ACTE II, *SCÈNE V
L'ignorant, sur Tlnstoire à chaque instant radote^ El prête à Xénophon ce que dit Hérodote.
MATTA à part.
Quoi! c'est là le sujet? Diable soit de l'auteur, Arec sa dédicace ; il ma fait une peur.. . .
LE BIARgUIS.
L'ennuyeux écrivain ! Que le ciel vous préserve De le lire jamais.
UN LAQUAIS annonçant.
Monsieur veut- il qu'on serve?
LE MARQUIS
Oui. (AMatta.) J'ai dit qu'on nous fit souper dans ce salon.
^ous y causerons mieux des filles d'Apollon,
De leurs divins travaux j mon cher, que vous en semble?
MATTA
Si vous le permettez , nous parlerons ensemble De femmes un peu moins savantes.
LE MARQUIS
J'y consens.
MATTA
Laissons les gens d'esprit leur prodiguer l'encens.
LE MARQUIS à part.
Ah î comme avec adresse il me donne le change!
MATTA en se mettant à table.
Ma foi sur le souper il faut que je me venge, C'est l unique moyen de prendre mon parti.
LE MARQUIS
Buvons Vous offrirai- je un peu de ce rôti?
MATTA
Volontiers.
LE MARQUIS
Vous avez tous les dons , sur mon âme :
Convive du mari , soupirant de la femme , Aimable pour chacun , de tous deux, bien venu.
MATTA
De votre femme! moi le soupirant connu?
LE MARQUIS
Eh quoi ! prendriez -vous ce nom pour une ofifense? Je serais fort blessé de cette irrévérence. Apprenez que ma femme a bien assez d'appas , Pour voir mille galans enchaînés à ses pas ; Et qu'épris de ses yeux , des gens du haut parage , Nont pas cru s'abaisser en lui rendant hommage.
De ses attraits bien loin de nier le pouvoir, Croyez que le respect, la crainte, le devoir, Ont seuls....
LE MARQUIS , fort animé.
Dirait-on pas que chercher à lui plaire Est un soin ridicule?
MATTA
Allons, point de colère:
Si près d'elle j'obtiens quelque espoir de retour, Puisque vous l'ordonnez , je lui ferai la cour.
LE MARQUIS
De nos maris jaloux je n'ai point le système , Et rien ne peut troubler ma confiance extrême.
MATTA
Ah ! c'est aussi montrer trop de tranquillité I
LE MARQUIS
Non , j'ai trois sûrs garans de ma sécurité :
Le premier est , d'abord , la vertu de ma femme ;
Après , le sentiment qui pour moi seul l'enflamme ;
Et pour troisième, enfin, l'avantage réel
De joindre à certain air un esprit naturel