‹ Une campagne au TonkinChapitre 124 sur 299 · IS · texte numérisé non relu

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eux oui des masques exécutés de main de maître. Le personnage principal a comme celifi de nos ihéàlres en plein vent le geste prompt et la main leste; il est armé d’un solide gourdin el lape dur sur le mandarin et sur les gens de police, à la grande joie des badauds, qui s’amusent comme des enfants. V côté, un phuong-chéo, sorte de chanteur bouffe, a étendu sur le sol sa natte de 2 mètres carrés. Autour de celle natte, une grande corde reliée à des pieux fichés dans le sol sert de barrière aux spectateurs, qui sont nombreux, car le menu peuple est très friand de ces représentations. Lephuongchéo est revêtu d’un long habit rouge, fendu latéralement comme uneétole ei orné dans le dos et sur la poitrine d’un dragon grimaçant; il représente des scènes burlesques mi-partie chantées ou déclamées, mi-partie mimées, et dont les passages principaux sont scandés de grands coups d’éventail, de ronds de bras eide pirouettes. Un gamin assis les jambes croisées sur un coin de la natte devant un gros tambour souligne d’un coup de son instrument les mots à double sens et les tirades à effet. Les monologues comiques du bouffon sont entremêlés de quiproquos, de calembours et même d’allusions érotiques el grossières. A en juger par ce qu’il débite, on pourrait croire le peuple annamite beaucoup plus dépravé qu’il ne l’est eu réalité : ce peuple, qui, au fond, est très décent dans ses actes, admet dans le langage courant des locutions el des propos qui feraient rougir un portefaix.

Le phuong-chéo exerce souvent sa verve aux dépens de ses auditeurs; il interpelle celui d’entre eux qui paraît le plus prêter au ridicule; il l'arrange de la belle manière, à la grande joie des autres spectateurs. On se le montre du doigt, si bien que le malheureux, moitié rougissant el moitié riant, est obligé do se dérober par la fuite aux malices du bouffon, qui hausse la voix au furet à mesure qu’il s’éloigne et qui le poursuit longtemps de ses lazzi.

Devant la grande estrade sur laquelle nous sommes postés, on en a dressé une autre, un peu moins élevée, qui sert de scène de théâtre; celle-ci est recouverte d’un toit en paille supporté par quatre bambous. Les spectateurs indigènes sont debout et se protègent comme ils peuvent contre le soleil à l’aide de leurs grands chapeaux et de leurs ombrelles. On représente sur ce théâtre de véritables drames historiques dans le goût chinois et des comédies en prose ou en vers. Les pliuong-nha-tro ou comédiens qui v jouent sont devrais artistes, très connus et ayant acquis une réputation méritée dans toute la province. Les Annamites établissent entre eux et le phuong-chéo, dont il vient d’être question, une différence aussi grande que celle que nous faisons entre les artistes de la Comédie-Française et les baladins des foires. Ces phuong-nha-tro appartiennent à un village dont les

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