C.AR.^CTKIIK DU GKNKRAL C AV AIGX'.AC
20 décembre.
Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est l'ignorance profonde où sont restés, jusqu'à la dernière heure, les agents du gouvernement relativement à l'état de l'opinion publique. Deux jours avant l'élection, le général Cavaignac m'assura, avec l'apparence de la plus grande sincérité, que sa nomination était certaine. Il était fort étrange, lui dis-je en hochant la tète, que tout le monde me dît le contraire ; je ne pouvais m'empêcher de croire qu'il ne fût trompé dans son attente. Il me répondit avec beaucoup de bonne humeur : « C'est, milord, que vous n'avez pas la foi républicaine. — C'est vrai, mon cher général, cela me manque complètement. » On suppose que le dépit qu'il éprouve d'avoir témoigné à tant de gens sa confiance singulièrement déçue l'a porté à ne voir personne depuis quelques jours, bien qu'il paraisse à la Chambre, où sa tenue est toujours parfaitement convenable. Pendant les quatre mois durant lesquels il a eu le pouvoir, il a certes fait beaucoup de bien, quoiqu'il ait commis beaucouj) de fautes. Le mérite lui appartient, tandis que les erreurs sont dues à de mauvais conseils; mais le danger que contenaient ces erreurs a été trèsaggravé par les fautes de son caractère. 11 n'a jamais montré beaucoup de stabilité dans ses desseins. .l'ai eu l'occasion, il y a quelques mois déjà, de noter, comme rcsult?l de mes observations personnelles, que le général Cavaignac est de ceux qui tâchent de cacher une
irrésolution naturelle d'esprit sous un air de gravité affectée. Cependant, malgré quelques exemples d'une disposition à commettre des actes arbitraires, que la nouveauté de sa situation et la difficulté de sa tâche peuvent excuser, le général Cavaignac, en quittant son poste, emporte le • respect de ses adversaires politiques; il a toujours fait preuve, dans sa conduite, d'un désintéressement patriotique qui doit lui assurer un rang distingue parmi les notabilités éphémères de cette scène changeante.
Avant de terminer cette revue, où je constate la situation actuelle de ces hommes publics dont la carrière se rattache surtout à la première période, maintenant près de se clore, de la Révolution, il me semble impossible de passer sous silence le sort de M. de Lamartine, qui, dans le mois d'avril, comme ses flatteurs le lui répétaient journellement, comptait des millions de suffrages, et qui maintenant, dans tout le département de la Seine, où son nom était en tète de la liste des candidats, n'a pas obtenu quatre mille voix.
Lorsque Lamartine, avec cet abandon qu'il apportait dans nos communications mutuelles, me déclara que son intention, à l'ouverture de l'Assemblée, était de ne pas se séparer de M. Lcdru-RoUin, je lui répondis, ainsi que je l'ai rapporté en son temps, que, selon moi, il perdrait entièrement la position qu'il avait conquise comme champion de l'ordre; il m'avoua que ce serait là le premier effet de cette résolution, mais qu'il regagnerait tout dans trois semaines. J'cs-
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sayai en vain de lui persuader que personne jamais, après elrc tombé d'une telle .hauteur, n'avait réussi à y remonter en quelques jours, et surtout en temps de révolution. Depuis lors, il n'a eu qu'une seule grande occasion de se relever, la discussion sur les événements de juin. On la retarda jusqu'au moment de son arrivée à Paris; on le croyait initié à tous les détails de cette mystérieuse histoire; il avait outragé hautement et sans réserve le général Cavaignac. Tous les amis de M. de Lamartine auraient désiré qu'il eût l;iit preuve ou d'assez de courage moral pour défendre la cause de ses amis contre un auditoire hostile, s'il croyait fondées les accusations qu'ils portaient, ou d'assez de magnanimité pour rétracler ses premières inculpations, s'il trouvait complète la défense du général Cavaignac'. Il s'abstint de voter même en silence sur la question, et cependant, en face de la Hicheuse impression qu'il avait ainsi produite, il conserva jusqu'au dernier moment la vaine illusion d'obtenir, pour la Présidence, un nombre de voix qui permettrait à l'Assemblée de le nommer comme le représentant de la solution la plus pacifique de la question. On ne peut s'empêcher de s'étonner en pensant, au moment
' Telle était alors mon impression, et même, en y rédrchissant, je ne puis me rendre compte de re silence inattendu de Lamartine, dont les instincts sont «lénéreux et dont le courage est reconnu. C'ctait un de ces moments par lesquels tout homme accoutumé à la vie parhjnuMilaire a passé, et où des motils divers et inconnus se combinent pour condiujiner un homme public à un silence fatal. L'^-propos ainsi né>{li<]é ne se retrouve peut-ôlrc jamais. On ne rencontre pas moins d'exemples d'occasions perdues que d'imprudences commises ou de triomphes obtenus.
OÙ le pouvoir échappe à ceux qui, sous différenls noms, l'ont possédé depuis Février, qu'il n'y a pas, après lui, parmi eus, un homme dont les bonnes ou mauvaises qualités méritent d'être signalées par un mot de souvenir particulier. J'en excepte seulement M. Bastide, ministre des affaires étrangères; dépourvu de talents éminents, il s'est élevé dans des circonstances difficiles, et, par son ferme bon sens et l'honnêteté de ses vues, il s'est concilié l'estime de tout le corps diplomatique, qui le regrettera à juste titre.
Le retard qui a forcément eu lieu dans la proclamation du nouveau Président a agi d'une manière défavorable sur le jugement que l'on porte du nouveau cabinet, depuis si longtemps soumis à l'opinion après avoir été prématurément annoucé. Rien , dans la manière dont il est comj)Osé, n'est de nature à satisfaire l'attente du public. Ce qui frappe tout d'abord, c'est l'absence de tant de noms distingués qu'on espérait y voir; la pensée est ensuite venue, et malheui-cusement on lui a complètement donné le temps de se produire, d'examiner de près les mérites relatifs de ceux qu'on a nommés, et de compter les autres hommes du même calibre qu'on aurait pu choisir à leur place. Les personnages préférés jouissent tous, néanmoins, d'une bonne réputation; ce sont des gens d'expérience et de talent, et s'ils réalisent le titre que leur chef, M. Odilon Barrot, leur donne, le ministère des lionnêtes (/ens, ils ne feront que suivre l'exemple que, selon roj)inion do tous, il a lui-même moniré; car, malgré toutes les fautes de sa carrière politique, on n'a jamais soup-
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('oniH' la piirelr do srs inlrnlions ni la droiliire de sa conduite.
Beaucoup ont attribué la baisse de la rente à la crainte de quelques troubles à l'occasion de la proclamation du Président. On croyait que des milliers d'Iiommes appartenant à la basse classe des faubourgs (t de la banlieue s'assembleraient an cri de l ive /'Empereur! que les républicains rouges profiteraient de cette manifestation pour faire une démonstration contraire, et seraient appuyés j)ar ceux qui, aujourd'hui, ne voient d'autre moyen d'assurer la durée des institutions républicaines que de faire régner la terreur dans la capitale. Les renseignements donnés au général Changarnier à ce sujet étaient de nature à causer des inquiétudes, mais on a pris des précautions, et je ne puis croire qu'un |)arti aussi désappointé que l'est maintenant celui des républicains exaltés veuille si promptement faire naître l'occasion de mesurer ses forces contre des multitudes si accablantes.
Pendant que je notais les craintes du moment, j'ai reçu un message confidentiel de M. Bastide. On a résolu, m'annonce-t-il, afin d'éviter le.^ dangers d'une démonstration qui se j)réparail |)Our le jour de la proclamation du Président de la Uéj)nblique, d'avancer la cérémonie; on se dispensera, en conséquence, d'attendre les votes dé quelques provinces éloignées, comme d'une formalité inca|)able d'affecter le résultat définitif. A cet effet, il a été convenu avec le futur Président que son installation aurait lieu cette après- midi , à (piatre heures, sans qu'on en doiniàt avis à jXM'somie, excepté
à ceux dont la présence est nécessaire. Je me suis donc rendu tout de suite à l'Assemblée avec M, Bastide. Quelques troupes avaient été réunies, mais on ne voyait guère plus de monde que d'habitude sur la place de la Concorde. Tout s'est très-bien passé. Après un ennuyeux rapport de la Commission , le général Cavaignac a résigné ses pouvoirs temporaires en quelques mots appropriés à la circonstance et fort applaudis. Le Président Louis-Napoléon Bonaparte a prêté serment à la Constitution, a été proclamé, et a lu alors une courte harangue bien conçue et favorablement accueillie.
M. Marrast, après le départ du Prince, a donné lecture d'un message envoyé par lui, et où il annonçait qu'il avait chargé M. Odilon Barrot de former un cabinet. Le Prince a été conduit au palais de l'Elyséc- Bourbon , destiné à la résidence du Président, et je viens de rencontrer le général Changarnier et son étatmajor qui en revenaient.
La foule se rassemble d'un côté, mais se disperse de l'autre, en apprenant que tout est terminé, et j'ai lieu de croire que l'affaire se passera tranquillement.
Je puis ajouter que Cavaignac s'est bien montré pendant la première partie delà cérémonie, mais quand Louis-Napoléon est descendu de la tribune, est monté au banc supérieur où le général s'était retiré, et là, de la façon la plus cordiale, lui a tendu la main, le général l'a prise sans se lever et a tourné la tète vers son voisin. C'était un de ces moments où la mauvaise huuKMir d'un homme est son plus redoutable ennemi, et tout le monde a remarqué avec regret celle du général.
CAVAIGNAC KT LOUIS-\APOI,i;0\'. 441
Certes la conduite du Prince a toujours été aussi digne qu'on puisse Timagincr, et il possède une impassibilité froide, inéljraniai)le, très-rare chez un Français. II y avait beaucoup de douceur et de bonté et nulle ostentation dans la manière dont il s'est approché de Cavaignac, et il en est résulté un contraste favorable pour lui avec la rudesse de ce dernier. Cependant on doit mettre en ligne de compte la différence de situation des deux hommes. Il est plus facile d'être généreux dans le succès que d'être courtois dans la défaite, et l'élection du Prince n'a été rien moins qu'une défaite pour Cavaignac et tout son parti. Tocqueuille m'a dit avec finesse hier : « Il ne reste plus qu'une question, celle de savoir si ce sont les républicains ou si c'est la République elle-même que le pays ne peut souffrir. »
21 décembre.
Les dispositions prises hier par Changarnicr étaient admirables. Le gouvernement qui se retirait lui avait confié, des le matin, le commandement de tonte la garnison, et il devait le conserver jusqu'à la fin du jour. A trois heures le public ne savait rien de ce qui allait arriver et on ne voyait pas un soldat ; à trois heures et demie, six à huit mille hommes couvraient en même temps la place de la Concorde et gardaient les abords de la Chambre.
Le ministre des affaires étrangères, M. Drouyn de l'Huys, m'a expliqué dans la conversation que le Pré-
sident et ses conseillers étaient restés complètement passifs dans l'affaire relative à la proclamation soudaine et inattendue du résultat de l'élection.
Le gouvernement qui se retire, devant répondre de la tranquillité de la capitale, avait reçu des informalions qui lui faisaient craindre des démonstrations d'une nature alarmante, si la cérémonie n'avait pas lieu avant le jour pour lequel on l'attendait généralement. Le Prince Louis-Napoléon et ceux qui avaient déjà sa confiance ne pouvaient vérifier ces rapports alarmants, et par conséquent, ainsi qu'ils le devaient, ils ont laissé le gouvernement actuel libre de fixer à sa discrétion le moment de la proclamation.
En réalité cette cérémonie termine brusquement « l'année de révolution, « car elle arrive précisément trois cent soixante-cinq jours après les premières notes que j'ai prises à mon retour d'Angleterre. Les derniers des jours de cette année 1848, qui conservera à jamais une célébrité révolutionnaire, je les ai passés à faire des conjectures sur l'avenir; elles appartiennent plutôt aux annales des trois années suivantes, qui ne sont pas encore du domaine de l'histoire. J'omets donc la suite de mes observations journalières, je n'en excepte que cette revue du « personnel du passé, » qu'on trouvera plus loin à la date du 31 décembre.
Quelques remarques détachées, qui se rapportent à la dernière semaine de r(>lle année pleine d'événements, peuvent èlre extraites de mon journal et introduites ici. J'ai été surtout frapj)é du calme profond
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ol (le l'indidV'rcnco avec lesqnols le fjouvernenif-nt d'une llépul)Iiquc si récemment fondée du consenlemcnt de lous est passé dans les mains d'hommes qui ne lui veillent, comme on sait, aucun ]}ien. Kn Angleterre, un grand parti, fût-ce même une minorité bien constatée dans le pays, ne tomberait pas sans faire suivre sa chute de toutes sortes de démonstrations populaires en faveur de ses anciens chefs.
Je me rendis plus d'une fois, mais inutilement, pendant les quelques jours suivants, au modeste logis où le général Cavaignac s'était retiré. Bien qu'il demeurât dans un quartier animé de la ville, je n'ai rien vu qui indiquât que sa solitude fut troublée. Il est juste de dire que cette retraite était de son propre choix et que, pour des raisons dignes d'éloges, il désirait détourner de lui l'attention. Certes, il est des sentiments que les amis trop zélés ne respectent pas toujours, et je ne pus m'empêcher de me rappeler qu'à sa dernière réception dans la rue de Varennes, lorsque le résultat de l'élection était encore douteux, non-seulement les appartements du général étaient combles à y étouffer, mais la foule se tenait jusque dans la cour, et qu'il fut obligé d'aller à la porte d'entrée recevoir quelquesuns de ses visiteurs. Si le général acceptait avec une résignation pleine de dignité son présent isolement , |)ersonne ne pouvait dire que son grand compétiteur montrât , par le moindre symptôme, que son élévation lui donnât le vertige. Le calme avec lequel il s'acquitta de tous les devoirs nouveaux d'une pareille position eût été remarquable partout et était sans exemj)le en
France. C'était montrer si bien à tout le monde qu'il avait la conscience d'être à sa place, que ceux qui avaient travaillé à le faire monter là commencèrent à douter qu'ils eussent eu quelque part à son triomphe électoral, et découvrirent, en tout cas, tout de suite, qu'il ne consentirait jamais à être pour eux un instrument aveugle. On n'a pas bien connu les véritables causes pour lesquelles son premier ministre de l'intérieur s'est retiré au bout d'une semaine, et il est inutile de les rechercher à présent. Il suffit de dire qu'on ne pouvait s'attendre à ce qu'il cédât, sur une question de dignité personnelle, à ceux qui peut-être avaient fait avec trop d'ostentation parade du patronage qu'ils daignaient lui accorder. Ce serait une grande erreur de supposer que la démission du ministre eût pour cause le désir du Prince Président d'effacer toute trace de sa vie passée. Il n'eut jamais, à ce sujet, aucune fausse réserve, et il aurait moins probablement encore nourri de tels sentiments dans un moment où paraissaient être si complètement justifiées les espérances de succès qu'il avait conçues dans d'autres occasions, et qui avaient d'abord été considérées comme chimériques.
J'ai noté , pendant les derniers jours de décembre , qu'une des premières personnes invitées à déjeuner h l'Elysée était le curé de la forteresse de Ham, directeur spirituel du Prince et sa principale société pendant son emprisonnement. .\ ce même déjeuner se trouvait aussi le chien fidèle qui avait été son plus constant compagnon , et qui , sans le savoir, avait presque enlevé à son maître toute chance de fuite. Je
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préviens que jc ne suis jamais allé à Ham, et que je ne connais nullement la localité; je répète l'histoire telle qu'elle m'a été dite dans le temps. « Le Prince, déguisé de manière à passer pour un des ouvriers qui allaient alors dîner, avait franchi le pont-levis, quand le directeur, qui était chargé d'examiner ceux qui passaient, rencontra son regard et se retourna pour interroger le contre-maître sur son identité ; mais son attention fut attirée par quelque vice qu'il remarqua dans le travail qu'on exécutait; pendant qu'il continuait à faire des questions sur ce sujet, la iile d'ouvriers sortit, et le Prince au milieu d'eux. Celui-ci prit ensuite un chemin différent, dont on était convenu, et se dirigea vers le sonnnet d'une colline aride; jetant les yeux autour de lui, il s'aperçut que son chien, qu'on avait enfermé pour éloigner du Prince toute chance d'être découvert, s'était échappé, l'avait aperçu, reconnu malgré son déguisement, et se précipitait sur ses pas de toute la vitesse de ses jambes, ignorant combien pouvait être fatale, en ce moment, la moindre de ses démonstrations habituelles d'attachement. Si le Prince s'était hâté pendant qu'il était encore en vue, il aurait probablement excité le soupçon. Avec quelle profonde anxiété il dut calculer s'il lui serait possible de dépasser le faîte de la colline avant que cette cause innocente de danger l'atteignît! Déjà s'élevait derrière lui le sommet du terrain ondulé, et, placé entre lui et ses gardiens, il venait à peine de le dérober à la vue du fort, lors(iue l'animal tout joyeux lui sauta sur les épaules et fut accueilli en toute sécurité. On dit que de-
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puis ce moment il n'a jamais quitté son maître. » Combien d'événements politiques pour l'avenir ont dépendu peut-être de la rapidité plus ou moins grande avec laquelle le chien a franchi la distance qui le séparait de son maître !
La première occasion qu'eut le Prince de se montrer aux Parisiens après son élection fut une représentation au Grand-Opéra; il n'était pas en cérémonie, mais sa présence avait été publiquement annoncée. La réception qu'on lui fit fut cordiale , bien que ce ne fût pas une ovation enthousiaste, « A la revue de la garnison et de la garde nationale, il s'est montré à cheval à son avantage. Le grand défaut, disait-on, que le peuple français trouvait à Louis XVIII était qu'il ne savait pas monter à cheval. Charles X montait dans la perfection ; le Président a le même talent. ■>■> On suppose que tout homme a dans sa vie un cheval qu'il sent être plus que tout autre une partie de lui-même, et, dans cette occasion , Louis -Napoléon montait avec aisance et grâce un cheval favori bien connu de tous ses amis anglais.
22 décembre.
Voici le compte rendu officiel complet du résultat de l'élection :
Suffrages exprimés 7,120,252
Louis-Xapoléon 5,534,520
Général Cavaignac. ... . . I,ii8,li()2
scuLTiv I'uiH li:li:cti().\ dl i'hi;sii)i;.\t. vvt
Lcdru-llolliii 371,431
Kuspail 3(>,904
Lamartine 17/JJ i
(jlénéral Chanjjarnier 4,G87
loi\ i)eidut's J2,i3i
liullclins iticonsliliilioiint'ls. . 23,2 1Î)
31 décembre.
liC licnlL' ct un (icccmhiT II semble à peine
possible que douze mois seulement se soient éeoulés depuis la même date de l'an dernier, et (praujouid'hui soit le premier anniversaire de la mort de madame Adélaïde. En rapportant ce fait, je disais: « L'année se termine par un événement de mauvais augure pour la maison d'Orléans. » Deux mois à peine s'étaient passés , et ce présage était trop pleinement accompli pour cette dynastie ; toutes les relations des membres de cette famille royale avec le pays de leur naissance étaient aussi complètement brisées que l'existence terrestre de celle sage princesse, dont les conseils |)rudents leur manquèrent au moment le plus critique, et dont ils venaient de pleurer la perte si récente.
Mais si l'année qui vient de finir a suffi pour détruire ce qui existait lors(ju'elle s'est ouverte, elle n'a pas eu moins de puissance pour eilacer et plonger dans l'oubli les répulatit)ns dont elle avait vu la
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naissance. Xous ferons bien de profiler de celle occasion pour dire quelques mots de la situation présente, soit dans leurs rapports entre eux, soit dans leurs rapports avec le pays , de ces hommes qui , pendant quelques mois, ont exercé un empire sans contrôle sur les destinées de la France.
Le dernier jour de l'année retrouve tous les membres du Gouvernement Provisoire en France retombés dans celle nullité politique qui était leur partage à son premier jour. Il y avait parmi eux des noms qui n'étaient certainement pas sans renommée, mais ceux qui les portaient avaient acquis leur répalation comme écrivains, astronomes ou poêles, plutôt que conmie hommes d'Etat. Et cependant, bien que la veille du jour où ces onze hommes se proclamaient à la face du monde comme les dépositaires de tous les pouvoirs politiques, nul d'entre eux, j'en suis convaincu , n'eût cru une pareille élévation possible, bien qu'aux yeux de tout autre une telle puissance aurait dû paraître dépasser les imaginations bizarres d'un mauvais rêve, tout d'un coup, et sans aucune hésitation, d'un bout de la France à l'autre, celte usurpation reçut un assentiment universel ; car ce fut une usurpation de la part de tous les onze, et toutefois une usurpation plus inexplicable encore de la part des quatre derniers : Marras t , Flocon , Louis Blanc et Albert, — qui furent autorisés à ajouter leurs noms à la liste sans avoir le prétexte d'une nomination publique. Mais le «premier Gouvernement Provisoire » lui-même, ainsi qu'il s'annonça dans le Moniteur, n'avait d'autre droit à ce titre
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que la lecture des noms de ses membres laite ù liante voix devant quelques centaines d'hommes armés de la canaille de Paris, dans la Cbambre des députés, dont ils venaient de chasser les mandataires reconnus du pays. Pendant trois mois ces éléments discordants s'unirent pour gouverner la France au moyen d'une succession de compromis que ne dominaient aucuns principes.
11 est donc curieux de remarquer en combien de Tractions irréconciliables les onze membres du tîouvernement Provisoire se sont divisés, depuis qu'ils ne sont plus réunis par un lien ofliciel. Albert, ouvrier, à lincennes et Louis Blanc en exil en Angleterre, sont maintenant exclus de «toute combinaison politique; M. Ledru-Rollin et peut-être avec lui M. Flocon se tiennent également séparés de leurs ex-collègues. M. de Lamartine, après s'être éloigné pour la seconde fois de M. Ledru-Rollin , n'a formé aucune nouvelle alliance ; espérons que nous apprendrons bientôt son retour dans ces hautes régions du génie où il peut se vantera juste titre de prendre seul son essor. M. Garnier-Pagès, qui possède au plushautdegré une qualité, — une grande résolution personnelle, — s'est querellé avec tout le monde ; Aï. Crémieux en a fait autant, avec celte différence qu'il est tout prêt, au premier moment, à se réconcilier avec qui que ce soit, s'il y voit quelque avantage. On dit que M. Arago déplore le rôle qu'il a joué pendant cette année, et si sa famille le lui permet, il est résolu à ne plus se mêler de politique, mais à se livrer de nouveau à la culture des talents qui le distinguent. M. Marie, avocat en vogue, honnnc 11. 2i>
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respectable, doué de talents élevés et qui se recommande j)ar des manières nobles et agréables, est resté membre du dernier gouvernement et peut encore appartenir à tout gouvernement futur, sans attirer une attention particulière ; M. Dupont de l'Eure , ce souvenir galvanisé de la Convention, n'était pas, pour le moment, sans jouir d'une certaine influence modératrice, qui s'accordait mieux avec son âge qu'avec ses antécédents, mais quant à l'avenir qui lui est réservé, il est inutile de chercher à le deviner. M. Marrast, le président de l'Assemblée, est parvenu, par ses prétentions à la vie élégante , à accumuler sur sa personne plus d'impopularité qu'aucun de ses collègues, tout en s'attirant cependant moins de discrédit politique. Il s'était arrangé pour rester jusqu'à un certain point étranger à la conduite directe des affaires, tandis qu'en sa qualité de principal propriétaire et de rédacteur en chef du National, il a fait participer ceux qu'on pourrait appeler ses créatures à tous les profits du pouvoir depuis Février. On a publié il n'y a pas longtemps une liste par laquelle il est démontré que onze rédacleurs de ce journal ont reçu des emplois dans l'administration, et que si on porte en ligne de compte tous ceux qui font partie du personnel du journal comme médecins en service ordinaire , banquiers, conseils et employés des bureaux, tous aux gages de cette feuille publique , elle a fourni trente cl un fonctionnaires, parmi lesquels onze occuj)aient les postes les plus élevés de l'État, et qui, sans leurs relations avec les bureaux du Nalional, auraient probablement végété dans l'obscurité. De la liste publiée