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LES FEMMES DE PREMIER ET DE SECOND RANG. — LES MARIAGES

a mission catholique, où loge en ce moment un prêtre français, le Père

JLi Girod, est située dans un des quartiers les plus retirés et les plus silencieux de Nam-dinh. O11 y pénètre par une petite porte surmontée d’une croix de pierre, qui donne dans une cour étroite, entourée de trois côtés par une sorte de promenoir couvert. De cette cour, on a vue sur l’église. Celle-ci est grande et bien bâtie; elle a été construite tout entière par les Annamites avec des briques qu’ils savent fabriquer en abondance ; ses murs sont recouverts à l’extérieur d’un enduit de chaux qui, sous le soleil de

i ni-; i;ajii'A(;ne au tonkin.

midi, est crime blancheur aveuglante ; son clocher à triple étage, dont les quatre laces sont couvertes d’inscriptions en gros caractères chinois, est orné aux angles de quatre piliers surmontés chacun d’une grenade de pierre. En A n nam, la grenade est le symbole de la fécondité et, en même temps, de la félicité parfaite, puisqu’il n’est pas pour les Annamites de bonheur plus complet «pie celui de posséder une nombreuse famille. Cet emblème, placé au sommet de la maison de Dieu, a pour but d’indiquer que l’Eglise catholique est une mère féconde dont l’heureuse postérité se multiplie à l’infini.

Le Père Girod lit son bréviaire sous le promenoir couvert de la petite cour. Il est vêtu d’une longue soutane noire en étoffe légère, boutonnée sur le côté, comme la robe des Annamites; sa ligure pâle est encadrée par une barbe blonde et clairsemée, qu’il porte longue, comme tous les missionnaires. Il a vingt-cinq ans tout au plus, mais ses traits amaigris et ses joues creusées par les fatigues et les privations lui font paraître deux fois son âge. Aussitôt qu’il m’aperçoit, il vient à moi la main tendue; la présentation est vite faite dans ces pays lointains : deux compatriotes deviennent deux amis dès la première entrevue.

Le Père m’emmène visiter l’église. Un grand nombre d’indigènes y sont réunis; agenouillés sur les nattes qui couvrent le sol, ils récitent leur chapelet en criant du nez et de la gorge avec des intonations tellement bizarres «pie j’ai peine à retenir une folle envie de rire. C’est leur façon à eux de montrer leur ferveur : on les gênerait beaucoup, paraît-il, en les obligeant à prier à voix basse.

L’autel est une simple table de bois «pii n’est pas même lixée au sol. « Nous ne pouvons pas avoir d’autel lixe, me dit le Père Girod, parce qu'au Ton k in ou n’est jamais sûr du lendemain. Oui sait si, dans quelques jours, les pirates ne viendront pas nous attaquer cl nous piller? Cette table est facile à enlever et à cacher à la moindre alerte. C’est pour la même raison que nous ne consacrons jamais nos églises, comme on le fait en pays civilisé. Il est même très rare qu’elles soient construites en briques. Dans la plupart des chrétientés, ce sont de grands hangars en bois recouverts de paille de riz ou de feuilles de palmier; ils sont disposés de telle façon que toutes les pièces de la charpente peuvent s’enlever avec une extrême facilité. En temps de persécution, ou quand le pays est troublé par la guerre, les chrétiens les démontent et en cachent les matériaux; les païens sont bien attrapés quand ils se présentent pour brûler ou pour profaner le temple : ils trouvent à la place qu il occu-

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pail un champ labouré cl loul ensemencé; on appelle cela plier l'cglise. //opération est conduite avec une rapidité incroyable; quand l’alerte

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