SCÈNE XXL LAMBERT, BOURDET
LAMBERT
Hum! hum ! Bourdet, mon cher Bourdet, c'est parce que je connais tes excellentes qualités...
Pardon , si je vous interromps. Vous commencez mon panégyrique... je vous devine... vous avez un service à me demander ?
LAMBERT
Oui.
BOURDET
Je suis tout prêt.
LAMBERT
Sans savoir? ^
BOURDET
Sans savoir. Depuis ce matin, je commence par dire toujours non , et je finis toujours par dire oui ; autant -consentir tout de suite. Parlez, je vous écoule.
LAMBERT
Je me félicite de le voir dans de telles dispositions... Ce que j'ai à te dire...
BOURDET
Pas de préambule. Au fait.
LAMBERT
Au fait? Je te conOe ma femme.
BOURDET
Qu'est ce que vous me dites ?
LAMBERT
Je te confie ma femme. Une circonstance imprévue, une nouvelle que j'ai apprise ce matin, et qu'il est inutile de l'expliquer, me forcent de quitter précipitamment Paris , où nous ne sommes arrivés qu'hier , de ra'embarquer...
BOURDET
Pour l'Angleterre?
LAMBERT
Peut-être. Je ne puis pas emmener Henriette; la fatigue de la route, de la traversée, un voyage qui peut durer... tu comprends... Je la conduis ici, et je pars aussi tranquille que si je la laissais à sa mère.
BOURDET
Lambert ?
LAMBERT
Cher ami?
BOURDET
Lambert, avez- vous lu la Nouvelle Héloïse?
LAMBERT
Oui.
BOURDET
Quepensez-vous de M. de Volmar qui consent que Saint-Preux revoie sa femme ?