MATTA, THERME
MATTA
Chez ces dames ton maître est-il en ce moment?
THERiME.
Pour les conduire au bal il est venu les prendre, Et déjà tous les trois sont partis pour s'y rendre. Je croyais qu avec lui vous étiez à la cour?
MATTA avec humeur.
S'il ne m'avait joué le plus indigne tour J'y serais en e/ïet; mais son humeur joyeuse A vouiu m imposer la faveur précieuse De souper, tête à léte, avec le vieux. Marquis.
THERME
Ce soir même? et quel crime avez-vous donc commis Pour avoir à subir une telle sentence?
Quel crime! ah! dis plutôt un excès d'innocence. Mais qu'on me paye ou non de ce généreux irait, Je le ferai servir à quelque autre intérêt.
THERME
C'est bien prendre la chose.
MATTA
Oui, dans cette journée Je veux du Chevalier fixer la destinée.
THERME
Et comment, s'il vous plaît?
MATTA
En obtenant pour lui, La main du tendre objet qui Tencbaîne aujourd'hui.
THERME à part.
Peste soit du p» ojet. (Haut.) Quoi, marier mon maître? Vous, son meilleur ami! d'un procédé si traître Vous êtes incapable....
MATTA
Eb .' puis-je faire mieux?
La nièce du Marquis a de nobles aieux.
THERME
Mais pour le marier, songez donc, je tous prie, A ses goûts inconstants, à son étourderie,
MATTA
C'est parce que j'y songe, et veux l'en corriger, Que j'ai formé ce planj il est temps de changer Sa conduite frivole et souvent périlleuse, Pour rhonnéte repos d'une existence heureuse.
THERME
Cet honnête repos, ou je me trompe fort, Doit beaucoup ressembler au calme de la mortj Et mon maître, monsieur, s'amuse trop à vivre Pour goûter un conseil si dangereux à suivre.
MATTA
Il ne s'amuse pas autant que tu le croi. Et tu peux sur ce fait t'en rapporter à moi : Depuis plus de dix ans l'amitié nous enchaîne^ J'ai suivi malgré moi le torrent qui l'entraîne, Et je sais mieux qu'un autre à quel point ce fracas De revers, de succès, lui cause d'embarras; Et combien fort souvent les soins et les fatigues, De conduire à la fois une foule d'intrigues, De jouer sans argent, d'emprunter sans crédit, Bien loin de l'amuser, lai font perdre l'esprit.