CHAPITRE XIII
[.ES FÊTES DU li JUILLET AU TONKIN. — GUIGNOL, CHANTEURS BOUFFES ET COMEDIENS. — COURSE AU
COCHON ET A LA CHÈVRE. — LES RÉGATES. - LE CORTÈGE OFFICIEL. - LES JEUX DU TAROT ET DE
LA SAPÈQUE. — DINER DE GALA A LA PAGODE DF.S MANDARINS MILITAIRES. DEUX PLATS RENOMMÉS.
— LES DANSEUSES. — LA POÉSIE ET LA MUSIQUE. — TROUBADOURS TONKINOIS. — DIFFICULTÉ DE LA LANGUE ANNAMITE. — UN BIZARRE QUIPROQUO.
Aujourd’hui 14 juillet et jour de fête nationale, Nam-dinh offre un coup d’œil féerique: toutes les rues sont traversées par des guirlandes de lanternes aux couleurs françaises, et devant chaque maison un drapeau tricolore tlotte à l’extrémité d’un long bambou. Le tong-doc, sur l’invitation du résident de France, a ordonné à chaque habitant d’avoir à arborer devant sa case un pavillon tricolore, et personne n’y a manqué. Il 11e faudrait pas croire cependant que les gens de Nam-dinh sont devenus tout à coup Français et républicains tic cœur : sans doute les cinquante ligatures d’amende dont le tong-doc a menacé ceux qui n’exécuteraient pas ses ordres sont pour beaucoup dans l’empressement qu’ils ont tous mis à pavoiser
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leurs rues. Quoi qu’il en soil, lu ville (nul eulière offre depuis hier mi speeluele a lu lois joyeux et original : sous ce cluir soleil, les gaies el vives couleurs françaises réjouissent les yeux. Dnns la rue des Chinois, qui se déroule en ligne droite sur une étendue de 4 kilomètres, les drapeaux Notion I , serrés sur deux lignes, à perte de vue, et finissent pur se rejoindre d’un côté de lu rue à l’autre. Dnns le port, sur le canal, toutes les jonques, toutes les petites barques, ont arboré des pavillons.
A sept heures du matin, vingt et un coups de canon tirés de la citadelle annoncent l’ouverture de la fête; nous sortons en bande malgré la chaleur. A chaque pas, nous sommes accueillis par des salves de pétards chinois partant dans toutes les directions; ces pétards, très petits et reliés les uns aux autres par séries comme dans une brochette, dégagent une épaisse luinee el lonl un himl de toile qu on déchiré. Les rues sont encombrées par la huile, à tel point qu’on peut à peine circuler. Les Annamites, tout joyeux et la figure épanouie, ont revêtu leurs plus beaux costumes :* le.s robes vert ardent, rouge feu, violet pensée, produisent en se rapprochant les unes des autres des effets criards et inattendus. Les riches pagodes ont étalé sous leurs portiques de belles étoffes de soie couvertes de broderies; devant la maison du tong-doc, le grand étendard d’Annam flotte entre deux drapeaux tricolores.
line estiade en bambous ornee de tentures et abritée sous un immense vélum est installée sur les bords du fleuve; elle est destinée aux officiers de la garnison et aux autorités annamites, qui pourront assister de là aux jeux populaires organisés par les soins du tong-doc. Devant cette* tribune s'étend un terrain bien battu et bien aplani sur lequel ont été dressés des mats de cocagne, des balançoires el des théâtres en plein vent. Les mâts sont soigneusement frottés à l’huile de coco; au sommet sont exposées les ligatures de sapèques qui doivent récompenser le vainqueur. Les Annamites grimpent avec une agilité merveilleuse en se servant de leurs pieds comme organe de préhension, absolument comme les singes. Quand ils sont fatigués, ils peuvent s’arrêter pour se reposer au milieu de leur ascension en saisissant en quelque sorte le mât entre le gros orteil, fortement convulsé en dedans, et les autres doigts du pied.
Dans un coin de la place, un théâtre de marionnettes, agencé comme nos guignols du Luxembourg ou des Tuileries, attire un nombreux public qui applaudit à tout rompre el .pii rit à gorge déployée. Les petits acteurs en hois, hauts de 20 centimètres, vont, viennent el se démènent comme des personnes naturelles. Ils sont admirablement façonnés, et plusieurs d’entre