‹ Une année de révolution (volume 2)Chapitre 29 sur 51 · CIRC IL A I RI-: !)K C.^\AIC\AC · texte numérisé non relu

CIRC IL A I RI-: !)K C.^\AIC\AC

Paris, Ic 10 novembre 1848.

' K.i trail dune circulaire adressée par le Président du Conseil , chargé du pouvoir exécutif, à tous les fonctionnaires civils et militaires.

« Citoyens ,

' L'/^ssemblée Nalionale , par un vole définilir, vient d'achever l'œuvre entreprise et poursuivie par elle avec une si persévérante et si scrupuleuse énergie. La Constitution républicaine est votée, et sa promulgation va porter à la connaissance du peuple le texte de la loi fondamentale, qui doit désormais régir ses destinées.

» Dans une conjoncture si importante, et appelés (pic vous êtes à concourir, suivant la nature de vos' fonctions, à cette mesure solennelle, j'ai voulu, par une exception que la gravité de la circonstance explique, me mettre directement en rapport avec vous, et vous laire connaître quelles garanties, quelles forces nouvelles la Constitution donnera bientôt à votre autorité.

» La loi politique fondamentale est venue se placer à côté de la loi éternelle d'ordre et de stabilité , qui est la condition nécessaire de toute société humaine. Toutes deux désormais sont inséparables. L'existence de la République est indissolublement liée au maintien du bon ordre politique et social. La République sans le bon ordre, le bon ordre sans la République, sont

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désormais deux faits également impossibles, et celui cjui prétendrait les séparer ou sacrifier l'uu à l'autre est un citoyen dangereux que la raison condamne et que le pays repousse.

y Attachez-Yous à vous pénétrer de ces pensées , à les faire pénétrer dans l'esprit de ceux qui vous secondent ou vous entourent. Fondée sur le grand principe du vote universel, telle qu'elle le définit et le détermine dans son application, la Constitution de la République laisse toute liberté à la discussion, elle ôtc tout prétexte à l'insurrection, à la révolte; car le vœu qui n'a pu prévaloir par la règle, de quel droit voudraiton le faire prévaloir par la violence? Et d'un autre côté, en présence de cette application incessante du suffrage universel, quelle est l'autorité qui pourrait tenter d'en corrompre l'expression ?

" Le vote universel, c'est la révolution tout entière; tous les autres principes ne se présentent plus que comme des conséquences. Au premier rang de ces conséquences, vous devez placer celle qui consiste à maintenir le pouvoir sous l'action et le respect inviolable de la majorité. Dans l'état nouveau que la constitution va ûiire à la République, oublier ces principes serait de la part de tous une faute grave, ce serait un crime de la part de celui qui, revêtu d'une autorité quelconque , viendrait ainsi à méconnaître la source et la base mêmes de cette autorité. Le premier résultat, le premier danger d'une telle erreur .«erait l'anéantissement même du pouvoir dont on aurait retiié l'oriînni et méconnu la signification et la \aleur. »

RKM ARQUES SLR LA ClUCn-AIRK DE CAVAIGVAC. 359

Un fail qui me paraît evident diminue beaucoup l'importance de cette circulaire : c'est que le ,']énéral Cavaignac n'en est pas l'auteur, et que par conséquent elle a été écrite en vue d'un but tout particulier. Je ne sais pas qui l'a conçue, et je n'ai d'autre preuve que ma conviction intime pour déclarer que le général ne l'a pas composée, mais je n'y remarque aucune de ces expressions caractéristiques, dont il ne manque jamais de se servir lorsqu'il donne son opinion sur un sujet politique. Le style, en plusieurs endroits, est trop artificiel pour être du général. Il eût été difficile de conseiller en ce moment un langage qui eut produit un meilleur effet, et cependant il est difficile de nier qu'il est de nature à ne satisfaire personne. Les parties défectueuses de ce document tiennent à la position du général, bien que cette position ait été on peu aggravée en beaucoup d'occasions par les défauts de son caractère.

Quelques-unes des contradictions que ce document renferme sont Irop flagranles pour que ses ennemis n'en tirent pas avec empressement grand profit. Lorsqu'il dit : « Le vote universel, c'est la Révolution tout entière, « tout le monde doit se rappeler qu'à cette occasion même il en suspecta les effets , et émit l'avis qu'on en refusât l'exercice. Personne n'admettra Tantitbèse que l'ordre ne peut exister sans une République et que la République ne peut exister sans l'ordre, parce que, cbez le peuple le plus voisin, l'ordre se maintient depuis longtemps sans cette institution |)olilique, el qu'ici l'ordre a toujours été en danger dipuis qu'on a adoplé celle forme de gouvernement.

D'un autre côté, il est possible que les assurances de dévouement à l'ordre et à la stabilité données par le général Cavaignac affaiblissent un peu l'action du parti modéré contre lui. Depuis la nomination de MAI. Dufaure et Vivien, aucun acte public du général Cavaignac ne peut venir en aide à l'hostilité de ce parti ; mais cette hostilité est fondée, non sans quelque raison, sur la connaissance des injQuences dont il est circonvenu. La nomination de M. Recurt comme préfet de la Seine, bien que -blâmable, n'avait pas une importance assez grande en elle-même pour être présentée comme un motif d'opposition. J'ai mieux compris encore l'inopportunité de cette nomination , quand je l'ai vue suivie d'une invitation récemment adressée au Lord Maire de Londres, qui aurait été reçu comme collègue par un homme impliqué indirectement avec d'autres , à ce que donnent lieu de croire les extraits des dépositions faites à cette époque, dans l'attentat diabolique de Fieschi. Le fait est qu'en ce moment tous les partis en France sont dans une fausse position, par suite d'une contradiction constante entra les opinions qu'ils professent et les desseins qu'ils forment; le résultat dépendra de la somme des fautes que l'on commettra de chaque côté plutôt que d'une rigoureuse fidélité à une ligne de conduite conforme au courage moral, qualité, je regrette de le dire, dont on a lieu ici de déplorer dans tous les partis l'absence.

DKCOURAGFÎMKMT DE CAVAIGXAC. -JOI

11 novembre.

Je tiens de bonne source que le prince Louis-Xapoléon Bonaparte doit publier, d'ici à quelques jours, un manifeste où il exprime dans les termes les plus loris sa détermination, au cas où il serait élu Président, de s'attaclier, comme à l'un des premiers objets de sa sollicitude, à maintenir la paix de l'Europe et à cultiver l'alHance des puissances qui ont à la fois reconnu l'indépendance de la France à l'intérieur et montré le désir de conserver des relations d'amitié avec elle.

Depuis un jour ou deux Cavaignac envisage avec beaucoup moins de confiance ses cbauccs de succès. Il parle de voyager en Orient, d'aller en Turquie, en Syrie, et même aux Indes. Toutefois ses partisans mettent tout en mouvement pour le servir, et ce sera fort étrange si, e« faisant sans scrupule usage, pendant un mois, de tous les pouvoirs du gouvernement, on n'opère pas un cbangement en sa faveur. Une seule raison peut le faire échouer: c'est la conviction générale qu'il ne sera pas élu; quand on en sera certain, les promesses de ses agents perdront naturellement leurs charmes, et leurs nienaces n'inspireront aucune terreur. Le bruit court qu'on ne se fait pas faute d'intrigues électorales; on envoie dans les provinces éloignées, parmi les paysans, des bulletins portant de faux noms, tels que Jérôme Bonaparte ou Li>///s-.\'apo/éon sans nom de fannlle, afin que les voles soient nuls. Les journaux annoncent aussi que Ihigeaud s'est relire

en faveur de Cavaignac , et c'est précisément le contraire qui est la vérité, car on prétend que Bonaparte le nommera ministre de la guerre ; si le prince est élu, Odilon Barrot sera certainement son ministre, j'en suis convaincu; lui, du moins, est honnête homme et a des idées (rès-pacitiques. On note ici tous ces bruits comme s'il s'agissait d'événements qui sont sur le point d'arriver, car on reçoit de tout le monde l'assurance qu'ils ne sauraient manquer de s'accomplir, mais on ne peut, tant ils semblent extraordinaires , s'enjpêcher de penser que quelque chose encore viendra se mettre à la traverse.

Je crois être parvenu à faire décider que le corps diplomatique se rendrait, pour voir la fête, chez le ministre de la marine. Nous n'avons aucun rôle à jouer dans celte affaire, et sur l'estrade, par le temps qu'il fait, nous n'aurions pu accueillir chaudement la République.

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