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(16) cellence des étoiles filantes et des aérolites. Les masses de fer météorite y sont si communes, que les forgerons s’en servent dans l’Arizonie (Tucson) et dans le Chinuahua (hacienda de Goncepcion) pour leurs travaux. Ce sont des enclumes qui, disent-ils, leur sont tombées du ciel.
Nos mulets, joints aux ponys des bûcherons, broutent à côté de nous, et une troupe de loups appelés coyotes hurlent comme des chacals dans le voisinage de notre troupeau; joignez à cela les reflets des feux du bivouac sur les figures aussi rudes que diverses des douze hommes qui forment ce groupe d'êtres humains perdus dans les contre-forts des montagnes Rocheuses, et vous aurez un tableau vrai de cette réunion pittoresque d’aventuriers et de naturalistes. Petit à petit les hommes disparaissent, et ce n’est qu’à regret que je vais m'étendre sur mes peaux de bison pour chercher à mon tour le repos et des forces pour le lendemain.
40 octobre. — La nuit n’a pas été aussi froide que la précédente, quoique nous nous soyons élevés de 2000 pieds depuis hier. Ellenwood vient nous joindre au point du jour, et nous nous mettons en route. Deux domestiques, avec deux mulets pour porter des provisions et des vêtements, nous suivent. Nous nous engageons d’abord dans une gorge où coule un ruisseau, au milieu de pins ayant quatre-vingts à cent dix pieds de hauteur. Puis on s’élève sur des collines à pentes assez roides de calcaires carbonifères; et, en suivant la crête des collines, on finit par sortir d’abord de la forêt, puis de la ligne limite de la végétation forestière, où quelques pins rabougris, de l'espèce du. Pinus flexihs,
(17) persistent encore à croître dans les fentes des rochers, à une hauteur de 43 100 pieds. Enfin, les derniers quatre-vingts à cent pieds sont entièrement dénudés, il n’y a plus que des plantes herbacées et quelques buissons chétifs.
Aussiiôt qu'on est sorti de la forêt, chacun prend de son côté, comme bon lui semble, pour atteindre le sommet. Pour moi, je suis trop absorbé par des découvertes de fossiles dans les roches calcaires qui forment entièrement le versant oriental et les crêtes de la sierra de Sandia, pour m'occuper de l'ascension. Je trouve effectivement, à une hauteur de 43 000 pieds audessus du niveau de la mer, un grand nombre de pétrifications d'êtres marins, dont quelques-uns me sont très-familiers et que j'avais souvent rencontrés dans l’Arkansas, en Pensylvanie, dans le Yorkshire, en Angleterre, et à Tournai, en Belgique, où ils remplissent Jes couches immédiatement au-dessous de la houille. Deux de ces médailles de la création me frappent surtout d’étonnement : l’une, nommée Productus cora, a été trouvée pour la première fois et décrite par le savant naturaliste voyageur, mon ami feu Alcide d'Orbigny, qui l’avait déjà rencontrée à une graride hauteur au-dessus du niveau de la mer, sur les bords du lac Titicaca, en Bolivie : c'est une coquille fossile très-commune en Europe; on l’a recueillie aussi dans les hautes passes du Tibet et jusqu'en Australie, véritable être cosmopolite des mers de l’époque carbonifère. L'autre espèce, encore plus fréquente, est le Productus semireticulatus, qui, on peut le dire, a dû pulluler d’un pôle à l’autre dans les deux hémisphères,
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pendant tout le temps que se sont déposées ces riches couches de houille, aujourd’hui si appréciées, et même un peu gaspillées, du moins dans l’Europe occidentale, Je trouve aussi des coraux pétrifiés, et une énorme Orthoceras, animal Marin très-allongé qui devait être armé de suçoirs, et que certains naturalistes regardent comme l’aïeul des cèlèbres pieuvres des îles de la Manche.
J’atteins le sommet à une heure de l'après-midi, et après encore plus de deux heures de recherches pour les fossiles et aussi pour faire la section complète du sommet, couche par couche, afin d'avoir la structure anatomique de toute la montagne, je m'arrête, et jette enfin un regard sur le magnifique panorama qui s'étale à nos pieds. Habitué dès mon enfance au spectacle des régions alpines de la Suisse et de la Savoie, je suis cependant plus fortement saisi par l'aspect général de l'immense horizon qui se développe devant moi, que je ne l'ai jamais été des sommets du Reculet, de la Dôle, du Weissenstein ou du Rigi. L'atmosphère est si pur, que tout est inondé de lumière; il n’y a presque pas d'ombres, nulle part on ne voit même une simple trace de vapeur. C’est que dans ce pays il ne pleut presque jamais, à peine douze ou quinze fois pendant toute une année. Aussi rien n’égale la netteté des contours, et les reliefs se détachent avec une clarté et une fermeté qui donnent à tout le paysage un aspect lumineux et de transparence qu’il est bien rare de rencontrer.
Notre horizon s'étend dans certaines directions, surtout du côté du sud, jusqu’à 100 milles de distance. A l’ouest, on a d’abord à ses pieds la belle vallée du
rio Grande del Norte, et presque en face de nous la ville d'Albuquerque, où nous distinguons avec une lunette le groupe des tentes blanches du camp de l'expédition du lieutenant Whipple. Plus loin la vallée du rio Puerco, séparée de celle du rio Grande par une ligne de collines de grès et de sables blancs, recouverts dans certaines parties par des coulées de laves volcaniques. Puis, droit devant nous, un magnifique volcan éteint, qui porte le nom de mont Taylor ou sierra de San- Mateo, dont l'altitude est de 10 000 pieds, et dont les laves ont coulé et s'étendent dans toutes les vallées environnantes, comme de longs serpents noirs partant d’une tête de Méduse. L’horizon est borné de ce côté par une ligne horizontale d’un plateau qui forme le contre-fort de la sierra Madre, et qui se termine vers le nord par une descente abrupte, avec un cône isolé à son extrémité,
Au sud, nous avons la sierra de Manzana, qui fait suite, sans aucune espèce d'interruption, à la sierra de Sandia, mais qui est moins élevée que cette dernière, car elle n’atteint que 10 000 à 11 000 pieds, et qui, comme elle, est couronnée par des couches calcaires de l'époque carhonifère. Dans le sud-sud-est, on voit, sur le plateau qui s'étend au pied de la sierra de Manzana, six petits lacs qui, dit-on, sont tous salés et portent le nom de Salinas. C’est dans ce pays, encore très-peu connu géographiquement, que se trouvent les célèbres ruines de la Gran Quivira, ville légendaire, des plus prospères pendant le xvr' siècle, et qui un beau jour a été complétement détruite et les habitants tous massacrés par les Indiens Apaches Muscaleros. Depuis lors ils
en défendent l'approche aux blancs, qui, à tort on à raison, s'imaginent que ces ruines renferment de grands trésors enfouis.
À l’est, nous voyons la route que nous avons suivie pour nous rendre de Id vallée de la rivière Canadienne dans celle du rio Pecos, savoir : le cañon Blanco, los Esteros et les Tucumcari. La ligne si parfaitement horizontale du célèbre Llano Estacado, qu'on dirait un immense plan tangent au globe terrestre, ferme de ce côté l'horizon.
Tandis qu’au nord, nous avons d’abord à nos pieds les Cerritos, chaîne de volcans éteints, qui s'étendent entre Galisteo et San-Domingo, et qui nous apparaissent comme des entonnoirs renversés; puis les Placeres, ou montagnes de l'or (Gold mountains), qui se détachent un peu de la sierra de Sandia, et dont le nom indique suffisammeut le caractère de roches entièrement cristallines et éruptives. Enfin, les montagnes Rocheuses des environs de Santa-Fé et la sierra de Jemez se dressent devant nous, en se poursuivant vers le nordest pour pénétrer ‘dans l’état de Colorado.
Les montagnes de Santa-Fé paraissent plus élevées que celles où nous sommes de près de 1000 pieds; de de sorte qu’en admettant 13 200 pieds pour le point culminant de la <i:rra de Sandia, d’après nos mesures barométriques d’Albuquerque et un relevé trigonométrique exécuté dans la plaine d’Albuqueïrque, les montagnes qui sont derrière Santa-Fé atteignent 14 000 pieds. La végétation forestière s’y arrête d’ailleurs à près de 1000 pieds avant d'atteindre le sommet, et de plus on y voit çà et là, dans les ravins les plus élevés, de
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(21) grandes taches blanches de neige ; il n'y a pas de glaciers, probablement à cause de l'extrême sécheresse de l'atmosphère, qui ne permet pas aux névés de se changer en glace.
S'il nous à été facile d'atteindre le sommet en nous élevant sur le versant oriental de la gierra de Sandia, c'est que toute cette partie de la montagne est formée de roches stratifiées régulièrement, et qui, quoique fortement relevées et plongeant sous un angle de 80 degrés, présentent cependant des pentes relativement assez douces ; tandis que sur le versant occidental, ce sont de véritables murs à pic, avec des ravins resser. rés, ou barrancas, tout à fait impraticables. Notre guide, le vieux Ellenwood, en me montrant uw de ces cañons les plus profonds et les plus sombres, me dit qu'il a failli y périr à la poursuite d'un ours gris, et que ce n’est qu'au bout de deux jours d'efforts surhumains qu'il a pu en sortir. Cette partie occidentale est entièrement granitique, les arêtes des montagnes sont aiguës, déchiquetées et dentelées en pics, comme dans le centre des Alpes.
A cette grande hauteur, la vie est plus active que je ne m'y attendais. Les arbres se sont arrêtés, ainsi que je l'ai dit auparavant, à cent pieds du sommet, Cependant, dans quelques encoignures de rochers bien exposés au midi, on trouve encore, même au sommet, quelques pieds rabougris du Pinus flexilis ou pin blanc des montagnes Rocheuses. Les cactées, ces plantes grasses si communes et si caractéristiques de la flore du Nouveau-Mexique, ont des représentants jusque sur les plus hautes cimes, où nous recueillons le Mamil-