SECONDE PARTIE
i\liyu&: éBoos zxi j')ulUeu JU ^is^t uxm
beiJ& asatmép^ Je^ m'occupais, conuneà Vor-
dinaire^,^ iiàS^& rhi&taire de xne^ malheurs»
lorsque vers dix heinxs 1& conseiller de Gravi
«ntiSL chez moi^ et après quelques mots de
coaversation iasignifiaat&se saisit j^ comxne d^
coutuffie ]|.di^p i^u^^^. cartes pour^ faire la
grande patience ^^^1 ou il poussait aouvcnj
ma propre patience à bout. Il fallait être des
heures entières tépioîn de son passe-tems \
car le bon; homme, ne concevoît pas qui
Kurgan il pût ^y avoir dii tems a perdrix
pour quelqu liii ^ s.Ur-toùt pour un banni, H
poih^uîvit s6;i;,occupiEttion jusqu après onze
nctircl 'Avec ùi déptt 'concentré et dans ua
profond sHerfcé , ^cf me promenais de haut en
©«V'^P'î'^^^^pi^'seulen;'; qu une seule
I<yb^qu1il m^^demandsi liani quelier iatentioa
^^'- Valais qu il fevit les cartes. Je lui dis:
«y^eu; CoAslIilti^l'otacle ,'pour savoir si je
verrai bien -tôt arriver ma femme* Le coup réussit $ et il se réjouit sincèrement de ce^ que (Christine Karlov'na viendrait me re|oindre dans peu.
A la fin il se rappella qu'il avait encore des affaires à eirpédier 5 et partit. A. peine fut-il loin , que je me remis devant ma table , pour éaire.
Au milieu d*une période mon domestique m'interrompit ^ pour me dire : Eh bien , monsieur, encore quelque chose de nouveau 1
Je fis à peine attention à ce qu'il me disait , croyant qu il voulait me régaler d'une nouvelle intrigue amoureuse (car depuis mon séjour il en avait eu une vingtaine de bon* compte ) et sans^oser la plume , je me tournai à moitié de son côté , pour lui demander : Quoi donc ?
Dans ce monient , reprît - il , un dragon est venu pour vous prendre. Saisi d'épouvante , je m'élance de ma chaise , et le fixe sans pouvoir proférer une seule parole.
Oui, oui , continua-t-il \ nous irons peutêtre encore aujourd'hui à Tobolsk. Cominent ? fut tout ce que je pus dire.
Four toute réponse il m'amena un hontme^ qui avait vu le dragon , qui l'avait entendis parler de sa commission, qui l'avait accompagné chez M. de Gravi.» et qui delà, avait
fth Ie$ devans pour m apporter * le premier cette houvelie. Il ne savait pas ^ au reste ^' le détail des dépêches apportées.
A quoi devais-je m attendre > à ma liberté V Hélas non ; car pourquoi , dans ce cas y me ramener à Tobobk 1 Le chemin le plus court passait par Ekatarinabourg > pourquoi ce détour de cinq cents verstçs ? D'ailleurs Ift^ réponse du Monarque à mon mémoire ne pouvait pas arriver de long - tems. Je n'a-' vais donc que l'affreuse perspective d*être transporté de Tobolsk plus avant dans le* pajrs, peut-être dans les mines, peut-être aui Kamtschatka. Je fus long-tems tremblant et hors de moi^ jusqu'à ce que par un effort' sur moi"*même, je parvins à me remettre ua^ peu; alors je pris le cahier auqiiel je travaillais et le reste de mes billets de banque, je boutonnai le tout dans mon gilet ; et pendant plu3 de dix minutes , j attendis mon arrêt au milieu des souffrances de Ta mort« Ges dix minutes sont du nombre des plus afiireuses que j'aie passée^ dans tout le cours de ma vie,
A la fin je vis de la fenêtre M. de Gravi, accompagné d'une foule de monde , arrivét du coin de la rue ; au milieu du groupe j'ap-^ perçus le dragon avec la plume qui ombrageait son chapeau. Oti était encore trop loin' pour qi|e je pusse distinguer l'expression des
physionomies \ fêtais loujour» pltt9 mort que vif 5 et j'attendais mon arrêt.
Je fis en chancelant un tour de diambre ^ et en itie rapprochant de la ienètce je distinguai les traits du visage de M. de Gravi ^ qui rxm paucurent très - sereins* Un rayon d'espèranocL pénétra dans mpn amé ^ cepemUnt. le monde çnti^ pesak encore sur mon coeur oppressé. ; On entre dans la cour.. De Oravi regaxde a. ma fenêtre , m app^oit , me fait un sigoe iMnîcal et gai \ mon çœur~ est a^égé. Jb veux scurtir ^ vokr au ^ devant de lui -, je ne puis ^ je reste immobile ^ le^ yeux fixés sur la porta de ma chambre. Elle s oUvr^.. Je. veux pas^ler i^ questionner { je reste muet.
: ProsdawMa , -wui swobodniy je vou* félicite., vous êtes libre ! En prononçant ce» paroles le bon de Gravi se précipite danft mbsi bras^ et ^l'f^ose de lai/pes de joie« Jeite^* vois 1 )fi n entende lien » je i\i& sens que $e9» déliciei^s larmes , mon œil teste ^ec« Tout; retentit autour de moi du cri de Prosdaw^ lafa \ chacun se dispute le plaisir de m*6m* brasser le premier , mon domestique li^e patesse^ contre son seih* Je les laissais faire \ )e les regardais avec une stupeor muette^ je ne pouvais^ les renaerci^c , ni mêm^Q^parleç. -■
Ei^fin le dragon me remit une lettre dit gouverneur. J'eus la foïce .de Touvrir , et jo his ce qui suit, La lettre était en Irançais.
M ONS lEUR,
Réjoais^ez-voas^ mais modérez vos tfansp5m ; la faiblesse àe votre Santé i exige. Ma prédiction s*est accomplie. J'ai la douce satis* kction de vous annoncer que notre très gra-^ cieax empereur désire votre retour. Exigez tout ce q^i vous est néces$aire » tout vous sera procuré , l'ordre en est donné. Volez ^ <t £€C€vez mes compÛmens.
Le 4 juillet.
Votre très-humble serviteur ^
. D. KUSCHELEFF.
- Chaque ligne de cette lettte se grava pro- {oniiément danç mon c<£ur.-^Le gouverneur tol'envôyaît en même tems une liasse de gaicettes et une petite lettre <ie fëlicitâtion du marchatid Becker , présent par hasard au «noment où le dragon fut expédié , et qui m ofirait avec empressement sademeure quand j'arriverais à Tobolsk.
M. de Gravi tira de la poche Tordre qu'il «voit ceCu dé son cote • et m'en fit lecture. Il y était dit<{uon eut à me fournir tout ce dont j'aurais besoin , même de l'argent , et mé faire partir tout <ie suite.
Je n'avais point encore recouvré la parole, mds mk ruisseau ^e larmes vint me.sodag;» ^
je pleurai long ' tems et avec véhémence ; la plupart des spectateurs pleurait avec moi.
Tout d'un coup SokolofF vient se jeter à mon cou , me serre fortement dans ses bras , et répand des larmes amères. « Me voilà de nouveau seul et délaissé , s écria - 1 - il avec le plus vif attendrissement^ maisn importe. Dieu sait que je me réjouis sincèrement de votre liberté».
Tous les notables s'étaient rassemblés chçs^ moi 5 la chambre les contenait à peine chacun voulait me témoigner sa joie^let me dite quelque chose d'obligeant. L'honnête de Gravi, qui j^gea bien que tant de monde ne pouvait que m'être à charge dans ce moment , l'écarta petit- à- petit 5 et me proposa de venir dîner <hez lui. Grand Dieu ! je ne pouvais ni manger 5 ni boire de joie. Quand comptez - vous partir , me demanda - 1 - il. Je lui répondis : dans deux heures. — De quoi avez 7 yons besoin ? -r- De chevaux. U s en fut en souriant , et me voilà seul.
Je ne tente pas de décrire la situation: 4c mon ame. Meé genoux tremblaient encore au bout de plusieurs heures, et cependant il in^ér lait impossible de m'asseoir , j'jdlais , je venais sans cesse, j'arpentais ma chambre en longuet en large. Je n'avais point d'idées, je n'avais
3ae des sensations , des images qui se succéai^t rapidement. 9 mais qui nétaiç^t rien
moins que <iistindes« Je voyais toujôots ma femme et mes enfans voltiger autour de moi dans un nuage. Je semis bientâc ma tête ex-^ travaguer , |e me sentis épuisé. Je voulus m ef* fercer à penser d'une manière suivie, à réfléchir, à lire du moins lesgazettes, dontfaîmais tant la lecture ^ le tout en vain. Mes larmes rocommeiiçaient de tems en tems à couler , et tout Ce que je pouvais proférer , se bornait à cette exclamation : o mon Dieu ! ô mon Dieu ! ' Lorsqu^'à k fin je fus un. peu plus maître de moi-même, je sentis quelques gouttes d'absinthe %t mêler à la coupe de délices qu'on venait d'approcher de mes lèvres. Le dragon , à qui dans les premiers transports de ma joie j'avais fait un présent qui surpassait de )>eaU' coup mes moyens, m'apprit eâtre autres, qu'un Courier du sénat était anivé de Pétersbourg pour me ramener \ mais que n ayant ordre de se rendre qu'à Tobolsk, il avait refusé de passer outre, et que par cette raison il n'avait. pas été possible âu gouverneur de mépargner ce. détour. Ce point était à la vérité éclairci; mais le dragon ne put satisfaire à une seconde question bien plus importante pour moi , savoir si le Courier m'apportait des lettres de ma femme» ou du moins de ses nouvelles ? Il l'ignorait, et il n'était que trop probable pour moi que le Courier n'en avait pointa me donner , puisque l'humanité connue du gouverneur n'aurait
jpoilr m'en donner aris cbtfis. sa lettre» Ne -w^ait-il p9S. à quel potm^'ét^s ^laçbéà aut •iamiliel nayait^U pas vu (couder mes iacm€$>2t -oyavaitMi pts mâé soiiy^at les sieim^? i»t cependant il gas dait le ^ence \ ak i sans doutç il avait otielqae chose d'idEBreux à me taire l
J'étais ingénieux, à me «[nirnsenter moi-»
.'même. HeurenaeineRt lei.pséparadis du i^agi?
!me diserâjrèrent un peu. Mon impatience éta^
«celle d un enfanta Toujt fut fbiuré pelé - mêle
dans le pocte.^ manteau et fetç daiks le kibil;»
; Je me- hatal de remplir mon 4cnuer devoir à
. .Korgan, etde prendre congé de mes bt^nsamis»
tOn conçoit que fc-ns m'arrêtai pas au-delà
de quelques minutte dans tkaque mâiscKw Je
.Testai on peu plus long - cems che? i excelietft
de Gravi ; et il wigea de moi en r^UjEuk up
;sacrifioe , qui me* parut infiniment p^oible.^
mais que je ne .pasi xefuseiçâ ses vi vies ias^
Le 7 ^oillet ^fait un |oiir de fête i;eligieuse» uiontfe nai jamais pu approfondir ou déviait >fe véraâhle.sens« £Ue<x>hsistaît principalemel^t ià ûcan^Dpner l'image du saîm.don village «voisdinidans la ville. I^e saint de;)4 vJ^l^ ^^\t
pçrté à'sa rencontre^ le recevait poliment ^ tfaxxompagnait datvs son templç, l'y honprait ^de quelques ^Mnères et de qt^ques hymnes,
et le «eavoyait le soir. Tous les faabitans d&
k ville accompagnaient , encliaiîtâfit Ses cM> ligues, fimage et leur saiàt âanr cette petite excumoR. Le, t)on>ée Gravi sxvA i|H^ étak de «on -devoir <fètfe à k-tete<ie U pcooession ^ et ce fot à cette xsétémohie qu'il «le força > èon gré, mal^-moi , de prendre part. H «n'assura qu'eiie ne durerait pas au-dd^ d une demi-feeure , et ^ le suivis.
' Porté par ^% jotîes villageoisfes , et «ncefisé pa; un |>op&%afbu, le saint du vitlage vint a notin rencontré sur la fron^ère de la vlQe ; itout le monde <^ant»k «et faisait le eigne -de la 0r^ix. Les ima^s-des deus «aints M sa^ luêrent poliment. Nous retoam&mes avec eilef dans kt vitle, le saint étranger eiitra 4aRS If inâison dé son 4^tè ^ et je vâéi à lamiatune^ pour faire mes derniers prépafatifs»
J*y trotivai nîon bon Sokèîoff qui se promenait tïistement et 4e cen» ojpprcs^. La veiÛe encore nous -nous étions diit , que â Fun -des deux ob^nait ^a lifeerté , fautïe serait -doublemenc mallietfreux. f^e lendemain ^ €t cas. avait ^u : nous nen parlâmes pour^tant point. Je lui fis présent -de mon fusil ^ de ma giberne , de -toute? ma munition et de tout ce dont je pouvais me ^sser. Il aœepta^ le tout en silence , et je 'lisais , dans «es yeux humides , èés mots : « Je -^préféipepa^ ta per^ sonne » !»'Je le soilicitaî de me charger d^ lettres j>OQr sa*^famille^ et-^je^^m promis^
comme un, devoir des plus sacrés ^ de les £sktre parvenir ^ mais sa conscience » scrupuleuse à l'excès, ne put s'y résoudre. Il ne voulait contrevenir en rien à l'ordre sévère qu'il avait jreçu, et cherchait du mérite à tout supporter sans se rendre coupable de la moindre faute. L'idée que cet homme- estimable eût été nioins malheureux à Kurgan , s'il n'avait jamais trouvé en moi un compagnon d'infortune 5 empoisonna un moment Ia> joie que j'éprouvais d'être libre. En effet, j'étais cause
3u il avait repris d'anciennes habitudes » celle e la société, de l'amitié, et de quelques îouissances de la vie ^ il pouvait verser ses plaintes dans mon sein -, mon oreille , mon cœur lui étaient toujours ouverts -, et mon départ subit le replongeait dans sa première solitude ! J'avais voulu le tirer de sa triste demeure , le prendre <hez moi pendant l'hiver \ et mon. départ le: forçait de retourner dans son galetas. Je 4e pressai sur mon. cœur, en - pleurant j il sortit, en pleurant, de la chambre. Je ne l'ai pkts revu -j car lorsqu'au moment de partir tous les hàbitans de la ville s'étaient rassemblés dans ma cour , Simon Sokoloff n'était pas du nombre.
Il fallut encore attendre une heure avant que les chevaux fussent là. Jamais je nai éprouvé une plus vive impatience. J'étais à peine en état de répondre aux marques de