‹ Une bienfaitrice de l'Hotel-Dieu de ParisChapitre 1 sur 2 · Une bienfaitrice de l'Hotel-Dieu de Paris · texte numérisé non relu

Une bienfaitrice de l'Hotel-Dieu de Paris

En 17^9 mourait, dans un appartement qu'elle occupait à Paris, dans l'enclos extérieur de la communauté des fdles de Saint-Joseph, rue Saint-Dominique, une femme de soixante-dix ans, en qui s'éteignait la branche principale d'une famille illustrée par l'un des meilleurs ministres de Louis XIV, par l'habile négociateur Hugues de Lionne.

La marquise de Lionne, dernière du nom, mourait vingt-huit ans après son mari, Cliarles Hugues de Lionne, marquis de Berny, petit-fils du ministre. Héritière de son mari, dont la fortune était considérable, elle léguait la plus plus grande partie de cette fortune à l'Hôtel- Dieu et à l'Hôpital général.

Qui était donc cette grande dame, dont la pensée dernière était pour les pauvres et les malades? Quelles épreuves avaient traversé sa

vio pour qu'elle terminât ses jours dans la retraite, loin du monde élégant où il semble qu'elle aurait du briller? C'est ce que je veux dire ici, pour honorer le nom et le souvenir d'une de nos bienlaitrices, et pour remettre en mémoire un épisode curieux de notre histoire judiciaiie, un procès qui eut, il y a cent soixante-sept ans, le plus grand retentissement, aussi bien à Paris qu'au pied de nos Vosges alsaciennes, dans la vieille cité impériale de Golmar, siège de l'ancien conseil souverain d'Alsace.

Dans les derniers mois de cette année 1709 qui fut désastreuse pour la France — ce fut l'année de Malplaquet — désastreuse pour l'Europe entière, que désola un hiver terrible, le régiment d'Aunis tenait garnison dans les lignes de VVissembourg.

Ce régiment avait pour colonel un jeune et brillant seigneur de vingt-neuf ans qui, depuis cinq ans, avait succédé, dans cette charge, au marquis de Polignac; c'était le marquis Charles- Hugues de Lionne.

Très éprouvé pendant la campagne précédente, oii son commandant avait été blessé, le régiment d'Aunis était venu se reJ'aire dans cette brave petite ville de Wissembourg, de tout temps si hospitalière au soldat.

Le marquis de Lionne, petit-fds du célèbre

ministre, avait l'âme tendre et l'immeui' galante qui, au dire de Madame de Sévigné et de Bussy- Rabutin, distinguaient si bien sa grand'mère Paule Payen. C'était, dit un autre témoin, Saint- Simon, rcun homme fort bien fait et distingué à la guerre 11.

Le galant officier n'avait pas tardé, grâce aux loisirs de la vie de garnison , à remarquer une jeune et jolie bourgeoise de Wissembourg, dont la beauté lit sur lui une impression vive et profonde.

Marie-Sophie Jaeger — elle allait avoir vingt ans — était la fille de Jean-Henri Jaeger, propriétaire de l'auberge de l'Etoile.

Le jeune marquis espéra sans doute — nous pouvons sans témérité le supposer — que son nom, son rang et son charme personnel suffiraient à éblouir la jeune fdle, et il lit tout pour parvenir à ses fins, sans rien compromettre que l'honneur de la jeune fille, qui devait passer à ses yeux pour fort peu de chose.

Mais Sophie Jaeger était une honnête fille et ses parents de braves gens, de plus fort avisés, ce qui n'a jamais rien gâté.

La passion du jeune marquis, excitée au plus haut point par les obstacles qu'elle rencontrait, devint si forte , qu'il mit aux pieds de la jeune Alsacienne le nom et la fortune des Lionne.

Le dimanche 17 novembre 1709, donc, au milieu d'un grand concours de peuple attiré par un spectacle aussi inusité, fut célébré dans l'église de Wissembourg, par le supérieur des Capucins, curé de la ville, le mariage entre haut et puissant seigneur Charles-Hugues de Lionne, colonel du régiment d'Aunis, marquis de Berny, Fresnes et autres lieux, gouverneur de la ville de Romans en Daupln'né, et damoiselle Marie .Taeger, fdle du sieur Henri Jœger, conseiller de la villes

On pourra voir, par le texte reproduit in extenso aux preuves, que les plus minutieuses formalités accompagnèrent la célébration de ce mariage, si disproportionné quant au rang social des époux.

Le curé, rédacteur de l'acte, dit en termes exprès que ce mariage a été bien examiné par lui, pour prévenir tous les empêchements que l'on pourrait faire naître et alléguer après ledit mariage, qui a été conclu avec l'autorité supérieure de monseigneur le vicaire général.

Interrogé particulièrement, le marquis déclare que, ses parents étant morts, personne ne pouvait s'opposer à ce mariage; que, de plus, un

' Lionne obtint facilenaent que la modeste profession de son beaupère ne fût point mentionnée dans les actes publics rédigés à l'occasion de son mariage.

colonel n'avait pas besoin du consentement du Roi pour se marier.

Le mariage religieux, le seul qui existât alors, fut donc prononcé en présence de Dupont de la Gravière, lieutenant-colonel à la suite du régiment de Berry, témoin du marié, de H. Jaeger, J.-B. Bell, greffier du grand Sénat de Wissembourg, de J. Cristophe Bing, maître du corps des marchands de la ville, et du notaire Dauenheim, témoins de la mariée.

. Contrat de mariage avait été, la veille, passé par-devant le même notaire Dauenheim, par lequel M. de Lionne reconnaissait avoir reçu de sa future une dot de 3 0,000 livres, promettait à celle-ci un douaire de 6,000 francs, argent de France, et lui faisait donation de tous ses biens dans le cas oii il décéderait sans enfants.

Voilà donc le mariage célébré dans les formes les plus solennelles; il fut même aussitôt consommé, si Ton s'en rapporte au témoignage d'un contemporain qui, trente ans plus tard, raconta cette curieuse affaire dans un livre devenu rare^

Dès ce moment, dit notre auteur, M. de Lionne logea chez sa nouvelle épouse, et il y habita quelques jours avec elle , au vu et au su de toute la ville.

' Recueil d'arrêts notables du Conseil souverain d'Alsace. Colmar, chez Decker. 17/10. (Bibliothèque nationale de Paris, F.i739, c.)

M. de Lionne avait obtenu du cuié de Wissembourg que l'acte de la céb^bration du mariage ne fut pas enregistré, mais qu'il en lui l'ait seulement une expédition en forme autbentique et sur feuille volante; du côté du notaire, il avait eu soin de prendre les mêmes précautions. Celui-ci, en effet, quelque étrange que cela puisse paraître, ne conserva point la minute du contrat de mariage, il en fit seulement un double original pour chacune des parties.

Tout cela est significatif. Il est de la dernière évidence que M. de Lionne avait déjà arrêté dans son esprit le plan de la conduite qu'il entendait tenir bientôt vis-à-vis de sa jeune femme, et il est difticile de croire, avec l'auteur du réjcit inséré dans le Recueil des arrêts notables d'Alsace, qu'il fallut faire violence au jeune marquis. pour le déterminer à commencer l'odieux procès qui devait durer dix ans.

Il ne s'était pas écoulé sept semaines depuis la célébration de son mariage, que M. de Lionne commença de mettre tout en œuvre pour en faire prononcer la nullité, feignant de s'apercevoir, seulement alors, qu'il s'était mésallié.

Sous prétexte de faire taire, par une feinte soumission, le ressentiment du Roi et de sa famille, il parvint à obtenir de sa femme et de son beau-père qu'ils signassent, devant un notaire de

Strasbourg (^y décembre 1709), un acte qui était, de la part de Madame de Lionne, une véritable renonciation à ses droits d'épouse.

M. de Lionne y déclarait qu'il avait eu le malheur de devenir éperdument amoureux de la demoiselle Jaeger, qu'il avait oublié ce .qu'il devait au Roi, à sa famille et aux ordonnances du royaume, que son mariage était nul parce qu'il n'y avait pas eu publication des bans, que la dispense de bans accordée par le grand vicaire de Spire était abusive, qu'il n'y avait pas eu de proclamation du mariage par le curé de sa paroisse, à lui de Lionne, etc.; on lira tout au long, dans les documents que nous publions, ce chef-d'œuvre de mauvaise foi et de fourberie.

Sophie Jaeger, de son côté, déclare qu'elle Ignorait les ordonnances qui s'opposaient à sonmariage, dont elle reconnaît la nullité, et que les 3 0,0 00 hvres de sa dot n'ont pas été versées réellement entre les mains de M. de Lionne.

Enfin M. de Lionne, faisant parade de générosité, abandonnait par ce même acte à Sophie Jceger une somme de /i 0,0 00 livres en rentes sur l'Hôtel de Ville de Paris.-

C'était le prix du déshonneur de. la jeune femme, et l'on s'explique difficilement comment les parents, qui avaient su obtenir du marquis les engagements les plus formels (voir les

preuves), comment Sophie Jœger elle-même, purent être amenés à signer un pareil acte.

Mais ce ne fut là qu'une faiblesse passagère. Madame de Lionne comprend la faute qu'elle a commise; habilement conseillée d'ailleurs, elle ne se laissera plus intimider, et maintenant va commencer et se continuer pendant dix ans, avec des alternatives de gain ou de perte pour les deux parties en présence, un véritable duel judiciaire.

Dès ce jour la séparation eut lieu entre les deux époux. M. de Lionne se rendit à Paris, où il eut à subir les quolibets de quelques dames du bel air, pour ce qu'elles appelèrent une aventure de garnison et une galante équipée. Madame de Lionne se réfugia d'abord dans un couvent de Metz; mais bientôt la nécessité de surveiller la marche de son procès l'obligea à venir à Colmar. Elle y resta plusieurs années, logée chez un honorable officier du Conseil souverain, le sieur Jean Calmet.

Le 3o avril 1 7 1 o, M. de Lionne, sur l'avis de trois avocats au Conseil souverain d'Alsace, interjette appel comme d'abus du prétendu acte de célébration de mariage. Sa femme constitue procureur et la cause est appelée pour le 2 1 mai. Mais M. de Lionne se sentant, en Alsace, sur un terrain. peu favorable, obtient des lettres d'Etat

qui lui permettent de se soustraire, pour un temps, à la juiidiction du Conseil souverain.

Il porte alors l'affaire au Chatelet de Paris.

Madame de Liomie quitte Colmar, vient à Paris, où elle prend domicile au couvent des dames anglaises du faubourg Saint-Antoine.

Ne pouvant tirer aucun secours de sa famille, ne recevant pas la moindre parcelle de la pension que son indigne mari s'était engagé à lui servir. Madame de Lionne se fût trouvée dans le plus cruel embarras , si elle n'eiit rencontré auprès d'un brave bourgeois de Paris, le sieur Doublet, l'aide la plus généreuse.

Madame de Lionne obtient d'abord du Conseil de Colmai' un arrêt déclarant qu'il n'y a eu abus dans la célébration du mariage, et qui condamne le marquis de Lionne à l'amende et aux dépens.

M. de Lionne riposte par une sentence du Chatelet de Paris (3o juin 171/1), qui fait défenses à la demoiselle Jœger de se qualifier femme du marquis de Lionne, avec dépens.

Cette sentence avait été rendue par défaut.

En effet. Madame de Lionne soutint constamment que, le mariage ayant eu lieu en Alsace, ses juges naturels étaient à Colmar, et elle se refusa à reconnaître la compétence du Chatelet de Paris. Elle ajoutait que l'instance ayant été com-

mencéeà Colniar par l'appel comme d'abus, premier acte d'hostilité de son mari, c'était à Golmar qu'elle devait finir; on verra tout à l'heure que son système devait triomplier.

Pour soutenir ce système par un acte régulier de procédure, elle obtient de la Chancellerie du Parlement, le 7 juillet, un Pareatis sur l'arrêt du Conseil de Colmar du 28 juin, et forme opposition à la sentence du Châtelet du 3 0 juin, comme rendue. par un juge incompétent.

Nouvelle requête du marquis de Lionne au lieutenant civil, à ce que défenses soient faites à la demoiselle Jœger de se qualifier femme dudit de Lionne, sous peine de prison.

Madame de Lionne assigne son mari au Conseil de Colmar, afin qu'il soit condamné à lui payer une provision de 3o,ooo livres pour subvenir à ses besoins.

Alors, sentence du Châtelet qui décharge ]\I. de Lionne de l'assignation à lui donnée au Consed de Colmar.

Les choses auraient pu traîner longtemps ainsi, et ce conflit entre les deux juridictions se continuer indéfiniment, si, par une évolution de procédure, due à Ton ne sait quelle influence, la cause n'eût, à ce moment, été portée au Conseil d'État.

Les nouveaux juges instruisent l'affaire et.

pour éclairer leur conscience, veulent avoir entre les mains toutes les pièces du procès.

J'ai dit plus liant que, dans un but qu'on devine aisément, M. de Lionne n'avait laissé aucune autre preuve de son mariage que des copies , en forme authentique il est vrai, remises à chacune des parties.

Madame de Lionne s'était dessaisie des copies entre ses mains lorsque, par l'acte du 97 décembre 1709, elle avait, cédant aux obsessions de son mari, reconnu la prétendue nullité de son mariage; ces pièces avaient été remises à M. de Maupeou, inspecteur général de l'infanterie, ami personnel de M. de Lionne.

Celui-ci restait donc chargé d'un dépôt qui ne laissait pas de lui être un sérieux embarras. Il fut, sans doute, tenté de le livrer à M. de Lionne; mais, avant de le faire, il prit conseil d'un ecclésiastique de Strasbourg. Ce sage conseiller représenta à M. de Maupeou quel risque d'être supprimées courraient ces pièces, et combien c'était chose grave de détruire des actes qui constataient l'état civil de deux personnes.

Les actes restèrent en la possession de M. de Maupeou, et ce fut le salut pour Madame de Lionne.

En effet, un arrêt du Conseil d'État ordonna à M. de Maupeou de remettre au notaire Gués-

don, ù Paris, pour être prodiiiles en justice, les copies authentiques qu'il possédait.

C'est sur le vu de ces pièces que le Conseil du Roi, au rapport de M. Tacherau de Baudry, par arrêt du 28 janvier 1709, renvoya les parties au Conseil supérieur de Colniar, et condamna le marquis de Lionne à tous les dépens.

Voilà donc les juges alsaciens saisis de nouveau de l'affaire, et, cette lois, en dernier ressort et souverainement.

Madame de Lionne persistait dans ses demandes, déjà formulées, que la qualité de femme légitime de M. de Lionne lui fut reconnue, que son mari fût condamné à lui payer une somme de 5 0,0 00 livres, qui devait servir à acquitter les dettes qu'elle avait contractées pendant la durée de ce long procès, et à lui servir une rente annuelle de 10,000 livres.

M. de Lionne, avec plus d'audace que jamais, affirmant qu'il n'y avait jamais eu célébration de mariage, demandait que défenses fussent faites à la demoiselle Jaeger de se qualifier marquise de Lionne, sous peine de 3,ooo livres d'amende.

Les plaidoiries durèrent cinq audiences.

Maître Basque, avocat de M. de Lionne, soutenait que le fait de la célébration du mariage ne pouvait se prouver que par un extrait du registre paroissial , que le registre de Wissembourg,

sans aucun blanc ni lacune, ne renfermait pas l'acte de mariage de M de Lionne, et que, par conséquent, ce mariage n'avait pas eu lieu.

L'avocat Mathieu eut l'enviable mission de parler au nom de la conscience et de la morale publique audacieusement défiées; il le fit avec éloquence et habileté. Il remit sous les yeux des juges les promesses formelles du marquis, sa demande de dispense de bans, le contrat de mariage, les certificats signés du curé et des témoins de la célébration du mariage : rrSi tout cela n'est pas admissible, ajouta-t-il, rien dans le monde ne pourra se prouver, n

L'avocat général Le Laboureur prit des conclusions conformes, et le 2 décembre 1719, le Conseil souverain d'Alsace, par arrêt définitif, maintint et garda Madame de Lionne dans son état et quahté de femme et légitime épouse du marquis de Lionne, condamna celui-ci à servir à sa femme une pension annuelle de 6,000 livres, payable par quartier et d'avance, et, de plus, à lui rembourser toutes les dépenses qu'elle justifierait avoir faites depuis son mariage, tant pour sa nourriture et son entretien que pour les frais et dépens du procès.

Madame de Lionne ne pouvait désirer une victoire plus complète.

Les deux époux continuèrent de vivre sépa-

rés. Madame de Lionne comprit qu'elle devait garder à l'abri de tout injurieux soupçon le nom illustre dont la possession lui avait coûté tant de courageux elTorts: jeune femme de trente ans, elle se condannia à la retraite rigoureuse où elle devait passer les quarante années qu'il lui restait à vivre.

Un acte de 1729, par lequel le marquis de Lionne constituait une rente de t2,5oo livres au profit du comte de Lassay, nous apprend que la marquise habitait alors au monastère de Saint- Magloire, rue Saint-Denis.

Quelques années plus tard elle vint occuper, dans la communauté de Saint- Joseph , un grand appartement dont le loyer annuel était de y/iB livres; c'est là qu'elle mourut le 3i octobre de l'année 1769.

Madame de Lionne était alors veuve depuis vingt-huit ans; le marquis de Lionne s'était réconcilié avec sa femme avant sa mort, survenue le 1 3 juin 1781, dans un des pavillons de l'hôtel de Lassay, rue de l'Université.

La copie du testament de M. de Lionne, que possèdent nos archives, nous apprend que celui-ci n'avait fait son testament qu'après en avoir conféré avec Madame de Lionne , qui lui avait témoigné qu'elle se ferait un plaisir d'en consentir l'exécution.

En effet, le lendemain de la rédaction du testament, les notaires qui l'avaient reçu se transportèrent au couvent de Saint-Magloire, chez Madame de Lionne, et lui donnèrent lecture des dernières volontés de son mari. Madame de Lionne déclara qu'elle consentait à leur exécution en tout leur contenu. Acte de cette déclaration fut pris par les notaires.

Ce n'étaient point là d'inutiles formalités, car M. de Lionne laissait une fdle naturelle. Nous sommes du moins fondés à croire qu'une certaine Marie Claude, mentionnée dans le testament, rc que M. Faget, chirurgien de la duchesse douairière devait faire connaître ^■) et à laquelle il léguait une pension viagère de /loo livres et une somme de 3,ooo hvres, était une fille de M. de Lionne née hors mariage.' . Madame de Lionne n'abandonna pas cette enfant; elle veilla avec sollicitude sur elle, et en 1754, probablement à l'occasion de son mariage, elle lui donna les 3,ooo livres à elle léguées par M. de Lionne, augmentées de 1,800 livres d'intérêt.

La marquise de Lionne héritait de son mari, en vertu de la donation de mariage de 1709.

Nous n'avons pas de données précises sur la fortune du marquis de Lionne, mais elle devait être considérable, car, outre l'héritage paternel,

il avait eu, à la mort de sa mère Renéede Lionne, une somme de 35o,ooo livres, et de plus il avait hérité, pour un quart, de son oncle l'abbé de Lionne.

Une grande partie de cette fortune était en terres situées dans le Dauphiné. Madame de Lionne, après avoir affermé pendant plusieurs années les revenus de Glaveyson, de Mureils et de Mercurol , vendit ces seigneuries en lyôS pour une somme totale de ^68,000 livres'.

Les documents conservés aux archives de l'Assistance publique ne nous apprennent plus rien sur Madame de Lionne. Après tout le bruit qu'avait fait son procès, elle entra volontairement dans le silence et dans l'obscurité. Saint- Simon, dont le témoignage ne peut être suspect, dit cf qu'elle mena une vie très sage et qui la fit estimer Tî.

Gomment, après un tel témoignage, M. le docteur Chevallier, auteur d'une notice intéressante sur la famille de Lionne '\ a-t-il pu dire que

' Deux ans plus tard, elle vendit sa maison de la rue Vivienne à Claude Godard Dancourt, fermier général , pour }e prix de 190,000 livres.

- Insérée dans le BuUelin de la Société déparlcmentale d'archéologie et de statistique de laDrôme, année 1877,. /io° et hi' livraisons.

Les documents dont je me suis servi dans le présent travail semblent avoir échappé aux recherches de M. Tabbé U. Chevallier, qui , en 1875, vint consulter, aux archives de l'Assistance publique, les litres de la lamillo de Lionne.

M. (le Lionne, ff croyant être tombé dans un guetapens conjugal, Marie Sophie ne fut sa femme que de nom, et qu'il la fit enfermer dans un couvent d'où elle ne sortit qu'après la mort de de son marin?

Il m'a semblé que j'avais le devoir de laver la mémoire de notre bienfaitrice d'une accusation aussi grave et aussi imméritée. Je crois avoir surabondamment démontré que le guet-apens fut dressé par le marquis de Lionne, et que si l'on put appliquer à ce perfide le mot de La Fontaine :

Tel cuide engeigner autrui

Qui souvent s'engeigne soi-même,

ce fut grâce à l'indomptable énergie de Marie Sophie.

S'imagine-t-on de quelle force d'âme devait être douée notre vaillante Alsacienne , pour lutter non seulement contre son mari et la puissante famille de celui-ci, mais contre cette société brillante et corrompue, disposée à faire bon marché de son honneur de jeune fille et de la sainteté des sacrements.

Qu'on n'oublie pas, en effet, qu'au moment où le jugement définitif fut rendu, l'on était en pleine Régence, et que tout à l'heure Dubois, faisant arracher par M. de Breteuil la page du

registre paroissial qui constatait son mariage, supprimera ainsi l'obstacle qui l'empêchait d'atteindre au cardinalat.

On lira avec intérêt la longue et curieuse procédure que je publie plus loin; j'en ai résumé seulement, ici, les traits principaux, afin de bien faire comprendre au lecteur les phases diverses de ce procès fameux, qui fut une des causes célèbres de notre chère Alsace au commencement du xvui^ siècle.

L BRIl^LE.

CD

■ri

oj o

CD o

fil -T-

CD

cd

;ri

CD

Jh CD

Page 1