‹ Une aventure de Charles V; ou, La rosière par ordonnance; comédie en un acte, en vers libresChapitre 8 sur 48 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

J'interroge bien mieux le cœur de mes sujets ; Je profite de l'anonyme :

De ce peuple chéri j'e'coute les discours ,

Je jouis doublement de la publique estime.

Parfois aussi j'apprends ce qu'on tait dans les cours , La ve'rite'. Trop faibles que nous sommes ! Princes , soyons de bonne foi , Si nous faisions moins voir le roi , Nous verrions plus souvent les hommes.

ROGER

Ah ! de la ve'rite' votre bouche est l'e'cho, Mais...

LE ROI

Mais. . . cher Argentier, ma foi, ne vous de'plaise, Je veux ici savourer à mon aise Les douceurs de l'incognito.

Je hais l'éclat 7 je fuis quand je le vois paraître.

ROGER

Sire, vous espe'rez vous cachez vainement, Tous vos sujets sauront vous reconnaître.

LE ROI

Quoi! sous cet obscur vêtement?

Vous croyez...

ROGER

Sous la bure on devine son maître.

Pourrez- vous de'pouiiler cet éclat imposant?... Leur cœur fera le reste.

LE ROI

Halte-là ! je vous prie,

Et ne vous mettez point en Irais:

Dans le village au moins quittons la flatterie...

IXous la reprendrons au palais. Sous le chaume toujours on dit ce que l'on pense , Et votre beau discours...

ROGER

Il n'était point flatte ;

i2 UNE AVENTURE DE CHARLES \

Vous demandez la vente , Et la vente vous offense.

LE ROI

Encore!... ah ! c'en est trop! vous vous corrigerez, Ou, parbleu !... Je vous veux conter une aventure... Vous avez de l'esprit, cher Argentier, j'augure Qu'elle vient bien à point... et vous l'appliquerez.

L'an dernier, suivant mon usage,

Je visitais l'un de nos ports ; Tous les matins j'allais sur le rivage. Des hauteurs d'un rocher qui dominait ses bords, J'aimais à contempler cette immense e'tendue

Que la mer offre à notre vue ; Mes nombreux courtisans admiraient plus que moi.

ROGER

C'est dans l'ordre.

LE ROI

Oui , je suis le Roi.

« Vovez, me disait l'un, cet océan immense, ce II reconnaît vos lois. — Cette mer qui mugit, » Disait l'autre, « vous obéit.

« — Vraiment? j'aime fort ma puissance, » Leur repondis-je , à ces sages propos ; « Quoi ! mon sceptre régit les flots?

t< Allons , et de plus près visitons mon domaine ,

« Suivez-moi tous. » On me suivit...

Je gagne du terrain , et petit à petit

Jusqu'au bord de l'eau je les mène.

(Ils ne voyaient pas mon dessein, Leur troupe à cette épreuve était peu préparée.)

C'était l'heure de la marée Et la mer pied à pied s'emparait du terrain. Sur le sable mouvant j'avance ; Le flot d'abord mouille... mon pied i oyal ;

Bientôt il grossit et s'élance :

Tous mes flatteurs se trouvaient assez mal,

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