UNE
Pour atteindre les montagnes Rocheuses, il faut traverser perdant des jours, des semaines et des mois, ces immenses prairies ou plaines du Far-West des pionniers, qui ne présentent aux regards fatigués du voyageur qu'une répétition sans fin de prairies coupées çà et là par les ravins des ruisseaux et des rivières, et qui, par des pentes insensibles, vous conduisent des bords du Mississippi et du golfe du Mexique au centre du continent américain.
À mesure que l’on approche des montagnes Rocheuses, ce caractère de prairies ondulées (ro//ing prairies) se modifie pour faire place à des plateaux appelés [lanos par les Mexicains et table-lands par les Américains. Enfir. À dix-huit ou quinze lieues de distance, on aperçoit ::ns le lointain les montagnes Rocheuses.
C'était le 26 septembre 1853 que, pour la première fois, je voyais enfin se développer devant moi une des chaînes principales de cette espèce d’épine dorsale gigantesque de l'Amérique du Nord. Je quittais la vallée du rio Gallinas pour entrer dans celle du rio Pecos, par le 35° degré de latitude, et au moment de passer la ligne de faîte entre les deux vallées, j’aperçus à l’ouest les Rocky mountains des environs de Santa-Fé et d’Albuquerque, dans le Nouveau-Mexique,
La première vue des célèbres montagnes m'a rappelé les montagnes des Vosges ou de la forêt Noire vues des plaines de l'Alsace ou de la Souabe, Ce sont des lignes bosselées et arrondies, avec des échancrures assez profondes, espèces de ballons qui, dans certaines parties, comme du côté d'Albuquerque, font place à des dos ou croupes allongées, et qui ressemblent singulièrement à ce que l'on voit de la plaine suisse, quand on regarde les montagnes du Jura du côté de Soleure et d’Aarau. Comme on s’est élevé d’une manière insensible jusqu'à près de 6000 pieds anglais (1), et que les sommets des montagnes Rocheuses ne dépassent pas 13 200 à 14 000 pieds au-dessus du niveau de la mer, on est un peu désappointé de ne pas trouver un plus grand contraste entre les plateaux environnants et les montagnes elles-mêmes. On a une vue qui rappelle un peu les Alpes de la Bernina, depuis Salinaden et Pontresina, dans la haute Engadine, au lieu d’avoir tout à coup, se dressant devant soi, les chaînes du mont Blanc ou du monte Rosa, vues des plaines de la vallée du PO.
Après plusieurs journées de marche, nous atteignîmes Albuquerque, en passant par le canon Blanco, Galisteo et San-Domingo, contournant la sierra de Sandia, afin de trouver le passage le moins élevé entre la vallée du rio Pecos et celle du rio Grande del Norte ; car notre but n’était pas d’escalader les montagnes les plus abruptes, mais bien au contraire de trouver les passes les plus basses et les plus faciles pour l’établis-
(1) Toutes les mesures dans ce mémoire sont anglaises.
(5) sement d’un chemin de fer qui doit réunir un jour la vallée du Mississippi avec les côtes de l'océan Pacifique.
Aussitôt arrivé à Albuquerque, où l'expédition dont je faisais partie, et qui était commandée par le lieutenant À. W. Whipple, du corps des ingénieurs-géographes de l’armée des États-Unis, devait rester cinq semaines pour se reposer des fatigues passées et prendre de nouvelles forces pour continuer sa route jusqu'à la mer du Sud, je cherchai à organiser une exploration et une ascension des montagnes Rocheuses environnantes qui portent le nom de sierra de Sandia, ou montagnes d’Albuquerque.
Le Nouveau-Mexique n’est habité que le long du rio Grande: et souvent même, seulement à deux milles du fleuve, il n’y a plus que le déscrt. Il y a bien aussi quelques villages ou ranchos dans plusieurs gorges des montagnes Rocheuses et le long du rio Pecos; mais, en général, on peut dire que les habitations du Nouveau- Mexique ne sont qu’une véritable oasis au milieu des déserts du nouveau monde. C’est une espèce de simple halte, un lieu de refuge, comme Murzuk, entre la Méditerranée et le lac de Tsad. Aussi y a-t-il ici, comme dans le Sahara africain, les forbans du désert. dont l'audace n’est égalée que par leur bravoure, leur férocité et leur amour du pillage. Qui ne connaît les célébres tribus des Comanches, des Apaches et des Navajos? Le capitaine Mayne Reïd et Gabriel Ferry les ont dépeints dans des romans aussi populaires que ceux de
Fenimore Cooper. Ces hardis Indiens sont la terreur, non-seulement des pionniers et des Nouveaux-Mexi-
cains, mais aussi des habitants du Texas, du Cohahuila, du Chihuahua, de Durango, de la Sonora et de l’Arizonie. Ils tiennent toutes ces vastes régions sous la menace continuelle du pillage et des massacres; et si, poussés à bout par des expédition: militaires, ils consentent à conclure la paix avec les blancs, ce n’est jamais qu'une trêve, qu'ils se réservent de rompre à la première occasion favorable de pillage ou de vengeance. Aussi la sécurité des routes n'existe pas; souvent même le Nouveau-Mexicain ne peut sortir de sa maison pour visiter son champ ou son troupeau, et l’on en a vu de tués sur le seuil de leur porte. Aussi chaque maison est-elle une petite forteresse; et chez les riches habitants, lorsqu'on vous introduit dans un salon, ce n'est pas sans un certain étonnement que vous trouvez sur les tables et sur les guéridons, au lieu d'albums, des pistolets revolvers chargés et amorcés.
Dans les moments de trêve, on peut parcourir le pays sans une escorte. Cependant il est toujours indispensable d’être armé jusqu'aux dents, car, en outre des Indiens Apaches ou Navajos, il y a une certaine portion de la population blanche, mexicaine ou américaine même, avec laquelle il faut toujours se tenir sur ses gardes. C'était précisément pendant une de ces trop courtes trêves que nous arrivions à Albuquerque. Il y avait bien déjà des menaces de proférées par les Indiens; et le général Garland, qui commandait le Nouveau-Mexique, était occupé à rassembler des troupes pour se tenir prêt à tout événement. Cependant le commandant de place, J. H. Carleton, major du 1° régiment de dragons, me dit que je pouvais entreprendre
en toute sécurité une ascension des montagnes Rocheuses à l'est d’Albuquerque, à condition toutefois d'aller au nombre de six personnes au moins et d’être tous bien armés. Plusieurs des officiers de la garnison, qui, depuis des mois et des années, voyaient à l’horizon les sommets bleuâtres des montagnes sans les avoir jamais escaladés, voulaient aussi se joindre à nous ; la chasse de l'ours gris les tentait d’ailleurs, et l’un d'eux, le chirurgien-major Abadie, ornithologiste habile, désirait augmenter sa collection d'oiseaux rares du Mexique. Cependant, lorsqu'il fallut partir, chacun vint successivement dans notre tente pour s'excuser, et il ne resta que le botaniste de notre expédition et moi pour faire l’excursion.
Albuquerque est située sur la rive gauche du rio Grande del Norte, à une altitude de 5026 pieds audessus du niveau de la mer. La vallée du rio Grande s’élargit à partir de San-Felipe, où elle est réduite au lit même du fleuve, et à Albuquerque elle a 12 milles de largeur. C’est une plaine sablonneuse, avec des dunes de sables comme dans les Landes; cependant le sous-sol est très-productif, et une partie de la vallée est bien cultivée au moyen de l'irrigation par des canaux distributeurs nommés acéquias. Sans irrigation, il n’y a pas de culture possible dans le Nouveau-Mexique ; et là où s'arrêtent les acéquias ou canaux, là commence le désert, et ce désert si étrange du centre de l'Amérique du Nord, où toutes les plantes sont des buissons épineux (cactées) ou gluants (Larrea mexicana), avec de grandes armoises. Tout repousse : on dirait que la nature a voulu s’y fortifier pour défendre
son domaine contre l'envahissement de l’homme. La sécheresse, les sables, la stérilité, ne lui ont pas suffi ; des plantes à odeurs repoussantes comme la créosote, ou des chevaux de frises à pointes aiguës, longues et innombrables, comme 3 Cereus giyanteus, Echinocactus Wislizeni, Opuritia Bigelovi, ou « chug », ou ces yuccas à feuilles si fortement armées, que les habitants les appellent « des baïonnettes espagnoles », ou enfin des agaves, dont les Indiens fabriquent une eaude-vie qu'ils nomment mezcal.
Le 8 octobre 1853, à midi, nous quittons Albuquerque pour opérer notre ascension. J’ai pour compagnon de voyage mon ami, le docteur John M. Bigelow, savant botaniste, qui d ouis plusieurs années explorait le Texas, les environ d’el Paso et de Copper-Mines, mais qui n'avait pas en re eu l’occasion de s'élever sur de hautes montagnes, : qui, naturellement, était des plus désireux de voir e fn une flore alpestre américaine. Nous avons avecn 1s quatre domestiques, une voiture suspendue, appelé caratella dans le pays, attelée de quatre mules, dan. ‘-quelle le docteur et moi prenons place, et un fourgon à six mules pour renfermer nos provisions, nos effets de campement et les collections.
Après avoir traversé la plaine d’Albuquerque, nous entrons dans le cañon de Carnuel, formé de chaque côté par des rochers granitiques ; puis nous venons camper sur un tertre, à côté d’une belle eau claire et courante, qui présente ce singulier phénomène, si commun dans les déserts de l'Amérique, d’une rivière coulant là où des rochers en resserrent le lit, puis, en amont et en aval de nous, à quelques centaines de pieds
de distance, l’eau disparaît complétement dans le sable. Notre camp est situé dans la partie la plus resserrée de la gorge du cañon qui conduit d’Albuquerque à San-Antonio, au pied d’une espèce de falaise de roches calcaires qui s'élèvent presque à pic, comme une énorme muraille de plus de trois cents pieds de hauteur.
Le village de Tigeras est tout à côté, à moins d’un mille de distance ; mais j’ai préféré planter notre tente dans la gorge même, atin d'être plus à portée pour étudier la constitution géologique, qui présente ici les points de contact entre le granite syénitique rose, qui forme le massif central des montagnes Rocheuses, des trapps ou roches feldspathiques vertes, des serpentines et des quartzites, et enfin une belle série de couches de calcaires bien stratifiés, remplis de fossiles, qui indiquent pour l'âge de ces assises les calcaires carbonifères que l’on trouve toujours au-dessous de la houille. Cette découverte était importante pour nos recherches, car cela me fit tout de suite espérer qu'il pourrait y avoir des gisements de charbon de terre dans le voisinage, et effectivement, le lendemain matin, en me rendant à Tigeras, je reconnus par-dessus les calcaires carbonifères, des schistes noirs houillers, dans lesquels on rencontre ordinairement la houille, et j'appris qu’à peu de distance, plus au sud, en suivant ces schistes noirs dans la sierra de Manzana, on avait découvert une couche de houille grasse. Et si la houille est un bienfait pour les pays où on la rencontre, c’est surtout là au milieu des déserts, où le bois n’existe pas ou du
moins est d’une très-grande rareté. Par un hasard sin- MARCOU, 2"
gulier et dû entièrement à une combinaison de l’altitude avec la distribution géognostique, il n’y a presque de forêts dans tout le Nouveau-Mexique que sur le terrain carbonifére.
Quoique nous ne nous soyons élevés de moins de mille pieds depuis notre départ d’Albuquerque, la nuit est froide ; un vent violent, qui descend des cimes environnantes, balaye avec force le fond du cañon où nous sommes campés, et l’on a de la glace dans les baquets dans lesquels nous donnons à boire à nos mulets. La végétation est formée surtout d’arbrisseaux, de genévriers de Virginie, et l’on commence à rencontrer des pins.
Dès le point du jour du 9, nous sommes sur pied, et nous faisons chacun notre exploration des environs. Je grimpe la falaise calcaire, où je recueille des pétrifications bien conservées, mais qui ne se détachent qu'avec peine de la matrice calcaire qui les renferme. À une heure, nous partons pour nous élever aussi haut que nous pouvons sur le revers oriental de la sierra de Sandia, afin d'entreprendre le lendemain l’ascension du sommet. Nous traversons Tigeras, dont les maisons de boue (adobes), comme toutes celles du Nouveau-Mexique, sont placées dans un vallon admirablement caché au milieu des montagnes, et qui est formé par des terrains de couleur rouge appartenant au trias, formation qui, là comme en Lorraine et en Franche-Comté, renferme du sel gemme et du plâtre ou gypse blanc amorphe ou cristallisé, et dont quelques-uns des cristaux sont assez grands et se coupent en feuillets assez minces pour permettre aux habitants
(11) de s’en servir comme de verres à vitres pour leurs fenêtres.
La route s'élève assez rapidement, et l’on atteint le village de San-Antonio, qui, d’après nos mesures, est à 6408 pieds d’élévation au-dessus du niveau de la mer, et à 17 milles de distance à l’est d’Albuquerque. Déjà, à un mille avant d'arriver à San-Antonio, on voit çà et là, à côté du chemin, des piles ou monceaux de cailloux surmontés d’une petite croix de bois, et, selon l'habitude mexicaine, tous les passauts ajoutent une pierre à la pile. Ces monuments funéraires primitifs indiquent qu’un meurtre a été commis en cet endroit; et comme leur nombre va tellement en se multipliant, que lorsqu'on arrive vers les premières maisons du village, ils se touchent presque tous et forment une ligne non interrompue, comme des grains de chapelet, de chaque côté de la route, on en conclut que les habitants de San-Antonio respectent peu la vie d'autrui. Et effectivement ce village n’est habité que par des outlaws (hommes hors la loi) de tout le territoire du Nouveau- Mexique; c’est là que se réfugient tous les meurtriers, les voleurs et tous ceux qui ont à craindre la justice. Les ravins et gorges des montagnes du voisinage leur servent d’abris contre les recherches ; après un certain temps la justice les oublie, et ils viennent alors s’établir dans le village, qui, on le pense bien, n’est habité que par l’écume de la population mexicaine : et dans un pays où le sens moral est tellement faussé et atrophié, que les honnêtes gens sont on ne peut plus clair-semés, on comprendra qu’il faut avoir une conscience bien lourdement chargée pour sentir le besoin
(12) de se réfugier à San-Antonio. Aussi le juge d’Albuquerque nous avait bien prévenus qu'il ne fallait pas nous y arrêter et, suivant ses instructions, nous l'avons traversé rapidement, non cependant sans apercevoir des habitants qui, enveloppés dans leurs longues couvertures (sarape) à raies noires et blanches, leurs sombreros enfoncés sur léurs yeux noirs, et leurs physiononries inquiètes et sauvages, présentaient un ensemble qui n’était rien moins qu’attrayant.
Peu après avoir passé le village de San-Antonio, nous quittons la route qui va à Galisteo, et prenons à gauche. Nous entrons alors dans une magnifique forêt de sapins et de pins qui atteignent de quatre-vingts à cent vingt pieds de hauteur. L’écorce de ces arbres est généralement d’une couleur rouge brun. Ils appartiennent au célèbre pin de Douglas (Abies ou Pinus Douglasii), qui s'étend sans interruption depuis ici jusqu'à la Californie, l'Orégon et l’île de Vancouver ; au pin jaune (Pinus Engelmanni); à l'Abies balsamea; au Pinus edulis, dont les Mexicains mangent la graine, qu'ils nomment pinones; et enfin au Pinus flexilis, ou pin blanc des montagnes Rocheuses.
Cette forêt, qui n’a que trois milles de largeur, s'étend comme une bande ou ceinture aux deux tiers de la hauteur des montagnes Rocheuses; et comme c’est la première forêt que l’on trouve depuis les célèbres Cross-timbers du Texas, après avoir traversé trois cents lieues de prairies, elle a une trés-grande valeur pour les rares habitants de ces solitudes. Aussi l’exploite-t-on pour fabriquer des poutres, des planches et des lambris; et sur l'indication qu’on nous a donnée
qu'un petit groupe de cinq ou six pionniers américains était occupé à cette exploitation, nous nous dirigeons vers leur établissement (seft/ement), qui se nomme Antonitto, et où nous arrivons vers les cinq heures de l'après-midi.
La position est bien choisie pour y établir notre dernier camp avant de faire l'ascension des sommets de la sierra de Sandia : nous sommes placés au milieu de ces magnifiques pins de Douglas, un des plus beaux arbres de l'Amérique, ce pays si riche en arbres forestiers; un ruisseau d’eau transparente comme du cristal coule près de notre tente, et il y a du fourrage en abondance pour les mulets.
La hauteur d’Antonitto au-dessus de la mer est de 7500 pieds, et comme le plus haut point de la sierra de Sandia n’est que de 43 200 pieds, nous n'avons plus qu’à nous élever de moins de 6000 pieds pour atteindre la cime. Nous scmmes entourés de plusieurs cabines, ou log houses, des plus primitives, où habitent les hardis bûcherons américains. La plus grande est occupée par un vieillard nommé Ellenwood, qui a joint une petite exploitation agricole à son commerce de bois; le maïs mûrit très-bien à cette grande hauteur, ainsi que les melons, les courges et les pêches. Nous avons le temps, avant la nuit, d'explorer un peu les environs du camp qui est placé sur les grès rouges du trias, et dont la flore est déjà beaucoup plus riche que celle des prairies des bords de ia Canadienne, et surtout bien différente. En dehors des arbres forestiers cités précédemment, voici les plantes qui nous frappent le plus : D'abord deux plantes grasses de la famille des Cerei,
(14) le Cereus Fendleri et le Cereus viridiflorus ; \'Opunlia missouriensis var. albispina est aussi assez commun; puis un assez grand nombre de plantes herbacées, dont plusieurs sont encore en fleur malgré la saison avancée, puisque nous sommes en octobre. Ainsi on recueille : Ranunculus affinis, Thalictrum Fendleri, Geranium cespitosum, Astragalus humistratus, Spiræa opulifolia, Fragaria vesca, Rosa foliolosa, Jamesia americana, Deweya acaulis, Aster Bigelovii, Erigeron macranthum et Senecio Bigelovii. Le docteur Bigelow est enchanté de ses découvertes botaniques ; il me dit que c’est la meilleure herborisation qu'il ait encore faite depuis que nous avons quitté les bords du Mississippi à Napoléon (Arkansas).
Notre arrivée a mis en émoi ces pauvres bûcherons, ou lumbermen, comme on les appelle en Amérique, et aussitôt la nuit venue, ils accourent tous autour du grand feu qui brûle devant notre tente. C'est la première fois qu'ils voient au milieu d’eux une aussi nombreuse société, aussi nous pressent-ils de questions. Presque tous sont d'anciens soldats de l’armée américaine dont ils portent encore une partie de l'uniforme, et ils n’ont guère qu’un désir, c’est de sortir du Nouveau-Mexique. Aussi lorsqu'ils apprennent que nous allons en Californie, nous prient-ils de les prendre à notre service. L’un d'eux, enfant de la vieille Helvétie, dont il me parle les larmes aux yeux, car j'ai logé dans l'auberge tenue par son père à Neuneck, dans le canton de Berne, il y a sept années, m’apprend qu’il n'avait pris du service dans l’armée des État-Unis que parce qu’on lui avait promis que son régiment allait tenir garnison en
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Californie; au lieu de cela, on l'avait conduit au Texas. Et je me doutais déjà qu’il était un déserteur, ceque j'appris plus tard. Attendri par son récit, je l'ai fait attacher comme chef des muletiers (arrieros) à notre escorte d'infanterie, et il a été un des meilleurs serviteurs de notre expédition. À nos questions pour monter sur les crêtes des montagnes, nous ne pouvons obtenir que de faibles renseignements; sur ces six pionniers, un seul, le vieux Ellenwood, y est allé en chassant. Quoique très-asthmatique et âgé de près de soixante-dix ans, ce vieillard s'offre de nous y conduire le lendemain. Nous acceptons avec empressement ; seulement il faudra lui fournir nn de nos mulets, pour s'approcher autant qu'on pourra des sommets : qu'à cela ne tienne, nous promettons le mulet, un déjeuner et un dîner aussi bons que le permettront nos provisions, et même le docteur Bigelow pousse la complaisance jusqu'à lui donner une consultation par écrit sur l'état de son asthme. |
Cette soirée est la plus belle que nous ayons passée depuis que nous avons entrepris notre grand voyage d'exploration des contrées à l’ouest du Mississippi. Par une clairière dans le bois de pins, on voit une grande étendue du ciel étoilé et si pur des hautes régions des Cordillères ; la lumière zodiacale étend son cône blanc et brillant sur plus de la moitié de notre zénith, bien que le soleil ait disparu sur l'horizon depuis plus d'une heure. Si l’on regarde seulement cinq minu‘es une même partie du ciel, on est cerlain de voir au moins une étoile filante, car nous sommes ici sur les hauts plateaux mexicains, c’est-à-dire le pays par ex-