‹ Une AnthologieChapitre 28 sur 49 · NOCTURNE · texte numérisé non relu

NOCTURNE

Nuit de décembre, il faut que nous nous parlions d'elle,

Car toi tu me comprends, mon cœur c'est de la nuit

Et c'est décembre — ô cœur, triste cœur infidèle,

Plein de dégoûts, plein de silence et plein de bruit !

Je m'étais dit : Oui, c'est ma faute, elle est perdue,

Oublions, oublions... — Et tu m'es revenue,

Toi, seule, hier, chez moi ; et nous avons pleuré

Ou peut-être que moi j'ai pleuré, mais qu'importe !

Tu sais, je t'attendais ; et j'avais préparé

Des mots... Des mots ! Et puis tu as ouvert ma porte

Et je ne sais plus rien que ta présence, et puis

Que tu n'as même pas relevé ta voilette...

Je suis seul, près du feu qui s'éteint ; c'est la nuit,

C'est la nuit de décembre, et ma douleur reflète

La peur du pauvre vent qui se casse aux carreaux.

Toi, tu es repartie à ta ville lointaine,

Petite ville où tu m'as dit que par îa plaine

On vovait des chalands le soir sur les canaux...

252 Marcel Martinet

Est-ce un rêve? Est-il vrai que tu sois repartie,

Là-bas, et pour des jours qui me soient inconnus?

Oui, je sais bien, je t'ai menti, je t'ai trahie

Si tu veux, et j'ai dit que je ne t'aimais plus,

Et je m'en suis vanté... C'est la nuit de décembre ;

J'ai peur, vois-tu, j'ai peur des regards de ma chambre,

Il y a trop de toi ; ma table, et ses papiers,

Les gravures, et le fauteuil où tu t'assieds,

Tu es partout, je suis hanté par ton sourire.

Oui, je sais, tu craindras ce que les gens vont dire,

Et puis tu me diras que j'étais inconstant,

Que ton amour ne m'a possédé qu'un instant,

Que nous avons jeté dans nos âmes vidées

Tout un pauvre bonheur humblement ramassé

Et qu'on a cru aimer, des amis, des idées,

Mais c'est de l'étranger tout ça, c'est du passé,

Qu'est-ce que tout cela nous l'ait, puisque je t'aime !

Ta nuit là-bas, ta nuit n'est-elle pas la même,

Nuit de néant sur quoi je referme les bras,

— 0 nuit, nuit de décembre où tu me reviendras !

GEORGES PERIX

Page 1