ERNEST, CÉCILE
CÉCILE. Répondez, monsieur, qu'avez-vous fait depuis un an que nous nous sommes quittés?
ERNEST. Ce que j'ai fait? Mais vous devez le savoir par cœur, ma chère Cécile... Je me
suis ennuyé à cause de vous, d'abord, que je ne voyais plus, et à cause de mou chef de division que je voyais tous les jours. Aussi hier ça me fait penser que je ne vous ai pas embrassée.,, etjevous demande la permission...
CÉCILE, se reculant. Par exemple! y pensez-vous Ernest !
ERNEST. C'est-à-dire que je ne pense qu'à ça.
MAGASIN THEATRAL
CÉCILE.- Taisez-vous, ou je me sauve...
ERNEST, s animant. Ah ça, mais c'est donc ici comme au luinistère ! je suis condamné à être toujours surnuméraire!
CÉCILE, riVm^ Je ne suis pas plus avare que voire chef de division.
ERNEST. Eh bien , c'est ce qui vous trompe!
Aiu de Mme Favart.
J'en conviens, loute la journée .l'exerce gratis au trésor !
Vous, Cécile, après une année Vous me traitez plus mal encor:
Au bout d'un an le ministère Ce jour-là, cher à la nation, Accorde à tout surnuméraire Une gratification.
CÉCILE. Moi, je la refuse!
ERNEST. Et moi, je la prends!
Il l'embrasse.
CÉCILE. Monsieur, c'est afîreux...* c'est illégal... prendre ce qu'on ne veut pas donner.
ERNEST. Nous souimcs comme ça aux finances.
CÉCILE. Me voler un baiser! Je vous préviens que quand nous serons mariés, je vous le retiendrai.
ERNEsr, vivement. Quand nous serons mariés! vous avez dit cela!... Vous y consentez donc! Oh! que je suis heureux!
CÉCILE. Malheureusement mon père n'est pas de votre avis. Il a dit positivement que vous étiez trop riche... et que ça l'humilierait...
ERNEST. Mais mon oncle... votre mère...
CÉCILE. Us coniploient ensemble dans notre iuiéiét et à l'insu de mou père.
ERNEST. A la bonne heure au moins...
voilà des parents raisonnables... Et grâces aux fétesde Pâques, |j'ai trois jours de congé; pendant ce temps j'espère...
CÉCILE. Silence... monsieur, j'entends quelqu'un!
ERNEST. Au diable l'importun! (yi/>errcyrtnf Girard qui regarde de coté et d'autre) Ah bien, par exemple, je ne me; trompe pas... En voilà un hasard! mon chef de division! .le disais bien qu'ils étaient ennuyeux ces êtres- là !...