CHAPITRE DIXIEME
Inidrét dos dëbats à l'AssoinhlL'o. — Declaration inadciidiir de M. do Lamarlinr — Son rapport à l'Assemblée Naliunalo. — La Commission Exétutivc. — Les ousricrs anglais oxpulsés de PVancc. — \omination de M. Jules Favre comme sous-secrétaire d'État au ministère des affaires étrangères. — Discorde dans l'Assenildéc. — Bruits de guerre. — M. de Lamartine cesse d'être ministre des afr.i ires étrangères. — M. fiastide nommé aux affaires étrangères. — . Conspiration des républicains rouges. — Les Polonais et \l. Wolowsky. — Irruption do la populace dans 1" Assemblée. — Lcdru-Rollin. — Biens personnels de la famille d'Orléans. — La fête de la Concorde. — M. de Lamartine et la politique étran ère.
10 mai.
La séance de l'Assemblée Nationale s'est prolongée, hier, jusqu'à une heure avancée, et, comme j'ai été moi-même présent à la Chambre depuis midi jusqu'à près de sept heures, il ne m'a pas été possible de noter le résultat de mes observations pcrsonnelb's.
Les débats étaient, par eux-mêmes, d'un si grand intérêt, et la conclusion, jusqu'au dernier moment, en paraissait si douteuse, que je n'ai pas voulu quitter l'Assemblée avant la fin.
Il n'y a rien eu de bien consolant pour les amis de Tordre et d'un gouvernement stable dans la manière dont l'Assemblée s'est comportée dans ce premier essai. On discutait, en apparence, deux formes difTérenles de gouvernement intérimaire, mais il s'agissait, en réalité, d'exclure du maniement des afliiires certains membres
du Gouvernement Provisoire actuel. On avait dit qu'inspiré par un sentiment inexplicable de prétendue loyauté chevaleresque, ou s'abandonnant à un moment de faiblesse, M. de Lamartine s'était engagé à n'accepter de place dans aucune commission executive de gouvernement d'où M. Ledru-Rolliu serait écarté. La majorité de la Chambre avait donc imaginé l'expédient de nommer elle-même les ministres temporaires charges de gouverner jusqu'à ce que la nouvelle Constitution fût adoptée, avec l'intention d'exclure ceux des membres du Gouvernement Provisoire qui avaient mécontenté une partie considérable du pays. Une proposition tendant à cette fin a été votée dans les bureaux par des majorités de quatorze sur dix-huit volants. Considéré comme mesure temporaire, le résultat de la discussion lui avait été complètement favorable, quoique en principe elle consacrât, il n'en faut pas douter, la forme de gouvernement la plus démocratique et la plus impraticable. V^ers.la fin du débat, cependant, Lamartine s'est levé subitement , et s'est opposé à la motion avec véhémence, donnant à comprendre que si J'on adoptait, en j)rincipe, pour former le gouvernement, l'idée d'exclure aucun des membres du gouvernement précédent, il ne voulait pas en faire partie.
Je regrette beaucoup, pour bien des raisons, la conduite de Lamartine dans celte occasion; peu de gens croiront aux sentiments romanesques de dévouement aux intérêts et à la réputation de ses ex-collègues qu'il manifeslait dans son discours ; à lorl ou à raison, on pensera toujours qu'il considère les actes du minis-