‹ Une année de révolutionChapitre 8 sur 71 · PERSPECTIVE POLITIQUE · texte numérisé non relu

PERSPECTIVE POLITIQUE

On a élc d'autant plus réduit à ce parti, que M. Dupin refuse de se porter ostensiblement comme candidat.

31 décembre.

Je dois dire que l'année qui finit laisse le sort de ce grand pays enseveli dans une obscurité plus redoutable encore que je ne m'y étais attendu jusqu'à présent. Les nuages qui s'amoncellent prennent aussi une forme sinistre, viennent d'un côté plein de péril et menacent d'envelopper et d'obscurcir l'avenir de la dynastie ellemême. L'esprit public, qui, avant la lecture du discours du trône, s'était montré très-préoccupé du désir de savoir de quelle manière les relations étrangères de ce pays seraient conduites, s'est calmé pour le moment sans avoir été satisfait. Tout le monde semble disposé à attendre que la vérité se fasse jour au milieu des débats sur l'Adresse, et eu même temps à ne pas attacher trop d'importance à ces vagues généralités contenues dans des phrases qui ne disent rien.

L'attention publique est pour le moment concentrée sur le dernier paragraphe du discours ', et l'expérience des deux derniers jours m'autorise, je crois , à affirmer que le sentiment produit par le langage mis dans la bouche de Sa Majesté est celui d'une profonde affliction de la part de ceux qui désirent le maintien des institutions actuelles du pays. Il est certainement dos

1 Voir le Moniteur.

gens qui, considérant les choses au point de vue de leur intérêt personnel ou de leur intérêt de parti, voient dans ces royales déclarations un habile expédient pour la conservation temporaire du ministère. Le sprt immédiat du cabinet dépend du roi et de la Chambre des députés. Une déclaration franche de la volonté du souverain, et un appel habile au suffrage de la majorité, le préservent de tout danger pour le présent.

Il y a sept semaines , avant mon dernier voyage en Angleterre, j'observai, en donnant les détails du mouvement de la réforme, que, quelle que fût son influence dans Vaienir, il aurait probablement pour effet immédiat de réunir la majorité conservatrice de la Chambre des députés dans un effort de résistance à ce progrès. C'est ce qu'on a vu arriver dans la grande majorité par laquelle le gouvernement a obtenu l'élection des candidats pour la présidence et les vice-présidences. Quelques-uns s'imaginent que son union, comme parti, sur cet objet , n'influencera pas ses opinions sur les questions de politique étrangère qui doivent sous peu lui être soumises, questions à l'égard desquelles la société privée s'accorde d'une voix unanime à railler ou à réprouver la conduite de M. Guizot. Mais, il faut toujours se le rappeler, cette majorité était notoirement obtenue par la corruption la plus grossière dans le corps électoral, et, tandis que les individus qui la composent ont jusqu'ici rempli fidèlement les engagements de leur marché, en appuyant constamment le gouvernement, ils en sont encore à attendre le salaire promis, sous forme de faveurs personnelles; tout ce qui accroît.

COXDUITE DE M. GUIZOT. 37

pour l'administration prochaine, l'impossibilité de gouverner avec la même Chambre, enchaîne de plus en plus la majorité au char ministériel.

C'a été le désir constant de AI. Guizot, de rendre la formation d'un autre ministère quasi-conservateur impossible après sa chute; et plus il liera étroitement cette Chambre à sa propre impopularité, plus il rendra difficile à son successeur de refuser au pays la satisfaction d'une dissolution immédiate. Or, il sait que, dans l'état actuel de l'opinion publique, c'est une démarche à laquelle M. Mole ne voudrait jamais consentir, et que AI. Thiers lui-même serait alarmé de l'impulsion qu'on donnerait par là au mouvement populaire; il ne pourrait consentir à l'avènement au pouvoir des opinions extrêmes, dont le triomphe serait probable aux élections qui suivraient immédiatement la chute du gouvernement actuel. A ne considérer que sa position à la Chambre, AI. Guizot a certainement été sage dans l'usage peu scrupuleux qu'il a fait de la préférence aveugle que Sa Alajesté lui témoigne pour le moment, et de la faiblesse attribuée au Roi d'aimer dans toute occasion, quelque peu convenable qu'elle soit, à faire parade de ses sentiments particuliers, un peu au delà des limites ordinaires imposéesàune souveraineté constitutionnelle.

Ainsi , lorsque Sa Alajesté fait préûéder les fortes expressions qui terminent son discours d'une allusion à son âge avancé et à sa propre expérience , il donne, au défi jeté par ces paroles à une partie considérable de son peuple, un caractère personnel, qu'à mon avis un ministre fidèle n'aurait jamais conseillé.

38 UXE AXXEE DE REVOLUTîOX.

Cette conduite exerce déjà au dehors une inûuence défarorable à la dynastie, et nous aurons bientôt, je le crains, la preuve qu!elle a produit dans les provinces un effet également funeste.

Comprenant, comme je le dois, de quelle importance peut être pour mon pays, aussi bien que pour la paix de l'Europe , une paisible transmission du trône de France dans la ligne actuelle, et étant personnellement attaché à quelques membres de l'illustre famille dont les intérêts sont en jeu, c'est avec un sentiment de tristesse qu'il m'est difficile d'exprimer, que j'ai assisté au spectacle de mardi dernier. L'aspect du Roi avait bien changé dans les dix jours qui s'étaient écoulés depuis que je n'avais vu Sa Majesté. Cela peut n'êlre que passager, car la maladie dont il avait souffert laisse pour quelque temps des traces visibles sur des hommes beaucoup plus jeunes que lui; mais il était pénible de voir Sa Majesté , d'une voix brisée et avec une force évidemment ébranlée, rassembler tout ce qui lui restait d'énergie pour dénoncer comme ennemis précisément cette partie de ses sujets dont le choix l'avait élevé au trône , et faire appel , contre ceux qu'il lui a plu de traiter d'aveugles, à une majorité d'un moment qui, comme il devait en être convaincu, ne sçrait pas renouvelée. Il me semble que le vocabulaire aurait pu fournir quelque terme plus convenable que celui d'aveuglement , pour caractériser ceux qui venaient de se réveiller d'une longue léthargie, avec la conviction que la révolution de juillet ne leur avait pas assure celle liberté pratique en vue de

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