TRISTESSE AU BORD DE L'EAU
Me voici revenu près du fleuve, penché Sur le miroir de l'eau où je viens te chercher.
Très longuement, je scrute l'eau, je l'étudié ; J'espère lui ravir le secret de sa vie
Et je l'interroge, anxieux ; Mais bientôt cet effort me semble un vain mirage; La tristesse de l'eau monte jusqu'à mes yeux Et je dis : A quoi bon chanter ce paysage
Puisque je suis seul et que tu ne peux Voir briller mon amour de l'eau sur mon visage. Voici toute ma joie et mon espoir détruits, Et maintenant je sens le fleuve qui me fuit
234 René Georgin
II faudrait que tu sois ici, et que tu voies Mes yeux tendus se colorer de joie, Lorsque je pense avoir saisi l'âme de l'eau, Que je sens naître en moi l'enchaînement des mots, L'accord des sons, le rythme souple et les images Qui doivent exprimer le sens du paysage. Tu comprendrais, au seul éclat de mes regards, Combien ma passion pour le fleuve est sincère, Et tu verrais monter vers toi, comme un brouillard,
L'âme des eaux et de la terre.
Mais je ne puis que t'évoquer : tu n'es pas là ; Et je n'ai plus d'ardeur à créer des poèmes
Que je me récite à moi-même, Mais que tu n'entends pas î
Ces vers émus, où les mots glissent Sur le rythme berceur et fluide des eaux,
Ces vers écrits sans artifice Sous les regards brumeux et souples des coteaux,
Que ne puis-je enfin te les dire Au bord du fleuve aimé qui les inspire,