni chez l'un ni chez l'autre pour se dire loin de ions les veux, ce qu'il i étaient forcés de se dur ai i I rencontrer chez loi une heure ou deux lo

i lac liti |ue les porte, el le feni 1res de [a i liani

bn on i|g se rem ontreraienl seraient fermées, que personne ne i ODnatlralt leui rendi z von el qu ils renom Braient enlièrement a oettemalheureu leoot reapondance par signes qui

mettait en rumeur tout le quartier. Les jeunes gens acceptèrent avec reconnaissance cette évangélique proposition, jurèrent tout ce que monsignor Perelli leur demandait de iurer, et, à la grande édification du quartier, parurent avoir, à compter de ce jour, renoncé à leur fatal entêtement.

Plusieurs mois se passèrent, pendant lesquels monsignor Perelli se félicitait chaque jour davantage de l'expédient ingénieux qu'il avait trouvé à l'endroit des deux amans, lorsqu'un matin, au moment où il rendait grâces à Dieu de lui avoir inspiré une si heureuse idée, les parens de la jeune lille tombèrent chez monsignor Perelli pour lui demander compte de sa trop grande charité, chrétienne. Seulement alors monsignor Perelli comprit toute l'étendue du rôle qu'il avait joué dans cette affaire. Mais comme monsignor Pereili était riche, comme monsignor Peielli était la bonté en personne, comme toute chose pouvait s'arranger, au bout du compte, avec une niaiserie de deux ou trois mille ducats, monsignor Perelli dola la jeune pécheresse, à la grande satisfaction du père du jeune homme, de la part duquel venait tout l'empêchement, et qui ne vit pius dès lors aucun inconvénient a la recevoir dans sa famille La chose, grâce à monsignor Perelli, finit donc comme un conte de fées : les deux amans se marièrent, furent constamment heureux, et obtinrent du ciel beaucoup d'en fans.

Maintenant, il me resterait bien une dernière histoire à raconter, qui, à l'heure qu'il est, désopile encore immodérément la rate des Napolitains mais l'esprit des nations est chose si différente, que. l'on ne peut jamais répondre que ce qui lera pouffer de lire l'une fera sourciller l'autre. Conduise' Falstaff â Naples, et il y passera incompris ; transplantez Polichinelle à Londres, et il mourra du spleen.

Et puis nous avons une malheureuse langue moderne si bégueu'e qu'elle rougit de tout, et même de sa bonne aïeule la langue de Molière et de Saint-Simon, à laquelle je lui souhaiterais cependant de ressembler. 11 en résulte que, tout bien pesé, je n'ose point vous raconter l'histoire de monsignor Perelli, laquelle fit néanmoins tant rire le bon ro1 Nasone, lequel, ù coup sur, avait au moins autant dVsprit que vous et moi en pouvons avoir, soit séparément, soit même ensemble. Et pourtant, elle lui avait été racontée un certain jour où il ne fallait rien moins qu'une pareille histoire pour dérider le front de Sa Maiesté. Ou venait d'apprendre à Naples une nouvelle escapade des Yaidarelli.

Comme ces honnêtes bandits m'offrent une occasion de faire connaître le peuple napolitain sous une nouvelle face, et qu'on ne doit négliger dans un des lablsaux aucun des détails qui peuvent en augmenter la vérité ou l'effet, disons ce que c'était que les Vardarelli

Page 1