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HIVER

Tout l'été s'est passé sans que j'aie pu sourire. L'été, c'était hier; mais hier a vieilli, hier est vieux, puisque je m'en souviens déjà. Voici l'hiver, les longues nuits dont j'ai si peur, sachant que mon sommeil ne leur suffira pas. Afin d'être moins seul, je me force à sentir l'odeur du bois trop vert et de la mauvaise herbe qu'on brûle quelque part dans des villages bas, où des sabots mouillés sonnent la fin du jour. Les trains sifflent aussi, mais la fenêtre est close. Trop lourde désormais pour se mêler au monde, mon âme s'est tassée ici, loin de la porte,

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et devient étrangère à tout, malgré l'amour

qui s'enfle dans ma gorge et qui voudrait crier.

Personne ne saura que je souffre, pas même

l'ombre qui me tourmente et demeure aux écoutes.

Oh î ma jeunesse hors de moi ! tu n'es plus faite

(pie d'éclats dispersés et d'objets disparates

qui n'ont plus d'âme à force de changer de place:

un filet d'or presque effacé sur un fauteuil,

un carnet, d'autres choses encor.... les dépouilles

d'un souverain déchu qui erre en son palais.

Mais taisons-nous et plus de ces lâches regards !

La nuit vient vite : il faut que ma seule présence

soit le flambeau secret où dure la lumière

et que mon cœur me serve à prolonger l'été.

Je me suffis avec plus d'orgueil que de joie,

car si la plaine manque à ma joie étouffée,

il reste la hauteur à mon orgueil debout.

Prêt à l'hiver, voici que je l'attends sans lampe,

afin de mieux le voir, quand il viendra régner

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