‹ Une année `a FlorenceChapitre 98 sur 148 · PETITES AFFICHES · texte numérisé non relu

PETITES AFFICHES

Nous suivîmes la voie consulaire el nous arrivâmes a la porte d'Herculanum Disons un mot de la voie consulaire el de la porte d'Herculanum -, puis nous ferons un tour dans la ville même de Pompeïa.

La voie consulaire était un nrmeao de celte Fameuse vole

Appienne qui allait de Rome à VapleB; elle la joignait au

ipi < étendait au midi Jusqu a Reggio: c'était

la (roi ii me voie romaine décrite par Sirabon, qui passait

par le pays des lirnliens, la Lucanie, le Samnium, la Campanie, où elle rejoignait la voie Appienne.

Ces grands chemins élaient sous l'inspection des censeurs, qui devaient les tenir en bon état. Tile-Live (race à ces estimables magistrale les devoirs qu'ils avaient à remplir à cet égard. "Les censeurs, dit-il, doivent, dans l'intérieur des vil es, faire construire les chemins avec de la pierre de silex; mais, dans la campagne et hors les murs, c'est avec, des cailloux que les roules et les trottoirs doivent êtr3 fabriqués. » Or, qu'était-ce que ces chemins en cailloutis, si ce n'est nos roules ferrées? M. Macadam est un grand plagiaire d'avoir donné la recette comme de lui, tandis qu'elle date, ainsi qu'on le voit, d'une vingtaine d'années avant le Christ.

La ville de Pompeïa est encore aujourd'hui pavée, selon les réglemens de l'époque. Seulement, hors des murs, dans la campagne, les roules se sont un peu détériorées, et il n'y aurait pas de mal que les censeurs s'en occupassent.

Quant à la porte d'Herculanum, il n'y faut rien changer, elle est bien celle qui convient à la nécropole à laquelle elle donne entrée : ruine qui conduit à des ruines, poterne sans gardes qui mène à une ville sans habilans.

Sa voûle s'est écroulée, lassée qu'elle était de porter dixsept siècles. La herse s'est faite poussière comme la poussière qui la couvrait; mais les ouvertures latérales, plus étroites et plus basses, ont conservé leurs voûtes; on voit encore la rainure où glissait la barrière disparue.

En arrivant sur le seuil de Pompeïa, on s'arrête un instant, on regarde autour de soi, on regarde devant soi, on plonge les yeux devant toutes les courbures des rues, dans tous les angles des ruines, dans tous les plis du terrain ; on ne voit pas un être vivant; on écoute, on n'entend pas un seul bruit.

Alors se présente un escalier aux larges marches ; cet escalier conduit aux murailles publiques, qui furent découvertes de 4SI 1 à 1814, c'est-à-dire pendant le règne de Murât.

Ces murailles furent bâties, comme celles de Fiesole, de Roselle et de Vollerra, avec de grandes pierres de travertin à leur base, et dans leur partie supérieure avec des pierres volcaniques posées les unes sur les auires, sans autre lien que leur propre aplomb, sans autre ciment que leur seul poids. Trois chars pouvaient y passer de front, et aujourd'hui l'on peut s'y promener comme aux jours de Sylla et de Cicéron.

Des lettres osques et élrusques sont gravées sur le revers de chaque pierre; on suppose que, ces pierres se taillant d'avance dans la carrière d'où on les lirait, les lettres é'aient des signes tracés par les ouvriers pour reconnaître la position .qu'était destinée à occuper chacune d'elles.

Du haut de celle muraille on plane, comme Asmodée, sur une ville sans toits.

En redescendant de la muraille, on trouve à gauche la maison du triclinium; un banc recouvert d'une treille lui a fait donner ce nom gastronomique. Elle avait élé mise par son maître sous la garde de la Fortune, dont on retrouva l'image dans une espèce de petite chapelle.

En face de cette maison est celle de Jules Polybe. Il n'y avait point à se tromper sur celle-là, le nom de Jvxivs Polibiys élant écrit sur la porte en lettres noires.

Maintenant, quelle était sa destination? Les savans veulent, les uns que ce soit une auberge, les autres un relais de poste, ils se fondent sur ce, qu'on y a trouvé des ossemens de chevaux et des pièces de fer qui ne pouvaient être que des essieux.

Apn s cette maison s'élève un grand pilier dont la nature occupa fort l'académie d'Herculanum. Elle prétend il d'abord, entre autres choses, que celle image étail un talisman contre la jetiaiura, et puis elle y reconnut une enseigne de bijoutier. Comme celte opinion élail la moins plausible, tou'l le monde s'y rallia.

Il est vrai que les fouilles c\eculées dans la maison attenante produisirent une très grande quantité d'objets pareils en corail, en or et en argent, lesquels se poi talent autrefois comme se portent encore aujourd'hui a Naples les mains et les cornes. Il faut dire le pour cl le contre,

IMPRESSIONS Pïï VOYAGE. — LE CORRICOLO.

Mais ce qui nous frappa surtout, c'est la quantité, la \ariété des insc ipiions en lettres noires ou rouges, en caractères osques ou samnites, en latin ou en grec, qui couvrent les murailles. Londres, la ville des puffs par excellence, où chaque coin de muraille blanche est loué, où les affiches, après s'être bissées du premier au second étage, grimpée! du second étage au troisième, enjambent le toit et vont se coller à la cheminée, Londres est, sous ce rapport, bien en arrière de Pompeïa : qu'est-ce qu'un malheureux lambeau de papier que le premier vent emporte, que la première pluie décolle, que le premier gamin arrache, près de cette encre indélébile qui dure depuis dix-huit cents ans!

Aussi, au lieu d'entrer tout d'abord dans les maisons, nous nous mîmes à courir les rues le nez en l'air comme de véritables badauds, lisant les enseignes des boutiques et les affiches des spectacles, exactement comme ces provinciaux qui se demandent : Achèterons-nous une canne ou un parapluie? Irons-nous aux Variétés ou à l'Opéra? N'est-ce. pas une chose curieuse, en effet, que de voir encore survivre aux habitans, aux maisons, a la ville, cet intérêt personnel qui, alors comme aujourd'hui, par les plus humbles prières et par les plus belles promesses, essayait d'attirer à lui l'attention du public, les faveurs des puissans, l'argent de tous.

Voulez-vous lire quelques-unes de ces inscriptions? Voici les plus curieuses :

Marcellimun adilem lignarii et pîaustarii rogant ut faveat.

Ce qui veut dire :

« Les charpentiers et les charretiers se recommandent à l'édile Marcellinus. »

Voulez-vous savoir où vous pouviez loger? Tâchez de déchiffrer cet avis en langue étrusque :

EKSVC AMVIVWR- EITVNS' ASTER' TrVBIU*

xi r nui' unis- ariw pvnr fhaam.yt-

MR- AARIRIIS" V.

Ce qui signifie, au dire des gens qui parlent étrusque, et je prie le lecteur de ne pas me confondre avec ces messieurs :

« Voyageur, en traversant d'ici à la douzième tour, lu trouveras Sarinus, fils de. Publius, qui tient auberge. Sa ut! »

Maintenant que vous savez où vous loger, voulez-vous aller au spectacle? Appelez le garçon et dites lui d'aller vous louer une place. Il vous rapportera un billet ainsi conçu:

CAR. II CUX. III CRAD. VIII CASIXA r-L \UTI.

Vous voilà tranquille : vous avez la seconde tràrés, dans le troisième ooi'n, sur le huitième jradin, et l'on joue la Casina de Plante.

Au reste, si vous aimez mieux 1er, spectacles du cirque que ceux du théâtre, si vous préférez la réalité a la Pcfion, laites mieux, allez jusqu'au carrefour de la fontaine; c'est là que sont les programmes des spectacles; il y en a pour tous les goûts. \ oyez:

Glad. paria XXX. matutini erunt.

« Trente paires de gladiateurs combattront au lever du soleil. »

Car, vous le savez, les combats des gladiateurs étaient si appréciés des Romains, qu'il y avait ordinairement deux combats de ce genre par jour, l'un le malin, l'autre à midi: il fallait bien faire quelque chose pour les paresseux.

Aimez-vous mieux i chasse? \ nus savez ce que les ito-

mains appelaient une chasse? On plantait de. arbres dans l'amphithi Sire pour simuler une fortl , puis dans cette forêl on lâchait deux ou trois lions , quatre ou cinq tigres, cinq ou si\ panthères, un rhinocéros, un éléphant, un i oa el un crÔCOffilc; puis une dizaine de bestiaires entraient, el la lutte

de l'instinct et du jugement, de la force et de l'adresse corn' mençait.

Aussi, c'est là que véritablement les Romains se récréaient. Avec les hommes, nature civilisée, combattans sortis de l'école, meurtriers qui se poignardaient a\ec art, tout était à peu près prévu d'avance. On aurait pu, pour peu qu'on fût un habitué, donner le programme de l'assaut, dire comment tel maître porterait tel coup , comment tel autie le parerait. Mais avec les lions , avec les tigres -, avec les panthères, avec les rhinocéros, avec les boas el les crocodiles, c'était bien différent; la, tout était imprévu. Chaque animal déployait le courage, la force ou la ruse qui lui étaient propre : c'était véritablement un combat, c'était plus qu'un combat, c'était un carnage. Les duels entre gladiateurs finissaient tous de la même manière à peu près: le blessé tombait sur un genou, s'avouait vaincu, tendait la gorge et recevait le coup de la manière la plus gracieuse qu'il lui était possible. Mais on se lasse de tout, même de voir mourir avec grâce. Puis, d'ailleurs, ces diables de g'adiateurs s'entendaient entre eux ; ils ne se faisaient pas soutlrir le moins du monde : ils cou aient la carotide, et tout était dit. Il y avait si peu d'agonie que ce n'était pas la peine d'en parler ; tandis que les animaux, peste! ils n'y mettaient pas de complaisance; ils frappaient où ils pouvaient et comme ils pouvaient, des dents, des griffes, de la corne; ils brisaient bras et jambes, faisaient voler des lambeaux de chair jusqu'au trône de l'empereur, jusqu'à la tribune des vestales el des chevaliers; ils s'acharnaient sur le moribond, lui fouillaient la poitrine, lui rongeaient la tête, lui buvaient le sang: il n'y avait pas moyen de prendre une pose théâtrale, de choisir une attitude académique: il fallait souffrir, il fallait se débattre, il fallait crier; cela du moins, c'était amusant à voir, c'était curieux à étudier! Aussi, l'empereur Claude, de grotesque mémoire, ne s'en rassassiail-il pas. Il y venait au poini du jour, il y restait jusqu'à midi, et souvent encore, quand le peuple s'en allait pour dîner, il demeurait seul sur son trône, interrogeait l'inspecteur des jeux sur 1 heu-e où ils allaient recommencer. Eh bien ! je vous le disais, avezvous les goûts de l'empereur Claude? Voici votre affaire?

N. Popidi

Rufi- fam. glad. IV- Iv nov. Pompeis

Venalione et XII" K- mai.

Mata el vêla erunt 0. Procuralor, félicitas.

« La troupe des gladiateurs de Numerius Popîdius Rufus » donnera une chasse, à Pompeïa, le quatrième jour des ra- » lendesde novembre el le douzième jour des calendes de mai. » On y déploiera les voiles. Oclavius, procurateur des jeux. « Salut! »

Au reste, si vous ne vous trouvez pas bien dans l'auberge dé M. Varinus, vous savez que vous pouvez vous loger en ville. Cher. liez, il y a des pancarles dapparlemens à louer de tous côtés. On second étage vous va-t-il ?

• Cneus Pompeius Diogenes louera aux calendes de juillet g l'étage supérieur de sa maison. »

Ou bien aimez-vous mieux être principal locataire et g a gner quelque chose en détaillant ? Il y a une certaine Julia Félix, Bile de Spurius, qui propose de louer, du premier au six des ides d'août, et pour cinq années consécutives, uns partie de son patrimoine, se composant d'un appartement de bains, d'un venereum, et de neuf cents boutiques et éiaux. Seulement vous êtes prévenu que c'e t une personne honnête et <pii lient à ce qu'il ne se pisse chez elle que des convenables. Autremcnl le bail sera résilié de plein droit. \ on ; les conditions; c'est à prendre ou à laisser :

In prasdiis lullffi s. t\ F. Felicis locontnr batneum,

Venereum et Don [cnlum tabernœ, pergulm.

Cuenacul i ex id t> is tug. priiuis, in Id.

Aug. soxtas, nn s conlinuos quiiique

s- ii- !)• t.- E-N-C.

Je vous avais bien qu'elle élal sa dernlcfè

condition n'es! Indiquée que par des Initial s.

ŒUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DUMAS

Maintenant, si vous n'êtes venu ni pour louer ni pour soiis-louer, si vous ne voulez pas dépenser votre argent au théâtre ou au cirque, si votre bourse est vide, ce qui peut arriver aux plus honnêtes gens de la terre, et ce qui arrive même plutôt a ceux-là qu'à d'autres, attendez jusqu'au jour des calendes de juin : l'édile donne spectacle gratis.

Vous savez ce que c'est qu'un édile, n'est-ce pas? C'est un homme qui a mangé le tiers de sa fortune pour arriver où il est, et qui mangera les deux autres tiers pour devenir préteur. Aussi, quanta la justice qu'il doit rendre, il ne s'en occupe pas le moins du monde. Jugeât-il comme l'empereur Claude depuis le matin jusqu'au soir, personne ne lui en aurait la moindre obligation. Non, son état est d'amuser le peuple; c'est pour cela que le peuple l'a nommé. Aussi donne-i-il une fête tous les huit jours, un combat degladialeurs tous les mois, et une chasse tous les semesires. C'est que les animaux coûtent cher; il faut les faire venir de l'Atlas, du Ail, de l'Inde. Avec le prix d'un lion à crinière, on achète huit gladiateurs. Les panthères coûtent six mille sesterces, et les tigres dix mille. On ne trouve plus de rhinocéros qu'au delà du lac Nalron. 11 faut remonter jusqu'à la troisième catancle pour pêcher un crocodile de dix pieds, et le moindre boa est hors de prix.

Aulus Svezius Cerius, qui vous promet une chasse pour le mois de juin, sera ruiné au mois de septembre; niais qu'importe? Au mois d'octobre se font les élections, et si l'édile a bien amusé le peuplé, il sera élu préteur, c'est-àdire roi d'une province, non pas d'une province comme le Languedoc ou le Berry, la Bretagne ou l'Artois, l'Alsace ou la Franche-Comté : ce n'est pas de pareils lambeaux que Rome a pour provinces ; les provinces de Rome, c'est l'Afrique, l'Espagne, la Syrie, l'Egypte, la Grèce, la Cappadoce ou le Pont; c'est mille lieues carrées de terrain, six cents villes, dix mille villages, vingt millions d'hahilans, non pas à gouverner, non pas à régir, non pas à civiliser, mais à piller, à voler, à pressurer, car tout est au préleur; le préteur a pleins pouvoirs, le préteur a droit de vie et de mort ; c'est au préteur les temples et leurs statues, les hommes et leurs trésors, les femmes et leur honneur. Tous les créanciers de l'édile ont suivi le préteur comme une meute : la province est leur curée; chacun en emporte une hribe, une. parcelle, un lambeau ; la province épure les comptes, paie. les créanciers, enrichit le débiteur. On donnait à Tibère le conseil de changer les préleurs qu'il avait envoyés en Grèce, en Judée et en Egypte, attendu, disait-on, qu'ils dévoraient ces malheureuses provinces que tant d'autres avaient déjà dévorées avant eux. « Si vous chassez les mouches qui boivent le sang d'un blessé, répondait Tibère, il en reviendra d'autres à jeun, et par conséquent plus affamées. »

Allez donc à la chaise du futur préteur, car il le sera, puisqu'il est assez riche pour donner le spectacle gratis aux axante-dix mille spectateurs que contient le cirque. Voici ion ulliehe :

La famille de gladiateurs d'Auliis Svezius Cerius,

èdile, combattra dans Pompéia le dernier

jnnr de calendes de juin. Il y

aura cliatse et velarium.

'.<■ velarium, coti ■ vous le savez, était une lente qui couvrai! l'amphithéâtre, il y en avail de loutes couleurs, de grises, de jaunes, de bleues. Néron en avait fait faire une en soie azurée avec des étoiles d'or, au milieu de laquelle il s'était lait représenter i n Apollon, une lyre a la main et conduisant le char du soleil.

Mai n tei ant, il y a peut-rire quelque i ho e de plu i curieux encore pour l 'ob ervateur que ces affiches pour ainsi dire officielles : ce sont ces lignes grossières, ces si ntences de ca

baret, ces refrains de taverne, tracés sur le i 'avec la

poinle il un i barbon ou l'extrémité d'un couleau Allez dans

la rue qui longe le pelil théâtre Cl VOUS y lirez les aventures

; i es de i il -, arrivées : ous le consulat do

Marcus Me valu et de Lui lu i Lenlulu î c e il ■ • irol i an i

avant la naissance du Çhri I Ce I ut e ■ noi e très pi il ante,

Puis, pendant que vous y êtes, enlrez dans le cabaret même : c'est une de ces riches thermopoles où les anciens passaient la nuit à jouer et à boire. Comme l'établissement de la célèbre commère de l'abbé Dubois, il avait deux faces : l'une visible, et qui s'ouvrait sur la rue; l'autre voilée, et qui se cachait sur la cour. On passait de la boutique dans l'appartement intérieur.

Il n'y a pas à s'y tromper. Par la seule inspection des murailles on sait où l'on est. Les peintures représentent des hommes qui boivent et qui jouent. L'un deux crie au garçon de lui apporter du vin à la glace : Da mihi frigidum ]>usillum. A une table voisine, des jeunes gens boivent avec des dames dont la tête est couverte d'un capuchon. Le capuchon indique que ce sont des femmes honnêtes. C'est le cucullus dontJuvénal couvre la tête de Messaline lorsqu'elle déserte le palais impérial du mont Palatin pour le corps de garde de la porte Flaminia. Aussi, comme vous le comprenez bien, ces dames ne sont point entrées par la boutique; il y a une petite porte qui donne dans une rue élroite solitaire el sombre : c'est par là qu'elles sont venues, c'est par là qu'elles s'en iront. Allez voir cette porte.

Il y avait encore dans cette chambre d'autres peintures non moins curieuses que celles-ci et qu'on a enlevées. On les retrouve dans le Musée de Naples, où ont les reconnaît à celte inscription : Lente impelle.

J'ai promis à mes leeteurs de ne pas leur faire faire une trop longue visile domiciliaire. Je vais donc les conduire maintenant à la maison du Faune, et tout sera dit sur Pompeïa.

JÏUSON DU r.vu\F.

La maison du Faune est une des plus charmantes maisons de Pompera ; elle est située dans le plus beau quartier de la ville, c'est-à-dire dans la rue qui s'étend de l'arc de Tibère à la porte d'isis; elle fut découverte en 4850 par le savant directeur des fouilles, Cliarles Bonnucci, en présence du lils de Gœlhe, le même qui ne précéda que de quelques mois son illustre père dans la tombe. Elle reçut son nom do maison du Faune de la statue d'un de ces demi-dieux qu'on y retrouva.

En franchissant le seuil de l'atrium, on découvre d'un coup d'œil toute la maison. Cet atrium était peint de couleurs vives et variées, et pavé le jaspe rouge, d'agaies orientales et d'albâtre fleuri. Des chambres à coucher, des salles d'audience, des salles à manger enveloppent cet atrium.

Derrière est un jardin qui devait être tout parsemé de fleurs ; au milieu de ces fleurs et de ce jardin jaillissait une fontaine qui retombait dans un bassin de marbre. Tout autour s'étendait un portique soutenu par vingt-quatre colonnes d'ordre ionique, au delà desquelles on apercevait encore d'autres colonnes et un second jardin, celui-là planté de platanes et de lauriers, à l'ombre desquels s'élevaient deux petits temples consacrés aUX dieux lares.

Au delà la vue s'éieudail jusqu'à la cime du Vésuve, dont on voit monter au ciel l'éternelle fumée.

Malgré celte vue, les propriétaires de celle belle demeure

ne lurent pas prévenus a temps du danger. On retrouva toute cliuse a sa place : (luises communes comme objets précieux, urnes d'or, coupes d'argent, vases de terre ; les uns dans les armoires, les autres sur les laides servies. La maîtresse de la maison seule essaya en fuyant d'emporter quelques bijoux, l'eui-èiie même, pour les aller prendre, perdit-elle un temps précieux. On reconnut son squelette dans la salle de réception, et à quelques pas d'elle, dans le gynécée, on trouva

deux bracelets d'or 1res pesant, deux boucles d'oreilles, sept anneaux d'or enchâssant de belles pierres gravées, et enOn un monceau de monnaie d'or, d'argent et de bronze.

Entre le jardin et le bosquet était situé le salon.

Arrêtons-nous au seuil de ce salon, et recueillons-nous. Nous louchons à un chef-d'œuvre antique, dont l'exhumation a failli produire une trente-troisième révolte dans la très fidèle ville de Naples.

Nous voulons parler de la grande mosaïque.

La grande mosaïque a été découverte eu 1830, c'était l'année des révolutions.

Mais notre lutte, a nous, s'est calmée. De loin en loin, quand on entend dans l'enceinte de la ville quelque coup de fusil qui résonne en contravention avec les ordres de la police, on tressaille bien encore, et l'on écoute, inquiet, si l'on n'entendra pas au bout de la rue battre la générale : mais la générale et>t muette. Le roulement des voilures qui passent atteste que pour le moment il n'y a pas de barricad'-s dans les environs. Tout s'apaise sous la lente et sourde pression du temps.

Riais il n'en a pas été ainsi à Naples. Les savans forment une race à part, bien autrement entêtée, bien autrement rancunière, bien autrement ergoteuse que les autres races. Les haines politiques ne sont rien auprès des haines archéologiques, et c'est tout simple : les haines politiques tuent, les haines archéologiques ne font que blesser.

C'est une terrible chose que la grande mosaïque ! La grande mosaïque sera a l'avenir ce que le Masque de Fer a été au pa^sé. Il y a neuf systèmes sur le Masque de fer, et il y en a déjà dix sur la grande mosaïque, et notez que le Masque de Fer date de 1680, tandis que la grande mosaïque ne date que de 1830.

Il va sans dire qu'aucun des systèmes inventés sur la grande mosaïque n'est encore reconnu pour le véritable. On sait ce qu'elle n'est pas, mais on ne sait pas ce qu'elle est.

Je voudrais bien avoir un pinceau au lieu d'une plume, je vous ferais un croquis de la grande mosaïque, et de ce croquis il résulterait peut-être un onzième système qui serait le bon. Numéro deus impare gaudet.

A. défaut d'un dessin, il faut donc que le lecteur se con>- 'ente d'une description.

La grande mosaïque, qui peut avoir seize pieds de large sur huit pieds de haut, représente une bataille. L'artiste a choisi ce moment suprême et décisif où la victoire se déclare pour une des deux armées : celte victoire est amenée par la chute d'un des principaux personnages.

Les deux chefs des deux armées sont en présence : l'un, qui paraît avoir trente ans à peu près, est monté sur un de ces beaux chevaux héroïques comme en sculptait Phidias sur la Irise du Parthénon ; il est nu-tête, porte les cheveux courts et des favoris qui se joignent sous le cou, et a pour armes défen ives une cuirasse très richement ornée, avec des manches d'étoffe, et une chlamyde qui, passant par dessus l'épaule gauche, retombe flottante derrière lui. Ses armes offen ives sont l'épée qu'il porte à son côté et la lance qu'il lient a la main, et de laquelle il traverse le flanc d'un des généraux ennemis, lequel, embarrassé par son cheval abattu sous lui, n'a pu éviter le coup, et se cramponne, en se tordant de douleur, au bois de la lance de son adversaire. C'es! la i hute, el surtout la blessure terrible de ce cavalier, qui paraissent décider de la victoire.

Quanl au vainqueur, il occupe le premier |>lan du côté

île la grande mosaïque. H aderrièrelui trois ou qua-

i cavaliers qui, armés comme lui, appartiennent évidem-

menl a la même nation. D'ailleurs, ils viennent d'où il vient

el vont où il va.

L'autre chef esl mont'- sur un char traîné par quatn vaux el occupe 1 1 côté opp iu. il a la tel i i i

pée d uni i | e de i baperon qui, apri s avoir rail le tour

du front, passe dus I col. il a une tunique à longues nian-

i un manteau grafé" sur sa poitrine et retombant sur

p iule • . il Uei de la main gauche un arc el étend, dans

l'altitude de l'inlérél el de la terreur, sa main droite vers le

cavalier Mes f. Pendanl ce temps, son cocher, qui tient les

Page 1