‹ Une bonne réputation, comédie en un acte, en proseChapitre 42 sur 52 · SCENE XXlll · texte numérisé non relu

SCENE XXlll

HENRIETTE

C'est votre secret... je ne vous le demande pas... Chacun a les siens.

BOURDETé

Oui.

HENRIETTE

Vous rappelez-vous cette querelle dont nous avons été témoins un jour, et dont le dénouement nous fit tant rire?

BOURDET

jSous les saules qui bordaient la rivière?... Certainement.

HENRIETTE

Cet élégant arrivé de Paris qui faisait la cour à toutes 4es dames de la ville.

BOURDET

Ce beau monsieur, ganté, parfumé, pincé, frisé.. .^^

Et qui se prit de dispute avec Jean-Pierre, le fils du fermier...

BOURDET

Un croc en jambe et un coup de poing, le voilà pa*" terre.

HENRIETTE

C'est-à-dire, dans Teau... H y était entré avec de superbes cheveux noirs...

BOURDET

Et il en sortit avec une crinière grise...

HENRIETTE, riant.

Ha ! ha î il disait que c'était un elTei nerveux ! Haî ha !

BOURDET

Ha! ha!... {S'arrêtant tout-à-coup.) Qu'est-ce que je fais donc, moi ?... Je ris... je ris...

HENRIETTE

Ce sont là de bons souvenirs d'un temps qui ne reviendra plus.

BOURDET

Vous ne le regrettez pas ?

HENRIETTE

Si... quelquefois. ^ '

BOURDET, à part.

Je marche sur un terrain glissant... tenons-nous bien !... tenons-nous bien î...

' ^^ HENRIETTE

Pendant l'absence de M. Lambert , nous passerons le temps comme autrefois, entre l'étude, la lecture, la promenade. Vous me donnerez encore des leçons... vous verrez, je crois que j'ai|fail des progrès...

BOURDET

Oh ! depuis longtemps je ne m'occupe plus de peinture... Je ne sais plus rien.

HENRIETTE

Je suis sûre du contraire... Vous viendrez encore vous asseoir à côté de moi... vous me donnerez des conseils, des éloges si j'en mérite... vous me gronderez aussi... Si nous faisions une surprise à M. Lambert ?... faites mon portrait.

BOURDET

Moi ?

HENRIETTE

Voulez-vous ?

SCENK XXI ir. é7

BGURDET.

Non... non .. c*esl impossible.

HENRIETTE

Eh bien ! j'essayerai de faire le vôtre...

BGURDET.

Le mien!.,.

Pour M. Lambert... cela lui fera plaisir... de ma main. Vous consentez?

BOCRDET.

Non... non...

HENRIETTE

Vous consentirez ; et puis, après le travail, nous causerons comme toul-à-l'heure... On dit que les environs sont charmans... Vous me donnerez le bras.

BOURDET, à part.

Et Lambert qui disait qu'elle aimait la solitude l Tous les maris sont de même.

HENRIETTE

J'ai besoin de me distraire... car j'ai de grands su^jets d*être triste , allez. Et maintenant même je suis peut-être exposée à un malheur... Je vous conterai mes chagrins... et vous me direz les vôtres.

BOURDET

Je n'en ai pas !

HENRIETTE

Est-ce que c'est possible ?... avec un cœur comme le vôtre... Une sensibilité...

BOURDET

Je n'ai pas bon cœur... je ne suis pas sensible...

HENRIETTE

Chacun a ses peines. Je ne sais plus qui a dit : La première moitié de la vie se passe à désirer la seconde, et la seconde à regretter la première... C'est une grande vérité.

BOURDET

Oui... une grande vérité... {A part.) Qu'est-ce que je fais donc, moi?... je m'attendris.*.

HENRIETTE

J*ai beaucoup réfléchi depuis que nous ne nous sommes vus, mon bon Julien !

BOURDET, à part.

Julien !... elle m'appelle Julien !

HENRIETTE

Quand on estjenne, on forme des projets, on fait des rêves qui ne se rélaisent pas... Ah !

BOURDET, à part.

Elle soupire !

HENRIETTE

Le temps se passe... On impose silence à son cœur, on n'écoute que la raison.

BOURDET, à part.

Elle n'aime pas son mari, c'est clair... Pauvre Lambert !

HENRIETTE

On souffre... on se rappelle... et il faut aux yeux du monde paraître heureuse !

BOURDET, à part.

Et c'est elle qui me parle ainsi!... elle, que je croyais

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