POSTSCRIPTUM
Ce qui était prévu est arrivé , et c'est une chose assez rare en Espagne , sur cette terre de l'imprévu , pour être remarquée. Mendizabal est arrivé, et, le 14 septembre, Toreno a abandonné la partie et abdiqué la présidence dans les mains de son collègue. Son règne n'a pas duré cent jours , et la révolution va faire un nouveau pas.
Vico a dit que l'humanité procède par loi de succession , jamais par saccades. C'est ainsi qu'a procédé , depuis 1880 , la révolution espagnole, et l'on doit remarquer que malgré les mauvais
vouloirs et les obstacles , malgré Timpéritie des chefs et les fautes de tout le monde , elle n'a pas fait , depuis qu'elle est en route , un seul pas rétrograde; elle a toujours été en avant ; elle s'est dépliée avec suite et méthode ; nous avons vu se dérouler la trame; nous avons vu les ministères s'engendrer l'un l'autre et s'enter l'un sur l'autre avec un ordre merveilleux et une logique inflexible. Pas un anneau de la chaîne n'a été brisé ; il n'y a pas eu rupture , il y a eu continuité. C'est ainsi que Zéa-Bermudez, ancien collègue de Calomarde , se poursuit par Burgos dans le ministère Martinez de la Rosa , et que Mendizabal en sort en ligne droite par le comte de Toreno , dont il fut le collègue aussi avant d'en être l'héritier.
La science politique a aussi sa loi de génération continue ; cette loi s'appelle le progrès. Un principe est un germe ; une fois semé , il éclot infailliblement et se développe au souffle de la Providence ; c'est là l'histoire.