‹ Une association d'imprimeurs et de libraires de Paris réfugiés à Tours au XVI* siècleChapitre 1 sur 2 · TOURS · texte numérisé non relu

TOURS

IWPItlMBRte ROUtlUénLADEVÊZE m nr.cu LXILVll

OIMPRIMEURS .'<; DE LIBRAIRES '•

gratitude, le Roi décida de déposséder Paris en faveur de cette ville, et ordonna d'y transférer la Cour de Parlement et la Chambre des Comptes.

Peu de temps après cette translation, tourmenté par une excessive défiance, ne trouvant plus assez de sécurité, ni à Blois, où des fanatiques avaient conjuré sa mort, ni à Amboise , où le capitaine du château était vendu aux Ligueurs, Henri prit le parti de se retirer dans l'enceinte fortifiée de la ville de Tours, emmenant avec lui ses prisonniers d'État et les seigneurs de la Cour restés soumis à son obéissance.

A la nouvelle de la présence du Roi et

du Parlement au sein de notre ville, une foule considérable de prélats, de gentilshommes et de « gens de métier » attachés à leur service , de magistrats , de riches bourgeois accoururent de tous les coins de la France chercher un refuge plus assuré contre les excès de la guerre civile sans cesse renaissante. Le fanatisme homicide, en détruisant le dernier des Valois, loin de rétablir Tordre si désiré, enfanta de nouveaux troubles plus cruels encore, et l'avènement de Henri IV ne fit qu'ajouter au désordre général.

Pendant que les Ligueurs continuaient leurs déplorables violences jusqu'aux portes

de la ville de Tours, à l'intérieur, cette affluence de personnages étrangers, de lettrés, d'érudits et d'artistes d'élite, bloqués dans une ville étroite, formèrent un centre intellectuel qui contribua puissamment à l'apaisement de ces odieuses agitations politiques.

Dés lors on vit paraître ces nombreuses publications , ces pamphlets politiques , littéraires , satiriques , destinés à décourager les factieux en défendant à outrance la cause du pouvoir légitime ( note i).

Nous avons dit ailleurs quelle part de gloire et de douleur la ville de Tours, devenue capitale de la France pendant cette

période quinquennale, recueillit dans les événements dramatiques qui ébranlèrent le pays tout entier. Un monde nouveau , une société nouvelle, sortit de cette commotion d'idées qui dure encore et qui explique les haines ou les affections passionnées des historiens pour cette seconde moitié du xvi^ siècle , pleine d'enseignements profitables à notre génération.

Le puissant intérêt qui s'attache à cette époque d'agitation et de scepticisme nous a engagé à fouiller avec persévérance les ce nottes et minuttes » des notaires contemporains dans le but de compléter notre histoire locale , et nous avons

eu la bonne fortune de découvrir, dans ces précieuses sources d'information peu explorées, le document inespéré que nous croyons devoir publier aujourd'hui dans son intégrité.

Cette pièce, précieuse à la fois pour l'histoire de l'imprimerie et pour celle des lettres , a le double avantage de renfermer ' d'intéressantes indications bibliographiques et de mettre au jour tous les détails de la constitution et du fonctionnement d'une association d'imprimeurs et de marchands libraires au xvi^ siècle.

Jamet Mettayer, imprimeur ordinaire du Roi {note ii); Jehan Richer {note m);

Claude de Montre'œil {note iv); Sébastien Du Molin (note v); Mathieu Guillemot (note VI ); Georges de Robet [note vu); Marc Orry [note viii), tous imprimeurs et libraires parisiens bien connus des amateurs de livres rares et curieux, se voyant réfugiés à Tours depuis plus ^e deux ans, au milieu d'événements trésdéfavorables à la culture des lettres et à la vente des livres, se réunissent en association. Leurs statuts, probablement imités de ceux d'une compagnie analogue dite de la Grand-Nave, ou de la Grand- Navire, fondée à Paris en 1586 {noteix), ne sont autre chose que l'acte de société

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passé devant maistre Charles Bertrand, notaire royal à Tours [note x).

Dans cet acte, véritable modèle d'une franche et loyale probité commerciale, nous voyons tous les associés s'engager, aux risques, périls et avantages de leur entreprise, à imprimer et réimprimer « plusieurs bons livres qui défailloient « et ne se trouvoyent plus, » tels que :

les Poésies de Jean Bonnefons {note xi) et de Philippe Desportes {note xii), les Tragédies, alors si goûtées, de Robert Garnier {note xiii), un roman à la mode intitulé la Dianne de George de tKontemayor, traduit de l'espagnol par G. Chappuis,

d'Amboise {note xiv), VHifloire de nojlre.

temps, du même auteur [note xv), les Epiftres de Setiecque {mte xvi), etc.

La durée de l'association est fixée à deux années entières, commençant au i^^ octobre 1591, pour prendre fin au i^'' octobre de Tan 1593.

La compagnie, administrée au début par Jean Richer, devait l'être, à tour de rôle, par chacun des associés, pendant l'espace de deux mois. L'Administrateur avait pour mission , pendant la durée de son exercice, de veiller aux intérêts de la compagnie et de lui rendre compte de tout ce qui avait été confié à ses soins, tels

•que livres, feuilles imprimées, formes, papier, argent, etc.

Il devait compter fidèlement le papier et délivrer aux imprimeurs, à la fin de chaque semaine , le samedi , la quantité indispensable à la consommation de la semaine suivante ; puis il faisait retirer des imprimeries les feuilles terminées, les donnaient à assembler, à collationner, et le tout était empaqueté convenablement et renfermé , avec les formes qui avaient servi à l'impression, dans la salle ou chambre destinée aux réunions de l'association.

Deux fois par semaine, l'administrateur était obligé de se trouver au siège de

AU XVI^ SIÈCLE. il

la société, pendant deux heures, afin d'y distribuer les livres demandés par les marchands libraires et de recevoir en échange des billets revêtus de leurs signatures.

Qiiant au fonctionnement financier de l'association , son mécanisme rappelle celui des sociétés commerciales anonymes de nos jours. Le fonds social était inégalement partagé entre les sept associés ; ainsi deux d'entre eux, Sébastien Dumolin et Mathieu Guillemot, ne représentaient qu'une seule part de la mise en commun ; les cinq autres jouissaient de leur portion respective. Les apports des sociétaires ne semblent pas

avoir été de même nature, les uns ayant fourni plus de papier à imprimer, les autres plus d'argent comptant ou des livres déjà publiés , par exemple : les Stilles de la court de Tarlement, les Instructions des Finances, etc. L'ensemble de tous ces premiers apports constitua un fonds de 445 écus d'or au soleil, c'est-à-dire environ neuf à dix mille fcancs, en pouvoir actuel de notre monnaie.

Le livre- journal de la compagnie, remis entre les mains de l'administrateur pendant ses deux moix d'exercice, ne devait jamais être emporté de la chambre; un des statuts stipulait cette défense et y ajoutait

la condition expresse de le renfermer dans le coflFre avec les billets des libraires et la banque de la société ; l'administrateur le transmettait à son successeur, lors de la reddition du compte général de sa gestion en présence des autres associés.

Les détails relatifs au prix et à l'espèce des papiers employés pour l'impression des livres que nous avons mentionnés plus haut, méritent également une attention particulière. '

La rame de grand papier Bâtard, ainsi nommé par rapport à sa qualité, valait un écu deux tiers, c'est-à-dire environ trente francs , en pouvoir actuel de l'argent.

La rame de papier des petites sortes, marqué au Petit-Pot , coûtait moitié moins cher; enfin la rame de gros papier commun, appelé papier Espagnol, du nom du pays où on le fabriquait, revenait à vingt -sept sols, c'est-à-dire huit francs quarante centimes.

Ces prix diflférent peu sensiblement des prix actuels et semblent cependant fort élevés pour la seconde moitié du xvi^ siècle, si l'on ne se souvient de la difficulté et souvent même de l'impossibilité des transactions commerciales au temps de la Ligue.

Les frais généraux de composition et d'impression s'accroissent également

pendant cette période historique : ainsi s'explique l'utiKté de ces compagnies d'imprimeurs et de libraires créées dans le but de supporter en commun des frais si onéreux {note xvii).

La nécessité de fonder des associations ne se fait pas seulement remarquer dans l'industrie typographique ; nous avons rencontré, en fouillant les minutes des notaires, un grand nombre d'autres actes de société intervenus entre des brodeurs, des orfèvres, des armuriers, des musiciens, des fabricants de draps d'or et de soie.

C'est là un fait notable et qui mérite d'être signalé.

lé IMPRIMEURS ET LIBRAIRES

Nos recherches sur la marche , la durée

et la terminaison de notre compagnie

d'imprimeurs - libraires sont demeurées

infructueuses jusqu'à ce moment; nous

pouvons cependant affirmer qu'elle ne se

contenta pas d'exécuter son programme; ses relations s'étendirent assez rapidement ,

aussi n'avons -nous pas été surpris de voir

apparaître, au milieu des noms de quelques

Ubraires de la province, le nom demeuré

célèbre de l'imprimeur -libraire qui a le plus

fait imprimer de livres à cette époque,

Abel Langelier. Il quitta,' en eflfet, au

mois de novembre 1 5 9 1 , la ville de Melun ,

où il était réfugié, et vint contracter des

marchés avec la compagnie de Tours.

Nous regrettons vivement que Langellier n'ait pas cru devoir spécifier dans l'acte notarié dont nous donnons plus loin un extrait [note xviii), la liste détaillée des ce livres à plein mentionnez et décrits « en une fueille de pappier paraphé par « le notaire. » Si l'acte a été conservé, la feuille est bien probablement perdue , et nous ne doutons pas qu'elle contînt de précieuses indications bibliographiques.

Disons, en terminant ce rapide exposé, quelle délicate et courtoise attention avait fait choisir à cette compagnie d'imprimeurs les armoiries de la ville de Tours comme

l8 IMPRIMEURS ET LIBRAIRES.

marque distinctïve de ses publications , en reconnaissance du bon accueil et de la généreuse hospitalité qu'elle avait trouvés dans ses murs {note xix).

D*^ E. GiRAUDET.

E fixiefme jour d'octobre , l'an mil cinq cens quatre vingts & unze, par devant Charles Bertrand . notaire royal à Tours , furent préfens peribnnellement eflablis & foubmis , honorables hommes

Jamet Mettayer, imprimeur du Roy;

Claude de Montre' œil ;

Georges de Robet ;

Marc Orry;

Séballien du Molin ;

Matthieu GutLLEMOT;

Jehan Richer;

Tous marchans libraires demourants de préfent en cefte ville de Tours & y eflans reffugiez à caufe des troubles, lefquels & chacun d'eulx voUontairement voyans que plufieurs bons livres deffailloient & ne fe trouvoyent plus, & entr'aultres ceulx qui font nommez & defcripts cy deflbubz , aflavoyr :

Imitacions de Bonnefons ;

Œuvres de Defportes;

Tragédies de Garnier;

Épiftres de Senecque; *

Dianne de Montemagior;

Leçons de Panigarolle;

L'Hiftoire de noftre temps;

Difcours de TEftat; Ont réfollu & entrepris enfemblement de les réimprimer ou faire imprimer, & pour ce faire ont faict & font entreulx la préfente

Compaignye & Affociation pour le temps & efpace de * deux ans entiers durans , à commancer du premier jour du préfent moys d'octobre, année préfente, & qui finiront à pareil jour de Tan mil cinq cens quatre vingtz treze; laquelle Compaignye & Affociation pour le temps durant icelle & chacun d'eulx & chacun endroit foy, promectent entretenir & garder en tous fes points particuliers cy aprez déclarez.

Et lefquelz fus nommez entrent en ladicte Compaignye & Affociation chacun pour fa part & portion, laquelle eft départye entreulx en fix parts & portions comme fenfuyt.

C'est affavoir que le dict Jamet Mettayer , Claude de Montrœil, Georges de Robet.

Marc Orry, chacun d'eulx pour une fixiefme partie ; Sébaftien du Molin & Matthieu

Guillemot pour une fixiefme partie , & Jehan Richer pour une fixiefme partie.

Et pour le commancement de ladicte Compaignye & des fonds que ils ont délibéré & advisé faire entreulx , ont préfentement baillé, fourny & délaiffé es mains dudict Jehan Richer , elleu adminiftrateur de ladicte préfente Compaignye pour le préfent moys & celluy de novembre prochain enfuyvant, cinquante neuf rames pappier baftard , qui a elle achapté au priez de ung efcu deux tiers pour rame, revenans,- lesdictes cinquante neuf rames audict priez dudict achapt à la somme de quatre vingtz dix huit efcus ung tiers.

Trente deux rames petit pappier baftard, achapté ung efcu dix sols la rame , lefquelles trente deux rames fe montent à trente huit efcus ung tiers.

Trente quatre rames paçpier au petit pot, achapté quarante huit fols la rame, lefquelles trente quatre rames fe montent à vingt fept efcus douze fols.

Quatre vingts quatorze rames pappier espagnol gros uny, lequel a efté achapté vingt fept fols la rame, lefquelles fe montent à quarante deux efcus dix huit fols.

Sept cens quarante neuf InstruBions des Finances 9 lefquelles ont été achaptées fix fols trois deniers pièce, lefquelles fe montent & reviennent à foixante dix huit. efcus fept fols troys deniers.

Neuf cens Stilles de la Court de Parlement, lefquelles ont été achaptez fix fols pièce , fe montent & reviennent à quatre vingts dix efcus fol.

Plus, ledict Marc Orry debvra fournyr

audict Mettayer, pour la fomme de quarante deux efcus quinze fols de pappier baftard , que il doibt à ladicte Compaignye , pour imprimer les livres que la Compaignye verra bon eftre.

Plus, ledict Jamet Mettayer fournira la fomme de trante efcus fol vingt huit fols neuf deniers pour employer à Timpreffion des premiers livres que il fera imprimer pour ladicte Compaignye.

Lefquels pappiers cy deffusdicts & livres imprimez, ensemble l'argent que l'on doibt apporter, monteit ensemblement à la fomme de quatre cens quarante cinq efcus fol & quinze fols.

De laquelle fomme de quatre cens quarante cinq efcus fol & quinte fols, chacun des deffusdicts nommez cy deffus, qui font fix affociez ensemblement, en a payé pour fa

part & portion la fomme de foixante quatorze efcus fol dix neuf fols deux deniers.

Tous lefquels pappiers & livres cy dessus déclarez, les deffusdicts ont dict avoyr efté mys dans une chambre , laquelle eft louée pour ceft effect à ladicte Compaignye.

Consentent & accordent les deffusdicts enfemblement que ladicte chambre & préfente Affociation foyt gérée & adminiftrée par l'un d'eulx , deux mois durant , & puis Taultre adminiftrera chacun à fon tour & par ordre jufques à ce que eulx tous fix ayent icelle gérée & adminiftrée , chacun en fon rang & ordre, durant le temps defdictes deux années , de ladicte Compaignye & Affociation.

Pendant les deux premiers moys de ladicte adminiftration de ladicte chambre , le fort

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d'icelle en eft efcheu à Jehan Rîcher, puis après audict Jamet Mettayer, après audict Georges de Robet , audict Mare Orry , Sébaftien MouUin , Matthieu Guillemot & audict Claude Montrœil.

Et aura, chacun desdicts adminiftrateurs feul , durant le temps de fon adminiftration de ladicte chambre, la clef d'icelle, lequel fera tenu neantmoings rendre compte à ladicte Compaignye de tout ce que lui aura efté baillé, mys & fourny entre les mains & auffi de ce qui fera dans ladicte chambre , fil n'advient faulte de feu ou de vol, que Dieu nous garde. Et en fin des deux mois expirez de chacun adminiftrateur, ung autre en fon tour & ordre fera tenu de prendre la charge.

Et lequel adminiftrateur, durant le temps de fon adminiftration, fera tenu fidellement

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afeiiMcr , coiEbc90iBaier« enpeDer. efEibnUer it ençmcxfBSser bôea & coQviariableiiieni ^ & ce qse pour nîkKi des menus finùt^ mîfes & de^pesices que fl pourra àtire pour ladîcte Compaigin^e durant le temps de ion admînîftration « en fera rc^nbourfè en (in des deux moys en rendant fon compte*

Sera tenu ledict adminiftrateur « durant le temps de fon adminiftration « fe tenir en ladicte chambre deux heures par deux divers

jours de la fepmaine affavoyr : le mercredy & fabmedy, depuys deux heures jufques à quatre heures de rellevée , pour bailler & diftribuer les livres que chacun de ladicte Compaignye demandera. Et ne baillera aucuns livres à aucuns de ladicte Compaignye que par tilletz qui feront fignez chacun d'iceulx du feing de celuy auquel fera faicte délivraifon desdicts livres dont ledict adminiftrateur fera tenu rendre compte à ladicte Compaignye en rendant fon compte général en fin de fes deux mois expirez.

Comme auffy fera tenu ledict adminiftrateur de fe trouver tous lesfabmedys, fur une heure de rellevée , aller quérir la bancque pour payer les imprimeurs & mônftrer à ladicte Compaignye les fueilles que ilz auront faictes la fepmaine & payera lesdicts imprimeurs dans ladicte

AU IT!^ SlèO^ «

Sil fuirveni quelque difficuhè durant kidicic adminiftration « ledkt adminiftniieur (em temi en advenir la Compai^ye v^ chacun dVulx^ foyî en leur logis ou bouùcque . ou le dira à aulcuns de leurs feniieurs ou domefticques « affin de eulx trou\^r en ladicte chambre aux heures fufdîctes. & ledict advertiflement £uct fans aucun defiauh de sy troux-er. & ceulx qui fe trouveront, pour>*eu que ilz foient jufques au nombre de quatre , pourront refouldre entreulx tout ainfy comme filz eftoient tous enfemble , & toujours Toppinion de plus de voix fera fuyvye*

Ledict adminiftrateur tiendra pareillement le Journal des affaires de ladicte Compaignye« pour tenir compte de tout ce qui fe fera » fans que il le tranfporte aulcunement à fon logis : ni

pareillement les tillets auffi demeureront dans le coffre qui fera dans ladicte chambre.

Tous les deffusdicts affociez & chacun d'eulx ont promis & promectent payer audict adminiftrateur lors que il leur demandera argent pour la bancque desdicts imprimeurs , qui fera tenu de payer audict jour de fabmedy, à une heure, lui en bailler & fournir chacun d'eulx au prorata de la part de la fomme de dix efcus que il fauldra pour preffes lors que elles iront train , & de payer le furplus que il fauldra chacun en fon regard & pour lors quô Tadminiflrateur rendra compte.

Et de tout ce que fera imprimé incontinant en labeur, parachevé, ledict adminiftrateur en délivrera dans ladiçte chambre , eulx tous affemblez , trois cents , & chacun d'eulx pour fa part & portion en prendra cinquante , affavoyr,

ledict Mettayer, cinquante; de Montreul, cinquante; de Robet, cinquante; Moulin & Guillemot , cinquante ; Richer, cinquante , & Orry, cinquante; defquels iceulx ne feront tenus rendre compte ni payer, ains feuUement Tefcrire & figner fur le pappier dudict adminiftrateur, & lors que ilz en reviendront prendre par tillets, ce que ilz en prendront, .feront tenus de le payer à Tadminiflrateur lors que il rendra fon compte, qui fera toujours en fin des deux moys de fa charge, & les redevables payeront au prix de la vente , fauf le rabat qui leur fera faict de quinze pour cent.

Et pour le regard de Timpreffion desdicts livres, lesdicts Mettayer & Richer cy deffus dicts nommez promectent enfemblement les imprimer aux prix cy deffoubz déclarez, félon les lettres que ilz auront, affavoyr : la journée

du petit romain à deux formes qui font treze cents & la main pour fept francs , & la journée auffi de cicéro à trois formes pour fept francs auflï. Et ainfi de tout ce que ilz imprimeront pour ladicte Compaignye , félon les lettres que ilz auront , & promectent faire ung prix raifonnable ; & pour leur payement par bancque leur fera délivré par les mains de celluy qui fera adminiftrateur de ladicte chambre lors que ilz yront train , la fomme de dix efcus fol, & les deux moys finis, ledict adminiftrateur rendant fon compte , on comptera avec eulx , & feront fatisfaicts fil leur eft deu {note xx).

Promectent auffi les sufdictz lors que ilz auront commancé ung labeur , ne le difcontinuer Jufques à ce que il foit parachevé . fynon que il advint malladye ou defbauche de leurs compaignons.

Promectent lesdictz affociez enfemblement & Tun à Tautre, que de tous les livres qui auront plus dç fix fueilles lefquels auront ja efté imprimez ou qui s'imprimeront hors cefte ville ou hors du royaume / d'icy à deux ans , de ne les faire réimprimer fans préalablement en avoir adverti ladicte Compaignye fi elle trouvera bon de les faire réimprimer ou non.

Et auffi tous les livres qui s'imprimeront cy après pour ladicte Compaignye auront, à la première page , la marqué d'icelle qui fera les armoiries de cefte ville de Tours avec le millefime, fans y mettre tous leurs noms enfemblement.

Et s'il plaife à Dieu que en fin des deux ans ils veoyent avoir du proffict, le partiront enfemblement , chacun félon fa part & portion ; & fil advient perte, de laquelle Dieu les

garde , la porteront auffi chacun selon fa part & portion.

Et fi aucuns dentreulx de ladicte Compaignye audedans lesdictes deux années viennent à mourir, dont la volonté de Dieu soit faicte, fi la veufve ou héritiers du déceddé veullent & fourniffent aux frais & accompliffent pour leur part les actes cy deffus, auront, tiendront & joyront de la part & portion de celluy de qui ils hériteront, & filz ne la vouUoyent tenir & accomplir & veiffent que elle leur foyt onéreufe , nonobftant cela , ilz ne I4 pourront vendre , engaiger ni tranfporter leurs droictz à aulcuns, fynon à ladicte Compaignye en général , & pour ce faire , Tadminiflrateur qui fera lors de la mort , en rendant fon compte en fin des deux moys de fa charge , fera l'inventaire en la préfence de ladicte Compaignye, pour

ce faira affemblée avec les héritiers , & feront ung conte général entreulx pour veoyr leur part & portion que il leur pourra apartenir.

Et fil eft deu des deniers comptans, leur en fera baillé leur part & portion. Comme auffi, fi ladicte Compaignye doibt, payeront auffi félon leur part & portion, félon ce que chacun d'eulx pourra debvoyr.

Et pour le regard du pappier & livres imprimez qui feront lors en la Compaignye, leur fera payé ledict pappier au pris que il leur aura coudé a Tamplette; & quant aux livres imprimez aux prix & à raifon dudict pappier & impreffion comme l'on verra que il aura efté payé par le Journal de ladicte Compaignye, & pour leur proffict, on leur baillera douze deniers pour livre félon que la fomme fe pourra monter.

Comme auffi lesdicts affociez & chacun d'eulx ne pourront affocyer ne tranfporter leurs parts & portions de ladicte préfente affociation à aucunes perfonnes quelconques, fynon à ladicte Compaignye ou leurs héritiers qui facent ladicte négociation.

Et à ce tenyr fe font lesdictes partyes obligées & obligent chacune en droict foy refpectivement.

Faict & paffé audict Tours, au Pallays en

particulier, après midy ; préfens JuUian Pyau ,

marchand pelletier , demeurant audict Tours ;

' Jehan Chaftry , praticien , et M* Nicollas

Billault, fuyvant les finances.

Et a déclaré ledict de Robet ne favoir figner.

( Suivent les signatures. )

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