LES CLL'DS KT LES ELECTIONS
de Consti(nlio!i, à laquelli.' on recommandera toute la diligence possible. L'opinion générale semble être (|u'un seul président représentera le gouvernement - exécutif, quoiqu'il y ait un parti disposé à nommer trois consuls, et que la fraction la plus violente de l'Assemblée ne puisse se tenir pour satisfaite à moins d'obtenir un directoire exécutif. On croit que lu majorité des membres de l'Assemblée Nationale désire beaucoup deux Chambres, n'y eùt-il entre elles d'autre distinction que celle de l'âge, mais on dit que le Gouvernement Provisoire, y compris M. de Lamartine, conseillera une seule Chambre législative. D'un autre côté, il y a tout lieu de croire que le parti rouge ne consentira pas à faire fléchir le bon plaisir des clubs devant le vote de l'Assemblée Xationale. Ce matin, les comptes rendus et les journaux des républicains de toutes les nuances se plaignent du résultat des élections. Quelques-uns crient tout haut qu'elles sont la négation de la Révolution ; d'autres les envisagent avec défiance, et, conséquemment, changent de ton envers leurs alliés les plus violents, parce qu'ils sont, dans ce moment, alarmés de la perspective d'une . réaction politique plus que d'un désordre national. Mais toutes les classes sont maintenant unanimes pour affirmer que les affaires ne peuvent se terminer sans qu'il y ait un autre conflit dans les rues. S'il n'y a décidément pas moyen d'y échapper, il esta regretter que ce conflit soit différé. S'il était sorti, comme cela paraissait probable samedi, des causes qui ont produit l'explosion à Lyon, tous, excepté ceux qui voulaient
356 UXE AXNEE DE REVOLUTIO.V.
le désordre , se seraient réunis pour le faire cesser, mais s'il devait être provoqué plus tard par des discussions et des disputes à la Chambre , je craindrais que la fraction des républicains représentés par le National ne se joignît encore aux révolutionnaires qui ont pour organe le journal la Réforme , car la crainte des doctrines communistes a pu seule rendre les premiers raisonnables, et, sans doute, toute modification introduite dans la forme du gouvernement, par la majorité de l'Assemblée, leur paraîtrait le danger le plus imminent que leur cause put courir, parce qu'elle leur semblerait de nature à conduire à la restauration de la monarchie. Dans ce cas, la lutte serait plus opiniâtre et plus douteuse, bien que véritablement les républicains de toutes les nuances me semblent être décidément en minorité dans ce moment, non-seulement en France, mais même à Paris ; cependant ils sont armés, organisés, et ont parmi eux plusieurs hommes capables de tout. Lamartine m'a dit que les membres du gouvernement avaient eu encore ce matin, dans le conseil, une discussion orageuse. Quelques-uns, parmi les violents, voulaient qu'on se rendît aux désirs des clubs , qu'on chassât encore une fois les troupes de Paris, et qu'on mît en accusation les autorités militaires de Rouen, pour la conduite qu'elles ont tenue. X'aturellemcnt ces propositions ont été rejetées, mais elles montrent ce que doit être un gouvernement au soin duquel de telles questions peuvent être admises à la discussion. Lamartine me semble maintenant un peu inquiet de savoir comment il se tirera d'affaire s'il devient prési-
SOIRKFS I)K MAI).\.Mr: DK L AM A K TIM'. ^07
(lent, car, incontcslablcinonl, il scr.i /iiiisrlf' pour quelque leiiips, el sera hors d'état de conserver l'influence que lui donnent ses discours. Il prétend qu'il aimerait mieux être ministre de l'intérieur , s'il pouvait trouver un président et un ministre des affaires étrangères en qui il lui fût permis d'avoir confiance. En un mot il me rappelait le héros industrienx de Shakspcarc, qui, après avoir fait la pièce, aurait voulu jouer lui-même tous les rôles.
Nous sommes allés, pour la première fois depuis la Révolution, à la soirée du samedi de madame de Lamartine, à laquelle nous avions assisté quelquefois avant février, mais que les bruits d'émeutes avaient rendue, depuis, moins agréable. Nous sommes en général restés très -tranquillement chez nous depuis la Révolution, parce que, si nous ouvrions notre maison., on ne cesserait de faire des commentaires sur ceux qui y seraient et sur ceux qui n'y seraient pas, et de soupçonner des intrigues. Il n'y avait d'autre membre du Gouvernement Provisoire chez madame de Lamartine, samedi, que le maître de la maison.
3 mai.
J'ai reçu de M. de Lamartine une circulaire relative à l'ouverture de l'Assemblée Xationale. Elle ressemble, jusqu'à un certain point, par la forme, aux convocations qu'on recevait autrefois pour une séance royale à l'épo-
358 rXE ANXEi: DE REVOLUTION.
que de l'ouverture des Chambres; j'ai conféré, en conséquence, avec quelques-uns de mes collègues auxquels, comme ils m'en avaient informé d'une manière générale, leur gouvernement avait transmis l'ordre, tant que durerait l'état provisoire, de régler leur conduite sur celle que je tiendrais en qualité de représentant de l'Angleterre. J'ai dit ensuite à Lamartine, ce matin, que les membres du corps diplomatique ne pouvaient encore assister à l'Assemblée que comme spectateurs individuels; que, dépourvus en réalité de tout caractère officiel , il nous était impossible de paraître en uniforme et d'être présentés comme corps, mais que, si le Gouvernement Provisoire avait la bonté de nous admettre à la tribune préparée pour le corps diplomatique , nous recevrions avec gratitude l'autorisation d'assister à un spectacle aussi intéressant que l'ouverture de l'Assemblée Nationale. Lamartine, quoique peutêtre un peu désappointé dans son désir de voir le corps diplomatique faire partie de la cérémonie , a aussitôt acquiescé aux raisons que je lui avais données pour lui démontrer l'impossibilité de ce concours officiel, tant qu'il n'y avait pas de gouvernement établi.
Et sommes-nous, après tout, aussi près de ce gou- Ycrneraent définitif que nous l'avions espéré dernièrement? Les incidents de ces jours derniers suffisent bien, sans doute, pour expliquer l'anxiété avec laquelle on envisage de nouveau l'avenir, et qui a succédé si vite à la confiance inspirée momentanément par le résultat des élections. Il est évident maintenant que, tôt ou tard, il doit y avoir un conflit armé entre ceux qui
LASSEMDLEE \ATIO\ALE. :}59
sont déterminés à appuyer l'Assemblée Xalionale comme l'expression légitime de la volonté du peuple, et ceux qui veulent attribuer à l'erreur et à l'intrigue le désappointement que leur a causé le scrutin, au lieu de reconnaître, comme c'est la vérité, qu'ils ne doivent en accuser que le bon sens public manifestant loyalement son vœu en dépit de Tintimidation à laquelle, dans plus d'un lieu, on a eu recours pour amener un résultat différent. Quelques symptômes très-signiilcalifs permettent de croire que le parti violent se propose d'exciter de nouveau les classes ouvrières, en dénonçant la tyrannie de tous ceux qui sont au-dessus d'elles, et en les tenant en baleine par les vagues promesses d'un avenir impossible. La proclamation de M. Barbes, colonel de la 12^ légion de la garde nationale, oii il déclare hardiment que, si les riches se bâtent de faire l'abandon de leurs propriétés, ils seront pardonnes, mais que, sinon, ils ne doivent s'attendre qu'à ce qu'il appelle justice, la pétition du club' Blanqui au Gouvernement Provisoire , dans laquelle il appelle la vengeance sur la garde nationale de Rouen, dont les actes, dit-il, font oublier le massacre de la Saint-Barthélémy, ces deux documents , joints au langage de la Reforme et de la Commune de Paris, indiquent que les révolutionnaires , si l'Assemblée Nationale ne se hâte pas de témoigner par quelque prompte décision son intention de donner à la Révolution une portée non-seulement politique, mais sociale, sont résolus à prendre en main le pouvoir et à se porter à des actes de violence. J'avoue ^ue je ne suis pas très-rassuré parle langage
que fient, depuis deux ou trois jours, le National, qu'on regarde comme représentant le côté droit des républicains. On a publié, dans ce journal, des articles où l'on désigne les réformes sociales comme le cortège nécessaire de la démocratie pure que ces républicains soutiennent. Quelle que soit la signification d'une telle conduite, elle est faite, dans ce moment, pour encourager des espérances irréalisables, et, si la majorité de l'Assemblée a le courage d'agir conformément à ses propres opinions, il en peut résulter une lutte entre elle et les membres même les plus modérés du gouvernement. Il n'est pas du tout consolant d'apprendre, de gens qui doivent le savoir très-bien , que ce changement de ton, de la part du Aational, est en partie dû à la crainte, car la tranquillité du pays, pendant les quelques semaines qui vont s'écouler, doit dépendre de la résolution que prendra le parti dont les opinions y sont représentées. Toutefois M. de Lamartine, il est juste de l'ajouter, croit toujours fermement que le résultat de la lutte, en quelque temps qu'elle ait lieu, ne saurait être douteux. Rien n'est encore fixé, je crois, dans les conseils du Gouvernement Provisoire , en ce qui concerne la forme de la République future. Je regrette de dire que Lamartine me paraît devoir être l'avocat décidé d'une seule Chambre, et, à moins que l'Assemblée ne s'exprime très-énergiquémcnt en faveur d'un magistrat cxécutit unique, l'on ne doit s'attendre à rencontrer chez lui aucune opposition aux principes les plus absurdes et les plus impraticables sur ce point.
OUVERTURE DE LASSEMHLEK \ATIO\ALE. :50l
5 mai.
L'ouverture do l'Assemblée, hier, a naturellement excité l'attention de tout le monde à Paris. L'aneienne Chambre des députés étant tout à fait insuffisante pour contenir 1)00 membres, on a élevé un nouvel édilice qu'on dit n'être que temporaire. (Qui sait s'il ne survivra pas à beaucoup de choses qu'il y aurait aujourd'hui crime d'Etat à appeler temporaires?) Il est bâti dans la cour centrale de l'ancien palais, La salie consiste en un grand hémicycle, avec de petites tribunes pratiquées tout autour dans le mur. La tribune destinée au corps diplomatique est petite, incommode et mal placée, mais nous n'avons pas, jusqu'à présent, comme corps , le droit de nous plaindre. Les quatre meilleurs compartiments et les plus rapprochés de la tribune sont réservés aux journalistes et aux ministres d'Etat; d'autres, pour lesquels les membres de l'.Assemblée reçoivent des billets chacun à leur tour, étaient tous occupés par des dames; vingt-quaire loges en face de la tribune, et vingt-quatre au-dessus et derrière, étaient le domaine des blouses, et les places, j'imagine, y appartenaient aux premiers occupants.
Le nombre des députés présents n'était, me dit-on, que de 1120, mais, eu égard à la distance de quelques départements et au nombre des doubles élections, cette réunion, pour un premier jour, peut être considérée comme satisfaisante.
Le Gouvernement Provisoire, conune corps, a été
froidement accueilli à la Chambre. Le cri de l ive la République ! a été vociféré par une partie des membres, et a été bruyamment répété dans les tribunes.
L'aspect de la Chambre, dans son ensemble, était des plus convenables; on remarquait bien, parmi les représentants, quelques figures étranges et quelques physionomies sauvages ; cependant, à la prendre en masse, cette assemblée ne paraissait pas , pour la composition , différer d'une manière frappante des dernières chambres de la monarchie. Les membres qui la formaient semblaient, pour la plupart, des hommes de la classe moyenne recommandés par quelque célébrité provinciale. Il était facile de voir que le plus grand nombre d'entre eux étaient incapables de comprendre les détails les plus simples des usages parlementaires, mais la nouveauté de leur situation pouvait expliquer un embarras qu'augmentait sans doute encore l'extrême difficulté d'entendre ce qui se disait dans la plus grande partie de la salle. Cette inexpérience s'est manifestée dans la manière dont la République a été proclamée; quelques-uns affirmaient qu'elle n'avait jamais été proclamée du tout, d'autres qu'elle l'avait été trois ou quatre fois, et enfin, sur la proposition dont l'idée est venue subitement au général de la garde nationale, ils ont tous décidé de la proclamer sur le perron de la Chambre, en présence du peuple. Les chefs de l'ancienne opposition constitutionnelle, dans tout le courant de la journée, n'ont pris aucune part aux actes de rAssemblée, considérant, un peu comme des spectateurs dédaigneux , peut-être sans dissimuler assez
PHYSIOXOMIK DE LASSEMRLKK \ATI0\AM: :iG:}
leur pensée, ce qui se j)assait autour d'eux. L'incident qui fait craindre le plus pour l'indépendance future de la Chambre, c'est la j)art active et bruyante que les tribunes publiques ont prise à ses délibérations. Si l'on permet que ce scandale se renouvelle sans plus chercher à s'y opposer qu'on ne l'a fait hier, les interruptions prendront quelquefois le caractère d'une intervention hostile, comme il est arrivé une ou deux fois; lorsque l'un des membres de l'Assemblée occupait la tribune plus longtemps que la foule ne le voulait, on lui montrait le poing en criant : Assez! assez! On a prudemment limité la grandeur des tribunes publiques, et par conséquent je ne vois pas pourquoi les députés, dans l'exercice de leurs fonctions, se laisseraient intimider; mais comme, hier, ils ont cfu devoir, par une résolution assez étrange, quitter le lieu de la réunion, afin d'accomplir, en présence du Peuple souverain, l'acte pour lequel ils avaient été convoqués, il n'est pas improbable, si un jour quelques-unes de leurs décisions n'étaient pas du goût de ce Peuple souverain, qu'il ne leur rendît leur visite et qu'il n'envahit la Chambre.
Il est peut-être prudent de laisser passer le premier enivrement avant de faire de l'opposition, mais il était un peu décourageant de voir que pas une seule personne ne s'opposât, hier, à ces interruptions que la grande majorité désapprouvait. .l'apprends que la séance d'aujourd'hui sera encore presque entièremenl employée à la vérification des pouvoirs des membres. Les dispositions prises pour le corps diplomatique ont
eu un plein succès. Il y avait, dans la tribune, un représentant de chacune des cours du monde entier qui a un résident diplomatique présent à Paris, mais ils étaient presque tous en babit bourgeois. La présence de quelques dames du corps diplomatique tendait aussi à enlever à notre démarche toute apparence de caractère officiel. Les seuls membres du corps en uniforme étaient les ministres de Haïti et de Venezuela.
Il y a quelquefois , dans l'estime que Lamartine professe pour lui-même , une candeur toute particulière et qui n'est pas dépourvue de charme. Je l'ai rencontré hier, dans un des couloirs de la Chambre, et il m'a demandé si j'avais vu le cortège des membres du Gouvernement Provisoire et si j'avais été témoin de leur arrivée au Palais Bourbon. Je lui ai répondu que non, que j'étais déjà dans la tribune. « Oh! m'a-t-il :5 dit alors, c'était très-satisfaisant, magnifique! Des 55 cris si universels de : Vive Lamartine ! Pas autant 55 de : Vive la République! pas assez! 55 El pourtant il est bien naturel qu'il ait été frappé de l'enthousiasme avec lequel on l'avait accueilli.
Je me suis vu obligé d'envoyer au gouvernement une note très-énergique , pour protester contre l'acte le plus impardonnable. En effet, il a fait afficher sur tous les murs de Paris , dans son Bulletin de la République, une adresse de Tipperary, où Ledru-Rollin se trouve exalté pour avoir promis aux repealers raj)pui de la France, dans leur lutte contre leurs oppresseurs. J'ai accompagné ma note de quelques mots adressés en particulier à Lamartine , pour Tinviter à s'occuper
I/ADRKSSK 1)K TII'PFUl \R Y. UfJÔ
sur-le-champ de ma réclamation, et j'ai reçu de lui une réponse (éj^alement privée); il me dit qu'il va faire traduire la 'dépèche, qu'il placera demain cette affaire sous les yeux du gouvernement, et qu'il est certain d'être autorisé à m'adresser une réponse conforme aux dispositions amicales dont tous ses collègues sont animés à l'égard de la Grande-Bretagne. Il croil cependant, ajoute-t-il, qu'il y a eu erreur, que Lcdru- Rollin, quand il a prononcé les mots cités, n'était ni ministre ni membre du gouvernement. En le remerciant pour la promesse qu'il me faisait de provoquer demain une réponse satisfaisante, je lui ai répliqué qu'il n'y avait pas eu d'erreur; je le savais et je l'avais dil dans ma note,- il y avait longtemps que Ledru-Rollin avait tenu ce langage, et il n'était alors que simple particulier, mais ces hommes perfides, méditant la trahison. lui en avaient rappelé la mémoire quand il était devenu ministre, çt, comme ministre, il l'avait publié à Paris, dans une forme officielle, qui me donnait le droit d'exiger que le gouvernement déclarât nettemenl et me fît savoir s'il partageait ces sentiments ou s'il les rejetait.
6 mai.
Je n'ai besoin , |)0ur expliquer le caractère offensant de la publication dont je me suis plaint hier, (|iu' de citer un ordre de la police, qui défend qu'aucun
placard ni aucune affiche soient imprimés sur papier blanc, si ce n'est les décrets du gouvernement. Il s'ensuit que le Bulletin de la République n'est pas. seulement daté du ministère de l'intérieur, mais qu'il est reconnu sans hésitation, par tous les habitants de Paris, pour avoir une autorité officielle.
L'adresse avait probablement été envoyée directement à Ledru-Rollin, et, sans doute, il voulait, dans ce moment critique de sa destinée, que personne ne put ignorer qu'il est considéré, dans d'autres pays, comme un citoyen célèbre; mais il ne m'était pas permis de souffrir qu'une insulte si publique reçût une sanction ministérielle sans exiger une explication satisfaisante du Gouvernement Provisoire de la France.
7 mai.
J'ai reçu, au pujet de l'adresse de Burrosleigh, la réponse de Lamartine au nom du Gouvernement Provisoire, qu'il a consulté hier, en conseil, sur celle affaire. Elle est irréprochable pour le fondj Lcdru- Rollin lui-même y proteste contre la supposition qu'il persiste, comme ministre, dans le langage qu'il avait tenu autrefois, et quoiqu'elle évite, peut-être avec intention, de traiter directement la question de la publication, cependant, en tenant compte des assurances générales que les membres du gouvernement me donnent à l'égard de leurs intentions, j'ai cru pouvoir
LES BULLF'/nXS I)K I,A HKPIlîlJQI 1". :ir,7
accepter la déclaration faite par eux (pie l'insertion n'était pas officielle.
Je ne crois pas que Lamartine eût pu demander au Gouvernement Provisoire d'en dire, sur cette question , plus qu'il n'en a dit, et sa réponse contient bien assez de professions d'amitié pour que je sois satisfait. Le fait est que ces bulletins de la République ont été un sujet fertile en querelles entre les membres du gouvernement depuis la Révolution; d'abord, Ledru-Rollin publiait tout ce qu'il voulait; ensuite, ils ont nommé une commission composée de deux autres membres, chargés de'se concerter avec lui, mais ces membres étaient ses propres créatures, et, de plus, ils avaient à diriger les affaires de leurs propres ministères, de sorte qu'il continuait à publier ce qu'il trouvait bon. C'est un peu fort, de leur part, de prétendre que ce n'était pas un acte officiel, je ne voudrais pas attacher, cependant, trop d'importance à cette afïiiire ; j'ai pensé seulement qu'il était convenable de saisir cette occasion pour appelrr l'attention de Lamartine sur l'impossibilité où nous sommes de permettre, lorsqu'il y aura ici un gouvernement établi, par conséquent des relations diplomatiques régulières, que ces adresses, sur des affaires politiques, continuent à être présentées à un gouvernement étranger par aucune classe de sujets britanniques. Je vois que les journaux anglais persistent à faire de Lamartine un grand héros. Je n'ai pas besoin de dire que, si je ne puis pas partager tout à fait leur manière de voir, ce n'est pas faute d'être moi-même partial en sa faveur. J'ai pratiqué un peu trop la cou-
368 UNE ANXEE DE REVOLLTîOX.
lisse. Il a d'excellents sentiments, mais pas de principes fixes, et personne ne pourrait avoir un amourpropre égal au sien sans y faire entrer, à la place qu'il occupe, un peu de jalousie. Ce qui, maintenant, com-' mence à provoquer cette jalousie, c'est ce qu'il appelle le coté droit du gouvernement, désignation que nous sommes habitués à entendre appliquer à la coterie du National. Le trait caractéristique de Lamartine, celui qui le rend surtout précieux pour nous, c'est qu'il est le seul de ces hommes qui aime véritablement l'Angleterre, quoiqu'ils craignent tous un peu de se quereller avec nous dans ce moment-ci. Lamartine ne veut pas se séparer du parti violent , parce qu'il espère se rendre nécessaire aux autres en paraissant agir comme modérateur, mais , d'après le discours qu'il a prononcé hier, il paraît probable qu'il s'engagera trop avant dans les excès démocratiques; il devra bientôt renoncer alors aux applaudissements des honnêtes gens, car il ne peut espérer de rester populaire auprès d'eux que s'ils le croient disposé à les débarrasser de leurs ennemis. Je n'attends pas grand'chose de l'Assemblée, à moins que quelque autre chef, homme de courage, ne s'élève dans le parti de l'ordre. Je viens d'apprendre que, probablement, on proposera demain la formation d'une commission temporaire de gouvernement, composée de cinq membres, Lamartine en tête, Marie, Arago, Duvivier', et quelques-uns disent Ledru- RoUin , pour l'obliger à rester tranquille; selon d'au-
1 Le général.
DISCOLHS DK AI. DLPO.XT {\)E L'ELREj. 309
1res, Jcs modcrc's insistent pour qu'il soit mis de côté. Marrast deviendrait proljablenient niinistrc' de l'intérieur, et iJastide, le sous-secrétaire actuel, ministre des affaires étrangères; ce serait Valtcr ('()0 de Lamartine; il paraît bon enfant, quoiqu'il fût jadis trèsan ti-anj]lais dans le Xalional. Cet arrangement rendrait sans doute les clubs furieux , et nous pourrions nous attendre tous les jours à du tapage.
Les discours de ceux des membres du ministère provisoire qui ont présenté hier leurs explications sont publiés dans le Moniteur de ce matin. Lamartine a lu le rapport de AL Dupont (de TKure), qui contient un résumé des actes des divers départements ministériels. Ce discours a bien l'air, à en juger par sou style, d'avoir été presque entièrement écrit par Lamartine lui-même. Je ne puis pas dire, si j'en excepte uniquement la déclaration relative à l'inviolabilité de 1 autorité de l'Assemblée, que j'en aie lu avec satislaction aucune autre partie. Quant à la politique étrangère, le mépris des traités de 1815 y est professé beaucoup plus hardiment que dans la circulaire de Lamartine; bien que, dans ce dernier document, l'abrogation en fût proclamée comme un point de droit incontestable, ils étaient nettement acceptés comme la base des arrangements territoriaux actuels, et l'on reconnaissait qu'ils ne pouvaient être modifiés que par une négociation amiable. Tous les doutes que les phrases un peu vagues de la circulaire m'avaient permis de concevoir, sur la mise eu pratique de cette nouvelle
370 LXE AXXEE DE REVOLUTIOX.
doctrine, ont été fort atténués par celte dernière déclaration.
A propos du système socialiste, Lamartine laisse percer des principes dangereux, à travers une grande obscurité de langage qui n'est pas sans intention. Demain on distribuera les autres comptes rendus , et alors TAssemblée procédera à l'établissement d'un nouveau gouvernement temporaire, qui durera jusqu'à ce que la commission de la Constitution ait fait son rapport. Les différentes coteries sont, dit-on, tellement divisées d'opinion sur la forme et la composition de ce second gouvernement provisoire, qu'il est, jusqu'à présent, impossible de prévoir un résultat quelconque.
DISCUSSION SUR LA FORME DU GOLVERXEMFAT. :i71