‹ Une année de critiqueChapitre 1 sur 31 · J.-J. THARAUD — RENÉ BOYLESVE — ETC · texte numérisé non relu

J.-J. THARAUD — RENÉ BOYLESVE — ETC

DORBON-AINE

19, Boulevard Haussmann, 19 PARIS

BIBLIOTHECA OUavisn•^•

// a été tiré de cet ouvrage 7 exemphi!i\'s numérotés sur papier du Japon.

Les études réunies ici ont paru presque toutes dans Gil Blas et dans la Revue critique des Idées et des Livres. On rejeta les autres pour diverses causes, entre lesquelles une excessive brièveté fut la plus commune. De jeunes écrivains, dont les ouvrages, parfois fort intéressants, parurent en 1912, n'ont pu, par suite, trouver dans ce tableau de l'année littéraire la place à laquelle ils avaient droit. On ne les a point dédaignés; on attend simplement qu'une nouvelle entrevue avec cu.v favorise une causerie moins hâtive.

Ce recueil devait s'ouvrir sur une étude relative à la dignité et à l'utilité de la critique. Elle eût été l'écho de discussions soutenues au cours de cette année littéraire, mais le risque parut trop grand d'exposer une doctrine, quand la crainte était si forte de n'avoir pu produire à son service que des exemples chancelants. Puissent du moins ces essais, dont on n'ignore pas la faiblesse, commtiniquer un pressentiment d'une méthode que l'on croit juste.

Destinées royales

Il y a quelques jours mourait, en Grèce, un écrivain dont les œuvres, appréciées dans son pays, seraient, chez nous, insuffisantes sans doute à garder son nom de l'oubli. Mais il avait été, en qualité de lecteur, attaché à la personne d'Elisabeth de Bavière, impératrice d'Autriche. Il sut, à cette occasion, reconnaître la faveur du destin qui l'introduisait dans la familiarité d'une telle âme et, par là, mérita de participer au bénéfice de son prestige. J'ai donc repris le livre oii Constantin Christomanos consigna ses souvenirs de la Hofburg, et qui se rencontre aujourd'hui sur ma table avec celui de la princesse de Saxe, (i) que je viens de recevoir. Entre la princesse déchue, possédée de ce besoin de justification qui n'est pas un signe d'innocence mais seulement de médiocrité, et la souveraine que le silence et la soli-

(1) Mémoires de Louise de Saxe (Juven, éditeur).

tude revêtirent vivante, d'une majesté comparable à celle de la mort, j'ai cru surprendre un dialogue. Et tandis que j'écoutais, dans le murmure qui s'élevait des pages feuilletées, le son de deux âmes, il m'a semblé qu'en dépit des vers de Paul Verlaine, la voix de l'Orgueil ne s'anéantissait pas avec les autres devant « la voix terrible de l'Amour ».

Amour misérable, et dont nous ne nous mêlerions pas, si la princesse de Saxe ne tenait à nous mettre au fait de VHistoirc de sa vie. Mais que penser de cette archiduchesse qui, durant trois cents pages, n'exprime pas une idée dont ne soit capable unjC petite vendeuse de nos magasins? J'en veux à cette femme 'qui nous frustre d'un thème possible de rêverie. Son livre devant moi, c'est la poussière tombée sur les mains du petit enfant qui creva sa belle poupée.

Une étrange fatalité pèse sur la maison de Habsburg. Au fond des palais pompeux et sévères, forteresses de l'étiquette et de la tradition, dans un décor où tout incline l'âme à une conception du monde empreinte de morgue féodale, il arrive qu'un descendant d'une des plus anciennes races qui soient

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