MARCHÉ AUX CHIENS
des taches grises; quelques-uns cependant sont noirs, ce sont les plus estimés.
Le chien annamite, qui est extrêmement doux pour les indigènes, devient très hargneux quand il aperçoit un Européen. En colonne, lorsque nous entrions dans les villages, nous ne pouvions pas pénétrer les premiers dans les habitations sans risquer d’être mordus. Les chiens venaient au contraire lécher les mains de nos coolies, qui pouvaient sans difficulté s’en emparer pour les tuer et pour les mettre à la broche. A Hanoï, le chien rôti et laqué se vend couramment chez les marchands de comestibles. J’ai
U N E CAMPAGNE AU TON Kl N.
goûté une fois de celte viande, qui m’a paru coriace, mais pas trop désagréable.
Les Européens et surtout les officiers du corps expéditionnaire fréquentent souvent le marché aux bronzes qui se tient dans la ville annamite. On s’y promène par petits groupes; on entre chez tous les marchands et l’on inspecte avec soin les boutiques, afin d’y découvrir un vieux cuivre ou un brûle-parfum ancien. Les marchands habitent de petites paillotes, devant lesquelles ils étaient tout un assortiment de \ieilles fci 1 ailles . lampes de forme antique, plateaux, marmites, sabres ébréchés, etc., etc. ; on dirait des magasins de bric-à-brac. Parmi tous ces rebuts on déeou\re souvent des objets de réelle valeur; mais il faut se méfier des Annamites : ils imitent l’ancien comme personne, et maintenant qu ils savent que nous payons le vieux plus cher que le neuf, ils nous en fabriquent de toutes pièces.
On trouve quelquefois, sur le marché, des cuivres très anciens qui di lièrent absolument, comme forme et comme ornementation, des bronzes bouddhistes ou taoïstes. Ces vases rappellent l’art persan par leur forme ovale, l’évasement de leurs cols, leurs panses sphériques ou lenliculaiies et leurs couvercles en forme de poires; ils sont ornés de grands cartouches dans lesquels les versets du Coran sont gravés en caractères arabes. Ce sont en effet des bronzes musulmans, venus probablement du àunnam, où les sectateurs de Mahomet sont encore très nombreux.
Les ouvriers tonkinois fabriquent des gongs en bronze d’une forme particulière qui donnent des vibrations d’une pureté et d’un sonorité admirables. Ils ont un peu plus de 50 centimètres de circonférence, et leurs vibrations sont presque aussi profondes que celles de nos grosses cloches d’église.
Les Annamites fabriquent également de jolis plateaux en bronze de couleur safran, qu’ils incrustent très finement avec des alliages de différentes teintes : noir, jaune d’or, rouge, blanc, etc. Ces plateaux sont presque toujours de forme ronde; ils servent pour disposer les présents qu’on oflre aux pagodes ou aux mandarins; ils sont munis de trois pieds bas ornés de dessins à la pointe; leurs bords sont découpés en élégantes dentelures que l’artiste rehausse avec un léger bourrelet de cuivre jaune.
Les incrusleurs sur cuivre montrent une habileté manuelle peu commune, car ils se servent d’outils encore plus grossiers que les incrusleurs sur bois; outre les plateaux dont je viens de parler, ils font de petites boîtes pour renfermer le tabac, des pots avec couvercle pour le bétel, des