‹ Une année `a FlorenceChapitre 99 sur 148 · OEUV, COMP. — IX · texte numérisé non relu

OEUV, COMP. — IX

rênes de l'attelage de la main gauche, force les chevaux à se retourner, et presse leur fuite en les fouettant de la main droite.

lïi quatrième personnage, placé comme les trois autres sur le premier plan du tableau, lient en bride un cheval qu'il semble offrir au chef monté sur le char, car, comprenant sans doute la difficulté que ce char éprouvera a passer à travers les moits, les blessés et les armes dont le champ de bataille est jonché, il veut offrir à son chef un plus sûr moyen de salut.

Le fond du tableau est occupé par les soldats du second chef, dont l'un porte un étendard, et dont les autres, se sacrifiant pour leur général, s'élancent entre lui et le général ennemi.

Au dessus de la mêlée s'élève un arbre dépouillé de feuillage.

Il y a en tout vingt-huit combattans et seize chevaux, tous un tiers a peu près plus petit que nature.

Malheureusement cette belle mosaïque avait été endommagée par le tremblement de terre de l'an 63, et l'on s'occupait de la réparer lors de l'éruption de l'an 69.

Or, voyez ce que c'est que le hasard ! le dégât a justement frappé les endroits qui pouvaient renseigner les antiquaires sur l'époque où avait lieu cette bataille et sur les nations qui se la livraient. Nous avons parlé d'un étendard. Cet étendard devait porter un lion, un aigle, un animal quelconque. Alors on eût su à qui l'on avait à faire : il n'y avait plus de discussion, tout le monde était d'accord, l'Académie d'Herculanum continuait de. vivre dans la concorde. Mais baste ! il ne reste de l'étendard que la pique et le bâton ; de l'animal qu'il portait, pas le moindre vestige, un bout de crête seulement, h ce que prétendent ceux qui désirent y voir un coq. Quant à moi, je sais que je n'y ai rien vu.

Mais c'est justement parce qu'on n'y voit rien que la chose est devenue si formidablement intéressante. Vous comprenez, une énigme scientifique à expliquer, un problème archéologique a résoudre! Quelle bonne fortune pour les savans !

Aussi, chacun s'est précipité sur la grande mosaïque et y a vu une bataille différente.

L'opinion générale a prétendu que c'était la bataille d'Issus, entre Darius et Alexandre.

11 signor Francesco Avellino a prétendu que c'était la bataille du Granique.

11 signor Antonio Niccolini a prétendu que c'était la bataille d'Arbelles.

Il signor Carlo Bonnucci a prétendu que c'était la bataille de Platée.

Monsieur Marchand a prétendu que c'était la bataille de Marathon.

Il signor Luigi Vescorali a prétendu que c'était la défaite des Gaulois à Delphes.

Il signor Filippo de Romanis a prétendu que c'était la rencontre de Drusus et des Gaulois a Lyon.

11 signor Pasquale Ponticelli a prétendu que c'était la défaite de Ptolémée par César.

Le marquis Arditi prétend que c'est la mort de Sarpédon.

Enfin, il signor Giuseppe Sanchez y voit un combat mire Achille et Hector.

Voilà de quoi choisir, n'est-ce pas? Eh bien ! ce n'est rien de tout cela.

— Mais enfin pourquoi n'est-ce rien de toul cela?

— Je vais vous le dire. Commençons par l'opini n générale; c'est toujours, comme on le sait, le plus difficile à détrôner, quoiqu'elle soit s mvenl la plus absurde.

« L'opinion générale prétend que la bataille représentée dans la grande mi iaïque est la bataille d'Issus, qui se livra entre Darius el Alexandre, el par conséquent entre les Perses el le.-. Macédoniens. »

L'opinion générale esl une ignorante.

ii,i.. lote dil que les lances des Perses élaienl courtes: or, selon l'opini m générale, les Perses sont les vaincus île la mosaïque, el les lances des vaiucus de la mosaïque sont de« mesurémenl longues.

OEUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS

Arrien dît que, les soldais mercenaires lues, les Perses prirent la fuite, nuis que, comme les chevaux se trouvaient alourdis par le poids de l'armure de leurs cavaliers, ces derniers étaient facilement rejoints et mis à mort par leurs ennemis. Or, pas un des vaincus de la mosaïque ne possède, visiblement du moins, une cuirasse assez lourde pour ralentir la course d'un cheval.

Plularquedit que les Perses traînaient dans leurs combats un grand nombre de chars ornés d'un grand i ombre de de taux. Or, il n'y a dans toute la bataille représentée par la mosaïque qu'un seul char et pas uae seule taux.

Passons des soldais aux chefs.

L'opinion générale prétend que le chef vainqueur est Alexandre.

Dans tous les poriraits, dans tous les busles, dans toutes les médailles que nous possédons d'Alexandre, Alexandre est représenté sans barbe, e: le chef vainqueur a des favoris.

Alexandre portait, au dire de tous les biographes, la tète, inclinée vers l'épaule gauche, et le chef vainqueur a la tête inclinée sur l'épaule droite.

Enfin, il est connu qu'excepté à la bataille, du Granique, Alexandre combattait toujours sir Buecpliale, lequel était d'un tiers plus grand que les autres chevaux et avait la tête qui ressemblait à une tête de bœuf, ressemblance d'où lui venait son nom bous kephalé. Or, le cheval du chef vainqueur est de taille ordinaire et n'a d'aucune façon cette physionomie bowne que constatent les historiens.

L'opinion générale prétend que le chef vaincu est Darius.

Quinte-Curce dit que le char que montait Darius était tout! resplendissant de pierreries, que sur ce char il y avait deux figures d'or massif hautes d'une coudée, lesquelles représentaient la Paix et la Guerre, et qu'au milieu de ces deux figures, un aigle, également d'or, ouvrait ses ailes et semblait prêt à s'envoler. Or, le char du chef vaincu est un char fort élégant, mais sur lequel on ne retrouve aucune trace ni de ces slatnes de la Paix et de la Guerre, ni de cet aigle aux ailes déployées.

Quinte-Curce dit que Darius portait une tunique de pourpre lisérée de blanc, et un manteau frangé d'or que réunissaient sur la poitrine du roi deux éperviers qui semblaient se becqueter. En outre, Darius avait une tiare bleue et blanche, son sceptre à la main et sa couronne sur la tête. Ce foirent cette couronne, ce sceplre et cette tiare, symboles de sa dignité, que Darius jeta en fuyant, et qui tombèrent au pouvoir d'Alexandre, qui le poursuivait. Or, le manteau du chef vaincu est retenu par deux serpens et non par deux éperviers, sa tiare est jaune et non pas bleue; ennn, il ne tient pas un sceptre à la main, mais un arc.

Hérodote dit que les Perses étaient surtout gênés dans le combat par les longues robes qui tombaient jusque sur leurs talons ; or, le chef vaincu, velu d babils exactement taillés sur le même modèle que ceux deses soldats, porte une tunique qui ne dépasse pas les genoux.

Enfin OElianus dit que Darius, voyant, le combat perdu, monia sur une jument (pie lui présenta son frère Artaxercc. Or, la monture qu'offre a son roi le guerrier qui s'approebe ci un cheval et inn une jument (i). Sur ce point, il ne peut pas y avoir de discussion.

Or, l'opinion générale est donc parfaitement absurde.

Passo i ond 55 lème.

1 II signor Francesco Avellino prétend que c'est la bataille du Granique. »

t * 1 < . m - m , que ce n'est pas plus la bataille du Granique que ce n e l la bataille d'Issus.

La bataille du Granique eut lieu dans les eaux et. sur la rive même du fleuve. Les Macédoniens, armés de lances, et idreâ leur té e, se pré< ipitè 1 al dans les flots, repoussèrent l" [ r . qui voulait ni leur disputer le pa s'emparèrent de l'autre bord. Dans celle lutte, Alexa lire, qui donnai! par sa témérité l'exemple du courage, ayanl

.' 1 j , erement de jumens pour fuir; 1 11 les

Jrnnem aillaient pins vite que le chevaux; attirées qu'elle» étalent rdori rouvei lout 1 ellts.

rompu sa lance, demanda à Arêtes, général de sa cavalerie, de, lui prêter la sienne; puis, cette seconde lance rompue comme la première, il en repril une troisième des mains de Débalrius de Corinlbe. Ce fut alors que le fils de Philippe al aqua Mithridate, gendre de Darius, qui poussait son cheval en avant des bataiâtons persane, et l'ayanl frappé dans le flanc d'un premier coup de lance qui demeura sans effi t, repoussé qu'il fut par sa cuirasse, lui porta au visage un second coup dont il le renversa. Dans ce moment, Alexandre était tellement acharné contre l'ennemi qu'il combinait qu'il ne vit point Rosacés qui levait une hache au dessus de sa tète, et qu'il ne put parer le coup, qui ouvrit son cas que et lui lit une légère blessure, au front. Maison se senlan frappé, Alexandre se retourna vers lui et lui traversa la poi liïne d'un eoupd'épée. Outre celte blessure îi la tête, Alexandre en avait une seconde que lui avait faite le javelot de Mithridate, et par laquelle il perdait beaucoup de sang. Enfin, Spiridate, qui s'était glissé jusqu'à la croupe de son cheval, levait sa masse et lui en préparait un troisième, probablement plus terrible que les deux autres, lorsque le bras qui allait frapper fut abattu par Clitus. En ce moment, les Macédoniens restés en arrière rejoignirent leur chef, et les Perses, ne pouvant résister aux quarante guerriers d'élite qu'Alexandre appelait ses compagnons, et a la phalange macédonienne qui les suivait, priient la fuite, et, avec la victoire, abandonnèrent à Alexandre la possession de l'Ionie, de la Carie, de la Phrygie, et des autres portions de l'Asie qui formaient auparavant la puissante monarchie des Lydiens.

Voilà la bataille du Granique telle qu'elle est racontée dans Diodore de Sicile, dans Quinte-Curce et dans Plutaniue.

Procédons par ordre.

La bataille du Granique conserva le nom du fleuve, parce qu'elle fut livrée, comme nous l'avons dit, moitié dans l'eau, moitié sur le rivage. Or, il n'y a pas dans la grande mosaïque trace du plus petit ruisseau.

Le guerrier vaincu ne peut être Mithridate, puisque le premier coup que lui porta Alexandre ('.ans le flanc demeura sans effet, et que ce ne fut que du second coup que le héros macédonien lui traversa le visage. Or, le cavalier moribond jouit, au contraire, d'un visage parfaitement sain, mais éprouve le désagrément d'avoir le flanc percé de part en part.

Au moment où Alexandre frappait Mithridate, Rosacés, comme nous l'avons dit, s'apprêtait à le frapper lui-même. Or, dans la grande mosaïque, le chef vainqueur est suivi de ses soldats, et parmi ces soldats il n'y a pas plus de Uosaeès que de Granique. D'ailleurs, dit l'historien, le coup de hache s'amortit sur le casque d'Alexandre, et le chef vainqueur est nu tête.

Alexandre, si on se le rappelle, avait deux blessures : celle que lui a-ail faile Rosacés et, celle que lui avait laite Mithridate. Or, le chef vainqueur estan contraire parfaitement invulnéré, et l'on n'aperçoit aucune trace de sang sur ses babils. La cuirasse d'Alexandre, raconte Diodore de Sicile, était ouverte en deux endroits. Or, la cuirasse i\\\ chef vainqueur est parfaitement intacte. Enfin, le même historien dit que le boni lier d'Alexandre, le même bouclier qu'il avait enlevé au temple de Minerve, était marqué de trois coups terribles qu'Alexandre avait revus dans la mêlée. Or, le chef vainqueur n'a pas même de bouclier.

Ce n'est donc pas la bataille du Granique.

MPtlKSIONS W, VOYAGE. — LE f.ORIUCOLO.

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