CHAPITRE PREMIER
Kumeurs de la salle des Pas-Perdus. — État du ministère. — Santé du Rui. — Avenir politique. — Conduite de M. Guizot. — Mort de la princesse Adélaïde. — Conduite des députés à l'occasion de l'adresse de condoléance. — Banquets de la réforme , et parti que prend le gouvernement à leur égard. — Nombre des électeurs en France. — Abandon du devoir électoral. • — Corruption imputée pour la première fois au premier ministre de la couronne. — Discours de M Odilon Barrot. — Effet de ce discours sur M. Guizot et sur la Chambre. — Beau discours de AI. Thiers. — Défense de M. Guizot dans le Moniteur. — État de l'opinion publique. -- Doctrines de M. Hébert, — Confusion dans la Chambre. — Débals sur l'adresse. — Manière de voter des fonctionnaires du gouvernenieut. — Indignation de l'opposition. — Indifférence affectée du premier ministre. — Position des libéraux. — Conversation avec M. Guizot.
20 décembre 1847.
Je me rappelle, d'après l'expérience que j'en ai faite l'année dernière, que pendant les quelques jours qui précèdent immédiatement l'ouverture des Chambres, il est très-imprudent de se lier trop au.x rapports qui circulent dans ce qu'on appelle « les cercles bien informés " . Aussitôt qu'est ouverte la salle des Pas-Perdus, le lieu le plus fréquenté des chercheurs de nouvelles, et celui où les députés parisiens voient pour la première fois leurs collègues de la province (et il n'est pas conforme au caractère national de répondre aux questions de ces derniers, en avouant qu'on ne sait rien), les vagues conjectures des hommes superficiels et présomptueux, acceptées comme des faits par les auditeurs crédules, sont propagées dans tout Paris. C'est pourquoi je n'attache pas beaucoup d'importance aux. bruits d'une dissolution immédiate du ministère.
SITUATIOXf DU MINISTERE. 33
non plus qu'à « l'on dit » d'un coup d'Etat imminent; mais on peut au moins supposer que, dans leurs conférences préliminaires, les membres de la Chambre, rassemblés de différentes parties du pays, arrêtent leur plan de conduite parlementaire; or il a été convenu que toutes les fractions de la Chambre des députés opposées à la politique du gouvernement actuel s'uniraient pour appuyer la candidature de M. Dupin à la présidence de la Chambre, contre M. Sauzet, candidat ministériel de la dernière session. Le Journal des Débats a annoncé hier qu'une défaite sur ce point entraînerait la retraite du cabinet. L'organe ministériel a aussi déclaré que la même conséquence sortirait de la réélection de AI. Léon de Maleville, élu vice-président à une majorité d'une voix, à la suite d'une vacance dans le courant de la dernière session, où une partie de la majorité voulut montrer son mécontentement contre le gouvernement.
C'est une démarche un peu hardie de la part des ministres de risquer leur existence sur l'exclusion de M. de Maleville, leur opposition étant fondée sur sa présence à quelques banquets de la réforme, qui ont si puissamment ému l'opinion publique dans ce pays. D'un autre côté , je crois que M. de Maleville, dans une de ces occasions, a fait un discours un peu imprudent.
11 est impossible, jusqu'à ce que les députés soient arrivés à Paris, de dire quel sera le résultat de ces élections, les seules dans les Chambres qui se fassent encore au scrutin secret. Toutes les conjectures sur
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l'avenir sont interrompues par une croyance générale au bruit qui m'a été rapporté que le Roi est sérieusement — quelques-uns disent dangereusement — malade.
24 décembre.
L'alarme au sujet de la santé du Roi paraît s'être calmée : je crois que Sa Majesté a simplement souffert d'un de ces gros rhumes qui sont aussi communs ici qu'à Londres. Eu pareil cas naturellement, les rapports sont différents et contradictoires; quelques-uns prétendent encore que l'attaque a affecté tout d'abord la tête de SaAIajesté d'une manière alarmante , tandis que d'autres n'hésitent pas à affirmer que c'est le conseil donné au Roi, pour des raisons tout à fait étrangères à son état de santé, de ne pas ouvrir la session en personne, qui a donné lieu d'exagérer sa maladie. Quoi qu'il en soit, on ne pense plus que le cours régulier des affaires législatives, qu'il soit inauguré ou non par Sa Majesté en personne, soit interrompu par un événement toujours attendu -avec crainte , mais qui dans ce moment serait plein de danger.
Pour en revenir donc aux conjectures sur l'issue la plus probable de la première lutte politique engagée entre les partis, il paraît que la nouvelle d'une réconciliation, au moins momentanée, entre M. Gui/.ot et M. Duchàtel, a fait abandonner rinlcntion de disputer sérieusement la question de la présidence à la Chambre.