LE CHEVALIER, LA MARQUISE, MATTA
Vous ici? J'ignorais cette aimable visite. Pourquoi ne m'avoir pas fait avertir plus vite?
LE CHEVALIER
Nous hésitions , madame , à vous voîer le temps , Que vous donniez sans doute à des soins importans. Le jour où l'on médite une grande parure , On désire être seul. A Paris , je vous jure Que l'ami le meilleur arrive toujours mal , Lorsque chez une femme il tombe un jour de bal.
MATTA
De ces à-propos-là , s'il faut que je le dise, Je ne manque jamais de faire la sottise j Aussi me recoit-on sans cesse avec humeur.
2U Ui\E AVENTURE DE GRAMMONT.
LA MARQUISE
Ici VOUS n'avez point à craindre un tel malheur. Lorsqu'on donne à la cour une fêle brillante, Sans dédaigner le soin d'y paraître élégante , Je n'y consacre pas les momens précieux , Qu'auprès de ses amis on peut employer mieux. Mais d'ailleurs aujourd'hui , soit raison ou caprice . Du bal et des plaisirs je fais le sacrifice.
LE CHEVALIER
Eh quoi ! prétendez-vous seule vous affranchir De l'obligation d'animer, d'embellir Une fêle où. le goût el la magnificence Ravissent tous les yeux moins que votre présence? Ah I ne nous traitez pas avec tant de rigueur I
MATTA
Vous ne parlez ainsi que pour nous faire peur, D'humeur el de dépit vous seriez accusée.
Non , pour de tels plaisirs je suis mal disposée.
Je me sens Tàme iriste et l'esprit inquiet ;
De ce vague chagrin , sans savoir le sujet ,
Je tenterais en vain de vouloir me distraire ;
Car loin de s'en lasser, mon cœur semble au contraire
Y trouver quelque charme.
LE CHEVALIER , à part.
Ah .' quel aveu charmant J
MATTA , à part.
Serait-ce moi?
LA MARQUISE
D'ailleurs , à parler franchement , Ces grands bals m'ont paru de tout temps insipides. Qu'y va-t-on recueillir? des compliments perfides . Les soupirs alfeolés d'un sot avantageux , Ou bien , d'un grand seigneur l'hommage dédaigneux. Là, de l'unique o'DJel dont notre âme est émue ,