APPENDICE
Note I. — Sous aucun des règnes précédents rimprimerie et la librairie n'avaient encore reçu une telle impulsion et n'avaient concouru à remplir un rôle politique si important.
On composerait un volume avec la longue et ^stidieuse énumération de toutes les publications répandues en quantité par les diverses Êictions politiques de l'Union, de la Ligue et de la Réforme. Il nous sufiSra de rappeler ici que le plus célèbre de ces livres , la « Satire Ménippée , »
regardée avec justice comme un des chefe-d'œuvre littéraires du xvi* siècle, a pris naissance dans nos murs.
La première pièce de ce recueil, imprimée par Jamet Mettayer, en 1593 , sous le titre : « De la Vertu du Catholicon d'Espagne , » fut tirée à 700 ou 800 exemplaires seulement, et distribuée en feuilles brochées. Cette Satire obtint un si grand succès dès son apparition, que les auteurs y ajoutèrent, quelques mois plus tard , une seconde pièce sous le titre de : « Abrégé des États de la Ligue. » Plusieurs autres morceaux furent publiés successivement et complétèrent cette œuvre pleine de gaieté et de bon sens politique.
J. Mettayer ayant déclaré qu'il n'avait pu achever cette publication « qu'au temps où il fallut plier « bagage pour s'en venir à Paris, » au mois d'avril 1594, après le retour du Parlement, tous les doutes émis par certains bibliophiles sur le véritable éditeur de cette Satire se trouvent réduits à néant.
Note H. — Jamet Mettayer Qamdius Messorius, Metaierus seu Messor^ est le plus célèbre des imprimeurs de ce nom qui se soient illustrés pendant la seconde moitié du xvi* siècle et le conmiencement du xvii* siècle ; il avait pour marque une fleur de lys surmontée d'une couronne , avec cette épigraphe latine : Arte omni prastantior. C'était aussi la marque de son frère Jean, imprimeur du roi pour les mathématiques.
Mattaire (^ Annal, typograph. , t. III) hésite sur l'orthographe du nom de ces habiles imprimeurs, qu'il écrit Mestayer ou Métayer; le regrettable M. A. Firmin Didot semble partager ce doute et écrit Samuel Mattayer (Encyclop. mod. , t, XXVI , p. 803) , estropiant à la fois le nom et le prénom de ce personnage. En présence des signatures orthographiées par Mettayer lui-même et dont nous avons reproduit plus haut le Êic-simile, il nous semble impossible d'hésiter sur ce point.
Après l'assassinat d'Henri III, Mettayer, dont les presses avaient servi plus d'une fois à répandre de
graves outrages contre Henri IV, n'en conserva pas moins son titre d'imprimeur du roi sous le nouveau monarque , auprès duquel il semble avoir joui d'une considération marquée.
Les documents inédits qui suivent concernent le séjour de J. Mettayer à Tours; ils nous révèlent des détails intéressants sur la cession de son matériel d'imprimerie à Maurice Bouguereau , de Tours.
« Le deuxiefine jour de Juin, Tan IS94> en la
court du Roy noftre fire à Tours , honorable
homme Maurice Bouguereau , marchand imprimeur & libraire, demeurant en cefte ville de Tours, paroifle fainft Saturnin, lequel vollontairement a recogneu & confeflTé debvoir bien & loyaulment à honorable honmie Jamet Mettayer, marchand imprimeur ordinaire du Roy & Ubraire, demeurant à Paris, eftant audift Tours, à ce préfent ftipullant & acceptant, la fonmie de deux cents cinquante cinq efcus fol pour caufe de vendicion
AU XVl^ SIÈCLE. 41
& livraifon faîde par ledift Mettayer audid Bouguereau de deux prefles gamyes de toutes leurs uftanciles, formes & toutes fortes de lettres appartenantes à imprimer, appartenant audiâ Mettayer & eftant en cefte ville de Tours , en ce compris les livres & pappiers auffi à icelui vendus & livrés par ledid Mettayer audid Bouguereau fus nommé.
« Ledit Bouguereau acceptant déclare, recognoit & confeffe eftre véritables & defquelles prefles gamyes pour imprimer & livres & pappier, fur quoi ledid Bouguereau s'est tenu contant & en a quitté & quitte ledid Mettayer comme auflî par ces prefentes ledid Mettayer a ceddé & tranfporté audid Bouguereau ce acceptant le droit des privilleges par lui obtenus du Roy pour imprimer le Coufiumyer de ce pays & duché de Touraine , félon & ainfi que ledid Mettayer euft peu & pourroit faire & y a en tout mis & fubrogé le did Bouguereau en fon lieu & place conmie en fa propre choufe, le tout pour & moyennant la principale fomme
de deux cents cinquante cinq efcus fol, laquelle fomme de deux cents cinquante cinq efcus fol, ledift Bouguereau a promis & promet payer audift Mettayer à ce acceptant devant le jour & fefte de Nouel prochain venant & rendre à ung feul payement en la ville de Paris en la maifon de Mettayer.
« Faia & paflè à Tours, en Teftude dudiâ:
notaire, en préfence de Vincent Lefebvre, fondeur de lettres d'imprimerye ; de Loys de Bonart imprimeur, & de Jehan Chaftry, praticien. »
{Suivent les signatures.)
Avant de retourner à Paris, Jamet Mettayer confia le soin de régler ses créances à son fils Pierre, marchand libraire et imprimeur, que la plupart des biographes désignent à tort comme étant son firère.
Pendant son séjour à Tours, Mettayer établit ses presses dans un grand corps de maison, situé
rue de la Scellerie, paroisse Saint - Saturnin ( actuellement rue de l'Ancienne - Intendance ) . Cette maison lui était louée par « noble homme Nicolas de Nancel (médecin ordinaire de Tabbeffe de Fontevrault) , à raifon de 83 efcus ung tiers par année. » Sa « bouticque de librairye eftoit au cloiftre es galleries de l'abbaye Saind JuUien, en entrant par la Grande Rue. »
Nous ajouterons encore, pour compléter nos renseignements sur la famille Mettayer, un document recueilli dans les registres de l'état-civil de Tours :
« Le 4® janvier 1591, fut baptifé Daniel, fils « de maiftre Pierre Mettayer, imprimeur, & de (c Marguerite Bernard , fa femme ; parrein , Jamet (c Mettayer , imprimeur du Roy , & marreine , « damoifelle Marie Verforis, femme de noble (C homme François de Vertamon, confeiller au « Parlement. »
(7?^. àt la paroisse S. -Saturnin , t. H.)
Notes ni et IV. — Jean Richer Qoannes Richerius^y un des plus savants imprimeurs de son temps, fut reçu libraire- juré par l'Université de Paris, en Tannée 1573.
Ses nombreuses publications portent pour enseigne un arbre verdoyant entouré d'une banderole sur laquelle est une devise grecque que nous pouvons traduire par un de ces vieux adages : « Heureux qui fe suffit à foi -même; » ou bien encore : « Assez à qui fe contente de « peu. »
Dès son arrivée à Tours avec la Cour et le Parlement, Richer s'associa avec Claude de Montre'œil pour publier quelques ouvrages dans le goût du jour.
En 1589, ils impriment un « Traité de la « puiflànce paternelle, de Pierre A3n:ault, contre « ceux qui, fous couleur de religion, volent les a enfants à leurs pères & mères. » (Petit in-8** de 82 feuillets.) L'année suivante, c'est le « Premier livre du Théâtre tragique de Roland
(c Briflet, gentilhomme tourangeau; » puis, deux Traités devenus fort rares aujourd'hui , l'un intitulé : « De l'origine , vérité & ufance de la « loy fklicque fondamentale & confervatrice de « la monarchie françoife , par. Jean Guyard de « Cheezray , » et l'autre : « Traité de l'origine , « ancienne noblefle & droiftz royaux de Hugues « Capet, roy de France, fouche de nos roys « & de la maifon de Bourbon. »
Plus tard, ils impriment, en 1592, « le Miroir <c des Rebelles, de Daniel Drouin, fieur de « Bel-Endroia, loudunois, » ouvrage d'histoire et de politique, traitant de l'excellence de la majesté royale et de la punition de ceux qui se sont « eflevez contre icelle , avec la louenge de ceulx qui ont préféré l'honneur de leur Roy & l'utilité de la Patrie à leur propre vie. »
Notes V et VI. — « Le i^ septembre 1592,
SÉBASTIEN Du MOLIN & MATTHIEU GUH-LEMOT ,
marchands libraires de la ville de Paris, demeurants de prefent en la ville de Tours & y eftans refFugiez à caufe des troubles, lefquelz ont faift & font enfemblement l'accord & traité d'aflbciation au faift de leur eftat de libraire , avec un apport de lix cents efcus fol par eulx faift refpectivement par moiftié pour le temps & efpace d'une année entière à commancer du premier jour du préfent moys de feptembre & finiflknt à mefine jour de l'année prochaine que l'on dira ' mil cinq cents quatre vingts treze, moyennant qu'ilz ont promis & promedent l'un à l'autre que tout ce que trouvera qu'ils auront achapté enfemblement ou féparément provenant de ladifte fomme de fix cents efcus pour raifon de ladifte librairye feulement, fera partagé entr'euk efgallement en fin de ladifte année... »
{Minutes de Charles Bertrand.)
Sébastien Du Molin fit approprier une boutique dans le cloistre de l'abbaye de Saint -Julien de
Tours, et c'est là que, pendant deux ans,, nos deux libraires associés exercèrent leur profession.
Au moment de quitter notre ville , pour regagner Paris avec les autres libraires et imprimeurs, Du Molin , qui venait d'épouser la fille d'un maître tapissier tourangeau , nommé Motheron , se décida à fixer sa résidence à Tours , où il loua une maison le 24 juin 1594, rue Neuve (aujourd'hui rue Saint- François) , paroisse Saint- Saturnin, et y établit une imprimerie. A dater de son mariage, les livres qu'il édita furent signés Sébastien Molin , et non Sébastien Du Molin. Nous n'avons pu découvrir la cause de cette altération de nom.
Parmi les ouvrages qu'il a imprimés, nous citerons : 1° « la Pucelle d'Orléans , restituée par Beroalde de Verville ; » 2° « le Reftabliflement « de Troye avec lequel , parmy les hazards « des armes, fe voyent les amours d'Œfione,
« fes jaloufies, défefpoirs , » par le même
auteur ; 3° « Sommaires des vies des honunes « illuftres, recherchées dans Plutarque & autres
c( graves autheurs ; » enfin , « les Œuvres « poétiques de la docte bergère Juliette. »
Quant à Guillemot ( Matthieu P"") , il retourna à Paris, où il a été le chef d'une famille d'imprimeurs libraires qui a occupé une grande position dans le commerce de la Ubrairie, par le nombre et l'importance de ses publications au xvii* siècle.
Note Vn. — Georges De Robet, ou Drobet, oflfre l'exemple à peu près unique d'un libraire parisien ne sachant pas même signer son nom, ce qui nous permet d'expliquer comment ce nom a pu être orthographié de diverses manières sur les livres qu'il a édités à Tours.
Nous mentionnerons parmi ses publications :
« Les Qjiatrains du feigneur de Pybrac , avec « les Plaisirs de la vie ruftique ;
« Les Cantiques du fieur de Valagre et du fieur « de la Maifon - Fleur ;
« Le premier livre des Bergeries de Juliette, c( auquel, par les amours des bergers & des « bergères. Ton voit les effets différents de « l'amour;
« La Diane de George de Montemayor , en trois « parties, traduites d'elpagnol en français par « Chappuys & Colin. »
Drobet quitta notre ville au mois d'octobre 1 594 , après avoir reçu d'Henri IV le titre de son « maiftre rellieur. »
Note Vin. — Marc Orry, reçu imprimeur libraire en 1388, avait pour marque un lion rampant regardant les étoiles , avec cette devise : Ad astra per aspera virtus. Cette devise , dit M. Firmin Didot, a été conservée par ses descendants, qui devinrent Contrôleurs des finances au milieu du xvn* siècle.
Marc, qui jouit d'une réputation méritée,
épousa une des filles de J. Mettayer et suivit la fortune de son beau-père, chez lequel il avait commencé son apprentissage.
Pendant son séjour à Tours , où il n'imprima rien en son nom, Orry occupa une boutique répondant sur la rue de la Scellerie et faisant l'un des coins de la rue Traversaine (rue Royale actuelle), moyennant vingt écus sol par an.
{Minutes de Pierre tAubert, 1S92J)
Note IX. — Cette célèbre compagnie de la Grand-Navire j fondée à Paris, dans le but spécial de publier les Pères de l'Église , était composée de quatre libraires -imprimeurs : M. Sonnius, F. Nivelle et les firères Dupuy. Sa marque était un navire avec les initiales des noms des associés au bout des mâts.
Les frères Mettayer ayant été les imprimeurs de cette association , durent en connaître les statuts ;
aussi supposons - nous , avec raison, que l'acte d'association , rédigé à Tours , fut imité ou calqué sûr celui de la compagnie de la Grand -Navire.
Note X. — Les minutes de Charles Bertrand comprennent environ quarante gros volumes relies en parchemin et un grand nombre de liasses non reliées; elles commencent en l'année 1576 et se. terminent en 1610.
Parmi les documents contenus dans cet immense recueil de pièces authentiques, nous avons noté des actes passés au nom : de la reine Marguerite de Navarre; du duc d'Anjou ; du duc de Nemours, Henri de Savoie; du di^c de Montpensier, Henri de Bourbon. Les familles les plus illustres y figurent également; dans le nombre nous citerons les La Trémoille , les La Rochefoucault , les La Rochejacquelin, les Dampmartin, les Montmorency, les Montgonmiery , les de Thaix, etc., etc.
Nous devons des remercîments sincères au possesseur actuel de ces précieuses minutes, M. Adolphe Vincent , notaire à Tours , pour son amical empressement à nous faciliter les longues et pénibles recherches que nous avons effectuées dans ses archives.
Note XI. — Bonnefons, Jean (1554-1614), poëte erotique , le Catulle moderne , d'après Ménage, a composé un recueil de poésies latines publiées pour la première fois, en 1587, sous le titre de Pancharis. La première partie contient le texte latin, la seconde les Imitations du latin, par Gilles Durand.
L'édition publiée à Tours, par les libraires associés , est un petit in- 12 en caractères italiques, intitulé : « Pancharis Joannis Bonefonii Arvemi , « Cœsaroduni Turonum, ex ofScina Jameti (c Messorii, 1592. » Elle se termine , au dernier folio , par un quatrain en grec de Nicolas Denetz.
Brunet cite une autre édition publiée à Tours , chez Mettayer, par Droben, ou mieux Drobet, 1593 , in- 12.
Ces Imitations acquirent une si grande réputation qu'on les imprimait encore , pour la vingtième fois au moins, en Tannée 1767.
Note XII. — Phu-ippe Desportes, abbé de Thiron (i 545-1606), surnommé le Tibulle français, est du petit nombre des poètes du xvi* siècle agréables à lire de notre temps.
Robert. Estienne imprima, en 1573, la première édition de ses premières œuvres, pour le libraire Le Manguier, de Paris. Notre Association ne semble pas avoir publié ces premières œuvres; nous n'avons retrouvé que l'édition des 150 Psaumes de David, traduits en vers français, petit in- 12 imprimé à Tours, par Jamet Mettayer, en l'année 1592.
Cette traduction ne manque pas d'un certain
mérite; mais P. Desportes excellait surtout dans le genre anacréontique.
Note Xm. — Robert Garnier (né à la Ferté- Bernard) , conseiller du Roy , lieutenant général criminel au siège présidial et sénéchaussée du Maine, commença à se faire connaître vers 1568, par une tragédie imprimée chez Robert Estienne, et intitulée Tarde; Hippolyte parut en 1573, et Carnélie en 1574.
Garnier composa successivement sept tragédies sur des sujets empruntés au théâtre des Grecs ou imités de Sénèque , auquel il emprunta les formes dramatiques et la manière déclamatoire.
L'édition imprimée à Tours est sans date et porte la signature de Matthieu Guillemot.
Note XIV. — Ce célèbre roman bilingue , traduit d'espagnol en français par Gabriel Chappuys,
tourangeau, parut pour la première fois chez Loys Cloquemin, à Lyon, en 1582.
Les trois parties réunies forment un petit volume in- 12.
L'édition imprimée à Tours , aux frais de l'Association, est signée alternativement soit du nom de Georges Drobet (1592), soit de Claude de Montre'œil (1592).
Note XV. — « L'Hiftoire de noftre temps, soubz a les règnes des roys très-chreftiens , Henri m, « roy de France... contenant tout ce qui s'eft pafTé (c tant en France qu'es autres païs circonvoisins, » est l'œuvre de Gabriel Chappuys, tourangeau.
D'après Brunet , cet ouvrage a été réimprimé assez souvent avec d'autres pièces relatives aux aflfaires de la Ligue. N'ayant pu nous assurer de l'existence de cette édition imprimée à Tours, nous nous contenterons de la recommander à l'attention des bibliophiles.
s 6 IMPRIMEURS ET LIBRAIRES
Note XVI. — L'édition des Lettres de Sénèque , imprimée à Tours, est un petit in -12 fort rare; elle a pour titre : « Épiftres de Senecque, « fénateur romain, traduites en françois par le c( S«' de Preflàc. »
Au milieu de ce volume, on trouve « autres « vingt Épiftres de Senecque, fénateur ronuin, « nouvellement traduites. »
Note XVn. — Nous rapportons ici textuellement deux marchés passés par devant notaire, lesquels permettent d'apprécier assez exactement les prix fort élevés de l'impression dans la seconde moitié du XVI* siècle.
L — « Le 4*"*® jour de juillet 1592, par devant moy , Pierre Aubert , notaire royal , meflire Jamet Mettayer, imprimeur du Roy, demeurant de préfent à Tours, a promis & promed à noble
homme Gabriel de la Charlonyère, fieur de la Vergne, préfent & acceptant, imprimer ung libvre en lattin intitullé : T)efcrîptio mundi, five de Cosmographia , contenant feize fueilles de pappier efcriptes , enfemble des Mélanges poéticques , contenant certaines poéfies latynes & françoifes qui feront contenues et comprinfes dans 4 fueilles d'impreffion de lettres italiques cicéro.
« Et en confidération de ce que deflusdid, ledid s' de la Charlonyère a promis payer & donner audid s*" Mettayer, acceptant, la fomme de 20 efcus fol pour le total de la dide impreflion , surquoy icelluy de la Charlonyère lui a payé dix efcus en demy francs par advance, dont acquitté, & fera le fufplus , qui eft pareille fomme, payable lors de l'achèvement de Timpreffion dudid libvre ; laquelle impreflion fera faide dujourdhuy en troys moys prochain venant , et Timpreflion dudid libvre eftant parachevée , le did Mettayer a promis & promet de donner à Gabriel de la Charlonyère deux douzaines d'exemplaires de son libvre. »
s 8 IMPRIMEURS ET LIBRAIRES
n. — « Le 19 novembre 1572, vénérable & discret M* Martin Amault , recteur curé de l'églife parrochiale de S*- Saturnin, de Tours, d'une part, & Pierre Regnart , m* imprimeur , demeurant en cefte ville , d'autre part , lefquek ont . faid & font entre eulx les marchez, promeffes et obligacions qui s'enfluivent, c'eft aflàvoir que le did Regnart, a promis & promet, par ces préfentes audid Amault, imprimer ung Catéchifme intitullé en ces mots : Sommaire & tAbrégé doctrinal pour faire profeffion de foi ^ efcript de la main dudid Amault, en dix- huit fiieillets de petit pappier et signés dudid Arnault, qui a efté baillé audid Regnart, qui a promis imprimer le pluftoft que il fera poffible, à commencer dès demain & continuer jufques à la perfection, sans en entreprendre d'autres, & bailler audid Arnault ung cent desdids Catéchifines imprimés, incontinant que ilz feront faids , & le tout moyennant la fomme de 4 efcus d'or sol, dont ledid Amault en a payé contant audid Regnart i efcu d'or sol, & le
furplus payable à la livraifon des cent Catéchifincs imprimez. »
ÇihCinutes de Tierre 'Digoys.)
Note XVIII. — « Le quatriefine jour de novembre 15 91, Abel Langellier , nurchand libraire & imprimeur de Paris, faifant de préfent fa demeure à Melun & eftant prefentement en cefte ville de Tours , a confeffé avoir faift vencion à Claude de Montre'œil , Jehan Richer , Sébaftien Dumolin, Matthieu Guillemot, libraires aflbciez, reflFugiez en cefte ville de Tours, tous & chacun des libvres à plain mencionnez , inférez & defcripts en une fueille de pappier par eulx à cefte fin reproduide. Tune pour ledid Langellier, vendeur, & aultant en une aultre fueille de pappier par luy délivrée aux achapteurs & par nous Notaire , paraphée en chacune fueille ne varietur. Tous lefquels libvres ledid Angellier a promis & promed
6o IMPRIMEURS ET LIBRAIRES
fournir & livrer en la ville de Corbeil, en ung moys prochain, moyennant la fomme de deux cents efcus fol.... »
(^Minutes de Charles Bertrand. )
Note XIX. — Les armoiries de la ville de Tours ont subi de nombreuses modifications depuis leur apparition au xiii* siècle, jusqu'à nos jours; primitivement, elles représentaient une porte à trois tours , avec la légende Tvronis Civitas. A la fin du xvi* siècle , ces armoiries étaient : trois tours crénelées et ouvertes, placées latéralement sur la même base et surmontée de trois fleurs de lys.
Note XX. — Le texte de ce paragraphe soulève plusieurs questions problématiques difficiles à résoudre.
AU XVI^ SIÈCLE. 6r
D'abord , qu'entendait -on par journée de Petit Romain à deux formes et de Cicéro à trois formes ?
Donnait -on le nom de journée à la sonmie de travail qu'un ouvrier ou un groupe d'ouvriers imprimeurs pouvaient exécuter en un jour? ou bien, la signification de ce mot était -elle appliquée à un certain chifire convenu de mille de lettres , que la tradition ou les Traités de t3rpographie ne nous auraient pas conservé.
Pour résoudre ces doutes, il est nécessaire préalablement de remarquer qu'il s'agit , ici , non pas de marchés passés entre un imprimeur et des particuliers, ainsi que nous en avons relatés à la note xvn, mais d'une convention entre éditeurs et imprimeurs associés. Cela étant , il doit ' probablement être question du prix de la feuille d'impression composée ou tirée en une journée, de telle sorte qu'en se servant du caractère dit Petit Romain, on faisait deux formes par jour, et trois quand on employait le Cicéro, qui est d'un corps et d'un œil plus gros. La composition
devenant ainsi beaucoup plus rapide , on peut se rendre compte de l'identité de prix pour les deux sortes d'impression.
Un édit du roi Charles IX , en date du 7 septembre 1371 > sur la réformation de l'imprimerie, renferme un article sur le mode de payement de la journée des ouvriers. Nous croyons devoir rapporter ce passage important qui semble confirmer notre hypothèse.
« Article 21. — Les maiftres imprimeurs bailleront aux bons ouvriers tels falaires , grands ou petits, qu'ilz adviferont convenables, eu égard à la dextérité & diligence & à l'ouvrage qu'ilz pourront rendre par chacun jour, fans que ceux qui pour leur parefle ou moindre dextérité ne pourront rendre tant de befongne, s'en puiffent plaindre. »
(^Recueil des Ordonnances du Roi de France, par A. FoNTANON, t. IV, p. 473.)
Quant à l'expression trei:(e cents et la main, elle doit se rapponer au chiffre du tirage des feuilles et la main dite de passe, en sus.
Notre habile et consciencieux éditeur ne partageant pas notre opinion , a bien voulu rédiger une note sur cette question, que le lecteur jugera en dernier ressort.
Note de l'Éditeur. — Le mot journée, selon nous , ne pouvait s'appliquer qu'à la composition , le tirage , ainsi que nous le verrons plus loin , étant fixé par des nombres précis.
Ce terme de journée était donc une mesure de quantité très-fixe et indiquant une somme déterminée de travail (pour la composition seulement). Ce mot a dû prendre une signification de quantité, de même que, dans les mesures agraires, le mot journal indiquait primitivement ce qu'un homme pouvait faire de travail (labourage) dans une journée, le mot boisselée la surface qu'on pouvait
ensemencer avec un boisseau de grain. A mesure que les transactions , les prix débattus pour le travail, les ventes, se sont développés, le journal, la boissdie sont devenus des mesures usuelles.
Si nous cherchons à préciser la quantité de travail de composition indiquée par ce mot journée, nous dirons qu'il devait représenter environ 20,000 lettres actuelles.
L'assimilation faite par le traité entre le Petit Romain à deux formes et le Cicéro à trois formes, qui nous donne très-approximativement, comme nous le trouvons dans le prix (décomposé plus loin) d'un des ouvrages cités dans le traité, viendrait encore justifier notre interprétation.
Nous en trouvons la confirmation logique dans ce hïx. que le traité était passé entre imprimeurs et libraires, et que les uns payant avec une valeur fixe, le firanc, le travail livré en échange devait aussi être compté sur une basé également fixe et non pas sur la journée d'un ouvrier tel que nous le comprendrions aujourd'hui.
Effecdvemeiit , si nous décomposons le prix de l'ouvrage dont nous parlons plus haut , et que nous avons sous les yeux, nous trouvons, pour la composition :
En Fait Romain : 29 Ugnes à la page, 29 lettres à la ligne donnent 812 lettres par page; — à deux formes, chaque forme composée de 12 pages, soit 24 pages, = 19,488 lettres ;
En Cicéro : 24 lignes à la page , 23 lettres à la ligne donnent 552 lettres par page; — à trois formes de chacune 12 pages, soit 36 pages, = 19,872 lettres.
Ce peu de différence de quantité de lettres , qui peut-être même n'était pas réelle , explique Tassimilation que le traité établissait entre le Petit Romain et le Cidro. On peut en trouver la confirmation dans la Table de Fertd, page 8, dans son livre intitulé : la Science de V Imprimeur.
Cette quantité de lettres supposerait un prix de 20 à 25 firancs de composition, au prix actuel.
Quant au tirage, Tindicatioii de quantité est spécifiée par les mots irei:(e cents et la main, la rame étant de 25 mains (625 feuilles), la main étant de 25 feuilles à cette époque; ce qui donnait, avec ce que nous appelons les feuilles de remplacement, le chiffre de 1,350 de tirage, imprimé des deux côtés.
La rame de tirage, imprimée des deux côtés , y compris les passes , se paie aujourd'hui de 3 fr. 50 à 4 fr. 50, suivant le format; ce qui, multiplié par deux ou par trois formes, représente de 8 à 15 fr., au prix actuel.
Nous arriverions donc à un prix de 40 à 42 fr. , en pouvoir actuel de Targent, pour les frais de la composition et du tirage réunis, et qui se rapprocherait de celui fixé par le traité (sept francs). N'oublions pas que, d'après C. Leber, la valeur des monnaies au xvi® siècle, correspondant à la valeur actuelle, a augmenté de six fois à six fois et demie.
Le papier était complètement en dehors de ce prix, et, comme aujourd'hui encore, fourni par les librùres.
Nous avons étudié le plus consciencieusement possible ce que pouvaient être, vers la fin du XVI' siècle , les conditions économiques de rimprimerie. Nous avons l'espoir que de savants bibliophiles nous viendront en aide par la recherche de documents détaillés et authentiques qui permettront de connaître les bases réelles de l'industrie typographique à cette époque.
ACHEVÉ d'imprimer
le vingt-cinq juillet mil huit cent soixante dix-sept