‹ Une campagne a deux: comédie en un acte melee de chantChapitre 10 sur 16 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Les MÊMES, DURAND, ftLXPvGUEPilTE*.

Durand entre avec une ligne sur l'épaule; à la main il porte un petit lilet rempli de poissons.

DURAXD.

Les anguilles et les jeunes iillps Se prennent tout's en mes iilels.

Appelant. Marguerite! Eh! Marguerite!

[Elle entre un moment après.) Bonjour , femme! Bonjour, Chapuis ! {Voyant Girard.) Monsieur Girard !

M""^ DURAND. Inspecteur des finances!

DURAND. Vous voudrez bien me pardonner, monsieur, le simple costume campagnard!... C'est un habit de chasse que je me suis fait faire pour aller à la pêche.

GIRARD. N'êies-vous pas chez vous?

DURAND. Trop honnête!.. Vous me voyez dans le ravissement de votre arrrivée, masieu. Décidément j'ai du bonheur aujourd'hui. (Regardant Chapuis, qui a conservé un air sombre.) Mais qu'as-tu donc Chapuis? quelle figure?

M'"'" DURAND. Un rien .. un enfantillage!

DURAND. Veux-tu bien rire tout de suite?... Je suis de bonne humeur, moi... Tiens, regarde-moi ça.

Il lui montre son poisson.

CHAPUIS , avec humeur. Ça m'est bien égal!...

DURAND, à Marguerite, qui prend le filet et qui C emporte. Tiens, Marguerite... j'espère qu'il y en a aujourd'hui!... (Chapuis, je déclare ici , devant témoins, que c'est à toi ([uc je dois la victoire que j'ai remportée sur les barbillons !

CHAPUIS. Comment ça?

DURAND. Je te fais amende honorable!...

Dès cet instant je te compretids. .. toi et tes vers à soie... Je vous estime. .. C'est bien la meilleure amorce?... Ça mordait!... ça mordait !...

CHAPUIS. Explique toi , malheureux !

DURAND. Un seul mot stiflira... Ton carton est vide et mon filet est pi» in !

CHAPUIS , avec une colère étouffée. Durand, vous êtes un monstre |*.

DURAND. Comment, mou pauvre Chapuis,

* Chapuis, Durand, Girard, Mme Durand.

'* Chapuis, Girard, Durand, Mme Durand.

MA(iASliN THÉÂTRAL.

ça te fait tant do peine que ça?... Si j'avais su , par exemple !

CHAPUis. Tu l'as fait exprès!...

M""= DURAND. Pouvez- vous le penser?...

Vous savez bien que nous sommes incapables d'un mauvais trait, pas plus que vous... pas plus que votre Hortense !

Elle se retourne el voit entrer Mme Chapuis dans la i»\ lette la plus outrée.

SCKNE XI.

Les Mêmes, M"- CHAPUIS *.

<iiRARD. Ah ! voilà enfin ta femme ?

M'"*^ DURAND. Je suis trahie, indignement! GIRARD. Tu permets , n'est-ce pas?...

Il l'embrasse. M^e Durand fait la grimacp

M"'*' DURAND , à son mari. Elle a mis des marabouts , quelle petitesse !

M"'" CHAPUIS , minaudanL [A Girard.) Pardon, cher, si je vous ai fait attendre : j'ai voulu faire un peu de toilette.,.

GIRARD. Quoi ! pour dîner ensemble. ..

sans façon...

M"''' DURAND. Le fait est qu'on dirait que madame est de noce.

ciiAPUis. Il faut bien se faire honneur de ce qu'on a !

M'"^ CHAPUiS. Surtout quand on reçoit...

DURAND. C'est-à-dire que ma ft^imne est... (A sa femme.) C'est ta faute aussi : pourquoi n'as-tu pas mis ton chapeau de paille d'Italie, qui me coûte deux cents francs , et ton manchon de cent écus?... Va chercher ton manchon de cent écus ?

Les bonnes apportent la table servie

M'"^ CHAPUIS, riant aux éclats. Ah ! ah ! ah ! un manchon à table !

M""' DURAND. Vous dîuez bien avec votre écharpe !

GIRARD , montrant Marguerite et Claudine qui entrent avec la table servie. Ah! mes amis, voilà le couvert.

Cécile et Ernest entrent.

SCÈi\E XII.

Les MÊMES, ERNEST, CÉCILE , CLAU- DINE, MARGUERITE **.

GIRARD. A table ! à table !

Air : de la Fart du Diable. Vive une bonne table !-

L'appétit excité Par un accueil aimable Fait naître la gaîté.

Tout te monde s'est assis et l'on a commencé à servir. ' Cnapuis.M'neCiiapuis.Girartl.MmeOurand, Durand. •* Cuaouis , Ernest, Mn>t Cbapi'is. Girard , Mme Durand , Ocilo, Durand.

GIRARD. Ce potage est parfait !

W" DURAND. Oh! délicieux! mais un peu salé.

CHAPUIS. Je ne trouve pas , moi !

DURAND. Il me semble qu'on peut dire son opinion !

GIRARD , tendant son verre. A boire, Chapuis... Le coup du médecin !. .. (Chapiiis lui verse à boire, il élève son verre,) Je propose un toast à notre vieille amitié , à la prochaine union de vos enfants !

M"'" DURAND. Comment , vous savez qu'Ernest et Cécile...

GIRARD. S'aiment depuis longtemps !...

ERNEST, vivement. Ah ! ça c'est vrai , par exemple !

DURAND. Nous parlerons de ça plus tard!

CHAPUIS. Mais...

Mme Durand lui fait un signe, surpris parDurand, qui lui demande vivement.

DURAND. Quoi donc?...

M"'*' DURAND. Rien!...

GIRARD. Et pour mon cadeau de noce , je te ménage une surprise , mon bon Chapuis !

M'"" CHAPUIS, d part. La nomination d'Ernest, j'en suis sûre.

DURAND, à part. Ma place qu'il m'enlève, je le parierais!. .. Je suis d'une humeur massacrante !... Ça me coupe l'appétit !

Il mange avec avidité.

CHAPUIS , voyant arriver Marguerite.

Ah ! bravo! voilà du renfort!...

M"^ CHAPUIS, d son mari. Ton plat de prédilection , mon bon !

DURAND, examinant le mets que Marguerite a placé sur la table. Qu'est-ce que c'est que ça?... Du veau !... (Il jette sa serviette sur la table.) Je ne dîne pas!

GIRARD. Mais pourquoi donc , monsieur Durand?...

CÉCILE. Mon père!...

DURAND. Je ne dîne pas...

Il quitte la table et va s'asseoir dans un fauteuil, où il se croise les jambes, qu'il agite.

M"'^ CHAPUIS. Quelle inconvenance !

M"'* DURAND. C'est qu'en vérité on n'a pas d'idée d'un pareil acharnement !

GIRARD. Maisenhn, m'expliquera-t-on ?...

DURAND. Monsieur Girard, je suis désolé de ce qui arrive. .. mais aussi on me pousse à bout... Voilà deux mois qu'on me fait manger du veau , quand on sait que cet animal m'est contraire.

CHAPUIS. Mais si nous l'aimons, nous...

DURAND. Alors on dîne tout seul!

M""^ DURAND, à 5on wrtW. Mimi , calmetoi... j'ai pensé à ton plat.

GIRARD. Allons, voyons, monsieur Durand, je vous en prie; moi, qui viens en ami!... remettez-vous à table!

DURAND. C'est pour mosieii. Je déclare que c'est uniquement pour mosieii»

CHAPUis. Je ne conçois vraiment pas qu'on se fâche pour une pareille misère... on n'aime pas un plat. . . on n'a pas de goût. . . très-bien... Mais que diable, il y a autre chose.

GIRARD, montrant Claudine qui apporte un autre plat. C'est vrai ; le fait est que, Dieu merci... j'espère, moi, qu'il y a autre chose. .. Justement, voici la preuve à l'appui.

CHAPUIS. Nous allons te dire deux mots, mon gaillard, je vais servir ça. {Découvrant le plat.) Qu'ai-je vu? du macaroni?... (Jetant sa serviette.) Je ne dîne pas!

GIRARD. Bon... à l'autre à présent!

M"'*' DURAND, à Girard. Ah! monsieur, l'inspecteur, combien je suis confuse de cet oubli de tous les usages reçus ! mais, vous le voyez , il n'y a pas de notre faute !

CHAPUIS. Je demande à m'expliquer...

On te parle de veau, mais on me gonfle de cette pâte... Certainement que je ne défends pas le veau... les opinions sonj libres... mais le veau est reçu dans les meilleures sociétés... surtout dans l'arrondissement de Pontoisel... au lieu que votre macaroni, je le déclare devant Dieu et devant les hommes... c'est une nourriture grotesque.

ERNEST. Le fait est que ça n'est pas bon...

DURAND, avec colère. Jeune homme, vous n'avez pas la parole , vous êtes chez moi !

CHAPUIS. Il est chez lui , car il est chez son oncle.

M"*^ CHAPUIS. Et chez sa tante !

DURAND , se levant. Ah ! par exemple , c'est trop fort !

M™^ DURAND, se levant. C'est une tyrannie !

M"^ CHAPUIS. Quelle mesquinerie !

CHAPUIS. Quelle bassesse !

CÉCILE, à madame Durand. Laisse-les dire, maman!...

ERNEST, à madame Clutpuis. Ne leur répondez pas, ma chère tante !

Les deux familles se sont séparées en se levant, et ont gagné l'une la droite, l'autre la gauche sur le devant du théâtre. Girard est resté à table.

GIRARD, toujours à table. Ah ça, vous permettez, n'est-ce pas?

Il continue à manger.

M™^ CHAPUIS. Vous qui étiez venu pour passer un moment agréable. .. Oh ! les vilaines gens!

"ST" DURAND. Heureusement , monsieur a de l'éducation, et il saura distinguer... Je n'accuse pas Chapuis !

DURAND. Tu le défends !... Je te défends de le défendre.

Puisque nous en sommes venus là, je demande une explication; je la veux devant mosieu.., devant votre ami.

* Ernest , M^e Chapuis , Chapuis , Girard , Durand , Mme Durand , Cécile.

CHAPUIS. Eh bien!... j'y consens... qu'il nous juge! Je soutiens que tu ne vivrais pas huit jours avec monsieur, dont j'oubliais les fritures, les éternelles fritures!

DURAND. Que votre épouse dévore, bien qu'elles soient ma propriété.

CHAPUIS. Il faut que la bombe éclate!

DURAND. Que Tes femmes et les enfants s'éloignent! Il va se passer quelque chose d'aifreux!

TOUS, en se disputant.

Air : du Dieu et de la Bayadère.

Ce scandale est votre ouvrage ; Et quand la lutte s'engage,

Nous dirons [bis.) Nos griefs et nos raisons !

De cette conduite folle Aisément on se console Quand on a la bonté Et le droit de son côté !

Mme Durand prend sa fille par la main, Ernest donne le bras à sa tante ; ils sortent tous quatre d'un côté opposé.

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