SCENE I
Hélas !
BÉRANGER
Qui peut t'affliger ?
ROSE
Tu le sais bien : le prix de la sagesse...
BÉRANGER
Eh bien ?
ROSE
Ce prix , on le donne tantôt ; Et le Roi , suivant sa promesse , Y doit ajouter une dot, Puis un mari...
BÉRANGER
C'est là ce qui fait ta tristesse?
ROSE
Je n'ai pas droit au prix : je n'ai que dix- huit ans , Il en faut vingt.
BÉRANGER
C'est vrai, la loi fixe cet âge.
ROSE
Il faut, jusqu'à vingt ans, qu'une fille soit sage... C'est long.
BÉRANGER
Oui, j'en conviens, c'est attendre long-temps: Aussi, rarement on le donne, Ce prix que l'on de'sire , et j'excepte Simonne , Qui le me'ritait bien.
ROSE
Elle le méritait !...
Je ne dis rien , car je suis bonne.
Sur son compte pourtant je sais un certain trait..
BÉRANGER
Dis-le-moi.
ROSE
Non , c'est un secret.
RÉRANGER.
Raison de plus.
Au moins !
ROSE
Mais n'en parle à personne
BERANGER
Non.
ROSE , se rapprochant et presque bas.
Tu sais bien que dans notre canton , L'an passe', courut une histoire :
Il s'agissait, nous disait-on, D'un loup-garou ; la chose était notoire , On l'avait vu , le fait était certain ; Il rôdait chaque nuit autour du grand jardin, D'où n'osait approcher personne. Le grand jardin est à mère Simonne...
Ecoute bien ceci.
BÉRA.NGER.;
Bon ! continue.
ROSE
Enfin, Un soir que nous venions de faire la veillée, Mes compagnes et moi , voilà que tout à coup
Nous entendons. . . Hou ! . . . hou . . . hou! . . . hou! . . Notre petite troupe en fut toute troublée... Moi, je tins bon : je suis un esprit fort.
Soudain je quitte l'assemblée , Je longe la clôture...
BÉRANCER.
Et que vois-tu?
ROSE
D'abord , Chez la mère Simonne on ouvre une fenêtre ,
Bientôt je vois quelqu'un paraître, C'était sa fille ; et puis arrive le lutin ,
I! l'aborde , il lui prend la main ,