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être même celui d^avoir trouvé fades quelquesuns de SCS petits vers , pour qu'il ait été possible, à Tauteur des Mémoirts, de dire d'un homme aussi généralement considéré, qu'il reçut quelques centaines d'ames pour achever de corrompre la sienne , et qu'il fiit le fléau et le tyran de ses paysans , etc, M. de Nicolaï se sera plaint que ses paysans de Finlande ne lui rapportaient que peu de chose; cela se peut, et ne signifie ni plus ni moins que lorsqu'en Allemagne un gentilhomme propriétaire dit que sa terre lui rapporte peu; il -faut certes une franchise bien noire pour attaquer la réputation d'un honnête homme et d'un homme tel que M. de Nicolaï, sur une insinuation aussi vague. Maïs quelle réputation est sacrée aux yeux de M. de M^* l Ce qu'il dit de la morgue politique de M. de Nicolai , est tout aussi faux. Je n*en ai pas trouvé cTiez lui le plus léger vestige. Il se peur qu'il ait jugé nécessaire d'être sûr ses gardes avec M. de M** , et l'événement a- prouvé qu'il n'avait pas tort.
M. de M** ajoure , que des écrivailleurs allemands le flagornent comme un Mécène. Je pré« yois qu'il va me mettre du nombre , et peu m'importe. Je dois seulement ajouter que je n'ai pas le bonheur ii'être connu particulièrement de M. de Nicolaï, et que j'ai cru honorer dans cette occa« sîon ma plume , en la faisant servir , sans aucune vue individuelle » à faire l'éloge de la yertu et du mérite.
p. 3t<S , i*aiitenr vonflra'it fions persoadtr qull a succédé à refttimable Laharpe. Il cherche tottiourt à accoller son petit nom à des noms célèbres , comme le roitelet sef)lace sur le dos de l*aigle pour approcher du soleil. Laharpe et M^* ( dit- il ) qat ont été auprès de son fik. L'expression est choisie avec prudence.; oo serait tenté <[e croire ^qu^ih avaient le même poste. Il dit au tnéme endroit : le ^iecrx Aepîniis , instituteur de Paul, esx menacé da sort de Sénèque et de Burrhus« A quoi bon cette ftusseté.l Tout le monde sait que 4e vieux Aepînsis est fou ^ et qu'il jouit d*uoe pension oonsidérabie^ *
P. 340 , M. de M** dit : L^empereor , par un raffinement de vengeance , défendit à la Mus de suivre M. de Marko^ dans son exil ^ tandis que persoime n'ignore que cette amie du ministre di^ gracié a quitté tout 'de «suite le théâtre pour le suivre « et tse Pa plus quitté.
Ten viens ii tm couple <le -paSsagçs, qui m'obligent de retourner àarmes paS|et de copier quelques périodes de sa préface* Je n*imtterai' point cet écrivains , 4ît'il^ qui , soits piétexte de livrer des anémoires et des siiecdotes sfir un pays qu'ils ont parcouru, s'immiscent dans les aâfaires particulières , et dévoilent des scènes de fàmUle peu intéressâmes pour rétraoger^. Cest bien mat recchnékn F hospitalité dont on a joui daiuun . empire , fue d^m dénigrer les hdhitans%
lci'M« de M^* a prononcé Vzttht de sa cofidam*
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ïiation. Non content d*avoir dénigré par-toiu àt la manière la plus ignominieuse les habltans de la Russie et leur caractère national, il dévoile des scènes de famille , il rapporte des anecdotes déshonorantes de la conduite du comte Romanzow avec sesenfans» et vent que le comte Soltikow,
son bienfaiteur > envoie son épouse Tai honte
de copier sa mauvaise plaisanterie. Quel jugement portera*t-on d'un homme qui, dans sa préface, a£Sche avec tpnt d'ostenution , des principes d'honneur et de délicatesse, et le$ viole à chaque page de son livre avec tant tfimpud eur ?
Me voilà parvenu à la fin du premier volume » mprès mille peines et mille dégoûts. Je répugne beaucoup à aller plus loin , et à me pr^arer de nouvelles nausées. Si je vivais encore en Russie, je n'aurais pas levé la langue , soit, peur ne pas donner lieu à croire que des motifs étrangers m'ani« ment , soit parce qu'il est absolument superflu de prouver la vérité dans un pays pii elle est généralement reconnue. Mais je vis dans l'étranger, où j*ai appris , à ma grande surprise , que les mensonges et les calomnies de M. de M** ont trouvé quelque entrée ; je regarde donc comme un devoir que m'imposent i4a-fois la vérité et la reconnaissance ) non de boire la coupe jusqu'à la lie, mais de vider cette coupe remplie de lie jusqu'aux bords.
Je passe sous silence > comme je le dois , les ridicules prédictions par où le second volume dé«
bute , et par lesquelles M. de M** aimerait tant à persuader les Russes de faire chez eux une rhvQ^ ïvtion â la françdise ; le tems a prouvé que M. de M^^ est un grand compilateur d*anecdotes« mais un mauvais politique. On voit avec horreur la peine qu'il se donne pour soulever la noblesse , sur-tout celle des premières familles de l'empire , contre son monarque légitime. Heureusement pouf la Russie que M, de M** n'est pas l'homme dont les feux-folets incendieront un état« Les familles , des noms destiuelles il abuse, le payent d'un profond mépris. - ^
P. 26 , et dans une note qui s'y rapporte » M. de M** dit : qu'en Livonie , on arrache l'enfant des mamelles de sa mère , pour la forcer à allaiter des chiens qui ont perdu la leur. Quelle accusation atrocelJe connais à fond la Livonie et TEsthonie depuis un grand nombre d'années, jamais je n'ai entendu rapporter un fait semblable» et il faut avoir l'ame bien noire pour Tavancer sans preuve. Que M. de M** nomme l'endroit où cette horreur s'est passée ! lui qui 9 tout vu , entendu , éprouvé et senti; qu'il nomme, sans ménagement ces monstres. Mais si c'est là vme des belles inventions de l'auteur ou de ses amis , comme il y en a tant d'autres dans son ouvrage, qu'il continue à boire lui-même le lait livide des noires mamelles, de la calomnie , jusqu'à ce que la soif de sa haine et de sa Vengeance contre la Russie soit étanchée.
p. 5^ « M dfe M*^ déctare qw le vice le {iks prononcé et le plus commun ^ psumi les Russes , tK le vol. Je doute , ajoute-t-il , qn'aBciin peupk àc la terre soit plus oatorelleaient enclin à s^approprter le bien d*autruî; du premier ministre an général d*armée» du laquait an soldat, tout volCi lent pîile et tout friponne. Un étranger qui voyage avec un Russe, fût- ce un kaiaiss ( un ^prince ) apprendra , à ses dépens » qu^il ne* faut rien laisser sur sa toilette ou sur son bureau (i>. Quelque atroce que cette accusation soit en elle*même , elle le devient encore plus^ par la raison que l'ameur allègue de ce préti ndu pençbam au vol. D'où vient ( demande-hil, p. ^4) qUe les Russes sont plus voleurs que les autres peuples à demi-policés? Cela vient de limmoralîtë de la religion grecque. A-f^n jarrals déraisonné jàlus complettement ? Tout le flionde sait qiie lei^ Français n'ont jamais volé,piilé« friponne plus que d^ns le tems où ils rendaient hommage à la dtesi^ df la Rmso/i , et où ils renver* saient fous les autres antels. Pour être conséquent, M. de M*'^ doit soutenir que cela vient aussi éc
( I ) Au moment ou je viens d*écrîre ceci , je trouve dani ta CUf des cabinets : u Les pillages , les frfpomieries sont si communes en France , que plusieurs se regardent comme malheureux « par la seule raison ^*ik manquent d*occasion de se rendre coupables ». — r— Que scniit-ce si l*on voulait ju jcr far là en général du caractère de la grande naùûn i
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rimmoralîti' de U raison. Il veut appuyer sa thcse de Texemplç des autres naions non-grecques soumises sku sceptre de la Russie. Il se trompe; les Eivoniens et les Esthoniens , qu*il cîte entre autres , ne le cèdent aux Russes ni pour le vol ni pour rirrcgnerîe ; et quant aux Tscheremisses et aux Tunguses, que j'ai vus, on m'en a assuré la mémQ chose.
En général , M. de M** se laisse entraîner à tout moment par son esprit superficiel » dans des contradictions et dans des paradoxes étranges. On peut ranger sous cette classe le singulier motif qu'il allègue ( p. 55 ) comme servant de fondement à rbospitalité russe; c'est qu'ayant une propriété, mal assurée, ils vivent au jour le jour, et sont dispensateurs faciles ^es biens dont ils jouissent. Depuis que la Russie existe , il Vest personne qui y ait exercé Thospitalité par un pareil motif. Joignons i cela le ton ridiculement dédaigneux dont il parle du soldat russe , quand il dît pour le déprimer, qu'il est brave à force de lâ.heté. On serait tenté de croire que M. de M** est serti de l'école de M. Schlegel (i) , tant son eitravagance est ridicule et sa ridiculité extravagante.
P. 1 13 et suiv, , c'est le tour des femmes russes afin que ni condition ni sexe ne seit épargné.
( I ) Auteur allemand , inconnu en France , et qui a prîi pour devise : Nul n'aura de l'esprit que nous et nos amis.
Ai. de M** aous nomitie trois bu quatre maris ^ c{uî, d'après ses renseîgnemens de famiUe» sont dominés par leurs femmes ; et il en tire , comme toujours 9 cette induction ou conséquence générale^ qu'en Russie les femmes régnent* Un homme qui cite par-tout les Français pour modèles , aurait bien dû se garder de toucher cette corde , car il n'y a point de pays en Europe, ou les femmes aient influé ou influent, plus qu'en France. Au reste , ses anecdotes ne sont pas même vraies. Quand il prétend que le comte V. Puscl-kin, qui commandait en Finlande , n'osait fiaire un mouvement , qu'après avoir envoyé un courîer à sa femme pour la consulter, je serais tenté de prendre cela pour une mauvaise plaisanterie « s'il n'en faisait pas le fondement d'une assertion grave. Il n'est pas vrai que /a colondle madame Mellin ait commandé le régiment deTobolsk à Narva^. attendu que ce régiment n'a jamais eu pour chef un colonel IVfellin. Il a été commandé, pendant quelque tems,par un Russe nommé Merlin ; les ofliciers du régiment étaient en grande partie composés d'Allemands et de Français » er je n'en ai connu aucun qui eut été assez vil pour faire son rapport à madame Merlin , à sa toilette. N P. T 2 1 , je ne suis pas le premier qui ait remarqué qu'en Russie les femmes sont en général plus méchantes,plus cruelles,plus barbares que les hommes; t'est qu'elles sont encore plus ignorantes , plus superstitieuses. Elles ne voyagent guères, s'instruisent
xxxuj peu , ne travaillent point. On les voit rarement lire 9 plus rarement encore s'occuper de petits ou« Vrages de main , ou de leur ménage.
J'ignore lequel de nous deux, de M. de M**^ou de moi , a fréquenté le plus Us tonnes maisons en Russie ; ce que je sais , c^est que j*ai trouvé par-tout le contraire de ce qu*il avance. Les femmes de Pétersbourg ne sont pas exemptes des défauts qu^on reproche aux femmes de toutes les grandes villes ; mais elles possèdent des vertus qu'on chercherait en vain dans plusieurs des autres capitales.
Les horreurs que M. de M** rapporte d'une princesse K.... ky, ne prouvent rien. Il n'a qu'à lire les Annales de la législation de Prusse^ par Klein ,• il y trouvera l'histoire d'une mégère encore plu9 furieuse, laquelle a tourmenté à mort sa propre fille : mais il faudrait être^ fou pour en déduire la preuve que les femmes de Prusse sont cruelles. Du reste , j'ai été frappé de voir que cetce furie soit la seule dont M. de M** taise le nom , et qu'il trahe avec cette espèce de ménagen:iem. Dans tout le reste de son ouvragé , il ne se fait aucun scrupule de nomnfër tout du long l'homme honnête et considéré dont il rapporte du mal ; il n'y a que cette femme abominable qu'il ne nomme pas. Quelle sympathie inconcevable peut lui avoir suggéré cette réticence? Il use du même ménagement envers une dame de la cour qui a tenu enfermé pendant trois ans, un esclave , son perruquier,
dans une espace de cage ohsaire. PonrqQoî ne I^ noaune-t-il donc pas cette dame > liû qui nomme tout le monde? Pourquoi a «-t- elle moins mériti reffarvcscence de son indignation que l'estimable baron de Nicolaî , et mille autres qui n'ont jamai» rcnfc rmé personne dans des cages ?
QuM me toit permis de doncer de Texistence de Taffrcux cluk physique , qu'on dit avoir découvert à Movkoi^* Le bruit m'en est parvenu comme à Al. de M**, mats j*en ai tout aussi peu la preuve q e lui. Au reste, ce cUib>s*iâ avait jamais existé ^ est tout aussi peu nuisible a la réputation des femmes russes» que les associations de cette espèce qui empoisonnaient autrefois Paris , et rempotscn-' oent peut- être encore , ne pcunvent port^ préjudice à la réputation des femmes françaises*
P. 13s» M» àc M** cfitrCe n*e$t poîct cet Russie qu'il faut chercher des Julies » amantes des St.-PreuJi , et moins encore des Jultes épouses des Wolmar. I.e pays de rescknrage n'est pas celui des belles passions. Cependant , il trouve en Russie une sensibilité exquise et une mélancolie Wttchante. Quelle contradiction !*
P. 13^ « il dit rOn trouve rarement chez les femmes russes les vertus domesûques. Ces vertus sont généralement rares daais ks grandes villes. Si M. de M** avait vu en Russie plusieurs villes, outre Pétersbourg, î{ aurait peut être .parlé aauemenr; je di$;^K^ erre, car il^t à croire qu'il aurait apport^ par- tout avec lui son verre noirc^
jcxxt
Si Tauteur traite les ^etnnies russes aVee dureté » il est d*autant plus honnête envers la classe des précepteurs ou outschitelLlls ont , selon lui, le plus contribué à policer la Russie. Je me rappelle d'avoir entendu dire que M. de M** a commencé sa carrière par, faire le métier de précepteur ^ cela étante î.e m'explique les ménagemens dont il use. Les Allemands ^ comme on pouvait le prévoir , servent de nouveau d'oVnbre au tableau; on se moque de leur érudition pédagogique.
Un de^ plus grossiers mensonges de tout Touvrage, est celui où l'auteur prétend que dans les provinces de ]jivonie, d'Esthoiiie et de Courlande , il n'y a pas même d'écoles publiques. L*accadémîc des gentilshommes à Ré val « la très -bonne école publique de cette ville, Tacadémie de Riga et plusieurs établissemens de cet ordre à Rig^, sont si généralement et ai avantageusement cdnnus , qu'on Qe saurait taxer Tauteur d'ignorance , mais qu*il faut lui supposer des vues bien plus odieuses. Les écoles de ces provinces sont très - certainement préférables 9 à certains égards > à celles de TAlIemagne , puisqu on remarqt^e généralement que les jeunes Courlandais etLivonienSiqui se rendent aux universités d'Allemagne , s'y distinguent par de très-bonnes huinanités.
L'auteur raconte ^a propre histoire ( p 211 et suiv. ).I1 dit, de lui-même, avec une modestie rare ,
qu'il se faisait chérir de ses amis p<ir l'améoit^ it
ies nioetirSyét eitimtt par sa raison et pur^oû esprir<r Il cite avec beaucoup de complaisance et (Tamour-' propre , nne espèce d'apologie » qui , sous le nom de ses parens et de ses amis parut dans la Minerve de M. d^Archenholif et qui désapprouve la conduite trop vive de Teropereur^ Il insère la traduction littérale de cette pièce dans ses Mémoires, Je suis Êché d*étre obligé de le tirer d'erreur. L'auteur de cette apologie , ou comme il Tappelle , de cette sommation , n'est autre que moi. De ses parens tant vantés , personne ne s'est embarrassé de lui. Je croyais dans le tems lui rendre serv'^ce ^ en ptiblianc cet écrit. Cest ce que M. d'Archenho!^, lui-même , pourra lui confirmer, à qui j'envoyai cette pièce en même tems qu'une iinrCydcY Administration delà justice en Russie , dans les provinces Allemandes oii je gardai l'anonyme Je croyais alors M. de M** entièrement innocent. Je me serais bien gardé de prendre son parti , si j'avais su ce qu'il donne à entendre de lui-même dans une note (p. 13'^) qu'il a été mêlé daâs un certain projet politique. Je l'en crois fort innocent au fond, attendu que son créditet soti influence étaient trop minces , et que la prétendue Société philad^lph'i que ne signifiait rien ; mais la seule hardiesse ^'il a de s'en donner les airsi prouve que l'empereur Paul a très-bien fait de ie chaSser de ses états. Du reste, il est faux que ce prince ait fait séquestrer le bien des deux femmes M'^^. L'ainéé a emporté le 5ien^ et si la cadette n'en
« pu faire autant, c'est par la bonne raison qu'elle STait alors un procès , et que son adverse pattie dcmandait.sessùreiês.
A U fin de ces remarques je placerai encore un des passages les plus choquans de l'auteur sur /'melavaee des paysans, • i j'y joindrai avec franchise mon geniimeni sur ceiie matière. Dieu soii loué t le moment est .arrivé ou l'on peut parler sans crainte ni danger , et où un mbt dli à propos peut. produire des fruits salutaires I
Le peuple russe ( dit M de M** ) déteste le travail, parce qu'il n'a jamais travaillé pour lut , et qu'il n'a par. même encore l'idée de la propriété; il ç»t sans patrie , sans lois , sans religion , sans molale, sans honneur, enclin au vol, au pillage, i la friponnerie ; et d'un auire côré il est fio ijJÏislier , fierviable, gM, fid -le , couragiux. ( Q.ic'les contradictions! quelles contradictions ircompsrihtes t) Pour fournir quelques mi.liers d'homn:esde pain de froment, trente millions d'esclaves mangenr de l'herbe et rongent l'écprce du saule , semblables aux castors , qui pourtant l'emportent de beaucoup sur eux en intelligence. Ont-ils amasïé un petit pécule, leurs maîtres s'attribuent leur propriété, ci rivenl davantage leurs ferfc Des hommes en cheveux blancs , avec une barbe pairîarchale, couchét sur le ventre, reçoivent le fouet comme des enfansj il y a des maîtres qui forcent quelquefois le fils il itre ainsi Texécuteur de son pire. Le paysan
devieni-il f oMat , io& maître a le droit de donner $9 femme à un autre; et s*il a des enfans , il ne les reverra jamais « etc.
Il serait supeiflu de réfuter toutes ces borrears. Chaque atrocité qui peut avoir été commise une seule fois , est soigneusement recueillie par M de hi**9 et transformée en usage du pays, ou même en loi fondamentale. Une telle fureur ne mène à rien. Les exagérations ne font qu*aigrir , et empêchent le bien qui pourrait résulter d'une discussion froide et impartiale.
Quant à moi , ]*ai trouvé dans mes voyages en Russie j que le paysan russe esr laborieux et actifs qu*il aime sa patrie; qu'il a des notionâ|trés-dictinctes du juste et de Tin juste ; quM est presque par- tout à son aise, et qu'on trouve dans son habitatioa propre et nette des hommes gais et contens, et la jqie répandue sur tdus les visages. Il sait trés-bien ce que c'est que la propriété ; ji sait que lorsqu'il a amassé un petit pécule , il peut l'offrir à son maître pour en obtenir un passe*port ou congé , à la faveur duquel il peut exercer son industrie des extrémité» de la Russie jusques dans la capitalç ; il sait et voie que cent mille de ses caçiarades ont atteint ce but de leurs travaux , et il aspire au même avantage. Son principal trafic consiste en poissons , bois , légumest et son travail en briquerie , maçonnerie , charpenterie ^ tuilerie etc. En un mot , le tableau sombre jjue M. de M*^ a tracé , ^Vst applicable >,tout as
xxxhc
jplus s qu'aux paysans de la Livonie et de TEsthonie, et ne leur convient pas même dans sa généralité.
Je n'entreprends pas de nier qu'en grande partie Fauteur n'ait raison, en parlant de ces deux provinces» Je me borne à l'Esthonie, car la Livonie m!e&t moins connue; et j'avoue que le paysan* de cette première contrée n'a ni propriété , ni perspective aucune de s'en procurer jamais \ï\ est esclave dans toute la force du terme ^ et les nègres de la Jar maïque n'ont aucune raison d'envier son sort.
Loin de moi l'insinuatinn odieuse qu'en Esthonîe tous les seigneurs soient des despotjcs tyranniques. Il y en a parmi eux un trks-^rani nombre qui se recommaajBlent par la plus grande humanité. J'aime à nommer ici MM. de Joli à EtZr, d'Essen à Erras ^ Wilkinson à Chudleigb , d'Ungern - Sternberg à Linden » de Schilling à Orsena ^ de Krusenstern i Jerlep , de Mayendorf à Sallentack, de Rosen à Rackamois , de Rehbtnder à Kurtena , de Klugen k Schwarzen , djs Klugen à Lodensée , de Rennekampf à Koscb, etc. etc. Je ponrrais âl( nger con^ sidérablement cette liste; mais à quoi cela me servirait- il, tant qu'il me resterait encore un cia^^ quîème qu'il faudrait laisser en blanc ? Un paysan a peut-être eu le bonheur de vivre pendant vingt à trente années sous up bon ^laitre; un an après la tei're est vendue; le nouvel acquéreur , pour retira Jes intér^^s du prix d'achat, transportera peutêire des villages entiers dans des marais^ en s'emparant
des terres cultivées ; il fera des ^ contrats pour IVau-de-vie, et ruinera par*là ses paysans; îl défrichera de nouveaux terreins ; bâtira des maisons ; en un mot^ il détruira dans quelques années le bonheur et la prospérité d'un quart de siècle.
Je somme tout Esthonien honnête de me con-* tredire et de me réfuter , s'il le peut. Ce. que je dis est malheureusement vrai ; je l'ai vu j )*en ai été le triste témoin pendant quinze ans. Mais je suis loin, malgré cela, de m'écrier avec M, de M** que ce nVst que par des détours longs et pénibles que le paysan sera ramené à un état de bonheur. Je ne suis pas de son avis. Je conviens comme lui que ce sera graduelUment; la meilleure et la majeure partie de la noblesse russe a fait » à ce sujet , des ouvertures aussi sages qu'humaines dans plusieurs • diètes ; et le tcms n'est plus éloigné oîi Ton écoutera les plaintes des malheureux paysans, et où Ton essuiera leurs larmes.
J'ObC proposer quatre mesures très-faciles , dont l'observation assurerait dans peu de tems , sans porter un préjudice réel à qui que ce fût , à l'esclave une espèce de propriété ; litniterait l'odieux despotisme, et rendrait par conséquent le serf infiniment plus heureux. En même tems je déclare que > pour le moment , on n'oserait pas faire davantage pour lui.
Première mesure. Défendez qu'à Tavenir aucun paysan serf ne puisse être transplanté d'un endroit à l'autre.
Jusqu'i prisent l'usage cruel et barbare a prévalu, comme je viens de le dire , d'arracher au serf le terrein qu'il cultive, [et que ses ancêtres ont peut- ■itre cultivé pendant des siècles. Il y possède une maison, peut-Ëtre un petit jardin, qu'il regardait l'un et l'autre comme sa propriété.' Tout-à coup it reçoit l'ordre de démolir sa maison , d'abandonner son champ cultivé, de se transplanter avec sz famille dans une forêt , ou même au milieu d'un marais, pour défricher un nouveau lerrein , lequel, s'il rapporte , lui sera encore enlevé. En attendant, le seigneur sème et récolte pour son compte le champ que le pauvre paysan a été obligé de quitter.
X)e là résulte le grand mal, que le cultivateur n'étant jamais sûr de jouir du fruit de s«s pénibles travaux , demeurera toujours paresseux , et ne travaillera jamais qu'au jour le jour. Les villages les pins florissans, qu'on a transplantés de cette manière ,'ont présenté daiis un espace de tems trèscouri l'image frappame de ta misère.
Les seigneurs terriens de l'Esthonie répondent i CGire objection,que tout bon maître ne fait pas de tels changemens. J'en conviens , mais j'ajoute qu'on ne devrait pas même en avoir le droit. Le bon fijaitte , réplique - 1- on , n'use pas de ce droit. Fort biçn j mais peut- il répondre de ses héritiers ou de m successeurs î Ei pourquoi ne pas ériger en loi , ce que tout honnête homme s'impose lui-même comme loiî
Seconde mesure» Ditermînei les corf^» <}ui jusqu'à présent dépendaient de la volonté arbitraire du maître,
. li existe à la rérité un livre dans lequel la somme des corvées est consignée ; mais d^abord , on double cette somme pendant les semalles, pe.ndanc qu*on fume les champs et pendant la moisson j c*est-. à-dire pendant tout Tété à-peu-près^car un seigneur un peu fin sait si bien lier les deux bouts de ces époques , que Tinterval^e ^îsparait. T y a un second moyen d'éluder cette ordpnnance; c'est le droit que le sçigneur propriétaire a d^imposeri ses paysans, certains yoicrx d'vffice ^ où indépendamment des corvées ordinaires que la famille du paysan , ses valets et ses servante? son; obligés de faire ; le père de famille est tenu de comparaître en personne au ch^ie«à , toi^tes les fais^que son maître l'ordonne ; de bâtir pbur lui ; de mener vendre ses denrées dans des villes souvent très-distantes; de distiller de Teaude-vie; en un mot , tout ce qui n*est pas compris sous le^nom d'agriculture. Le nombre de ces jours d'office est absolument indéterminé ; pendant tout ce tems le travail du payan est interrompu , son champ reste inculte , son économie se néglige ^ et' la neige couvre souvent sa petite récolte avant qu'il ait pu la mettre à l*abri dans sa grange. Enfin le livre d'ordonnance n'est pas même une régie ^ûie pour le nombre des jours de corvée ordinaire, puisque le nouvel acquéreur d'une terre n'est pas du.
tout obligé de remplir les engagemens de son devancier. Il compose une nouyelle ordonnance , ei la compose à son gi è.
Troisième mesure, Qu^il n*y ait pointa cabarets dans les villages. -— Tous les gentilshomtnes d*Es^ thonie s'accordent à se plaindre du penchant que les paysans ont à Tivrognerie » et de leur manque près* que total de mpralir^t IUs*9CCordenttoi|sà dire» qac c*est,aiix cabarets qu^il faut assigner la causo principale de ce m^il « et que les villages où il n*y en a point » se disting^eat des autres pat Tordre et raisance. Maigri cela^ le très- petit gain qu'ils retirent de l'entrecien de ces cabarets, les empêche d'abolir un abus aussi manifeste* Us ont des cabarets par centaines le long de la route^ et ne peuvent se ré oudre à renoncer à celui du village » à un gaiq qui leur serait si richement Compensé.
Les inconréniens des cabarets dans les villages ont tellement frappé tout le monde , qu*il a été question dans une des dernières diètes de les abolir; mais le résultat ridicule de la délibération a éfé p qu'il fallait , pour diminuer le débit de Teau-de- vie dans ces cabarets, en hausser le prix de vingt-quatre kopèqiies. Qui ne volt ici que le remède est pire que le mal !
Quatrième mesure. Défendes; au ^eigneur terrieci de faire plus d'eau-de-vie qu*îl n'en peut recirer du seigle de son crû.
Les spéculations immenses qu^on fait avec Teau^
de-vie , Indépendamment de Toppresslon cruelle du paysan qu'elles ont pour suite , sont souvent la ruine de son maître. Il fait p:^.ur Tordînaire un contrat de six ans avec la couronne, par lequel il **dgage à fournir la mesure d'eau* de- vie à ua prix, qui à la date du contrat , parait être assez à son avantage. Mais il arrive une année oii le bled manque « les prix haussent, souvent considérablement; il est obligé d'acheter du bled à tout prix, car au moment où il manquerait à ses engagemens , la couronne ferait séquestrer ses biens, et acheter à ses dépens Peau-de-vie qu'il doit fournir à la consommation. Cest ainsi qu'il s'expose à perdre dans une seule année le fruit des cinq autres ; heureux si sa perte ne se borne qu'à celle de son gain l Je ne connais pas un seul gentilhomme qui se soit enrichi par le copimerce de l'^au-de-vie, et plusieurs qui se sont ruinés par cette mauvaise spéculation.
Les gentil^ommes de TEsthonie répondent à cela: 1^ Qu'ils n'ont pas de fumier pour leurs terres , à moins d'e^igraisser des bœufs , et qu'ils ne peuvent engraisser des boeufs à moins que de faire de Teau-i de-vie. Mais d'abord , qu'ils en fassent, pourvu que ce ne soit pas au-delà de leurs récoltes; et ensuite > qu'ils aient plus de troupeaux au lieu des bœufs qu'ils engraissent , et ils auront tout autant.de fumier. Ils répliquent encore > que les bœufs qu'on leur envoie maigres de Pétersbourg, leur rapportent à engraisserde Targent comptant (vingt roubles et
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au-delà pour chaque), au Heu qu'ils seraient emharassés du lait de leurs troupeaux. Il me semble que s*ils en faisaient du beurre et du fromage^ comme on fait en Hollande, en Suisse, dans le Holsteîn ; etc , ils pourraient le vendre avantageusement à Pétersbourg , oii l'en est obligé d'en faire venir en grande quantité du Holsteîn.
2^. La seconde objection des gentilshommes est^ qu^il y a une très -grande quantité de propriétaires terriens, trop éloignés de Pétersbourg pour prendre part aux contrats d*eau-de-vie ; que ceux-ci ne sauraient que faire de leur bled^ s'ils ne Le vendaient pas à ceux que le voisinage de la capitale invite à passer de tels contrats , et dont le propre bled ne suffit pas pour cette entreprise. Il en résulterait , selon eux , des prix trop modiques ; ce qui porterait préjudice à ragriculture. Mais cette objection n'est que spécieuse; car, on le bled est rare, et en ce cas il est cher; ou il est abondant, et alors la couibnne en permet la sortie; et la Suéde, rAngle* terre, l'Allemagne, etc. s'empressent de l'acheter»
U suffit de cet échantillon. Je suis convaincu,^ comme de ma propre existence, que si les seigneurs propriétaires de l'Esthpnie voulaient s'accorder cn« tr'eux à établir ces quatre mesures, il en résulterait dans peu les effists les plus salutaires. Deux cent mille esclaves malheureux obtiendraient une ombre de propriété, et la feraient passer à leurs enfans; on les verrait devenir acdfs et laborieux; il naîtrait
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et se développerait peu-lh-peu dans leurs âmes un seotiment moral , du moment où i]s ne se verraient plus en proie à un despotisme plus arbitraire que celui que Tempereur lui-même se permet d^exercer ; ils ne périraient plus de faim , parce que leurs jours de corvées seraient déterminéSj et qu*on leur laisserait le tems de cultiver leurs champs ; ib apprendraient à aimer leurs seigneurs et à se confier en eux, et ceux-ci se délivreraient enfin du nom odieux de tyrans, que toute l'Europe leur donne à haute voix. Au bout de dix ou vingt ans , ils pourraient faire un second pas qui les rapprocherait du but où l'amour , la prospérité et le perfectionnement moral de leurs sujets , où leur propre avantage financier» où enfin le noble sentiment d'avoir rempli les devoirs de l'humanité , et les bénédictions multipliées qui accompagnent ce sentiment , les attendent !
La noblesse Esthonienne n'est rien moins qulnsensible à d'aussi belles récompenses ; elle ne manquait jusqu'à présent que de courage pour faire ce qu'elle reconnaissait être bien. Ce courage, elle le trouvera sans doute sous le régne d'Alexandre !•
Je ne saurais finir mon ouvrage d'une manière àla-fois plus touchante et plus sublime» qu'en plaçant ici l'extrait d*une lettre que ce jeune monarque , qui autorise aux plus grandes espérances , vient d'écrire tout nouvellement à un grand de l'empire, qui lui avait demandé une terre héréditaire.
«Pour la plus grande partie » les paysans de h
xlvij Russie, sont esclaves; je nVi pas besoin de m'étendre sur V avilis sèment et le malheur d'un état pareil. J'ai ionc fait vctu de ne pas en augmenter lé nombre, et j'ai pris pour principe , de ne pas donner à cet effet des paysans en propriété. Cette terre vou» sera ac-cordée en arrentement à vie ( i ) « à vous et à vos descendans , ce qui revient à-peu-prés à la même chose, avec la seule différence que le paysan ne peut être vendu ou aliéné comme une bêu. Voilà mes raisons ; et je suis persuadé que vous en agiriez de même à ma place ( ^ ) "•
Gloire et honneur à cet empereur humain et sensible! Il ne lui faut ni airain ni, marbre pour vivre dans la mémoire ; ce peu de paroles sont un monument qui lui assure rimmorcalicé dans tous les coeurs honnêtes !
( I ) C'cst-à-dirc en emphycéose.
( 1 ) L'original de la lettre esc français. Cet extraie en est ciré mot à mou
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