SCENE PREMIÈRE
LA MARQUISE, MEUVILLE.
MERVILLE
Ah î madame , daignez prendre ici m^a défense , Ou de fléchir son cœur je perds toute espérance.
LA MARQUISE
Mais comment se fail-il qu avec autant d'amour Elle et vous ne soyez jamais d'accord un jour? Delphine a , cependant, le plus doux caractère.
MERVILLE
J'en conviens avec vous ; mais son humeur légère ,
Et son goiit décidé pour les hrillants succès ,
De querelle entre nous sont d'éternels sujets.
Je m'étais bien promis , comptant sur mon courage,
De la voir plaire à tous , sans concevoir d'ombrage :
J'étais déjà plus calme , et j'osais me flatter
De pouvoir Tadorer, sans trop la tourmenter,
Lorsque du ChevaSier la funeste présence
Est venue en ces lieux. . . .
LA MARQUISE
Bon , quelle extravagance !
C'est monsieur de Grammout qui vous met en courroux 7
MER VILLE
Vraiment il est permis cVen devenir jaloux. On vante à chaque instant sa grâce naturelle , Sa gaîté, son esprit^ enfin c'est un modèle Que l'on doit imiter si Ton veut réussir ; Mais qui pourrait si bien et flatter et mentir?
LA MARQUISE
Sur ce point , il est vrai , son adresse est extrême, Et si l'amant flatteur était celui qu'on aime, Je plaindrais votre sort -y mais vous ne savez pas Que parfois un grondeur a pour nous plus d'appas, Et qu'à ces doux propos dictés par l'imposture Nous préférons souvent une sincère injure.
MERVILLE
Delphine, croyez-moi, pense différemment.
LA MARQUISE
L'esprit du Chevalier l'a sédaile un moment. D'un hommage éclatant, sa jeunesse étonnée A le bien accueillir fut sans doute entraînée. Se voir, à dix-sept ans , l'objet des tendres soins Du héros de la cour , en avoir pour témoins Cent femmes dont le coeur aspirait à la gloire Devoir leurs noms cités dans sa galante histoire, L'emporter à leurs yeux ! . . . . Un triomphe si beau , Des plus sac;es vraiment troublerait le cerveau. Mais je connais Delphine , et je puis vous promettre Quaux lois d'un tel amant bien loin de se soumettre, Elle résistera sans efforts à ses vœux. IN'a-t-il pas des défauts qui frappent tous les yeux?
Et voilà justement ce qui me désespère î Je le craindrais bien moins s'il était plus sincère ; Mais ce sont ses défauts qui le rendent charmant. Son cœur froid et léger lui laisse à tout moment Leloisu" d'exprimer, du ton le plus aimable,