SCÈNE XYIl
Les Mêmes, GIRARD, M'»« CHAPUIS, DURAND.
Girard les amène mystérieusement au fond **.
GIRARD. Ils sont ensemble!
DURAND. Parbleu ! je le vois bien !
CHAPUIS , à j|f"^^ Durand. Vous savez pourquoi je vous ai demandé ce rendez vous ?
M"'' DURAND. Oui !
DURAND. Moi aussi, je le sais.
GIRARD. Silence donc!
CHAPUIS , d M"'"" Durand. Je ne vous parlerai plus des sentiments qui nous unissent depuis longtemps.
DURAND, toujours au fond. Ah ! quelle abomination !
GIRARD, de même. Silence !
CHAPUIS , à M"'"" Durand. Mais, voyezvous, ça me fend le cœur, quand je pense... mais non, je n'en dirai pas davantage... c'est indigne d'un homme, surtout d'un homme qui a raison... J'aime mieux m'en aller...
M™^ DURAUD, le retenant. Mon cher Chapnis!
DURAND, au fond. Son cher Chapuis !
M"'^ CHAPUIS , au fond. Je m'évanouis.
GIRARD, au fond. Attendez, pas encore!
CHAPUIS, àM'"*^ Durand. L'ai-je bien entendu ! un mot si doux de votre part !
M"'^ DURAND. Ah ! c'est que voyez-vous, au moment de nous quitter... je sens, je sais tout ce que vous valez.
CHAPUIS. Je n'y suis pas.
M""" DURAND. Tout ce qui s'est passé, vous n'y êtes pour rien... c'est votre femme.
M"'^ CHAPUIS, à Girard. J'étouffe!
GIRARD. Pas encore!
M'"^ DURAND. Cliapuis, chcr ami ! donnezmoi votre main.
CHAPUIS, à M"^« Durand. Vous m'étonnez !
M™*= DURAND. Votre main ! votre main ! homme admirable!... qu'on doit être fière de vous appartenir !
* Chapuis, Mme Durand.
"Mme Chapuis, Girard, Durand, au fond; Chapuis, Mme Durand.
M"'^ CHAPUIS , à Girard. Ah ! monsieur, lâchez-moi !
GIRARD. Chut!
CHAPUIS. Ça me flatte, mais ça me surprend... votre mari...
M""" DURAND. Mon mari est un sot. ( Dttrand fait un bond. ) Et moi... moi, je vous aime... je vous aime parce ce que... enfin... Tenez, embrassez-moi, ce sera plus tôt fait !
DURAND, éclatant. Il embrasse ma femme.
M"'^ CHAPUIS. Elle embrasse mon mari !
^jme DURAND. Comment, mon pauvre Durand, tu étais là !
M""' CHAPUIS. Et moi aussi, madame.
DURAND. Je vous rcuvoic demain chez vos parents.
M'"^ CHAPUIS. Et moi, je plaide en séparalion.
DURAND. Vous n'en aurez pas besoin...
c'est moi qui vous déhvrerai de ce monstre. {A Chapuis.) Sortons, mosieur, sortons!
CHAPUIS. Ah! ça, la femme m'embrasse et le mari veut me tuer ! Je n'y comprends plus rien !
M"'*' DURAND, riant. Comment, vous ne devinez pas?... Ah ! ah ! ce cher Durand !... il est jaloux !
GIRARD, riant. Le fait est que c'est adorable ! ah ! ah ! ah !
DURAND, exaspéré. On me rit au nez pardessus le marché ! (Prenant une chaise et en frappant la terre. ) Mais je vais me porter à toutes les extrémités.
M'"' DURAND. Lis plutôt cela... vilain tigre.
DURAND, furieux. Je ne veux rien entendre... je ne veux rien lire!
GIRARD. Eh bien, je lirai moi! (/Hi^) « J'ai reçu de monsieur Chapuis, la somme » de trois mille francs, complément de celle » de trente mille francs que je lui ai prêtée » pour faciliter à son ami Durand l'acquisi- » lion de leur maison de Conflans. »
« Signé Girard. »
DURAND. Cet envoi mystérieux d'un argent anonyme... c'était toi? Ah! c'est d'un bon cœur... c'est un bien beau trait... c'est dommage que ça vienne d'un bien vilain homme !
CHAPUIS. Girard, tu m'as trahi... ça n'est pas bien !
M"^^ CHAPUIS. Et je ne le savais pas!... Chapuis, je te pardonne tout!
DURAND. Et moi, je ne pardonne pas !... Il avait ses raisons pour ça, le séducteur... car enfin, madame, ce poulet trouvé sur votre toilette... ce rendez-vous au nom de l'amour.
M"'^ DURAND. Imbécile ! Quoi ! vous n'avez pas pensé qu'il s'agissait de nos enfants... de nos chers enfants, de leur mariage, auquel
Mme Chapuis, Chapuis, Girard, Durand, Mme Durand.
MAGASIN THÉÂTRAL
vous vous opposiez, et que nous arrangions à votre insu !
DURAND. Quoi ! il se pourrait ! Ah ! que j'étais bête ! et que je suis heureux !... moi qui croyais être... quand je n'étais pas du tout... Ma femme, mon ami!... je m'élance à vos genoux !
CHAPUis. Dans mes bras, Durand, dans mes bras !
Ils s'embrassent
DURAND, appelant. Cécile! Ernest î... où êtes-vous?... Accourez, mes enfants!
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