TRISTESSE AU BORD DE L'EAU
Devant le site même où je les ai conçus !
Je sais bien que tu les as lus, Mais de si loin, figés sur des feuillets inertes : Ils étaient morts ; il leur manquait le son connu D'une voix adoucie ou largement ouverte ; Ils n'avaient plus le souffle ardent et cadencé Ni cette vie intime et riche des nuances Que sait moduler, parmi le silence, L'àme de celui seul qui les a composés. Si tu venais ici me les entendre dire, Cette àme vibrerait, plus sonore, pour toi; Elle ferait plus douce ou plus grave, ma voix,
La troublerait, comme en délire ; Et mes vers, emportés d'un plus ardent essor, Auraient plus d'énergie et de souplesse encor !
Mais l'eau coule toujours, et je tremble A songer que tu n'es pas là :
Tant de flots ont passé déjà Que nous n'aurons pas vus ensemble...
HENRI GHÉOX