‹ Une ascension dans les montagnes Rocheuses [microforme]Chapitre 3 sur 3 · PT EME NA OT · texte numérisé non relu

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laria vivipara var. nova mezxicana, l'Opuntia missouriensis var. trichophora, et enfin l’Opuntia sphærocarpa. 1 y a ici aussi un Sedum, le Sedum Wright, genre bien rarement représenté dans l'Amérique du Nord. Enfin, la flore me rappelle tout à fait celle des sommets des Alpes dans le voisinage des glaciers. Ainsi, nous voyons : Draba aurea, Viola canadensis, Geranium Richardsontii, Oxytropis uralensis, Potentilla pensylvanica var. Hippiana, Berberis aquifolium var. repens, Thaspium montanum, Actinella acaulis, Eriogonum rotundifolium, etc. — Je trouve même trois échantillons d’un Æelix, mollusque terrestre si commun en France et en Suisse, et qui ne se trouve qu'assez rarement en Amérique. Notre guide Ellenwood, ancien trappeur, qui depuis cinq années chasse dans tout ce massif de la sierra de Sandia, nous dit qu’il a vu sur ces sommets l'ours gris (Ursus ferox), l'ours noir américain (Ursus americana), le loup des prairies ou coyote (Canis latrans), le cerf à queue noire { Cervus macrotis var. columbiana), l'antilope (Antilocapra americana), et le mouflon d'Amérique (Ovis montana), véritables chamois et bouquetins des montagnes du centre de l’Amérique du Nord. ‘

Le guide et les domestiques, impatientés de nous voir toujours chercher des plantes et des pierres, nous abandonnent et retournent au camp. Pour le docteur Bigelow et moi, ce n’est qu'avec peine que nous nous arrachons à nos recherches, car nous avons obtenu tous deux une de ces très-rares occasions que les naturalistes voyageurs recherchent tant, c’est-à-dire d’être les pre-

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(23 ) miers explorateurs d’un groupe de hautes montagnes au centre d’un continent, et toutes les minutes nous sont précieuses, car nous savons bien que nous ne recommencerons jamais une pareille ascension. Aussi ce n’est que quand le jour baisse que nous descendons lentement les pentes, et lorsque nous atteignons la forêt de pins, la nuit est arrivée. Nous nous en tirons cependant assez bien, malgré quelques chutes ; et enfin nos domestiques inquiets viennent à notre recherche avec des torches de pin allumées, et nous ramènent au camp, où nous arrivons à sept heures du soir, fatigués, cela est vrai, mais heureux de la réussite de notre ascension.

Le lendemain, nous mettons nos notes au courant, nous arrangeons nos collections, et dans l'après-midi nous levons le camp pour descendre du côté de Galisteo, et aller explorer les sources du rio Pecos, dans la partie des montagnes Rocheuses qui sont au levant de Santa-Fé. En quittant le vicux Ellenwood et ses pionniers les bûcherons, je ne puis m'empêcher de leur exprimer des craintes sur leur sécurité, dans un endroit aussi isolé et aussi exposé aux incursions des [ndiens. Quelques semaines après, mes appréhensions s'étaient malheureusement réalisées : les Indiens Apaches Muscaleros, unis aux Indiens Utas, avaient de nouveau déterré le tomahawk de guerre, et massacré sans pitié tous les habitants des établissements isolés du Nouveau- Mexique. Ellenwood et ses compagnoàs étaient tombés parmi les premières victimes, et une compagnie de dragons, forte de soixante hommes, que l’on avait envoyée à leur secours, en retournant à Taos, avait été

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( 24) surprise dans une embuscade et presque entièrement détruite.

Après avoir passé une dizaine de jours aux environs de Galisteo, Pecos et Santa-Fé, nous rentrons enfin sains et saufs à Albuquerque, auprès de notre ami le lieutenant Whipple.

Qu'on me permette d'ajouter que le docteur Bigelow et moi, nous venions de planter les premiers jalons de la science, et d'accomplir une de ces explorations dont les résultats sont les points de départ pour nos connaissances de l’histoire naturelle du Nouveau-Mexique. Avant le docteur Bigelow, plusieurs botanistes, James, Wislizenus et Fendler avaient parcouru la vallée du rio del Norte et les environs de Santa-Fé, mais aucun d'eux ne s'était élevé aussi haut, et n’avait tenté même l'ascension des montagnes Rocheuses; aussi la moitié des plantes de la récolte du docteur Bigelow se composent d'espèces nouvelles. Quant à la géologie du Nouveau-Mexique, on n’en connaissait pas le premier mot, et je suis le premier géologue qui ait abordé le centre du continent de l'Amérique du Nord. A cette occasion, je ne puis m'empêcher de rappeler que c'est à un autre Français qu’est dû l'honneur de la découverte des montagnes Rocheuses. Cent dix ans avant que j'aille avec mon marteau interroger et chercher à dévoiler les secrets de l’âge, de l’origine et de la nature de ces montagnes, M. de la Vérendrye découvrait, le 1° janvier 1743, les montagnes de Roche, comme les nomment encore aujourd'hui les Canadiens voyageurs de la baie d'Hudson.

Paris. -— Imprimerie de E. MART NET, rue Mignon, 2.

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Paris. — Imprimerie de B. Manriner, rue Mignon, 2.”

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