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ACCOUTREMENT DES OFFICIERS

crachoirs, de petites chaufferettes à mains d’un travail original, et une espèce de brûle-parfum portatif agencé d’une façon très ingénieuse; ce dernier a la forme d’une sphère creuse, mesurant 7 centimètres environ de diamètre et munie à chacun de ses pôles d’un anneau auquel est rattachée une chaînette; il est percé de mignonnes découpures à jour dessinées comme des grecques. Au centre de la sphère, qui peut s’ouvrir en deux moitiés, se trouve un petit réchaud en forme de cupule dans lequel on place le charbon allumé et les parfums; ce réchaud est attaché aux parois de ia sphère par un système de cercles concentriques en métal, reliés les uns aux autres de façon à constituer ce que nous appelons en Europe une suspension à la Cardan. Voilà encore une invention qu’il faudra rayer de nos papiers.

Depuis la prise de Hong-hoa, le pays est redevenu tranquille. On peut parcourir les environs à plusieurs lieues à la ronde sans avoir à craindre une mauvaise rencontre; seulement il faut se mettre en route de bonne heure : nous sommes au commencement de juin, et dès neuf heures du malin la chaleur devient intolérable.

Aujourd’hui nous avons projeté une grande excursion : mes amis sont venus me prendre pour aller, à 4 kilomètres de la ville, visiter une importante fabrique de papier annamite, située sur un des affluents du Grand- Lac. Nous nous sommes arrangés pour tout voir en détail : hier, pendant une visite que m’a faite mon ami le tong-doc, j’ai obtenu de lui qu’il enverrait de bon matin un de ses mandarins subalternes prévenir de notre arrivée les notables du village occupé par cette fabrique, afin qu’ils puissent tout disposer pour nous recevoir.

Nous nous mettons en route à cinq heures du matin. On rirait bien en France en voyant notre accoutrement et nos montures: nous avons dû abandonner nos grands chevaux français, dont quelques-uns sont morts d’anémie; nous les avons remplacés par de petits poneys annamites qui disparaissent à moitié sous nos grandes selles. On n’a pas besoin de faire d’efforts pour les enfourcher, il suffit d’enjamber.

Nous sommes vêtus de calicot blanc; des galons mobiles posés sur nos manches permettent seuls de reconnaître notre qualité d’officier. D’immenses chapeaux en moelle d’aloès nous recouvrent la tète comme d’une cloche; malgré la largeur de leurs bords, ils sont encore insuffisants pour nous garantir des rayons du soleil ; aussi portons-nous, même à cheval, de grandes ombrelles blanches doublées d’étoffe verte. Chacun de nous est accompagné de son boy, qui, conformément à l’usage annamite, suit

à pied à côté du cheval, la main appuyée sur la croupe de l’animal.

Nous passons près du Petit-Lae et nous gagnons les faubourgs. A cette heure matinale, les Annamites commencent à ouvrir leurs cases et à se montrer dans la rue. Ils sortent un à un sur leurs portes en s’étirant et en bâillant, les yeux gros de sommeil, leurs longs cheveux étalés sur le dos el prêts à être peignés.

Sur les bords du Petit-Lac, un grand nombre d’indigènes sont en train de faire leurs ablutions matinales : aucun Annamite ne manque chaque matin de se laver les pieds, la figure et la bouche.

De vieilles femmes, une hotte sur le dos, et tenant à la main une sorte de pelle à long manche, circulent le long des cases et se chargent de faire le service de la voirie; elles ramassent soigneusement toutes les immondices, les os à demi rongés et surtout l’engrais humain, que les agriculteurs des villages voisins leur achèteront un bon prix pour fumer leurs champs.

Les petits restaurants et les débits de thé sont envahis par les coolies et par les gens de bas étage, qui prennent leur repas du matin. Les rues, si calmes tout à l’heure, commencent à devenir bruyantes : de longues files de brouettes circulent près de nous, et leurs roues en bois plein grincent affreusement.

Les brouettes indigènes méritent une description spéciale; elles sont entièrement construites en bois, et leurs différentes pièces sont retenues avec des chevilles également en bois; elles sont munies comme les nôtres de deux pieds qui permettent de les poser d’aplomb à terre, mais elles en diffèrent absolument au point de vue du mode de répartition de la charge.

La brouette indigène est disposée de telle façon que le chargement pèse le moins possible sur les bras qui la conduisent : la roue est placée non pas en avant de la charge, comme dans nos brouettes européennes, mais au-dessous. Dans ces conditions, el comme cette roue est assez haute, la plate-forme qui supporte le chargement est sur un plan relativement élevé

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